samedi 6 juin 2026

Loire : le Domaine D’ozone (Chinon) repris par un investisseur

L’AOC chinon continue d’attirer des investisseurs fortunés extérieurs au monde viticole. Après le financier et ancien grand patron Bernard Gault, qui a acquis le Domaine Les Demoiselles de Pallus à Cravant-les-Côteaux, puis le promoteur parisien et mécène Laurent Dumas, qui s’est porté acquéreur du Domaine Jourdan dans la même commune, un troisième investisseur a jeté son dévolu sur l’appellation et la reprise d’un domaine en bio.

Le repreneur

Thibaut Caillemer du Ferrage a fait l’acquisition du Domaine Dozon, propriété de 14 hectares située à Ligré, sur la rive gauche de la Vienne, au sein du lieu-dit Le Saut au Loup. Dirigeant d’Arlettie, entreprise de ventes privées dans le secteur du luxe, ainsi que d’une société d’investissement, le nouveau propriétaire a des attaches familiales dans la région de Chinon.

Le domaine

Le Domaine Dozon, resté cinq générations dans la famille du même nom, avait été repris en 2013 par Éric Santier, vigneron originaire de Chinon, qui l’avait racheté à Laure Dozon. Le vignoble, planté très majoritairement en cabernet franc complété de chenin, est conduit en agriculture biologique. Le domaine produit en moyenne autour de 550 hectolitres par an, répartis entre rouge, rosé et blanc. Plus de 70 % des vignes ont au moins trente-cinq ans.

Les projets

Le nouveau propriétaire affiche plusieurs ambitions pour la propriété. « Il souhaite faire monter les vins en gamme, développer l’export et la distribution en France via des agents en circuit traditionnel et investir au chai », indique Éric Santier, ancien copropriétaire devenu salarié responsable de l’exploitation. Le domaine conserve son nom actuel.

Source : Vitisphere, Cab Franc Chronicles, lully-conseil.blogspot.com



vendredi 29 mai 2026

Est : Distillerie Guy reprend son homologue Les Fils d’Émile Pernot

Les deux principales distilleries de la région de Pontarlier (Doubs) se rapprochent. La distillerie Guy de Pontarlier, réputée pour son anisette locale, le « Pontarlier-Anis » et pour son absinthe, vient de racheter « Les Fils d’Émile Pernot » à La Cluse-et-Mijoux, également productrice, entre autres, d’absinthe et d’anisette. L’offre de reprise, à plus de 400 000 €, a été acceptée par le tribunal de commerce du Doubs le lundi 18 mai 2026. Sept offres de reprise avaient été déposées ; au moins sept repreneurs potentiels, dont l’actuelle directrice de la distillerie Pernot, Stéphanie Marty-Terrade, avaient candidaté selon l’Est Républicain.

Une marque historique placée en liquidation

La distillerie Émile Pernot existe depuis 1889. Émile-Ferdinand Pernot, distillateur originaire de la région de Fougerolles en Haute-Saône, s’était associé aux frères Parrot pour fonder la maison « Émile Pernot et Cie » au 1, rue du Mont à Pontarlier. La première étiquette d’extrait d’absinthe « Absinthe Pernot » apparaît le 12 octobre 1889. L’entreprise avait déjà fait l’objet d’une procédure de sauvegarde en 2022, puis d’un plan de sauvegarde pour une durée de dix ans. Elle a été placée en redressement judiciaire le 21 novembre 2025, puis en liquidation judiciaire le 18 février dernier. L’entreprise avait été autorisée à poursuivre son activité jusqu’à la mi-mai par le tribunal de commerce de Besançon, afin de rechercher un éventuel candidat à la reprise.

Maintien du nom, des marques et des salariés

Chaque société conservera son nom, ses marques et ses produits. Le président de la distillerie Guy, Laurent Fery, l’assure : « le but est de conserver le nom Les Fils d’Émile Pernot, les marques, leur histoire, les recettes, les produits ». Le repreneur va conserver la totalité des salariés, ils sont quatre. Selon Laurent Fery, c’était la volonté du personnel, exprimée devant le tribunal de commerce, de s’engager avec la distillerie Guy.

Pour le repreneur, le rachat va permettre de faire jouer la complémentarité : il cite un savoir-faire sur l’eau-de-vie de gentiane « Marcel Michel », élaborée par Les Fils d’Émile Pernot, que la distillerie Guy ne maîtrise pas. Concernant le maintien de l’entreprise dans ses locaux historiques du Frambourg à La Cluse-et-Mijoux, rien n’est décidé : l’outil de production a beaucoup vieilli, en termes d’équipements, de fonctionnement et de qualité de production, selon le patron de la distillerie Guy. « Il y a beaucoup de choses à reprendre, il faut nous laisser un peu de temps », ajoute-t-il.

Une consolidation au berceau de la Fée verte

L’opération laisse subsister une seule distillerie d’absinthe majeure dans le Haut-Doubs. La distillerie Guy et la distillerie Les Fils d’Émile Pernot étaient les deux plus connues dans la région de Pontarlier, berceau historique de la Fée verte. Interrogé sur la dimension patrimoniale de l’opération, Laurent Fery a déclaré vouloir avant tout défendre « un bel héritage régional », précisant qu’« Émile Pernot est une société qui compte pour la région ».

La distillerie Pierre Guy a été fondée en 1890 par Armand Guy. Elle a dû se réinventer lors de l’interdiction de l’absinthe en 1915 : alors que la plupart des distilleries pontissaliennes ferment, la distillerie Guy maintient son activité grâce à la liqueur de sapin, puis lance dès 1921 le Pontarlier-Anis, apéritif sans absinthe. François Guy fait ressusciter l’absinthe de son arrière-grand-père à la suite du rétablissement du droit de distillation de l’absinthe en France le 15 décembre 2001. En 2020, la distillerie est acquise par Capelia, société d’investissement indépendante spécialisée dans l’accompagnement des PME, ainsi que par MM. Vitrac puis Fery. 




France : Le groupe Murgier rachète le distributeur Duvernay

Le distributeur de boissons Murgier (adhérent Distriboissons), installé dans l’Ain, a racheté Duvernay. Outre les 8 M€ de chiffre d’affaires que ce distributeur CHR ultra-spécialiste du vin apporte à Murgier, il ouvre à sa nouvelle maison mère son catalogue de plus de 2 000 références : des vins savamment choisis, fruits de partenariats directs avec 350 vignerons et plus de 200 allocations. Voilà qui devrait développer les ventes de vin de Murgier, qui ne réalisait jusqu’à présent que 15 % de ses 115 M€ de chiffre d’affaires avec un catalogue de 850 références.

