Actualités en M&A de la vigne et du vin
Retrouvez toute l'actualité des transactions et opérations financières du monde de la vigne et du vin répertoriées par Marc Sabaté. Acheter, vendre, investir, financer, l’exploitation ou une transmission de vignes, d’une propriété ou d’un domaine viticole, d’un Château, d’une société de négoce ou de distribution de vins… ce sont les sujets dont nous traitons avec les équipes de In Extenso Finance et de Mirabaud Advisors Et retrouvez toutes les archives sur http://lullyconseil.unblog.fr/
dimanche 23 août 2026
Roussillon : la fin d'un cycle pour la coopération viticole
Royaume-Uni : pourquoi la distribution des vins et spiritueux se consolide
Cinq mouvements en un été
Entre juillet et août 2026, la distribution britannique des vins et spiritueux a enregistré cinq mouvements en quelques semaines. Compagnia del Gusto Holding (CDGH) est entré en négociation pour reprendre le grossiste CHR Jascots Wine Merchants à Freixenet Copestick. New Generation Wines a racheté son concurrent Bancroft Wines. Majestic Wine a engagé 4 M£ dans son parc de magasins. Naked Wines a publié des résultats en amélioration sur un chiffre d’affaires en recul. Friarwood Wines & Spirits, caviste londonien fondé en 1967, a été placé sous administration judiciaire.
Ces cinq dossiers relèvent d’une même équation. Le marché britannique reste l’un des premiers débouchés mondiaux du vin importé. Il est aussi devenu l’un des plus coûteux à servir.
Une accumulation fiscale et réglementaire
La réforme des droits d’accises entrée en vigueur en août 2023 a substitué au calcul volumétrique une taxation au degré d’alcool. L’association professionnelle WSTA estime que les droits sur une bouteille de vin à 14,5 % ont progressé de 1,10 £ depuis cette date. La période transitoire applicable aux vins de 11,5 à 14,5 % s’est achevée en février 2025. Une nouvelle indexation sur l’indice RPI, à 3,66 %, est intervenue le 1er février 2026.
S’y ajoute la responsabilité élargie des producteurs (EPR). Le tarif final retenu pour le verre s’établit à 192 £ la tonne, contre 240 £ dans la version provisoire. Les contributions modulées augmentent de 1,2 fois en 2026, 1,6 fois en 2027 et 2 fois en 2028 pour les emballages classés en rouge. Cumulé aux hausses de droits et à la TVA, le WSTA chiffre l’effet à près d’une livre par bouteille sur douze mois.
Le coût du travail suit la même pente. Les cotisations patronales sont passées à 15 % en avril 2025, avec un seuil d’assujettissement abaissé de 9 100 à 5 000 £. Le salaire minimum national a progressé de 4,1 % en avril 2026, à 12,71 £ de l’heure. Ces charges pèsent lourdement sur des structures de distribution intensives en logistique et en force de vente.
Un débouché en contraction
Le canal CHR se réduit. Le Royaume-Uni comptait 98 609 établissements licenciés fin mars 2026, soit 305 de moins qu’en décembre 2025, l’équivalent de 3,4 fermetures nettes par jour. La British Beer and Pub Association a recensé 161 fermetures de pubs au premier trimestre 2026, en hausse de 26 % sur un an. UKHospitality anticipe jusqu’à six fermetures quotidiennes sur l’année, soit 2 076 établissements.
L’off-trade n’offre pas de compensation. Les ventes d’alcool en grande distribution ont reculé de 4,1 % en décembre 2025. L’IWSR projette un repli de 14 % des volumes mondiaux de vin entre 2025 et 2035. Pour un intermédiaire dont les coûts fixes progressent et dont le nombre de clients diminue, la variable d’ajustement devient la taille.
