Deux coopératives voisines du sud de la Drôme, toutes deux adhérentes de l'UVCDR – Cellier des Dauphins, ont entamé le processus devant conduire à leur fusion. L'assemblée générale extraordinaire est annoncée pour février 2027. La cave La Suzienne, à Suze-la-Rousse, absorbera la cave des Coteaux de Saint-Maurice, à Saint-Maurice-sur-Eygues, en grande difficulté financière. L'ensemble consolidé est évalué à 60 000 hectolitres.
Un mandat de gestion installé dès janvier 2026
Le rapprochement a débuté par la direction. Au 1er janvier 2026, Jean-Pierre Donzey, directeur général de La Suzienne, a pris également la direction de la cave des Coteaux de Saint-Maurice dans le cadre d'un mandat de gestion. Les protocoles actant le processus de rapprochement ont été signés en juin 2026.
La récolte 2026 a été apportée et vinifiée dans son intégralité à Suze-la-Rousse. Les activités des deux structures seront regroupées sur ce site. L'assemblée générale extraordinaire appelée à approuver la fusion est prévue pour février 2027.
Deux structures de tailles inégales
La Suzienne produit de l'ordre de 45 000 hectolitres sur environ 1 400 hectares de vignes. Le nombre d'adhérents est estimé à 160. La coopérative a été créée dans les années 1920 et son siège se trouve au pied du château de Suze-la-Rousse qui abrite l'Université du Vin.
La cave des Coteaux de Saint-Maurice produit environ 15 000 hectolitres sur près de 400 hectares, pour une soixantaine d'adhérents. Elle est implantée à Saint-Maurice-sur-Eygues. La structure emploie près de neuf salariés.
Le nouvel ensemble représentera une production consolidée proche de 60 000 hectolitres, soit un volume comparable à celui des coopératives moyennes du bassin rhodanien méridional, sans commune mesure avec les groupes issus des concentrations vauclusiennes de la dernière décennie.
Une cave en difficulté, mise en concurrence
Le motif du rapprochement a été exposé sans détour par le directeur général de La Suzienne. La cave de Saint-Maurice travaillait correctement mais son volume réduit ne permettait plus d'absorber ses charges, d'où une situation financière très dégradée. Selon ses déclarations, la coopérative de Saint-Maurice a comparé plusieurs offres émanant de caves voisines avant de retenir celle de Suze-la-Rousse, présentée comme la seule équilibrée entre les intérêts des deux parties.
Le schéma est classique dans la restructuration coopérative : la cave la plus solide sécurise des volumes et élargit sa gamme d'appellations, la plus fragile évite la liquidation et conserve un débouché pour ses apporteurs.
Une gouvernance instable à Suze-la-Rousse depuis 2022
La Suzienne a enregistré plusieurs changements de direction en quatre ans. Alain Bayonne, directeur général depuis 2008, a fait valoir ses droits à la retraite au printemps 2022. Juliette Allain lui a succédé en mai 2022 et a quitté le poste en juin 2023. Olivier Salles, alors président du conseil d'administration, a cumulé les fonctions de président et de directeur général à compter de juin 2023. Jean-Pierre Donzey a été nommé directeur général en 2025, la présidence revenant à Olivier Agosti en juin 2025.
Cette rotation intervient dans une période de dégradation des comptes. Les données financières publiées font état d'un chiffre d'affaires social de près de 6 millions d'euros pour l'exercice 2024 et d'une rentabilité d'exploitation négative. Le directeur général situe pour sa part le chiffre d'affaires de la cave aux alentours de 10 millions d'euros, dont 80 % en vrac et 20 % en conditionné.
Trois circuits de commercialisation, une ambition export
La Suzienne commercialise 30 % de ses volumes via l'UVCDR – Cellier des Dauphins. Le solde est écoulé en grande distribution et en circuit traditionnel. La cave affiche désormais l'ambition de se développer à l'export.
Commercialement, chaque cave conservera son identité après la fusion. Le dispositif retenu dissocie donc l'outil industriel, regroupé à Suze-la-Rousse, des marques et des circuits, maintenus distincts.
Les premiers chantiers du rapprochement
Trois axes ont été annoncés.
→ L'amélioration de la qualité de production sur le site de Saint-Maurice.
→ La création d'IGP communes aux deux caves.
→ La valorisation des côtes-du-rhône villages suze-la-rousse, rochegude, saint-maurice et valréas, ainsi que du cru vinsobres.
Ces éléments sont présentés comme les prémices d'une politique de vente plus affirmée.
Repères sur les appellations concernées
Le portefeuille issu de la fusion couvre plusieurs dénominations géographiques complémentaires de l'AOC côtes-du-rhône villages, dont le rendement de base est fixé à 41 hectolitres par hectare, contre 44 pour le côtes-du-rhône villages sans dénomination.
Saint-Maurice-sur-Eygues, Rochegude et Valréas figurent parmi les premières communes classées en côtes-du-rhône villages, en novembre 1966. Les surfaces revendiquées y sont modestes : de l'ordre de 135 hectares pour Rochegude et pour Saint-Maurice, près de 480 hectares pour Valréas.
La dénomination Suze-la-Rousse est plus récente. Elle a été reconnue par arrêté du 16 novembre 2016, publié au Journal officiel le 25 novembre suivant, en même temps que Sainte-Cécile et Vaison-la-Romaine. Elle est réservée aux vins rouges et s'étend sur quatre communes : Suze-la-Rousse, Bouchet et Tulette dans la Drôme, Bollène dans le Vaucluse. L'aire parcellaire délimitée couvre environ 2 600 hectares, mais la surface effectivement revendiquée reste limitée, de l'ordre de 190 hectares en 2025.
