samedi 12 septembre 2026

Cavistes : crise, concentration et recomposition d'un circuit sous tension

Maison Nicolas a racheté une cave indépendante des Yvelines cet été. L'opération s'inscrit dans un mouvement plus large : le circuit spécialisé encaisse la déconsommation de vin, les réseaux sous enseigne gagnent des parts de marché et développent leur parc et reprennent des fonds indépendants.

Une reprise discrète dans les Yvelines

La Cave Ovilloise, installée 20 avenue Carnot à Houilles (Yvelines), a changé de mains cet été. L'EURL a cédé son fonds de commerce aux Établissements Nicolas.

Créée en 2002, la cave était gérée depuis 2016 par Christian Garat, 66 ans. Elle avait été franchisée Intercaves jusqu'en 2023 et disposait à ce titre du mobilier de l'enseigne. Elle propose en moyenne plus de 550 références de vins, champagnes et spiritueux. Son emplacement en centre-ville correspond au positionnement des caves de Maison Nicolas.

Un circuit qui a encaissé le choc de 2024

Les données de conjoncture décrivent un recul marqué, suivi d'une stabilisation. Selon l'institut Circana, le chiffre d'affaires des cavistes et caves à bières a reculé de 3,9 % en 2024, puis de 0,6 % seulement en 2025. En cumul annuel mobile à fin mars 2026, il progresse de 1,64 %. Ces chiffres proviennent de la remontée des transactions de 250 000 détenteurs d'une application bancaire de gestion de comptes.

La BPCE aboutit à un constat voisin dans son *Baromètre Digital & Payments*, établi à partir de plus de 20 millions de cartes bancaires. Pour 2025, la banque relève une hausse de 1 % des dépenses chez les cavistes, portée par les plus de 45 ans, qui représentent désormais près de 60 % du marché.

Cette résistance relative contraste avec la toile de fond. L'Organisation internationale de la vigne et du vin a estimé la consommation mondiale de vin à 208 millions d'hectolitres en 2025, en repli de 2,7 % sur un an et au plus bas depuis 1957. Le recul atteint 14 % depuis 2018. La France, premier marché de l'Union européenne, y contribue avec 22 millions d'hectolitres, en baisse de 3,2 %.

L'environnement général des défaillances reste dégradé. Altares Dun & Bradstreet a recensé 18.986 ouvertures de procédures collectives au premier trimestre 2026, en hausse de 6,4 %, dont 2?209 chez les détaillants (+3,7 %). Le deuxième trimestre s'établit à 17.486 procédures, soit 71.600 défauts sur douze mois glissants. Le cabinet écarte l'héritage sanitaire comme facteur explicatif et cite une demande intérieure atone, des coûts d'exploitation élevés et des trésoreries sollicitées.

Un parc atomisé, des réseaux qui gagnent du terrain

Le commerce de détail de boissons en magasin spécialisé relève du code NAF 47.25Z. Le cabinet EPSIMAS estime le chiffre d'affaires de cette sous-classe à plus de 2,6 milliards d'euros en 2025. Le nombre de points de vente fait l'objet d'estimations divergentes, comprises entre 5.700 et 6.800 selon les sources et les périmètres retenus. L'ordre de grandeur communément avancé fin 2025 est d'environ 6.000 cavistes.

La structure du parc constitue la donnée la plus stable. Les indépendants représentent encore environ 75 % des points de vente. Les réseaux sous enseigne captent le quart restant, une proportion en progression. Leurs atouts sont la notoriété de marque, la logistique mutualisée et la centralisation des achats.

Le Syndicat des Cavistes Professionnels, créé en 2011, demeure l'unique organisation représentative de la profession. Il fédère indépendants, franchisés et chaînes intégrées. Depuis le 1er janvier 2022, les cavistes immatriculés sous le code 4725Z relèvent de la convention collective nationale des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé.

Le basculement du leadership

Le *Panorama des enseignes* publié par *Cavistes & Co* en septembre 2026 acte un changement de hiérarchie. V and B a dépassé Maison Nicolas en chiffre d'affaires en 2025, après un recul des ventes de l'ancien leader de 6 % en 2024 puis de 5 % en 2025. V and B devançait déjà Maison Nicolas de longue date sur la surface commerciale cumulée.

V and B poursuit son expansion. L'enseigne mayennaise, créée en 2001 à Château-Gontier par Jean-Pierre Derouet et Emmanuel Bouvet, a ouvert six établissements depuis le début de l'année 2026 : le 291e à Saint-Martin-Boulogne (Pas-de-Calais) en juin, le 292e à Sérignan (Hérault) en juillet, le 293e à Carcassonne (Aude) le 15 juillet, puis le 294e à Digoin (Saône-et-Loire) en septembre. Le modèle associe cave et bar dans un même point de vente. En 2022, le réseau comptait 255 magasins pour 180 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Maison Nicolas conserve le premier parc du circuit avec 565 points de vente en France et à l'international, dont environ 70 en franchise. Les répartitions publiées varient selon les sources et les dates : 490 magasins en métropole et environ 80 en outre-mer et à l'étranger en avril 2025, 474 en France et 91 à l'international en octobre 2025, 479 en France et 86 à l'international mi-2026, pour un chiffre d'affaires consolidé de 300 millions d'euros. Près des deux tiers des implantations françaises se situent en Île-de-France.

Un plan de transformation engagé fin 2025

L'enseigne du groupe Castel a changé de direction générale le 17 avril 2025 avec la nomination de Cathy Collart Geiger, ancienne présidente de Picard Surgelés, passée par Auchan, Intermarché et Boulanger. Elle succède à Eudes Morgan, qui dirigeait le réseau depuis 2011 et dont le départ, au dernier trimestre 2024, avait été suivi d'un intérim assuré par le président Alain Castel.

