samedi 12 septembre 2026

Muscadet : le Domaine Louis Métaireau Grand Mouton repris par Jérémie Huchet et le véhicule d'investissement Triskell

Le Domaine Louis Métaireau Grand Mouton, à Saint-Fiacre-sur-Maine (Loire-Atlantique), change de propriétaires. La propriété est reprise par un groupement associant Jérémie Huchet, vigneron au Domaine de la Chauvinière à Château-Thébaud, et Triskell, structure d'investissement constituée par trois entrepreneurs du vignoble nantais : Jocelyn Douillard, Jean-Philippe Leray et Régis Legendre. L'opération porte sur 14,5 hectares de melon. B. Julien Rossignol, qui avait repris le domaine en 2019, conserve environ 5 hectares de vignes et poursuit son activité sous le nom de Lièvre de Saint-Georges.

Un domaine fondateur du muscadet moderne

Le Domaine du Grand Mouton est adossé au lieu-dit des Gras Moutons, à Saint-Fiacre-sur-Maine, entre la Sèvre et la Maine. Louis Métaireau y a bâti à partir des années 1970 l'une des références de l'appellation Muscadet Sèvre-et-Maine. Il figure parmi les producteurs associés au mouvement des « vignerons d'art », qui ont contribué à repositionner le muscadet sur un registre qualitatif au cours de la seconde moitié du XXe siècle. La pratique de l'élevage sur lies prolongé, revendiquée par ce groupe, a précédé la reconnaissance de la mention « sur lie » dans le cahier des charges de l'appellation.

Le vignoble repose sur un socle métamorphique de gneiss, de grenat et d'amphibolite. Les parcelles les plus anciennes ont été plantées en 1937 et 1942. La gamme historique comprend les cuvées Petit Mouton, Carte Noire, Grand Mouton et One, cette dernière issue des seules vignes de 1937. Le domaine est distribué à l'export, notamment aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni.

Marie-Luce Métaireau, fille du fondateur, et son mari Jean-François Guilbaud ont assuré la continuité familiale avant la transmission de 2019.

La séquence Rossignol : 2019-2026

Laure et Julien Rossignol, tous deux ingénieurs agronomes, ont repris le domaine en novembre 2019, sur un périmètre alors décrit comme proche de 23 hectares.

Le couple a engagé la conversion du vignoble en agriculture biologique, avec une certification annoncée pour le millésime 2024, ainsi qu'une campagne d'arrachage et de complantation, le renouvellement de la cuverie en vue de produire des crus communaux et des vins natures, et un projet d'accueil œnotouristique.

En 2023-2024, le financement d'une extension foncière a été réalisé par voie de groupement foncier viticole. Terra Hominis a structuré le GFV « Le Lièvre de Saint-Georges », portant sur 5,5996 hectares répartis en deux îlots : le premier à Maisdon-sur-Sèvre, jusqu'alors exploité en fermage et destiné au cru Château-Thébaud ; le second à Saint-Fiacre-sur-Maine, destiné à sécuriser la production en cru Monnières-Saint-Fiacre. Les parts ont été commercialisées à 1 620 euros et le projet est affiché comme complet. Terra Hominis a fait état de 135 associés à la clôture.

Le périmètre de l'opération

La reprise porte sur 14,5 hectares de melon B. Les deux tiers de cette surface sont constitués de vieilles vignes. Les repreneurs prévoient de les complanter et de les conduire en agriculture biologique.

Julien Rossignol conserve environ 5 hectares. Ces parcelles correspondent au périmètre acquis avec le concours de Terra Hominis. Le domaine qu'il continue d'exploiter porte désormais le nom de Lièvre de Saint-Georges, dénomination déjà utilisée par le GFV constitué avec les associés.

L'ambition affichée par les repreneurs est de « retrouver l'ADN de Louis Métaireau, pionnier dans la recherche de valeur ajoutée en muscadet ». Le montant de la transaction n'a pas été communiqué.

Les repreneurs : un vigneron établi et un véhicule d'investissement local

Jérémie Huchet a repris en 2001 le domaine familial de la Chauvinière, à Château-Thébaud, exploité par les Huchet depuis 1946. La même année, il a acquis le Clos Les Montys, au château de Goulaine, dont certaines vignes datent de 1914. Il exploite en fermage le château de la Bretesche depuis 2006. Son vignoble est réparti sur quatre terroirs : le granite de Château-Thébaud, le gneiss à deux micas de Monnières-Saint-Fiacre, les amphibolites et méta-gabbros de Goulaine et le granite de Clisson. La conversion en agriculture biologique a été engagée en 2010. Les surfaces déclarées varient selon les sources, entre 57 et 70 hectares.

Triskell est une société par actions simplifiée immatriculée le 17 octobre 2021, dont le siège est fixé à Cugand (Vendée) et le capital à 125 000 euros. Jocelyn Douillard en est le président. Ancien dirigeant du groupe familial Douillard, spécialisé dans le transport sanitaire et cédé à Keolis en 2017, il s'est associé à Régis Legendre, président du constructeur de matériel agricole Lucas G, et à Jean-Philippe Leray, président de Dome Solar.

Le même véhicule a porté un investissement hôtelier à Clisson. L'hôtel Rivella, établissement trois étoiles de 63 chambres ouvert le 12 janvier 2026 dans un bâtiment de 1860 entièrement rénové, représente un investissement de 6,5 millions d'euros. Le tour de table associe les trois entrepreneurs de Triskell et Anne Raguideau, dirigeante du groupe hôtelier Sofira.