Autre synergie attendue de ce rachat : la vente aux particuliers. Duvernay exploite deux caves sous l’enseigne Duvernay L’Art du Vin, l’une à Annemasse (74), l’autre accolée à son siège de Bonne (74), qui réalisent ensemble près de 2 M€ de chiffre d’affaires. Elles vont doubler le réseau du groupe Murgier, qui possédait lui aussi deux caves, l’une à Chamonix (74), l’autre à Annonay (07).

Une opération qui prolonge une stratégie de maillage régional

L’acquisition s’inscrit dans la continuité du développement de Murgier. Fondée en 1936 par Marius Murgier, l’entreprise familiale, ancrée en Rhône-Alpes, a successivement été négociant de vin en gros, de bois et de charbon, puis distributeur de bières, de café et de boissons chaudes, avant de se positionner sur les vins et spiritueux. Le groupe couvre aujourd’hui un vaste secteur, de Dijon au nord jusqu’à l’Ardèche au sud, et du département de la Loire à l’ouest jusqu’aux frontières suisse et italienne à l’est.

Ces dernières années, Murgier a multiplié les rachats pour densifier son réseau : prise de contrôle des Caves du Grand Arc dans la vallée de la Maurienne en décembre 2021, puis acquisition d’Annonay Boissons, PME familiale ardéchoise, en janvier 2023. Le groupe s’appuie également sur sa filiale savoyarde Tresallet-Arragone.





dimanche 24 mai 2026

Loire : Le Domaine de Closel (Savennières) reprise par Ivan Massonat

Le tribunal judiciaire d’Angers a validé, le 5 mai 2026, l’offre de reprise d’Ivan Massonnat sur les activités du Domaine du Closel, à Savennières. L’exploitation était placée en redressement judiciaire à la suite du décès d’Évelyne de Pontbriand, survenu en novembre 2024.

Une cession au terme d’une procédure collective

Quatre offres avaient été déposées devant le tribunal, parmi lesquelles celle de trois neveux de la dirigeante disparue, Amaury, Mayeul et Aloïs Bazin de Jessey, qui portaient un projet de reprise familiale. Le choix s’est finalement porté sur l’offre présentée par le propriétaire du Domaine Belargus. La reprise porte sur l’exploitation, soit le stock, le matériel, la marque et les cinq salariés, ainsi que sur les baux adossés à l’EARL pour le bâti et les douze hectares de vignes. Le foncier reste la propriété des familles de Jessey et de Pontbriand.

Une stratégie centrée sur le chenin et l’appellation Savennières

Le nouvel exploitant entend conduire le domaine « dans une logique d’excellence », en concentrant la production sur le chenin et l’appellation Savennières. La structure conservera son autonomie de pilotage, tout en s’appuyant sur les réseaux commerciaux de Belargus. Ivan Massonnat a indiqué vouloir s’appuyer sur l’équipe en place, en particulier sur Antoine Fardeau, directeur technique depuis 2022 et régisseur depuis 2024. Il a également déclaré tendre la main aux familles propriétaires afin d’envisager des modes de collaboration.

Un troisième actif en Val de Loire

Ancien financier installé en Anjou, Ivan Massonnat a fondé en 2018 le Domaine Belargus, devenu en quelques millésimes l’une des références de la région, avec des vins commercialisés sur allocation. Il détient également le Domaine de Beauséjour, à Panzoult, qui compte cent hectares dont vingt-sept de vignes en AOC Chinon. Avec Le Closel, son périmètre ligérien s’étend désormais à trois exploitations.

Le Domaine du Closel, transmis au sein de la même famille depuis 1794, demeure l’un des plus anciens domaines de l’appellation Savennières. Évelyne de Pontbriand, fille de Michèle Bazin de Jessey, qui présida l’appellation dans les années 1990, en assurait la direction depuis plus de quinze ans.

Source
Vigneron du Val de Loire, Les 5 du Vin, Vitisphere, Terre de Vins.



Royaume Uni : le groupe française GBH rachète l’activité d’EcoSpirits

Le distributeur britannique Mangrove Global Ltd, filiale du groupe français GBH depuis 2023, reprend l’activité d’EcoSpirits au Royaume-Uni. Les marques de spiritueux de GBH figuraient déjà parmi les principaux clients de l’opérateur britannique d’EcoSpirits. L’opération consolide au sein du même périmètre la distribution des marques et l’infrastructure logistique circulaire qui leur sert de canal.

Un prolongement de la stratégie spiritueux du groupe GBH

Groupe familial fondé en 1960 par Bernard Hayot et basé en Martinique, GBH avait racheté Mangrove Global Ltd en février 2023. Le distributeur londonien, créé en 2006 par Nick Gillett et John Coe, a alors été intégré à Spiribam, entité qui coordonne l’ensemble des activités spiritueux du groupe. Mangrove emploie une trentaine de collaborateurs et assure la distribution au Royaume-Uni des rhums du groupe – Rhum Clément, Rhum JM, Bounty, Chairman’s Reserve, Admiral Rodney, Arcane et Beach House Spiced – ainsi qu’un portefeuille de marques partenaires en gin, tequila, whisky, vodka et liqueurs. Nick Gillett continue de diriger l’entreprise.

EcoSpirits, une technologie de distribution en circuit fermé

Fondée à Singapour fin 2018, EcoSpirits développe une solution de distribution de spiritueux destinée à éliminer le verre à usage unique dans le secteur de l’hôtellerie-restauration. Son système repose sur trois éléments : l’ecoPlant, unité de remplissage locale, l’ecoTote, récipient de 4,5 litres en verre antichoc, réutilisable et recyclable, équivalent à six bouteilles standards de spiritueux, et le SmartPour, distributeur électronique installé au bar pour le service au verre. La société est présente sur plusieurs marchés en Asie-Pacifique, en Europe et en Amérique du Nord, via un réseau d’opérateurs sous licence.

Une activité britannique déjà adossée à Mangrove

Mangrove avait été l’investisseur initial et le partenaire de lancement d’EcoSpirits au Royaume-Uni en avril 2021, à travers la création de la première entité licenciée hors d’Asie. Le distributeur avait alors financé l’installation d’un ecoPlant à Londres ainsi que le déploiement des ecoTotes et SmartPour auprès des bars, restaurants et cavistes. Plusieurs marques de son portefeuille avaient progressivement été intégrées au système. La reprise par Mangrove de l’activité EcoSpirits au Royaume-Uni transforme cette relation de licence en intégration capitalistique au sein du périmètre Spiribam.