Vinsobres, classé en côtes-du-rhône villages en 1966, a été élevé au rang de cru des Côtes du Rhône par décret de février 2006, avec effet rétroactif sur la récolte 2004. Il s'agit du premier cru de la Drôme provençale. Le cahier des charges homologué en 2026 y ouvre la production de vins blancs, jusqu'alors limitée aux rouges.
L'UVCDR, cadre commun des deux coopératives
Les deux caves sont adhérentes de l'Union des vignerons des Côtes du Rhône, dont le siège est à Tulette et dont la marque Cellier des Dauphins constitue le principal actif commercial. L'union revendique environ 2 000 familles de vignerons et 12 000 hectares de vignes sur une vingtaine d'appellations rhodaniennes. Elle fédère aujourd'hui onze caves coopératives, contre treize au milieu des années 2010.
Les comptes de l'union font apparaître une érosion du chiffre d'affaires, de 67 millions d'euros en 2021 à 61 millions en 2024, assortie d'un net redressement des marges avec un excédent brut d'exploitation de près de 2 millions en 2024.
L'union a connu plusieurs départs de caves adhérentes sur la période récente, notamment celui de la cave de Cécilia, effectif à partir de la récolte 2020, et celui de Rochegude, annoncé de longue date. Le périmètre des apports constitue un sujet récurrent : les caves membres ne lui livrent historiquement qu'une part de leur production, ce que confirme la proportion de 30 % relevée à Suze-la-Rousse.
Un vignoble rhodanien sous contrainte économique
L'opération s'inscrit dans un contexte de marché dégradé. Les coûts de production en côtes-du-rhône ont été évalués à plus de 150 euros par hectolitre, hors frais de vinification, pour des rendements ramenés sous les 40 hectolitres par hectare. Les cours du vrac se situaient autour de 110 à 120 euros par hectolitre pour les côtes-du-rhône rouges, environ 190 euros pour les blancs et de l'ordre de 210 euros pour les villages rouges. L'écart entre le coût de revient et le prix de marché explique l'essentiel des difficultés rencontrées par les structures les plus exposées au vrac.
La vallée du Rhône figure parmi les bassins les plus touchés. Une évaluation des Vignerons Coopérateurs publiée fin 2024 situait à 50 % la proportion de caves rhodaniennes en difficulté, contre 40 % dans le Bordelais et 37 % en Occitanie. Avant la récolte 2025, La Coopération Agricole estimait à une centaine, sur environ 550, le nombre de caves coopératives en difficulté à l'échelle nationale, les régions les plus concernées étant l'Occitanie, la vallée du Rhône, la Provence et le Bordelais.
Une concentration coopérative déjà engagée dans le bassin
Le mouvement n'est pas nouveau dans la Drôme et le nord du Vaucluse. Rhonéa, née en 2014 de la fusion des caves de Vacqueyras et de Beaumes-de-Venise, a absorbé en 2019 le Cercle des vignerons du Rhône, qui réunissait les caves de Rasteau, Visan et Sablet. L'ensemble a alors été présenté comme le deuxième groupe coopératif de la vallée du Rhône, avec 123 000 hectolitres et un chiffre d'affaires de 54 millions d'euros.
Rapporté à ces précédents, le rapprochement Suze-la-Rousse / Saint-Maurice relève d'une autre échelle. Il ne crée pas un pôle régional mais consolide une cave moyenne par absorption d'une structure devenue trop petite pour amortir ses charges fixes. C'est le type d'opération que le rapport du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux consacré à la restructuration des caves coopératives décrit comme majoritaire, tout en relevant que l'addition de surfaces et d'adhérents ne suffit pas, à elle seule, à restaurer l'équilibre économique lorsque les apports continuent de se contracter.
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Roussillon : la fin d'un cycle pour la coopération viticole (23 août 2026)
Sources
Briefing presse fourni, rubrique France, signé Emmanuel Brugvin
Vitisphere, « "Nous avons été les seuls à leur proposer un projet équilibré" : 2 coopératives drômoises en voie de fusion », septembre 2026 (Olivier Bazalge)
Vitisphere, « Cécilia quitte le Cellier des Dauphins »
Vitisphere, « Difficultés pour 20 % des caves coopératives françaises : 50 % dans le Rhône, 40 % à Bordeaux, 37 % en Occitanie… », 31 octobre 2024 (Alexandre Abellan)
Réussir Vigne, « En côtes-du-rhône, des coûts de production supérieurs à 150 €/hl »
Réussir Vigne, « Concentrations de coopératives viticoles en série dans le Vaucluse »
Rayon Boissons, « Juliette Allain prend la direction générale de la cave coopérative La Suzienne dans les côtes-du-rhône », 6 janvier 2022 (Chantal Sarrazin)
Rayon Boissons, « Rhonéa et le Cercle des Vignerons du Rhône scellent leur union »
Pleinchamp, « Caves coopératives : comment sortir du pronostic vital ? »
CGAAER, « Mission d'appui à la restructuration des caves coopératives viticoles », rapport n° 25066, décembre 2025
INAO, cahier des charges de l'AOC Côtes du Rhône Villages ; cahier des charges de l'AOC Vinsobres, décret du 15 février 2006
Inter Rhône / cotesdurhone.com, fiches des dénominations géographiques
Pappers et Societe.com, fiches LA SUZIENNE (SIREN 301 169 850), CAVE DES COTEAUX DE SAINT MAURICE (SIREN 779 449 818), UVCDR (SIREN 302 558 622), EURL CAVEAU LA SUZIENNE (SIREN 401 687 512)
Union des Vignerons des Côtes du Rhône, site institutionnel
Ventoux Magazine, « Vaison, Sainte-Cécile et Suze-la-Rousse : 3 nouveaux Côtes-du-Rhône villages avec noms de communes », décembre 2016