En octobre 2025, Nicolas est devenu Maison Nicolas. Le rebranding a été confié à l'agence 181°, la nouvelle signature étant « Source de convivialité depuis 1822 ». Le plan de transformation court sur cinq ans. Il vise le recrutement de 5 % de nouveaux clients par an, un retour à la croissance dès 2026 et une vingtaine d'ouvertures annuelles en France, en ciblant le Nord, la Bretagne et l'Est.

La direction assume un diagnostic de décroissance structurelle. « On est sur un marché de décroissance structurelle, la consommation de vin diminuant depuis 60 ans », indiquait Cathy Collart Geiger à l'automne 2025. Elle estime toutefois que le retrait de la grande distribution du linéaire vin libère des parts de marché pour les spécialistes. La baisse anticipée de la consommation de vin en France est évaluée entre 17 et 25 % sur la prochaine décennie.

La stratégie de petits prix engagée au printemps 2025 sur 150 produits a été abandonnée au profit d'un élargissement des gammes accessibles, notamment sur les champagnes à moins de 30 euros et les crémants autour de 10 euros. Le groupement d'agences WNP et Interruption a été retenu début 2026 pour le nouveau territoire de communication, avec une première campagne nationale déployée à compter du printemps. Le nouveau concept de magasin, développé avec l'agence Malherbe, a été inauguré le 26 juin 2026 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), en phase de test avant déploiement.

La reprise de fonds indépendants comme levier de croissance

Le rachat de la Cave Ovilloise n'est pas isolé. Les annonces légales font apparaître plusieurs acquisitions de fonds de commerce par les Établissements Nicolas ces dernières années, dont la Cave J.R.C. à Quimper (Finistère) en 2024, et un établissement situé avenue de la République à Montgeron (Essonne).

Le mécanisme n'est pas propre à Maison Nicolas. Le Repaire de Bacchus a acquis en juin 2026 un fonds situé avenue du Général-Leclerc à Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), magasin ouvert en juillet. L'enseigne avait ouvert à Fontenay-sous-Bois en septembre 2025. Cavavin combine ouvertures et reprises d'établissements existants. Comptoir des Vignes a enregistré trois changements de propriétaire à l'intérieur de son réseau sur la seule année 2024.

La démographie de la profession place un nombre croissant d'exploitants en situation de transmission. La pression sur les marges réduit parallèlement la capacité des indépendants isolés à absorber leurs coûts de structure, dans un contexte où la grande distribution utilise le vin comme produit d'appel. Pour les réseaux, la reprise d'un fonds existant présente un avantage sur la création : elle sécurise un emplacement, une clientèle et un chiffre d'affaires établi.

L'adossement à l'amont, trame de fond du circuit

La structure capitalistique des principaux réseaux révèle une intégration verticale ancienne entre production, négoce et distribution de détail.

Maison Nicolas appartient au groupe Castel depuis 1988. Le Repaire de Bacchus, fondé en 1983 par Dominique Fenouil, est passé sous le contrôle de la COFEPP, holding du groupe La Martiniquaise dirigé par Jean-Pierre Cayard, en 2009. Le même groupe détient le site Wine and Co, sur lequel le caviste a basculé ses ventes en ligne. Inter Caves, créé en 1978 et développé en franchise dès 1983, a été repris en 2011 par la Maison Richard, entreprise familiale de production et de distribution de vins auprès de la restauration, propriétaire de huit domaines en Bordelais, Beaujolais et vallée du Rhône. Comptoir des Vignes a été créé en 2009 par C10, groupement de distributeurs de boissons pour les cafés, hôtels et restaurants.

Cavavin fait exception à ce schéma. Le réseau, créé en 1985 à La Baule par Michel Bourel et passé en franchise en 1996, reste contrôlé par la famille fondatrice via la holding Witradis. Il est dirigé depuis 2016 par Olivier Mermuys, gendre du fondateur et actuel président de la Fédération française de la franchise.

Un maillage qui continue de se densifier

Malgré la contraction du marché, les ouvertures se poursuivent. Cavavin a inauguré en juin 2026 sa 170e cave en France, la 9e à Paris, puis en juillet sa 23e cave d'Île-de-France à Vincennes. Le réseau revendique environ 180 points de vente en incluant l'international, avec une présence dans une dizaine de pays sur trois continents. La Vignery, format intermédiaire entre le caviste de centre-ville et la grande surface avec plus de 3.500 références, a ouvert son 25e magasin à Saint-Quentin (Aisne) en juin 2026. Inter Caves exploite environ 85 magasins. Comptoir des Vignes a franchi le cap des 58 unités fin 2024 et visait 60 en 2025.

Cette dynamique s'exerce sur un marché où le vin perd du terrain en linéaire de grande distribution. Les arbitrages de surface y jouent au détriment des vins tranquilles et au profit des bières et des spiritueux. Le retrait partiel de la grande distribution constitue l'un des paris explicites du plan de Maison Nicolas.

Les signaux de fréquentation se redressent

Le baromètre SOWINE/Dynata 2026, réalisé en décembre 2025 auprès d'un échantillon représentatif de la population métropolitaine, fait apparaître un retour vers le circuit spécialisé. La grande distribution reste le premier lieu d'achat de vin, citée par 84 % des sondés, en hausse d'un point. Les cavistes progressent de six points, à 44 %. L'achat direct au producteur recule d'un point, à 21 %.