Source

GBH (communiqué), Spiribam, Mangrove Global Ltd, EcoSpirits, Drinks Retailing News, The Spirits Business, Rayon Boissons.



France : le groupe Famille Perrin prend le contrôle majoritaire de la maison Alain Milliat (jus de fruits)

Le groupe vigneron rhodanien Famille Perrin a annoncé le 12 mai 2026 être devenu actionnaire majoritaire de la maison Alain Milliat, spécialiste drômois des jus de fruits haut de gamme. Le fondateur Alain Milliat et le directeur général Pierre-Olivier Gandon conservent une participation minoritaire et restent opérationnels. Les deux sociétés poursuivront leurs activités de manière indépendante depuis leurs sièges respectifs d’Orange (Vaucluse) et de Valence (Drôme).

L’opération valorise Alain Milliat à plus de 20 M€, selon les informations publiées par CFNews. Le processus de vente aurait attiré quatre offres fermes, dont une émanant d’un autre groupe de vins et spiritueux. Le groupe Chevrillon, entré au capital en 2016 et jusqu’alors largement majoritaire, sort de l’actionnariat aux côtés de l’investisseur belge Pierre-Marie Verbeeck.

Deux maisons familiales de positionnement premium

Famille Perrin emploie une cinquantaine de collaborateurs et affiche un chiffre d’affaires de l’ordre de 200 M€, généré à plus de 80 % à l’international. Le groupe exploite 300 hectares de vignes certifiées en agriculture biologique et biodynamique entre la vallée du Rhône, la Provence et la Californie, avec pour propriétés emblématiques le château de Beaucastel à Châteauneuf-du-Pape et le domaine du Clos des Tourelles à Gigondas. Il édite par ailleurs La Vieille Ferme, première marque française de vins aux États-Unis, et Miraval, lancée en collaboration avec Brad Pitt et Angelina Jolie. La direction opérationnelle est notamment assurée par Marc Perrin, représentant de la cinquième génération.

Alain Milliat compte une cinquantaine de salariés et a généré environ 18 M€ de chiffre d’affaires en 2024, pour une marge d’Ebitda d’environ 15 %. L’activité a triplé depuis 2016. La maison drômoise est distribuée auprès de 3 000 cafés, restaurants et hôtels, ainsi que dans les épiceries fines, avec des références comme Le Bon Marché, les Galeries Lafayette et Monoprix. L’export représente désormais 30 % des ventes, notamment au Japon.

Une extension vers le segment no-low

Pour Famille Perrin, l’opération constitue une diversification vers les boissons premium sans alcool, dans un contexte de consommation d’alcool plus modérée. Alain Milliat avait amorcé un rapprochement avec l’univers vinicole en octobre 2025 en lançant une gamme de jus de raisin pétillants dont le packaging et le choix des cépages — chardonnay pour le « blanc de blancs », pinot noir pour le « blanc de noirs » — reprennent les codes des vins mousseux.

Cap sur l’accélération internationale

L’ambition affichée porte sur le déploiement international d’Alain Milliat. Pierre-Olivier Gandon indique vouloir reproduire à l’échelle mondiale le modèle de distribution sélective éprouvé en France, sans modifier les exigences qui ont construit la réputation de la marque. Famille Perrin apporte un réseau commercial structuré, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. À l’inverse, l’implantation d’Alain Milliat dans les belles tables et les épiceries fines à travers le monde pourrait, à terme, bénéficier aux vins du groupe rhodanien.

Source
CFNews, Vitisphere, Rayon-Boissons, Le Journal des Entreprises, Agra, Néorestauration, Mémento Paris ; communiqué conjoint Famille Perrin / Alain Milliat, 12 mai 2026. 





Etats-Unis : Chanel renforce son ancrage en Napa Valley avec le rachat de Rudd Estate (Napa)

Le groupe Chanel, propriété des frères Alain et Gérard Wertheimer, poursuit le développement de son portefeuille viticole avec l’acquisition de Rudd Estate, domaine situé dans la sous-appellation d’Oakville, au cœur de la Napa Valley. L’opération a été officialisée mi-avril 2026 par l’intermédiaire de St. Supéry Estate Vineyards & Winery, propriété californienne du groupe depuis 2015. Selon les informations relayées par le Napa Valley Register, qui s’appuie sur le montant des droits de mutation enregistrés au greffe du comté, la transaction s’élève à environ 39 M$. Le prix de cession n’a pas été communiqué officiellement par les parties.

Une propriété de 26 hectares en Oakville

Rudd Estate a été fondé en 1996 par Leslie Rudd, entrepreneur américain du secteur de la grande distribution alimentaire, à la suite du rachat de l’ancienne winery Girard. La direction du domaine est assurée depuis 2016 par sa fille, Samantha Rudd. Leslie Rudd est décédé en 2018. La cession a été menée par les fiduciaires de la succession Leslie G. Rudd.

Le périmètre de l’opération comprend la propriété foncière de 26 hectares, dont 19 plantés de vignes, l’outil de production, les stocks ainsi que les marques Rudd et Crossroads by Rudd. Le domaine est connu pour ses vins rouges et blancs élaborés à partir de cépages bordelais, avec une réputation établie sur le cabernet sauvignon d’Oakville. Les bouteilles se positionnent dans une fourchette de prix comprise entre 50 et 200 $. La gamme Crossroads by Rudd constitue le second label, dans une approche tarifaire plus accessible. Le domaine est conduit en viticulture biologique et biodynamique.

Une consolidation du dispositif californien

Avec ce rachat, St. Supéry porte son emprise foncière en Napa Valley à environ 667 hectares, dont près de 243 hectares plantés en vignes, répartis sur quatre sites distincts : le Dollarhide Estate Vineyard au nord-est de la vallée, deux parcelles à Rutherford et désormais le vignoble d’Oakville. L’acquisition de St. Supéry par Chanel en 2015 portait sur un ensemble de bien plus grande dimension que Rudd Estate, principalement orienté vers la production de sauvignon blanc, de cabernet sauvignon et d’assemblages bordelais.