Trois logiques de rapprochement
La première est horizontale. New Generation Wines présente le rachat de Bancroft Wines comme un moyen d’élargir sa couverture de marché et de renforcer sa résistance aux pressions économiques. L’intégration complète est prévue d’ici janvier 2027, sans changement immédiat pour les contacts clients ni les relations fournisseurs. Le mouvement n’est pas isolé. Majestic avait finalisé en avril 2025 l’acquisition du distributeur Enotria & Coe et ses 300 salariés, après avoir repris Vagabond Wines à ses administrateurs judiciaires pour 6,5 M£ en 2024. Hallgarten & Novum Wines est pour sa part passé sous le contrôle de Coterie Holdings.
La deuxième est financière. Le fonds Activequity est devenu actionnaire majoritaire de l’importateur écossais Alliance Wine en juillet 2026, à l’occasion du retrait de son fondateur Christian Bouteiller, le management conservant une participation significative. Chez Majestic, Fortress Investment Group, propriétaire depuis 2019 pour 95 M£, a mandaté Rothschild en vue d’une cession dont le processus formel n’est pas attendu avant début 2027.
La troisième est industrielle et amont. CDGH prend pied au Royaume-Uni en acquérant Jascots auprès de Freixenet Copestick, filiale britannique de Henkell Freixenet, pour un montant non divulgué. L’opération, portée par la plateforme d’investissement de la famille Cosulich, doit être finalisée en octobre 2026. Jascots a réalisé 10 M£ de chiffre d’affaires en 2025. Le producteur sécurise ici son accès au marché plutôt qu’il n’achète des parts de marché.
Ces logiques ont un revers. Henkell Freixenet indique que la cession reflète un recentrage sur son cœur de métier, cinq ans après avoir repris Jascots à ses administrateurs judiciaires en décembre 2020. La concentration s’accompagne d’arbitrages de portefeuille chez les groupes intégrés.
Le coût du non-alignement
Friarwood illustre la sortie de marché. L’entreprise, fondée en 1967 par Peter Bowen comme grossiste londonien, s’était lancée dans la vente au détail à Parsons Green en 2001. Reprise en 2015 par Ben Carfagnini après le décès du fondateur, elle avait ouvert un site marchand en 2016, élargi sa gamme au-delà de Bordeaux et de la Bourgogne et inauguré un second point de vente à Wimbledon Village. Elle a été placée sous administration judiciaire le 3 juillet 2026.
Naked Wines illustre l’alternative : la contraction pilotée. Le chiffre d’affaires a reculé de 18 % à 199,1 M£ sur l’exercice clos le 30 mars 2026. L’excédent brut d’exploitation ajusté ressort à 7,6 M£, en progression de 13 % sur un an, la marge brute passant à 19,9 %. La trésorerie nette atteint 33,4 M£ après un rachat d’actions de 6 M£, représentant 10,5 % du capital en circulation à l’ouverture de l’exercice. Le modèle a été recalibré autour d’un socle de clients plus restreint et mieux valorisé.
Ce que la période dessine
Majestic maintient son investissement de 4 M£ sur l’exercice 2026-2027, avec au moins quatre ouvertures, alors même que son actionnaire prépare sa sortie. CDGH vise 200 M€ de chiffre d’affaires en cinq ans. New Generation Wines achèvera son intégration en janvier 2027. La cession de Majestic pourrait intervenir dans le même horizon.
Le vivier d’intermédiaires indépendants britanniques se resserre. Les opérateurs de taille intermédiaire, sans adossement capitalistique ni volume suffisant pour absorber les charges nouvelles, constituent la population la plus exposée. Les prochains mois diront si la vague de rapprochements observée cet été relève d’une séquence ou d’un régime durable.
Sources
Vitisphere / VS News n° 705, 21 au 27 août 2026, rubrique Distribution Spécial Royaume-Uni (Anne Burchett) — Harpers Wine & Spirit Trade News — The Drinks Business — Just Drinks / Global Drinks Intel — Drinks Retailing News — Vinetur — Retail Week, Retail Gazette, The Grocer — The Caterer — Wine and Spirit Trade Association (WSTA) — UKHospitality — British Beer and Pub Association — NIQ / CGA Hospitality Market Monitor — IWSR — Naked Wines plc, résultats annuels FY26 — Companies House / The Gazette.