Le même baromètre relève une érosion de la base d'acheteurs. La proportion de personnes déclarant avoir acheté du vin dans l'année s'établit à 77 %, en recul de trois points. La part des acheteurs occasionnels progresse de deux points, à 37 %, au détriment des consommateurs réguliers. Le poids des non-consommateurs de boissons alcoolisées atteint 18 %, en hausse d'un point, avec une progression plus marquée chez les hommes.

Le canal numérique gagne du terrain. L'achat de vin en ligne concerne 39 % des sondés, en progression de cinq points. Les sites de cavistes arrivent en tête des canaux en ligne avec 33 %, devant la grande distribution à 32 % et les sites de producteurs à 31 %.

Le goût s'installe comme première motivation de consommation, à 41 %, devant l'accompagnement du repas. Le vin demeure la boisson alcoolisée préférée des Français, cité par 52 % d'entre eux, devant la bière à 51 % et le champagne à 34 %, ces trois catégories reculant sur un an. Chez les 18-25 ans, les cocktails deviennent la boisson la plus citée, à 46 %.

Perspectives : diversification des gammes et hybridation des formats

L'élargissement des assortiments est le mouvement le plus visible. Maison Nicolas a annoncé vouloir préempter le marché du sans alcool, en s'appuyant sur la gamme Nephalia lancée par Castel, et teste l'introduction de références hors boissons alcoolisées. Le segment no-low progresse : 29 % des Français déclaraient en consommer en 2025, dont 45 % des 18-25 ans. Les bières et les spiritueux occupent une place croissante dans les caves, à l'image du modèle V and B où la bière a historiquement représenté la moitié du chiffre d'affaires.

L'hybridation des formats suit la même logique. Le modèle associant vente à emporter et consommation sur place, porté par V and B, s'est diffusé dans le circuit. Le format cave-bar transforme le point de vente en lieu de fréquentation de quartier et allonge la plage d'ouverture. La dégustation sur place était déjà proposée par près d'un quart des cavistes selon les relevés du SCP.

Le canal numérique complète le dispositif. Maison Nicolas prévoit le lancement d'une application mobile et le développement de la livraison. Les sites de cavistes font désormais jeu égal avec ceux de la grande distribution auprès des acheteurs en ligne. L'influence des créateurs de contenu progresse : 47 % des abonnés déclarent tenir compte de leurs recommandations, en hausse de huit points.

Le circuit caviste se recompose donc davantage qu'il ne se contracte. Le nombre de points de vente se maintient, la part des réseaux augmente, et la reprise de fonds indépendants par les enseignes intégrées ou franchisées devient un mode de croissance courant.

Sources
Cavistes & Co, « Maison Nicolas rachète la Cave Ovilloise », 7 septembre 2026
Cavistes & Co, « V and B détrône Maison Nicolas de son titre de leader du circuit cavistes », 7 septembre 2026
Cavistes & Co, « Le CA des cavistes aurait résisté en 2025 et se reprendrait en 2026 », 18 mai 2026
Cavistes & Co, « Comptoir des Vignes en croissance douce en 2024 »
Cavistes & Co, « Cavavin ouvre sa 9e cave à Paris, la 170e en France », juin 2026
Cavistes & Co, « À Vincennes, Cavavin ouvre sa 23e cave en Île-de-France », juillet 2026
Cavistes & Co, « Avec la cave de Saint-Quentin, La Vignery ouvre son 25e magasin », juin 2026
Cavistes & Co, « Le Repaire de Bacchus s'installe à Ozoir-la-Ferrière », juillet 2026
Bodacc A n° 20260148 du 6 août 2026 (cession Cave Ovilloise / Établissements Nicolas)
Bodacc A n° 20240088 du 5 mai 2024 (cession Cave J.R.C., Quimper)
Vitisphere, « Les cavistes Nicolas actent la "décroissance structurelle" du vin sans renoncer à leur croissance », octobre 2025
Vitisphere, « Cathy Collart Geiger dirige les 565 cavistes Nicolas », avril 2025
Vitisphere, « 7 tendances de consommation du vin en France », mars 2026
Vitisphere, « Jean-Pierre Cayard reprend en main le Repaire de Bacchus »
Vitisphere, « Le Repaire de Bacchus bascule ses ventes de vin en ligne sur Wine and Co »
Vitisphere, « -3 mètres de linéaire de vins tranquilles, +3 pour les spiritueux, +6 pour les bières… »
LSA Conso, « Nicolas devient Maison Nicolas : Cathy Collart Geiger engage un plan de transformation du caviste »
LSA Conso, « Commerce : les défaillances d'entreprise en forte hausse au premier trimestre 2026 »
Rayon Boissons, « Cathy Collart Geiger prend la tête du réseau Nicolas », 17 avril 2025
Stratégies, « Le caviste Nicolas se rebaptise Maison Nicolas et part à l'offensive sur le marché », octobre 2025
Stratégies, « L'enseigne de cavistes Maison Nicolas sélectionne les agences WNP et Interruption », février 2026
Franchise Magazine, « À Saint-Ouen, l'enseigne bicentenaire Maison Nicolas teste son nouveau concept de cave », 1er juillet 2026
Franchise Magazine, « L'enseigne Nicolas nomme une directrice générale pour renforcer son développement »
AFP / Boursorama, « Le caviste Nicolas (groupe Castel) recrute une nouvelle directrice générale », 17 avril 2025
AFP, « La consommation mondiale de vin a continué de décliner en 2025, de 2,7 %, selon l'OIV », 12 mai 2026
Altares Dun & Bradstreet, étude Défaillances et sauvegardes d'entreprises, premier trimestre 2026, 14 avril 2026
Altares Dun & Bradstreet, étude Défaillances et sauvegardes d'entreprises, deuxième trimestre 2026
Baromètre SOWINE / Dynata 2026
EPSIMAS, « Le marché des cavistes en France », mars 2026
Syndicat des Cavistes Professionnels, « État des lieux » et « Qui sommes-nous »
Toute-la-Franchise, « 2023, une année significative pour Inter Caves »
Le Journal des Entreprises, « À Guérande, l'enseigne de franchises Cavavin prend goût à l'international »