L’opération conforte la présence du groupe dans l’une des sous-appellations les plus recherchées de Napa Valley. La direction de St. Supéry, sous la conduite d’Emma Swain, indique avoir engagé une recherche d’opportunités foncières en Napa Valley depuis 2015.

Un portefeuille viticole étoffé

Les activités viticoles de Chanel se sont structurées sur plus de trois décennies. Le premier investissement remonte à 1994 avec l’acquisition du Château Rauzan-Ségla, second cru classé de Margaux. Le groupe a ensuite étendu son périmètre bordelais avec les châteaux Canon (premier grand cru classé) et Berliquet à Saint-Émilion. En 2015, l’acquisition de St. Supéry a marqué l’entrée du groupe en Californie. En 2019, Chanel a pris pied en Provence avec le Domaine de l’Île sur l’île de Porquerolles, suivi du Domaine Perzinsky, devenant ainsi le principal propriétaire viticole de l’île.

À ces actifs de production s’ajoutent le négociant bordelais Ulysse Cazabonne et le réseau de cavistes Lavinia. Le rachat de Rudd Estate constitue le deuxième investissement viticole de Chanel en Napa Valley et le septième domaine viticole du groupe à l’échelle mondiale.

Source
Napa Valley Register, Wine Spectator, The Drinks Business, Luxury Daily, Vinetur, communiqué St. Supéry Estate Vineyards & Winery.







vendredi 17 avril 2026

Bourgogne : Louis Roederer entre en négociations exclusives pour l’acquisition du Domaine Pierre Damoy

Le groupe familial Champagne Louis Roederer a annoncé, le 9 avril 2026, être entré en négociations exclusives en vue d’acquérir le Domaine Pierre Damoy, situé à Gevrey-Chambertin, en Côte de Nuits. L’opération, dont le montant n’a pas été divulgué, reste soumise à la conclusion des accords définitifs et à la satisfaction des conditions suspensives usuelles.

Un patrimoine de grands crus en Côte de Nuits

Le Domaine Pierre Damoy détient près de huit hectares répartis sur trois grands crus de Gevrey-Chambertin : 5,36 hectares dans le Chambertin-Clos-de-Bèze — dont il est le plus grand propriétaire sur les 15,39 hectares que compte l’appellation —, 2,22 hectares en Chapelle-Chambertin et 0,48 hectare en Chambertin. Il possède également le monopole du Gevrey-Chambertin Clos Tamisot (1,45 ha), ainsi que des parcelles en Chambolle-Musigny et Fixin.

L’histoire du domaine s’ancre à Gevrey-Chambertin au début du XXe siècle, lorsqu’il est acquis par Julien Damoy, entrepreneur normand qui avait bâti un réseau d’épiceries employant jusqu’à 2 400 personnes en 1936. Le domaine est aujourd’hui géré par Pierre Damoy, 61 ans.

Roederer Collection : une diversification géographique de long terme

Fondé en 1776 et basé à Reims, le groupe Louis Roederer exploite un vignoble de 250 hectares, dont 135 certifiés en agriculture biologique, et développe depuis plusieurs années une stratégie de diversification.

Roederer Collection réunit aujourd’hui, aux côtés de Champagne Louis Roederer et de Cristal : Champagne Deutz ; les domaines bordelais Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande et Château de Pez ; les Domaines Ott en Provence ; la Maison Delas Frères dans la Vallée du Rhône ; Ramos Pinto au Portugal ; et, en Californie, Roederer Estate, Scharffenberger Cellars, Domaine Anderson, Merry Edwards Winery et Diamond Creek.  L’acquisition du Domaine Pierre Damoy porterait à onze le nombre de domaines viticoles regroupés sous l’enseigne Roederer Collection.

Dans son communiqué, le groupe justifie l’opération par sa volonté de réunir autour de Louis Roederer « des vins et des Maisons d’exception dans le respect de leur histoire, de leur identité et de leur ancrage au sein des plus grands terroirs viticoles ».

Un mouvement qui s’inscrit dans une tendance sectorielle

L’annonce intervient dans un contexte où plusieurs grandes maisons de Champagne ont déjà étendu leur présence en Bourgogne. Le groupe Henriot, via Bouchard Père & Fils, et Bollinger, à travers le Domaine Chanson, ont respectivement consolidé des positions significatives sur le vignoble bourguignon. L’entrée de Louis Roederer à Gevrey-Chambertin s’inscrit dans cette dynamique de diversification géographique des groupes champenois familiaux vers les terroirs de vins tranquilles de référence.

Sources
Communiqué de presse Champagne Louis Roederer, 9 avril 2026
Bourgogne Aujourd’hui, avril 2026
The Drinks Business, avril 2026
AFP / Boursorama, 9-10 avril 2026
Site SAFER Bourgogne (avis de cession SCEV Domaine Pierre Damoy)






dimanche 12 avril 2026

Inde : Sula Vineyards rachète le domaine de Chandon à Nashik

Le leader indien de la viticulture s’approprie l’une des infrastructures vinicoles les plus modernes du sous-continent, tandis que le géant du luxe LVMH se retire de la production locale tout en maintenant sa présence commerciale.

La transaction a été officialisée le 25 mars 2026 par un dépôt à la Bourse de Bombay. Sula Vineyards, le plus grand producteur de vin indien, a annoncé la signature d’un accord définitif avec Moët Hennessy India Private Limited portant sur l’acquisition du domaine et des installations de production de Chandon à Dindori, dans la région de Nashik, État du Maharashtra.

Un actif stratégique dans une région d’exception

Établi en 2014 dans le cadre du réseau mondial Chandon, le domaine intègre un chai, un centre de visites et un système d’approvisionnement en raisins sous contrat avec des viticulteurs locaux. Il s’étend sur 19 acres et comprend une installation de production ultramoderne dédiée aux vins effervescents élaborés selon la méthode traditionnelle, avec une capacité annuelle de 450 000 litres, extensible à 1,3 million de litres. Le complexe comprend également un centre de visite haut de gamme, une salle de réception et 5 acres de vignes, offrant une plateforme d’œnotourisme immersif.

Sur le plan géographique, Dindori est largement reconnue comme le berceau des meilleurs raisins à vin d’Inde. Le domaine bénéficie en outre d’une localisation pratique, à seulement vingt minutes de l’aéroport de Nashik, dont la connectivité devrait être renforcée à l’approche du prochain Kumbh Mela.