Un projet orienté crus communaux et œnotourisme

Les propos de Jérémie Huchet rapportés par la presse spécialisée anglophone en avril 2026 décrivent une approche revendiquée comme bourguignonne plutôt que bordelaise : des vins parcellaires issus de petites surfaces, dont un cru communal Monnières-Saint-Fiacre sur sols de gabbro. Le vignoble, déjà en conversion biologique, ferait par ailleurs l'objet de pratiques biodynamiques.

Les repreneurs prévoient la construction d'un chai et le développement d'équipements œnotouristiques sur la propriété. Cette orientation recoupe l'activité hôtelière portée par Jocelyn Douillard à Clisson, à une quinzaine de kilomètres.

Saint-Fiacre-sur-Maine relève de la dénomination géographique complémentaire Monnières-Saint-Fiacre au sein de l'AOC Muscadet Sèvre-et-Maine. Le cahier des charges de l'appellation a fait l'objet d'une homologation par arrêté du 26 novembre 2025, publié au Journal officiel du 29 novembre 2025.

Un vignoble en contraction et en segmentation

L'opération intervient dans un vignoble nantais en réduction continue. Les surfaces de l'appellation Muscadet sont passées de l'ordre de 16 000 hectares au milieu des années 1980 à environ 6 000 hectares aujourd'hui, selon les estimations disponibles. Les vignerons en activité se comptent désormais en centaines, contre plus d'un millier il y a quarante ans.

La campagne d'arrachage définitif engagée en 2025 a concerné 580 hectares et 110 exploitations dans le Nantais, selon la Fédération des vins de Nantes, qui indique que les demandeurs ont restructuré en moyenne moins de 5 hectares. La prime nationale s'établissait à 4 000 euros l'hectare. Le dispositif national d'arrachage définitif, doté de 120 millions d'euros, a enregistré près de 27 500 hectares de demandes à l'échelle nationale en février 2025.

La récolte 2024 a constitué un point bas historique pour l'appellation. Les volumes sont passés d'environ 275 000 hectolitres en 2023 à environ 150 000 hectolitres en 2024, sous l'effet d'un excès hydrique prolongé et d'un phénomène de filage de grande ampleur.

Le millésime 2026 a été marqué par une précocité inédite. La Fédération des vins de Nantes a publié le ban des vendanges le 11 août, date la plus précoce jamais enregistrée dans le vignoble nantais, le précédent record datant du 19 août 2003. Les prélèvements ont mis en évidence des baies plus petites, moins juteuses et une acidité en retrait. Jérémie Huchet a décrit un millésime riche et fruité.

En parallèle, les Vignerons Indépendants nantais ont lancé au printemps 2026 une nouvelle segmentation des muscadets, destinée à restaurer la rentabilité de l'appellation et à sécuriser la transmission des domaines.

Un vignoble qui attire des capitaux extérieurs

La reprise du Grand Mouton s'inscrit dans une séquence d'entrées de capitaux dans le Pays nantais. En octobre 2023, Billecart-Salmon est devenu actionnaire minoritaire du Domaine de Bellevue, exploité par Jérôme Bretaudeau à Gétigné, où un chai de 2 500 mètres carrés est en construction.

La mécanique est comparable : un vignoble dont le foncier reste accessible au regard des grandes appellations, une montée en gamme portée par les dénominations communales et des élevages longs, et des investisseurs régionaux ou extérieurs à la filière qui apportent la capacité d'investissement que la contraction des revenus viticoles a réduite.

Sources
Presse professionnelle et générale : article « Le Domaine Louis Métaireau Grand Mouton change de mains », Adeline Le Gal ; Cellar Tours, « Atlantic Cool, Precision Wines: The New Pays Nantais and the Rise of Muscadet Crus », Barnaby Eales, avril 2026 ; Le Journal des Entreprises, « Quatre entrepreneurs locaux s'associent pour ouvrir un nouvel hôtel à Clisson », janvier 2026 ; Le Journal des Entreprises, démarrage des vendanges 2023 ; Breizh-Info, « Vendanges 2026 : le Muscadet a vendangé le 11 août », 7 septembre 2026 ; France 3 Pays de la Loire, enquête sur l'arrachage dans le vignoble nantais ; Infos-Nantes, « Muscadet : 110 viticulteurs arrachent leurs vignes », juin 2025 ; Rayon Boissons, « Les Vignerons Indépendants nantais lancent une nouvelle segmentation des muscadets ».
Sources institutionnelles et professionnelles : Fédération des vins de Nantes ; INAO, cahier des charges de l'AOC Muscadet Sèvre et Maine homologué par arrêté du 26 novembre 2025 ; DRAAF Pays de la Loire, fiche filière vigne, février 2026 ; FranceAgriMer ; Assemblée nationale, question écrite n° 6194 sur le plan d'arrachage 2024-2025.
Sources d'entreprise : Terra Hominis, page du GFV Domaine Le Lièvre de Saint-Georges ; Vinea Transaction / Quatuor Vignobles, référence de cession 2019 ; jeremiehuchet.com ; muscadet-grandmouton.com ; Guide Hachette des Vins ; Gault&Millau ; The Wine Doctor ; Martine's Wines ; Pappers, fiches dirigeant et société Triskell (SIREN 904 431 228).