Bordeaux : Laurent Marti rachète le Château du Taillan - la famille Cruse se retire du Haut-Médoc après cent trente ans

Laurent Marti, président de l'Union Bordeaux Bègles et PDG du groupe textile Kariban / Top-Tex, a acquis début septembre 2026 le Château du Taillan, cru bourgeois exceptionnel en AOC Haut-Médoc. La propriété appartenait à la famille Cruse depuis 1896. L'opération intervient six mois après le rachat par le même acquéreur du Château Picque Caillou, en AOP Pessac-Léognan. Le montant de la transaction n'a pas été communiqué.

Une propriété familiale depuis quatre générations

Le Château du Taillan, situé au Taillan-Médoc à une dizaine de kilomètres de Bordeaux, est entré dans le patrimoine de la famille Cruse en 1896, année de son acquisition par Henri Cruse. La propriété s'est transmise de génération en génération jusqu'à la quatrième, où cinq sœurs en sont devenues copropriétaires. Armelle Cruse en assurait la gestion opérationnelle.

La cession est l'aboutissement de trois années de discussions familiales. Armelle Cruse a indiqué à Vitisphere que sur les cinq propriétaires, quatre étaient dormantes et une seule active, et que la propriété nécessitait un appui financier que la famille n'était plus en mesure d'apporter. Elle a résumé sa position par la formule « J'ai le cœur brisé ».

Tatiana Falcy, fille d'Armelle Cruse et membre de l'équipe depuis cinq ans, poursuit son activité au domaine. Armelle Cruse a précisé qu'elle resterait présente au château jusqu'à la fin du mois d'octobre 2026.

Un domaine de cent hectares, un vignoble d'une trentaine

Le Château du Taillan s'étend sur un ensemble d'environ cent à cent dix hectares d'un seul tenant, réunissant vignes, bois et prairies. Les surfaces plantées varient selon les sources : Armelle Cruse évoque une vingtaine d'hectares de vignes, plusieurs médias régionaux retiennent vingt-quatre hectares, d'autres avancent vingt-six à vingt-huit hectares, dont environ deux hectares de blanc.

Le vin rouge est produit en AOC Haut-Médoc. Le domaine élabore également une cuvée blanche, La Dame Blanche, issue d'une parcelle de sauvignon, ainsi qu'un rosé. Ces vins ne relèvent pas de l'appellation Haut-Médoc, réservée aux rouges, ce qui explique une partie des écarts de surface relevés entre les sources.

Le château, bâti au XVIIIe siècle sur les vestiges d'un édifice antérieur, est également connu sous le nom de château de la Dame Blanche. Ses façades et toitures ainsi que son chai ont été inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 23 novembre 1964. Le retable en pierre situé dans le parc a été classé par le même arrêté. Les chais voûtés, datés des XVIe et XVIIe siècles, comportent une partie souterraine.

L'activité œnotouristique constitue une composante significative du modèle : Armelle Cruse fait état de plus de dix mille visiteurs par an.

Un cru bourgeois exceptionnel classé en 2020 et en 2025

Le Château du Taillan figure parmi les quatorze crus bourgeois exceptionnels du classement 2025 des Crus Bourgeois du Médoc, dévoilé le 10 février 2025 lors de Wine Paris. Il s'agit de sa deuxième distinction à ce niveau depuis la refonte quinquennale du classement, le domaine ayant déjà été retenu dans la catégorie exceptionnelle en 2020.

Le classement 2025 réunit 170 châteaux, contre 249 en 2020, soit un recul de 32 %. Il se répartit en 120 crus bourgeois, 36 crus bourgeois supérieurs et 14 crus bourgeois exceptionnels. Le contingent des exceptionnels est resté stable entre les deux éditions, quand les mentions cru bourgeois et cru bourgeois supérieur ont reculé respectivement de 33 % et de 36 %. L'ensemble représente 22 % de la production médocaine, contre 31 % cinq ans plus tôt.

Selon Armelle Cruse, Laurent Marti s'est engagé à maintenir la propriété dans le classement.

Le profil de l'acquéreur

Né en 1967 à Bergerac, Laurent Marti a racheté en 1994 la société toulousaine IPC Distribution, rebaptisée Top Tex, puis créé la marque propre Kariban en 1997. Le groupe, spécialisé dans la distribution B to B de textile promotionnel et personnalisable, est implanté à Villeneuve-lès-Bouloc, en Haute-Garonne.

Les données financières publiées font état pour Kariban Group d'un chiffre d'affaires de 247 millions d'euros en 2025, contre 186 millions en 2024. Le dirigeant communique de son côté sur un périmètre de 450 collaborateurs et 285 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Laurent Marti préside l'Union Bordeaux Bègles depuis 2007 et occupe la vice-présidence de la Ligue nationale de rugby.