Une opération ciblée sur l’outil industriel, sans transfert de marque

La transaction, structurée comme un achat d’actifs, porte sur le foncier, les bâtiments et l’infrastructure de vinification, à l’exclusion de tout actif lié à la marque — à savoir les cuvées Chandon Brut, Rosé et Aurva. Le montant s’élève à 20 crores de roupies (environ 1,85 million d’euros), financés sur fonds propres. L’opération est conduite via la filiale détenue à 100 % par Sula, Artisan Spirits Private Limited, et devrait être finalisée d’ici la fin du premier trimestre de l’exercice fiscal 2027, sous réserve des approbations réglementaires.

Une fois la transaction clôturée, Chandon cessera sa production de vin en Inde. Les vins issus du domaine seront commercialisés par Sula sous son propre portefeuille de marques, sans utilisation de l’identité Chandon.

Pour Moët Hennessy, une sortie de production, non de marché

La position de la division vins et spiritueux de LVMH mérite d’être précisée. Interrogé par la presse spécialisée, Moët Hennessy a indiqué que Chandon et ses produits restent dans le portefeuille du groupe, et que la distribution et le marketing en Inde continueront d’être assurés par son entité locale. Cette configuration crée une dynamique inédite : une marque de luxe mondiale maintient sa présence commerciale sans production locale, tandis qu’un acteur domestique consolide les infrastructures physiques et renforce son avantage territorial.

Sula consolide son modèle d’œnotourisme

Pour Sula Vineyards, l’acquisition s’inscrit dans une stratégie de diversification déjà bien engagée. Les revenus liés à l’œnotourisme ont fortement progressé au cours du dernier exercice, contribuant à hauteur de 11 % au chiffre d’affaires total. Le domaine phare de Sula, situé près du lac Gangapur à Nashik, est considéré comme le vignoble le plus visité au monde, attirant plus de 300 000 visiteurs par an. Le rachat du domaine Chandon à Dindori, à proximité immédiate des installations existantes du groupe, s’inscrit dans la continuité de ce développement.

Rajeev Samant, fondateur et PDG de Sula Vineyards, a qualifié l’opération d’opportunité unique, soulignant que la localisation stratégique et le cadre du domaine en feront un élément central de la prochaine phase de développement de l’activité d’œnotourisme du groupe.

Un signal fort dans un marché en mutation

Cette transaction intervient dans un contexte de transformation profonde du secteur vinicole indien. Le marché national est dominé par trois acteurs principaux — Sula Vineyards, Fratelli Vineyards et Grover Zampa Vineyards — Sula étant la seule société vinicole indienne cotée en bourse, avec plus de 80 % de son portefeuille orienté vers les marques haut de gamme. Par ailleurs, l’accord de libre-échange récemment signé entre l’Union européenne et l’Inde devrait profondément modifier les conditions d’accès des vins importés à ce marché, où les droits de douane atteignaient jusqu’à 150 %.

Le rachat du domaine Chandon par Sula Vineyards illustre ainsi deux dynamiques convergentes : la consolidation des capacités de production et d’accueil entre les mains des acteurs locaux, et le repositionnement des grandes maisons internationales sur leur cœur de valeur — la marque — plutôt que sur l’outil industriel.




États-Unis : Pernod Ricard cède Kenwood à Korbel pour 4 M$ : la fin d’une aventure californienne

Le géant français des spiritueux a finalisé début avril la vente de son dernier vignoble en Californie. Une transaction qui referme douze ans de présence dans le vin tranquille américain.

Pernod Ricard a vendu Kenwood Vineyards et l’ensemble de ses opérations viticoles à F. Korbel & Bros pour 4 millions de dollars. L’acheteur n’est autre que Gary Heck, président et propriétaire de Korbel — celui-là même à qui Pernod Ricard avait racheté la marque en 2014, dans le cadre d’une transaction estimée à l’époque à environ 100 millions de dollars. 

La vente porte sur les 20 acres de vignobles, les installations de production, le centre d’accueil des visiteurs et les droits sur la marque Kenwood.

Un pari qui n’a pas tenu

Lors de son acquisition, Pernod Ricard avait affiché des ambitions clairement définies pour Kenwood. Jeff Agdern, alors Senior Vice-Président Vins et Champagnes de Pernod Ricard USA, présentait la marque comme “la pierre angulaire” de l’activité vins tranquilles du groupe aux États-Unis, estimant que le marché hors Californie était sous-développé.

Fondée en 1970, Kenwood s’était imposée comme un producteur de vins premium dans les vignobles de Sonoma.

La réalité des années suivantes a contredit ces projections. Malgré une stratégie de premiumisation et l’introduction de références de milieu de gamme, les volumes commercialisés ont reculé de 7,2 millions de bouteilles au moment de l’acquisition à 900 000 cols en 2025, soit une chute de plus de 87 % en dix ans.

L’achèvement d’un retrait progressif

La cession de Kenwood s’inscrit dans un mouvement plus large. Elle intervient trois mois après la vente des activités Mumm Napa à Trinchero Family Wine & Spirits, conclue en décembre dernier, et fait suite à la cession du portefeuille de vins internationaux de Pernod Ricard en avril 2025.

Ensemble, ces opérations marquent le retrait complet du groupe du segment viticole californien.

Un porte-parole de Pernod Ricard a déclaré que ces transactions “sont pleinement alignées avec la stratégie à long terme du groupe, qui consiste à se concentrer sur les spiritueux internationaux premium et le champagne, tout en rationalisant son empreinte opérationnelle.”

Du côté de l’acquéreur, Korbel présente le rachat de Kenwood comme une opportunité d’élargir son positionnement dans les vins tranquilles premium.

La maison, fondée en 1882 et leader californien de la production de vins effervescents,  récupère ainsi une marque qu’elle avait elle-même développée avant de la céder il y a douze ans.

Le RTD, nouveau cap stratégique

Le désengagement viticole accompagne une réorientation de fond chez Pernod Ricard. Le groupe a restructuré ses partenariats de distribution aux États-Unis avec l’ambition de tripler son empreinte dans les boissons prêtes à boire (RTD) sur les trois prochaines années.

Une division dédiée aux RTD a été créée, s’appuyant sur les distributeurs Reyes et Crescent Crown pour accélérer la croissance de ce segment, qui inclut notamment la gamme Absolut et Ocean Spray.

Les résultats financiers du groupe traduisent cette orientation : les RTD affichent une progression de +12 % sur le premier semestre de l’exercice 2025-2026, avec une dynamique positive sur l’ensemble du portefeuille.