Provence : Neil Utley reprend le Château Vignelaure
Le château Vignelaure a changé de mains le 23 juillet 2026. La propriété provençale a été reprise par l’homme d’affaires britannique Neil Utley et sa famille. Le montant de la transaction n’a pas été rendu public.
Une reprise intervenue en procédure collective
Le domaine faisait l’objet d’une procédure collective. Neil Utley reprend la propriété à 100 % : Vignelaure appartenait depuis 2007 à Mette et Bengt Sundstrøm, couple scandinave et collectionneurs d’art, qui avaient nommé Philippe Bru à la direction et à la vinification.
Le communiqué diffusé par les nouveaux propriétaires présente l’opération comme une acquisition patrimoniale, le domaine devant être « détenu et développé par la famille dans une perspective de transmission ».
Un domaine construit sur le pari du rouge
L’ère moderne de Vignelaure débute dans les années 1960 sous l’impulsion de Georges Brunet, ancien propriétaire du château La Lagune à Bordeaux. Le domaine est fondé en 1960 dans la partie nord de l’AOP Coteaux-d’Aix-en-Provence, à plus de 400 mètres d’altitude sur la rive sud de la Durance. La propriété a été pionnière des assemblages cabernet sauvignon-syrah en rouge. Éloi Durrbach, alors en poste à Vignelaure, s’en est inspiré pour planter les mêmes cépages à Trévallon.
L’étiquette du second vin, Le Page, a été dessinée par Yves Saint Laurent. Georges Brunet avait par ailleurs réuni une collection d’art comprenant des œuvres de Miró, César, Arman et Buffet, que les repreneurs indiquent vouloir préserver.
280 hectares, dont 56 hectares de vignes
Le domaine s’étend sur environ 280 hectares, bois compris, dont quelque 56 hectares de vignes, sur les communes de Rians (Var) et Jouques (Bouches-du-Rhône), au nord de la montagne Sainte-Victoire. Le vignoble est conduit en agriculture biologique en AOC Coteaux-d’Aix-en-Provence. Le rosé représente environ la moitié des volumes, le rouge 30 % et le blanc 20 %.
Maintien des équipes et de la certification
Le communiqué précise que « la certification en agriculture biologique ainsi que les appellations du château Vignelaure seront intégralement préservées » et que « les équipes sont maintenues », dont Philippe Bru, directeur depuis 2008. Neil Utley indique avoir effectué trois visites du domaine avant la reprise et confirme que Philippe Bru conservera la gestion opérationnelle.
Le chai d’abord, le vignoble ensuite
Le nouveau propriétaire indique que le montant des investissements sera chiffré après un état des lieux, et qu’ils seront étalés sur plusieurs années, à la vigne, en cave et sur les bâtiments. Des investissements en cave sont annoncés dès les prochains mois, avec le remplacement du groupe de froid et une réflexion sur la diversification des contenants d’élevage, notamment des œufs en béton. Le chai n’a pas connu de rénovation majeure depuis 1972. Au vignoble, un travail de préparation des sols est prévu dès 2027 en vue de plantations en 2028. Les parcelles arrivées en fin de cycle seront progressivement arrachées puis replantées, en rouge comme en blanc.
Le domaine compte onze cépages implantés. La stratégie annoncée privilégie le grenache et le cinsault pour leur résistance à la sécheresse, ainsi que la clairette pour sa maturité tardive, les nouvelles plantations étant orientées vers les secteurs les plus frais, autour de 400 mètres d’altitude.