Picque Caillou en mars, Le Taillan en septembre

L'acquisition du Château du Taillan constitue le deuxième investissement viticole de Laurent Marti en six mois. En mars 2026, il avait repris le Château Picque Caillou, à Mérignac, domaine d'environ vingt-cinq hectares en AOP Pessac-Léognan, l'un des rares vignobles situés à l'intérieur de la rocade bordelaise. Le dirigeant a déclaré à Sud Ouest avoir cherché et visité des propriétés pendant onze ans avant cette première opération.

Le programme annoncé pour Picque Caillou porte sur la rénovation du bâti, l'agrandissement du cuvier et du chai à barriques, et le développement de l'œnotourisme, sous la direction technique de Stéphane Dief.

Le contexte foncier médocain est orienté à la baisse. Lors des matinales de l'immobilier organisées en novembre 2025 à Bordeaux, le cabinet dirigé par Rodolphe Wartel indiquait que les segments Bordeaux, Côtes et Médoc décrochaient nettement, le reste du vignoble se maintenant. Il relevait début 2026 que les acquéreurs disposaient d'un rapport de force favorable et prenaient davantage de temps, et que les acheteurs recherchant cinquante hectares ou plus pour un projet exclusivement viticole se faisaient rares.

Armelle Cruse quitte la présidence de l'Alliance des crus bourgeois

La cession entraîne le départ d'Armelle Cruse de la présidence de l'Alliance des Crus Bourgeois du Médoc, annoncé le 5 septembre 2026. Elle avait été élue au printemps 2025, après la démission de Franck Bijon, directeur général des vignobles de Larose, consécutive à la sortie du classement 2025 des quatre propriétés du groupe Allianz qu'il dirigeait. Marie Vialard et Pierre Cazeneuve avaient alors été élus vice-présidents.

Armelle Cruse a indiqué qu'elle présiderait le prochain conseil d'administration et qu'un appel à candidatures serait lancé pour sa succession.

L'association engage parallèlement une réflexion de restructuration. Sur 170 châteaux classés, une centaine seulement serait à jour de ses cotisations. Armelle Cruse évoque une réduction de la voilure et un redimensionnement du syndicat au regard du nombre d'adhérents. L'Alliance a déjà réduit ses budgets depuis un an, diminué les moyens consacrés à la promotion et recentré son action sur la défense de la mention historique cru bourgeois.

Sources
Vitisphere, Sud Ouest, Terre de Vins, Le Journal des Entreprises, Bouger à Bordeaux, Vert de Vin, Vinabox, Jane Anson – Inside Bordeaux, Pappers, base Mérimée / Monumentum, Alliance des Crus Bourgeois du Médoc (dossier de presse classement 2025), communications LinkedIn d'Armelle Cruse et de Laurent Marti.




Muscadet : le Domaine Louis Métaireau Grand Mouton repris par Jérémie Huchet et le véhicule d'investissement Triskell

Le Domaine Louis Métaireau Grand Mouton, à Saint-Fiacre-sur-Maine (Loire-Atlantique), change de propriétaires. La propriété est reprise par un groupement associant Jérémie Huchet, vigneron au Domaine de la Chauvinière à Château-Thébaud, et Triskell, structure d'investissement constituée par trois entrepreneurs du vignoble nantais : Jocelyn Douillard, Jean-Philippe Leray et Régis Legendre. L'opération porte sur 14,5 hectares de melon. B. Julien Rossignol, qui avait repris le domaine en 2019, conserve environ 5 hectares de vignes et poursuit son activité sous le nom de Lièvre de Saint-Georges.

Un domaine fondateur du muscadet moderne

Le Domaine du Grand Mouton est adossé au lieu-dit des Gras Moutons, à Saint-Fiacre-sur-Maine, entre la Sèvre et la Maine. Louis Métaireau y a bâti à partir des années 1970 l'une des références de l'appellation Muscadet Sèvre-et-Maine. Il figure parmi les producteurs associés au mouvement des « vignerons d'art », qui ont contribué à repositionner le muscadet sur un registre qualitatif au cours de la seconde moitié du XXe siècle. La pratique de l'élevage sur lies prolongé, revendiquée par ce groupe, a précédé la reconnaissance de la mention « sur lie » dans le cahier des charges de l'appellation.

Le vignoble repose sur un socle métamorphique de gneiss, de grenat et d'amphibolite. Les parcelles les plus anciennes ont été plantées en 1937 et 1942. La gamme historique comprend les cuvées Petit Mouton, Carte Noire, Grand Mouton et One, cette dernière issue des seules vignes de 1937. Le domaine est distribué à l'export, notamment aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni.

Marie-Luce Métaireau, fille du fondateur, et son mari Jean-François Guilbaud ont assuré la continuité familiale avant la transmission de 2019.

La séquence Rossignol : 2019-2026

Laure et Julien Rossignol, tous deux ingénieurs agronomes, ont repris le domaine en novembre 2019, sur un périmètre alors décrit comme proche de 23 hectares.

Le couple a engagé la conversion du vignoble en agriculture biologique, avec une certification annoncée pour le millésime 2024, ainsi qu'une campagne d'arrachage et de complantation, le renouvellement de la cuverie en vue de produire des crus communaux et des vins natures, et un projet d'accueil œnotouristique.

En 2023-2024, le financement d'une extension foncière a été réalisé par voie de groupement foncier viticole. Terra Hominis a structuré le GFV « Le Lièvre de Saint-Georges », portant sur 5,5996 hectares répartis en deux îlots : le premier à Maisdon-sur-Sèvre, jusqu'alors exploité en fermage et destiné au cru Château-Thébaud ; le second à Saint-Fiacre-sur-Maine, destiné à sécuriser la production en cru Monnières-Saint-Fiacre. Les parts ont été commercialisées à 1 620 euros et le projet est affiché comme complet. Terra Hominis a fait état de 135 associés à la clôture.