Cette performance contraste avec un tableau d’ensemble plus difficile — Pernod Ricard enregistre sur la même période un recul organique de son résultat opérationnel de -7,5 %, pénalisé notamment par Martell en Chine et Jameson aux États-Unis.

À moyen terme, le groupe projette une croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre +3 % et +6 % par an en moyenne sur la période 2027-2029, soutenue par un programme d’efficacités opérationnelles d’un milliard d’euros.

Le marché en toile de fond

Les cessions de Kenwood et Mumm Napa interviennent dans un contexte de ralentissement du marché mondial des boissons alcoolisées, sous l’effet d’une évolution des préférences des consommateurs et de pressions économiques.

Le vin californien de volume est particulièrement exposé à ces tendances, avec une érosion continue de la consommation dans les tranches d’âge les plus jeunes.

Pour Pernod Ricard, la page californienne est désormais tournée. Le groupe fonde donc sa croissance sur les RTD et les marques de spécialité qui doivent permettre de compenser, à terme, les volumes perdus sur un segment où le groupe aura investi — et perdu — de manière significative.




Occitanie : le Vignoble de la Voie d’Héraclès (Gard) absorbe la cave de Vauvert

La cave coopérative du Vignoble de la Voie d’Héraclès, basée à Codognan, va absorber la cave de Vauvert. L’opération, effective au 31 juillet prochain, donnera naissance à un ensemble de près de 100 000 hectolitres, positionné majoritairement sur le vrac bio.

Un rapprochement entre deux caves en bonne santé

L’opération n’intervient pas dans un contexte de difficulté. « Il ne s’agit pas de tendre la main à une cave à terre », précise Frédéric Saccoman, directeur de la cave de Codognan. En 2025, la commercialisation repart à la hausse et la dernière récolte est contractualisée à 75 %.

La logique du rapprochement est avant tout volumique : consolider la position de Codognan sur le marché du vrac, où la taille reste un facteur de compétitivité.

15 000 hl supplémentaires et des rouges en AOP

La cave de Vauvert apporte environ 15 000 hl à un ensemble qui en totalisait jusqu’ici un peu moins de 85 000. Le nouvel ensemble affiche 40 % de blanc, 35 % de rosé et le reste en rouge. Ce sont précisément les volumes de rouges — notamment en AOP costières-de-nîmes — qui manquaient au portefeuille de Codognan.

Sur le bio, les deux structures sont de poids inégaux : Héraclès revendique 88 % de volumes certifiés, contre environ un tiers pour Vauvert. Le nouvel ensemble reste donc majoritairement bio, mais avec une base conventionnelle plus large.

Un marché du vrac bio qui se rééquilibre

Frédéric Saccoman attribue la bonne tenue commerciale actuelle à deux facteurs : la réduction du nombre de producteurs bio, découragés par la crise des dernières années, et les efforts de la cave pour adapter son offre aux tendances du marché. Depuis trois ans, 20 % de la production de Codognan consiste en profils dits « nouveaux » : vins orange, rouges légers, bases d’effervescents à 10°, cépages résistants. À partir de la récolte 2027, toute la production sera vinifiée sur le seul site de Codognan.

Gouvernance et chiffres clés

Jean-Philippe Julien, actuel président du Vignoble de la Voie d’Héraclès, prendra la présidence du nouvel ensemble. Olivier Chabrol, ancien président de la cave de Vauvert, devient vice-président. Le nouvel ensemble compte une centaine d’adhérents, 1 100 hectares et un chiffre d’affaires de l’ordre de 13 M€.




vendredi 3 avril 2026

Cognac : le groupe Sawnee (Etats-Unis) rachète la distillerie Vinet-Delpech

La région de Cognac vient d’être le théâtre d’une opération stratégique majeure : la distillerie charentaise Vinet-Delpech, installée à Brie-sous-Archiac, rejoint le groupe américain Sawnee et se transforme en Vinet-Puranik Distillerie. Un rapprochement qui illustre, une fois de plus, l’attractivité des savoir-faire français de distillation auprès des investisseurs internationaux.

Un acteur historique du Cognac

Fondée en 1934 par Félix Chartier, la distillerie de Brie-sous-Archiac s’inscrit dans une tradition vieille de plusieurs siècles. Passée par plusieurs mains — Guy Vinet en 1972, puis Bruno Delannoy — elle prend son nom définitif de Vinet-Delpech en 2012, lors de la fusion avec l’entité d’Étienne Delpech. L’entreprise y possède ses propres vignobles en Petite Champagne et en Fins Bois, plantés en Ugni Blanc, Folle Blanche et Colombard, et développe une expertise complète, de la vigne au verre.

Forte de 13 alambics, 4 lignes de conditionnement, 22 000 hl de stockage cuverie et 2 200 m² dédié aux matières sèches, Vinet-Delpech compte parmi les dix principales distilleries indépendantes de la région de Cognac. Certifiée Ecocert et OEA (Opérateur Économique Agréé), l’entreprise a su diversifier ses activités bien au-delà du cognac : création de recettes personnalisées, distillation à façon, embouteillage sur mesure (bouteilles, carafes, BIBs). Depuis 2019, elle distille même du whisky français.

Son portefeuille de marques maison — rassemblé sous l’identité **Les Brûleries Modernes** — témoigne de cette créativité : les whiskies français Palisson et Excellency Club, le gin Hold Up, les rhums Irie, les cognacs Delpech-Fougerat ou encore les apéritifs Brigitte et Louise en constituent les piliers.

Le groupe Sawnee : un conglomérat mondial aux ambitions spiritueux affirmées

De l’autre côté de l’Atlantique, le **Sawnee Group**, basé à Atlanta (Géorgie), est un conglomérat multinational présidé par Rahul Puranik. Il opère dans sept secteurs d’activité : hôtellerie, distillation, distribution de boissons, immobilier, approvisionnement stratégique pour l’ONU, fret aérien et distribution de produits de santé. Ses bureaux sont implantés en France, en Irlande, à Singapour, en Inde et aux États-Unis.

Dans le domaine des spiritueux, Sawnee n’est pas un néophyte. Sous la marque **Maison D’Puranique**, basée dans le sud de la France, le groupe commercialise déjà plusieurs produits distinctifs : la vodka Puranique — récompensée du Best Vodka Award et du Best Spirit Award au London Spirit Competition en 2018 — ainsi qu’une liqueur Mangeaux à base de mangue Alphonso et de Cognac, et le Puranique Cognac lancé au printemps 2022.