Recrutements et développement commercial
Le renforcement des équipes portera sur des profils commerciaux et sur l’équipe technique. Le domaine dispose d’une distribution établie en Provence auprès des cavistes, de la restauration et des particuliers. La priorité annoncée porte sur Paris et les grandes métropoles françaises, puis à l’export sur le Royaume-Uni, le Canada, les États-Unis et plusieurs pays européens.
Cosmétiques et œnotourisme
Les repreneurs prévoient le développement d’une activité de cosmétiques naturels valorisant les ressources du domaine — huile de pépins de raisin, huile d’olive, miel — avec le lancement de la marque Maison Minu l’année prochaine, avant l’ouverture d’un spa au sein de la propriété. Des oliviers seront plantés et des ruches installées pour alimenter cette activité. Des projets œnotouristiques sont également annoncés.
Un marché provençal toujours actif
Le marché viticole provençal a récemment repris de l’activité, le cœur des transactions se situant dans une fourchette de 5 à 10 millions d’euros selon les intermédiaires spécialisés. La reprise intervient alors que la filière provençale fait face à des difficultés économiques et commerciales, illustrées par le plafonnement des volumes commercialisables en AOC sur le millésime 2026.
Sources
- Vitisphere, « En redressement, le château Vignelaure racheté par un nouveau millionnaire dans les vignes de Provence », juillet 2026
- Decanter, Chris Mercer, « Provence and Loire vineyards in-demand as historic estate finds British buyer », 5 août 2026
- The Drinks Business, Ben Bernheim, « English investor buys historic Château Vignelaure », 27 juillet 2026
- Var-information / mesinfos.fr, Antoine Assante, entretien avec Neil Utley, 4 août 2026
- Presse Agence, « Rians vignoble : l’entrepreneur britannique Neil Utley reprend le château Vignelaure », août 2026
- Communiqué du château Vignelaure
Sud-Ouest : le groupe Boisset rachète Les Fumées Blanches à François Lurton
La marque gasconne Les Fumées Blanches a changé d’actionnaire. La société qui l’exploite est désormais détenue par Grands Vins Jean-Claude Boisset, structure faîtière du groupe bourguignon établi à Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or). L’opération n’a fait l’objet d’aucun communiqué de la part des deux parties.
Une marque de sauvignon née en 1997
Les Fumées Blanches ont été créées en 1997 par François Lurton et son frère Jacques, qui identifient alors le potentiel du sauvignon blanc sur ce terroir gascon jusque-là méconnu. Les deux hommes ont mis fin à leur association en 2007. Le nom renvoie aux brumes matinales qui recouvrent les vignes de sauvignon des coteaux du Sud-Ouest.La production annuelle se chiffre en dizaines de milliers d’hectolitres, en blancs de sauvignon blanc revendiqués en IGP Côtes de Gascogne et en rosés de sauvignon gris commercialisés en Vin de France, complétés par une déclinaison désalcoolisée, Zero.
Les vins sont assemblés et élaborés à Vayres, en Gironde, sur le site du domaine de Poumeyrade.
Créée en mai 2014 sous forme de société civile d’exploitation agricole, la société Domaine des Fumées Blanches a été transformée en SAS puis a reçu par voie d’apport partiel d’actif, l’ensemble de ses activités de production et de commercialisation des vins Les Fumées Blanches.
La société a son siège à Vayres et un établissement secondaire à Gondrin, dans le Gers. Elle emploie douze personnes eta réalisé un chiffre d’affaires de 21M€ en 2025, pour un résultat net de 2,3M€.
Le changement de contrôle acté début juin
L’opération a été actée début juin par la nomination de la société SFG La Vougeraie en tant que Président. Cette dernière préside également Boisset - La Famille des Grands Vins. Ni le montant de la transaction ni son périmètre exact n’ont été rendus publics.