Le périmètre de l'opération

La reprise porte sur 14,5 hectares de melon B. Les deux tiers de cette surface sont constitués de vieilles vignes. Les repreneurs prévoient de les complanter et de les conduire en agriculture biologique.

Julien Rossignol conserve environ 5 hectares. Ces parcelles correspondent au périmètre acquis avec le concours de Terra Hominis. Le domaine qu'il continue d'exploiter porte désormais le nom de Lièvre de Saint-Georges, dénomination déjà utilisée par le GFV constitué avec les associés.

L'ambition affichée par les repreneurs est de « retrouver l'ADN de Louis Métaireau, pionnier dans la recherche de valeur ajoutée en muscadet ». Le montant de la transaction n'a pas été communiqué.

Les repreneurs : un vigneron établi et un véhicule d'investissement local

Jérémie Huchet a repris en 2001 le domaine familial de la Chauvinière, à Château-Thébaud, exploité par les Huchet depuis 1946. La même année, il a acquis le Clos Les Montys, au château de Goulaine, dont certaines vignes datent de 1914. Il exploite en fermage le château de la Bretesche depuis 2006. Son vignoble est réparti sur quatre terroirs : le granite de Château-Thébaud, le gneiss à deux micas de Monnières-Saint-Fiacre, les amphibolites et méta-gabbros de Goulaine et le granite de Clisson. La conversion en agriculture biologique a été engagée en 2010. Les surfaces déclarées varient selon les sources, entre 57 et 70 hectares.

Triskell est une société par actions simplifiée immatriculée le 17 octobre 2021, dont le siège est fixé à Cugand (Vendée) et le capital à 125 000 euros. Jocelyn Douillard en est le président. Ancien dirigeant du groupe familial Douillard, spécialisé dans le transport sanitaire et cédé à Keolis en 2017, il s'est associé à Régis Legendre, président du constructeur de matériel agricole Lucas G, et à Jean-Philippe Leray, président de Dome Solar.

Le même véhicule a porté un investissement hôtelier à Clisson. L'hôtel Rivella, établissement trois étoiles de 63 chambres ouvert le 12 janvier 2026 dans un bâtiment de 1860 entièrement rénové, représente un investissement de 6,5 millions d'euros. Le tour de table associe les trois entrepreneurs de Triskell et Anne Raguideau, dirigeante du groupe hôtelier Sofira.

Un projet orienté crus communaux et œnotourisme

Les propos de Jérémie Huchet rapportés par la presse spécialisée anglophone en avril 2026 décrivent une approche revendiquée comme bourguignonne plutôt que bordelaise : des vins parcellaires issus de petites surfaces, dont un cru communal Monnières-Saint-Fiacre sur sols de gabbro. Le vignoble, déjà en conversion biologique, ferait par ailleurs l'objet de pratiques biodynamiques.

Les repreneurs prévoient la construction d'un chai et le développement d'équipements œnotouristiques sur la propriété. Cette orientation recoupe l'activité hôtelière portée par Jocelyn Douillard à Clisson, à une quinzaine de kilomètres.

Saint-Fiacre-sur-Maine relève de la dénomination géographique complémentaire Monnières-Saint-Fiacre au sein de l'AOC Muscadet Sèvre-et-Maine. Le cahier des charges de l'appellation a fait l'objet d'une homologation par arrêté du 26 novembre 2025, publié au Journal officiel du 29 novembre 2025.

Un vignoble en contraction et en segmentation

L'opération intervient dans un vignoble nantais en réduction continue. Les surfaces de l'appellation Muscadet sont passées de l'ordre de 16 000 hectares au milieu des années 1980 à environ 6 000 hectares aujourd'hui, selon les estimations disponibles. Les vignerons en activité se comptent désormais en centaines, contre plus d'un millier il y a quarante ans.

La campagne d'arrachage définitif engagée en 2025 a concerné 580 hectares et 110 exploitations dans le Nantais, selon la Fédération des vins de Nantes, qui indique que les demandeurs ont restructuré en moyenne moins de 5 hectares. La prime nationale s'établissait à 4 000 euros l'hectare. Le dispositif national d'arrachage définitif, doté de 120 millions d'euros, a enregistré près de 27 500 hectares de demandes à l'échelle nationale en février 2025.

La récolte 2024 a constitué un point bas historique pour l'appellation. Les volumes sont passés d'environ 275 000 hectolitres en 2023 à environ 150 000 hectolitres en 2024, sous l'effet d'un excès hydrique prolongé et d'un phénomène de filage de grande ampleur.

Le millésime 2026 a été marqué par une précocité inédite. La Fédération des vins de Nantes a publié le ban des vendanges le 11 août, date la plus précoce jamais enregistrée dans le vignoble nantais, le précédent record datant du 19 août 2003. Les prélèvements ont mis en évidence des baies plus petites, moins juteuses et une acidité en retrait. Jérémie Huchet a décrit un millésime riche et fruité.

En parallèle, les Vignerons Indépendants nantais ont lancé au printemps 2026 une nouvelle segmentation des muscadets, destinée à restaurer la rentabilité de l'appellation et à sécuriser la transmission des domaines.

Un vignoble qui attire des capitaux extérieurs

La reprise du Grand Mouton s'inscrit dans une séquence d'entrées de capitaux dans le Pays nantais. En octobre 2023, Billecart-Salmon est devenu actionnaire minoritaire du Domaine de Bellevue, exploité par Jérôme Bretaudeau à Gétigné, où un chai de 2 500 mètres carrés est en construction.