Une acquisition stratégique, un nouveau nom, une double identité

Le rachat de Vinet-Delpech par Sawnee s’inscrit dans une logique de consolidation industrielle et de déploiement international. La nouvelle entité, rebaptisée **Vinet-Puranik Distillerie**, conserve l’ensemble du portefeuille Les Brûleries Modernes tout en lançant une gamme éponyme comprenant le cognac et la vodka Puranique, ainsi que les liqueurs Mangeaux et Jus d’manguier.

L’ambition est clairement affichée par Rahul Puranik, PDG de Sawnee : *« Ce développement stratégique unit le riche héritage d’excellence de Vinet en matière de distillation française à la présence mondiale du groupe Sawnee, renforçant ainsi notre position sur les marchés internationaux. »*

Pour la distillerie charentaise, l’intégration au réseau mondial de Sawnee — couvrant notamment l’Asie du Sud-Est, l’Inde et les États-Unis — représente un levier de croissance considérable, difficile à atteindre seule à cette échelle.

Ce que cette opération nous dit du marché

Cette acquisition s’inscrit dans une tendance de fond : les distilleries françaises indépendantes, riches de leur savoir-faire et de leurs certifications, attirent des capitaux internationaux** en quête d’authenticité et d’ancrage territorial. La région de Cognac, en particulier, continue de fasciner les investisseurs du monde entier, qu’il s’agisse de grands groupes asiatiques ou, comme ici, d’entrepreneurs indo-américains portés par une vision multi-sectorielle.

Pour les acteurs de la filière, cette opération pose plusieurs questions structurantes : comment préserver l’identité artisanale d’une distillerie tout en l’intégrant dans un groupe à vocation mondiale ? Comment articuler deux gammes de produits aux ADN très différents — l’un ancré dans la tradition charentaise, l’autre tourné vers des marchés plus exotiques ? Et quelle place pour les équipes et les savoir-faire locaux dans ce nouveau schéma ?






Spiritueux : La Maison Benjamin Kuentz rachète trois liqueurs emblématiques au groupe Pagès Vedrenne

La Maison Benjamin Kuentz, figure montante du whisky français, franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement en annonçant l’acquisition de trois marques de liqueurs détenues par le groupe Pagès Vedrenne : le Noyau de Poissy, le Noyau de Vernon et la Liqueur de Paris.

Un acquéreur ancré dans le renouveau des spiritueux français

Fondée à Paris, la Maison Benjamin Kuentz s’est imposée ces dernières années comme l’un des acteurs les plus innovants de la scène des spiritueux français. Se définissant comme un « éditeur de whisky », Benjamin Kuentz travaille avec plusieurs distilleries françaises — de Lorraine à la Bretagne —, sélectionnant les meilleurs grains et terroirs pour composer des assemblages aux profils singuliers. Ses cuvées, aux noms évocateurs comme *Uisce de Profundis* (vieilli sous la mer au large d’Ouessant) ou *Aux Particules Vines* (maturé en fûts de Premiers Grands Crus Classés de Bordeaux), ont contribué à placer la maison sur la carte internationale du whisky d’exception.

Cette acquisition marque ainsi un tournant stratégique : pour la première fois, la Maison Benjamin Kuentz sort de son cœur de métier pour se diversifier vers des liqueurs à fort ancrage territorial.

Trois liqueurs aux histoires pluriséculaires

Les marques cédées par Pagès Vedrenne ne sont pas anodines. Le Noyau de Poissy est sans doute la plus emblématique : fondée en 1698, la distillerie de Poissy est considérée comme la plus ancienne distillerie artisanale d’Île-de-France. Élaborée à partir de noyaux d’abricot macérés ou distillés dans un alcool de qualité supérieure, cette liqueur — parfois surnommée « l’amaretto à la française » — produit environ 45 000 bouteilles par an, commercialisées en cavistes et sur place. Elle avait rejoint le giron de Pagès Vedrenne en l’an 2000.

Le Noyau de Vernon, aux notes de cerises et d’amandes, est quant à lui une création du début du XXe siècle, portant la tradition des liqueurs de noyaux de la vallée de la Seine. Quant à la Liqueur de Paris, de création plus récente, elle avait été développée directement par le groupe Pagès Vedrenne pour répondre à une demande autour de l’identité francilienne.

Un cédant de référence dans le monde des liqueurs régionales

Le groupe Pagès Vedrenne — qui regroupe des marques aussi emblématiques que la Verveine du Velay (Pagès, créée en 1859 à Saint-Germain-Laprade), la Crème de Cassis de Nuits-Saint-Georges (Vedrenne, fondée en 1923), la Gentiane Salers (1885) ou encore l’Izarra basque (1906) — bénéficie du label Entreprise du Patrimoine Vivant, qui reconnaît l’excellence de son savoir-faire artisanal. Cette cession semble s’inscrire dans une logique de recentrage du groupe sur ses marques historiques de cœur.

La logique stratégique de l’acquéreur

Pour la Maison Benjamin Kuentz, l’opération répond à une double ambition : diversifier le portefeuille au-delà du whisky et renforcer son ancrage dans les terroirs français, en particulier en Île-de-France. « En reprenant ces marques, nous souhaitons non seulement préserver leur héritage, mais aussi les moderniser et les faire découvrir à de nouveaux publics, en France et à l’international », précise Benjamin Kuentz.

Cette logique n’est pas sans rappeler d’autres opérations observées dans le secteur ces dernières années, où des maisons de spiritueux à forte identité éditoriale rachètent des marques patrimoniales dormantes pour leur offrir un second souffle commercial, notamment via les circuits digitaux et les marchés export.

Une consolidation qui illustre la dynamique du marché des spiritueux artisanaux

Au-delà du cas Kuentz, cette transaction s’inscrit dans une tendance de fond : la revalorisation des liqueurs régionales françaises, longtemps reléguées au second plan face à l’hégémonie des spiritueux internationaux. Des marques comme le Noyau de Poissy — dont l’histoire remonte au règne de Louis XIV — constituent un patrimoine gustatif rare, à condition de trouver des repreneurs capables d’allier respect de la tradition et vision commerciale moderne.