Un discours mesuré côté acquéreur
Interrogé par Vitisphere, Gilles Seguin, directeur général du groupe bourguignon, évoque un partenariat en cours de mise en place, pas entièrement défini, sur lequel le groupe ne souhaite pas communiquer tant que les discussions se poursuivent. Il indique que l’ADN de la marque reste inchangé, que l’approvisionnement demeure en sauvignon dans le Gers et ses environs, et que le suivi, l’élaboration et l’emploi sont maintenus à Vayres avec l’appui de Boisset. François Lurton n’a pas souhaité s’exprimer.
Une première pour Boisset dans le Sud-Ouest
Fondé en 1961 par Jean-Claude Boisset à Nuits-Saint-Georges, le groupe s’est construit par croissance externe, en s’étendant à Chablis, au Jura, au Beaujolais, à la vallée du Rhône, au Languedoc-Roussillon, puis en Californie. Son portefeuille comprend notamment Bouchard Aîné & Fils, J. Moreau & Fils, le Domaine de la Vougeraie, Antonin Rodet, Ropiteau Frères, Mommessin, le Château de Pierreux, Gabriel Meffre, Bouachon, Bonpas, Fortant, Charles de Fère, Louis Bouillot, les Domaines Henri Maire, ainsi que Raymond Vineyards, DeLoach, Buena Vista et JCB aux États-Unis.
Le groupe a racheté Moncigale, à Beaucaire (Gard), à Marie Brizard Wine & Spirits en février 2021, avant de regrouper ce site avec les activités de Fortant sous l’entité Les Chais du Sud.
Cette opération portait alors le chiffre d’affaires consolidé du groupe au-delà de 400 M€. La seule entité Boisset - La Famille des Grands Vins a déclaré un chiffre d’affaires de 174,37 M€ et un résultat net de 6,95 M€ au titre de l’exercice 2024, pour 239 salariés.
Avec Les Fumées Blanches, le groupe met pour la première fois un pied dans le Sud-Ouest pour les vins, et dans le Bordelais pour un site d’élaboration.
Un actif sur un segment porteur
L’IGP Côtes de Gascogne produit majoritairement des vins blancs et demeure la locomotive du vignoble gersois. La SAFER relevait pour 2024 une progression de 4 % en volume et de 7 % en valeur des blancs secs en grande distribution, et un recours à l’arrachage définitif limité dans le Gers, à 639 hectares, soit 3 % du potentiel viticole départemental.
Sources
Vitisphere ; Domaines François Lurton ; Guide Hachette des Vins ; Pappers ; Societe.com ; Xerfi ; Verif ; Boisset - La Famille des Grands Vins ; LSA ; Rayon Boissons ; SAFER (Le marché des vignes Occitanie).
vendredi 14 août 2026
Spiritueux : Rhum agricole, les Bienheureux signent un protocole d’accord pour le rachat de BBS
Les Bienheureux ont annoncé le 13 août 2026 la signature d’un protocole d’accord avec Campari Group en vue d’acquérir Bellonnie et Bourdillon Successeurs (BBS), société basée à Rivière-Pilote, en Martinique, propriétaire des rhums agricoles Trois Rivières, Maison La Mauny et Duquesne. L’opération reste soumise à autorisation administrative.
Un acquéreur désormais identifié
Le 29 juillet, lors de la présentation de ses résultats semestriels, Campari indiquait être entré en négociations exclusives avec un acteur industriel français pour la cession de BBS, sans en préciser l’identité. Le groupe italien avait, dans le même temps, signé un accord d’option de vente portant sur le cognac Bisquit & Dubouché et la tequila Cabo Wabo, repris par l’irlandais Cobblestone Brands, dont la finalisation est attendue d’ici le 31 octobre 2026.
L’annonce du 13 août lève l’anonymat : l’acquéreur est Les Bienheureux, société girondine installée à Louchats.
Une opération suspendue à l’autorisation de la Safer
Le protocole intervient après l’avis favorable rendu à l’unanimité par le comité social et économique de BBS sur le projet de changement d’actionnaire. Le projet d’acquisition demeure soumis à l’autorisation de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural quant au transfert des terres agricoles détenues par la société. Campari situe la finalisation de l’ensemble de ses cessions d’ici la fin de l’année 2026.