La mécanique est comparable : un vignoble dont le foncier reste accessible au regard des grandes appellations, une montée en gamme portée par les dénominations communales et des élevages longs, et des investisseurs régionaux ou extérieurs à la filière qui apportent la capacité d'investissement que la contraction des revenus viticoles a réduite.

Sources
Presse professionnelle et générale : article « Le Domaine Louis Métaireau Grand Mouton change de mains », Adeline Le Gal ; Cellar Tours, « Atlantic Cool, Precision Wines: The New Pays Nantais and the Rise of Muscadet Crus », Barnaby Eales, avril 2026 ; Le Journal des Entreprises, « Quatre entrepreneurs locaux s'associent pour ouvrir un nouvel hôtel à Clisson », janvier 2026 ; Le Journal des Entreprises, démarrage des vendanges 2023 ; Breizh-Info, « Vendanges 2026 : le Muscadet a vendangé le 11 août », 7 septembre 2026 ; France 3 Pays de la Loire, enquête sur l'arrachage dans le vignoble nantais ; Infos-Nantes, « Muscadet : 110 viticulteurs arrachent leurs vignes », juin 2025 ; Rayon Boissons, « Les Vignerons Indépendants nantais lancent une nouvelle segmentation des muscadets ».
Sources institutionnelles et professionnelles : Fédération des vins de Nantes ; INAO, cahier des charges de l'AOC Muscadet Sèvre et Maine homologué par arrêté du 26 novembre 2025 ; DRAAF Pays de la Loire, fiche filière vigne, février 2026 ; FranceAgriMer ; Assemblée nationale, question écrite n° 6194 sur le plan d'arrachage 2024-2025.
Sources d'entreprise : Terra Hominis, page du GFV Domaine Le Lièvre de Saint-Georges ; Vinea Transaction / Quatuor Vignobles, référence de cession 2019 ; jeremiehuchet.com ; muscadet-grandmouton.com ; Guide Hachette des Vins ; Gault&Millau ; The Wine Doctor ; Martine's Wines ; Pappers, fiches dirigeant et société Triskell (SIREN 904 431 228).




Rhum : Corby cède Lamb's à La Martiniquaise-Bardinet et au canadien Phildan pour 39,2 M$ CA

Corby Spirit and Wine Limited a annoncé le 5 août 2026 la signature d'un accord définitif portant sur la cession de la marque de rhum Lamb's. L'opération scinde les droits sur la marque entre deux acquéreurs distincts. Elle valorise l'ensemble à 39,2 millions de dollars canadiens.

Une cession à deux acquéreurs et deux périmètres géographiques

Le vendeur est Corby Spirit and Wine Limited, société cotée à Toronto (TSX : CSW.A et CSW.B). Le groupe français Pernod Ricard en est l'actionnaire de référence.
Deux entités se partagent la marque. Maison des Futailles, L.P., filiale du groupe canadien Phildan Inc., acquiert les droits pour l'Amérique du Nord. Glen Turner Company Limited, filiale de la Compagnie financière européenne de prise de participation (COFEPP) et composante du pôle La Martiniquaise-Bardinet, acquiert les droits pour le reste du monde.
Le périmètre cédé comprend la marque Lamb's, l'ensemble de la propriété intellectuelle associée et les stocks de produits détenus par Corby à la date de réalisation. La transaction a été approuvée par le conseil d'administration de Corby. Elle reste soumise aux ajustements d'usage.
Corby et ses sociétés affiliées assureront un accompagnement transitoire en matière de production et de distribution pour le compte des acquéreurs, pour une durée déterminée après la clôture.

Un montant de 39,2 M$ CA**

Le prix annoncé s'élève à 39,2 M$ canadiens. Selon les conversions retenues par la presse professionnelle, ce montant équivaut à environ 28 M$ américains et à environ 20,8 M£. Converti en euros, il représente de l'ordre de 24,3 M€.
Aucune ventilation du prix entre les deux acquéreurs n'a été communiquée.

Lamb's, une marque londonienne de 1849

Lamb's Navy Rum est un assemblage de rhums des Caraïbes, issus notamment de la Barbade, du Guyana, de la Jamaïque et de Trinidad. La marque revendique une création en 1849 par Alfred Lamb, négociant londonien, à partir d'un assemblage de dix-huit rhums.
L'appellation « navy rum » renvoie à la ration quotidienne de rhum distribuée aux marins de la Royal Navy, supprimée en 1970. Selon les sources encyclopédiques disponibles, Lamb's n'a jamais été un fournisseur officiel de la Royal Navy : la référence relève du positionnement de marque.
La maison Alfred Lamb & Son fusionne en 1946 avec deux concurrents londoniens pour former United Rum Merchants. En 1952, la société canadienne Corby Distilleries signe un accord d'embouteillage sous licence de la marque au Canada. Lamb's entre en 1984 dans le portefeuille d'Allied Lyons, devenu Allied Domecq, racheté par Pernod Ricard en 2005. Corby indique avoir acquis cette même année les droits internationaux sur la marque.

Le Royaume-Uni, principal marché international

Le Royaume-Uni constitue le premier marché de Lamb's hors Amérique du Nord. La marque y est référencée dans la grande distribution, notamment chez Tesco, Sainsbury's, Asda et Morrisons, ainsi qu'en circuit de proximité.
Selon des données NIQ arrêtées au 19 avril 2026 et citées par la presse britannique, les ventes off-trade de Lamb's au Royaume-Uni se sont établies à 23,2 M£ sur un an, stables par rapport à l'exercice précédent. La distribution était jusqu'ici assurée par Pernod Ricard UK, qui doit cesser cette activité au début de l'automne 2026.
Au Canada, Lamb's est présentée par l'acquéreur nord-américain comme l'une des marques de rhum les plus reconnues du pays. Les documents historiques de Corby situent sa force commerciale dans les provinces de l'Atlantique.