La Maison Benjamin Kuentz, par son positionnement premium et sa capacité à raconter des histoires de terroir, semble disposer des atouts nécessaires pour relever ce défi.





lundi 30 mars 2026

Bordeaux : NextStage AM entre au capital des eaux Abatilles (groupe Merlaut)

Une marque centenaire du Bassin d’Arcachon attire le capital-développement

La Société des Eaux Minérales d’Arcachon (Sema), propriétaire et exploitante des marques d’eau minérale Abatilles et Source des Pins, accueille un nouvel actionnaire majoritaire : NextStage AM, acteur reconnu du capital-développement en France. L’opération, annoncée fin mars 2026, marque une étape significative dans l’histoire de cette entreprise fondée en 1925, soit il y a plus de cent ans.

Deux sources naturelles aux origines géologiques remarquables

La Sema exploite deux sources d’eau minérale naturelle situées dans le sous-sol arcachonnais. La Source Sainte Anne, puisée à -472 mètres de profondeur, est alimentée par les eaux du Massif central et donne naissance aux eaux Abatilles, la marque phare du groupe. La Source des Pins, plus proche de la surface (-330 m), produit l’eau éponyme. Cette dualité de sources confère au groupe une singularité rare dans le paysage des eaux embouteillées françaises.

Un groupe familial en phase de développement

Reprise en 2013 par le duo d’entrepreneurs Jean Merlaut et Hervé Maudet, la Sema a connu depuis lors une trajectoire de croissance régulière. En 2025, la société a commercialisé plus de 50 millions de bouteilles pour un chiffre d’affaires dépassant 20 millions d’euros, avec une cinquantaine de collaborateurs. Dans le cadre de cette opération, Hervé Maudet reste actionnaire et conserve la direction du groupe, assurant ainsi la continuité managériale.

NextStage AM investit 30 millions d’euros pour accélérer

L’investissement de NextStage AM s’élève à 30 millions d’euros et vise plusieurs objectifs stratégiques complémentaires. Le premier axe est géographique : la distribution des deux marques, aujourd’hui ancrée dans le Grand Ouest et le Sud-Ouest, doit s’étendre vers de nouvelles régions — le Sud-Est, l’Île-de-France, la Bretagne et la Normandie sont expressément ciblées. Le second axe porte sur les circuits de distribution, avec une volonté d’accélérer en grande et moyenne surface tout en consolidant la présence en consommation hors domicile (restauration, hôtellerie, cafés). Le troisième axe touche à la capacité commerciale et marketing, dont le renforcement est au cœur du projet industriel.

L’ambition : doubler le chiffre d’affaires en cinq ans

L’objectif affiché est ambitieux : doubler le chiffre d’affaires d’ici à 2030. Pour une société réalisant aujourd’hui 20 millions d’euros de revenus, cela implique une montée en puissance significative tant sur le plan commercial qu’industriel. Avec 50 millions de bouteilles vendues en 2025, la Sema dispose d’une base de production solide pour accompagner cette croissance.

Une opération qui illustre l’intérêt des investisseurs pour les eaux minérales régionales

Au-delà du cas Abatilles, cette transaction s’inscrit dans une tendance plus large : les marques d’eaux minérales à forte identité territoriale, longtemps restées dans le giron familial ou local, suscitent un intérêt croissant de la part des fonds de capital-développement. Face aux grandes marques nationales et internationales, des acteurs régionaux bien positionnés peuvent trouver dans ce type de partenariat les moyens de changer d’échelle sans renoncer à leur singularité.
Pour Abatilles, née au cœur du Bassin d’Arcachon et puisant ses origines au Massif central, l’enjeu est désormais de faire connaître cette histoire à l’ensemble du territoire français.




mercredi 4 mars 2026

Concentration dans le marché des vieux millésimes : hospicesdebourgogne.com rachète bonjaja.com

Le spécialiste de la vente en ligne de vieux millésimes hospicesdebourgogne.com annonce la reprise de son concurrent bonjaja.com, ainsi que de l’intégralité de son stock. Cette opération marque une nouvelle étape dans la structuration d’un marché de niche : celui des vins anciens et des bouteilles d’anniversaire.

Fondé en 2005 à Rully par Sylvie et Benoît Charbonnaud, hospicesdebourgogne.com s’est imposé au fil des années comme l’un des acteurs français de référence dans la vente de millésimes anciens. Le site propose aujourd’hui un catalogue particulièrement étendu, comprenant plus de 12 000 bouteilles, couvrant une période allant de 1895 à nos jours. 

Une transmission et un rapprochement naturel

Le rachat de bonjaja.com s’inscrit également dans une logique de transmission. Après plus de vingt-cinq années d’activité, son fondateur Luc Pillet a choisi de céder son site et son stock à l’équipe de Rully. L’opération est présentée comme un choix à la fois stratégique et affectif, les deux entreprises partageant une spécialisation commune dans les vieux millésimes.

Dans les prochaines semaines, les accès au site bonjaja.com seront progressivement redirigés vers hospicesdebourgogne.com, afin d’intégrer l’ensemble de l’offre sur une plateforme unique.

Deux positionnements complémentaires

Au-delà de l’agrandissement du stock, l’intérêt de cette acquisition repose aussi sur la complémentarité des clientèles.

Historiquement, bonjaja.com travaillait surtout avec une clientèle professionnelle, notamment des cavistes et restaurateurs à la recherche de bouteilles anciennes pour leurs cartes ou leurs caves.

À l’inverse, hospicesdebourgogne.com s’adresse majoritairement aux particuliers, avec une offre centrée sur les vins d’anniversaire et les vieux millésimes destinés aux collectionneurs ou aux amateurs.

En réunissant les deux activités, Sylvie et Benoît Charbonnaud entendent élargir leur base de clientèle tout en renforçant leur profondeur de stock, un élément déterminant sur ce segment où la rareté des bouteilles fait la valeur.

Un marché discret mais en croissance

La vente de vieux millésimes constitue un marché très spécifique du commerce du vin, à la frontière entre collection, cadeau personnalisé et marché secondaire des grands vins. La digitalisation progressive de ce segment, via des sites spécialisés, a facilité l’accès à des bouteilles anciennes pour une clientèle internationale.

Avec cette acquisition, hospicesdebourgogne.com consolide sa position dans ce secteur et confirme une tendance de fond : la concentration progressive des plateformes spécialisées dans les vins anciens.

Pour les amateurs comme pour les professionnels, l’enjeu reste le même : accéder à des bouteilles rares, parfaitement conservées et correctement tracées — un savoir-faire qui fait toute la valeur de ces maisons spécialisées.