La Martiniquaise-Bardinet poursuit sa consolidation dans le rhum

Pour le groupe français, l'opération s'inscrit dans une séquence d'acquisitions soutenue. La Martiniquaise-Bardinet avait repris à Diageo, en janvier 2025, la marque de rhum vénézuélien Cacique, via sa filiale espagnole Bardinet S.A. Le groupe a ensuite pris, en juillet 2025, une participation majoritaire dans le producteur de gin anglais Warner's Distillery. Il a également acquis le néerlandais Hooghoudt, puis une participation de 40 % dans la société espagnole Street Liquors, propriétaire de la marque Plata o Plomo, en mai 2026. Le portefeuille s'est par ailleurs enrichi du cocktail sans alcool Sir James 101.
Christophe Pichambert, directeur international de La Martiniquaise-Bardinet, a présenté Lamb's comme une marque bien implantée au Royaume-Uni, complémentaire du portefeuille existant du groupe.
La Martiniquaise-Bardinet est un groupe familial fondé en 1934 par Jean Cayard, dirigé par la famille Cayard et établi à Charenton-le-Pont. Le groupe revendique un chiffre d'affaires supérieur à 1,4 milliard d'euros, plus de 55 filiales et sites de production, et une présence dans plus de 110 pays. Son portefeuille comprend notamment les whiskies Label 5, Sir Edward's, Cutty Sark et Glen Moray, la vodka Poliakov, les rhums Saint James, Negrita et Old Nick, ainsi que les brandies Bardinet.
Glen Turner Company Limited constitue le pôle écossais du groupe. La société exploite la distillerie de grain Starlaw, à Bathgate, ouverte en 2010, adossée à un site d'assemblage et d'embouteillage.
La holding COFEPP, contrôlée par la famille Cayard, avait par ailleurs pris le contrôle de Marie Brizard Wine & Spirits après autorisation sous conditions de l'Autorité de la concurrence en février 2019.

Phildan renforce son portefeuille de spiritueux au Canada

Phildan Inc., anciennement Groupe Dandurand, est une entreprise familiale canadienne fondée en 1968 et établie à Westmount, au Québec. Son activité couvre la représentation de marques, la production, l'embouteillage, le marketing et le commerce en ligne.
Le groupe avait acquis en 2022, aux côtés du Fonds de solidarité FTQ, le producteur et embouteilleur québécois Station 22, anciennement dénommé Maison des Futailles. C'est cette entité, sous sa dénomination juridique Maison des Futailles, L.P., qui porte l'acquisition des droits nord-américains sur Lamb's.
Hugues Gauthier, président de Phildan, a indiqué que l'opération renforce le portefeuille de marques du groupe et élargit sa présence dans la catégorie des spiritueux.

Corby recentre son portefeuille sur les RTD et les spiritueux premium

Corby présente la cession comme une décision de gestion de portefeuille. Le groupe indique vouloir concentrer ses ressources sur ses plateformes de croissance prioritaires, au premier rang desquelles les boissons prêtes à boire et les spiritueux premium. La transaction doit également libérer du capital pour des opportunités à rendement supérieur et simplifier le portefeuille.
Florence Tresarrieu, présidente et directrice générale de Corby depuis janvier 2026, a qualifié la cession de décision disciplinée de gestion de portefeuille, destinée à renforcer la situation financière de l'entreprise.
Corby conserve en propriété les whiskies canadiens J.P. Wiser's, la vodka Polar Ice et les marques de prêts-à-boire Cottage Springs et Nude. Le groupe distribue par ailleurs au Canada les marques internationales de Pernod Ricard, dont Absolut, Chivas Regal, Jameson et Jacob's Creek.
Le contexte commercial canadien a été favorable à Corby sur l'exercice écoulé. Le groupe a publié fin août 2026 une croissance organique annuelle de 11 %, soutenue par le retrait des spiritueux américains des rayons de la plupart des provinces. Il avait enregistré une croissance organique de 22 % au troisième trimestre de son exercice 2026, tirée par les prêts-à-boire. Corby a également annoncé fin août 2026 le renouvellement de son accord de distribution des marques Pernod Ricard au Canada.

Sources
Communiqué Corby Spirit and Wine Limited, 5 août 2026 (Newswire Canada)
The Spirits Business, 6 août 2026
Just Drinks, 6 août 2026
The Grocer, août 2026
Food in Canada, 6 août 2026
FoodBev Media, 17 août 2026
Drinks Intel, août 2026
Inside FMCG, 6 août 2026
The Spirits Business, 28 août 2026 (résultats annuels Corby)
Just Drinks, 28 août 2026 (renouvellement licence Pernod Ricard)
Communiqué Diageo, 23 janvier 2025 (cession Cacique)
The Spirits Business, 22 juillet 2025 (Warner's Distillery)
Autorité de la concurrence, communiqué du 28 février 2019 (COFEPP / MBWS)
Rayon Boissons, LSA (historique COFEPP / Marie Brizard)
Rapport annuel Corby 2006
Site institutionnel Corby Spirit and Wine (historique)
Site institutionnel et page corporate La Martiniquaise-Bardinet
Communiqués Groupe Dandurand, juillet et octobre 2022 (Station 22)
Got Rum? Magazine, septembre 2026