Un montant non dévoilé, un écart de valorisation documenté
Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. Les repères publics permettent néanmoins de mesurer l’écart avec le prix d’entrée de Campari. Le groupe avait acquis Rhumantilles, détentrice de 96,5 % de BBS, auprès du groupe Chevrillon et d’actionnaires minoritaires en 2019, pour une valeur d’entreprise annoncée de 60 M€ à la signature, portée à 60,5 M€ dans le rapport annuel du groupe après ajustement de prix, soit environ 9,5 fois une marge de contribution de 6,5 M€.
Bisquit & Dubouché avait été racheté au sud-africain Distell pour une valeur d’entreprise de 52,5 M€, accord signé en décembre 2017 et clôturé au premier trimestre 2018. Cabo Wabo était entré au portefeuille en deux temps, avec l’acquisition de 80 % du capital en 2007 puis du solde en 2010.
Au total, Campari attend environ 30 M€ du produit de ces cinq marques. Ses comptes semestriels 2026 intègrent 82 M€ de dépréciations liées aux actifs destinés à être cédés. Le bénéfice net publié recule de 37,7 %, à 129 M€, pour un chiffre d’affaires de 1,51 Md€, en baisse de 1 % en données publiées et en hausse de 2,7 % à périmètre et change comparables. Le bénéfice net ajusté progresse de 4,7 %, à 226 M€.
Un recentrage assumé par Campari
Ces cessions s’inscrivent dans une stratégie de concentration sur les marques jugées prioritaires par le groupe, parmi lesquelles Aperol, Campari, Grand Marnier, Courvoisier, Espolon et Skyy. Son directeur général, Simon Hunt, a expliqué que le portefeuille de rhums agricoles avait été acquis pour soutenir la mise sur le marché en France, un besoin que le groupe ne juge plus d’actualité. Campari avait déjà cédé en 2025 les apéritifs Cinzano ainsi que les digestifs Averna et Zedda Piras, pour environ 100 M€. Après s’être séparé d’environ 4 % de son portefeuille, le groupe prévoit de clore cette séquence de cessions à la fin de 2026.
BBS, un ensemble industriel, agricole et touristique
BBS exploite les trois marques bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée rhum de Martinique. Le périmètre repris par Campari en 2019 comprenait les marques, les propriétés foncières, les distilleries, les sites touristiques et un stock de rhums vieillis. La société revendique l’exploitation d’environ 500 hectares de canne à sucre dans le sud de l’île, deux sites ouverts au public, à Rivière-Pilote et à Sainte-Luce, totalisant plus de 150 000 visiteurs par an, ainsi qu’une activité de distribution de marques de boissons en Martinique. Elle employait environ 150 personnes, majoritairement sur l’île.
Le chiffre d’affaires de BBS s’élevait à 24,1 M€ en 2018, dernier exercice publié avant l’entrée de Campari au capital. Aucune donnée consolidée postérieure n’est publique. L’ensemble avait été cédé par La Martiniquaise sur demande de l’Autorité de la concurrence, avant d’être détenu par le groupe Chevrillon à partir de 2012.
Les Bienheureux, du whisky français au rhum AOC
Fondée par Alexandre Sirech et Jean Moueix, la société s’est construite autour des whiskies français Bellevoye, puis Lefort, Beauchamp et Bercloux, dont elle a racheté la distillerie charentaise en 2019, et des rhums El Pasador de Oro, Embargo puis Pura Vida.
Jean-Christophe Coutures, président des Bienheureux, évoque des marques « que nous admirons de longue date » pour la qualité de leur savoir-faire et l’attachement qu’elles suscitent, et dit aborder le projet avec la volonté de poursuivre, aux côtés des équipes de BBS, le développement engagé à Rivière-Pilote.
Les Bienheureux s’appuient sur deux actionnaires de référence : Imagine, division art de vivre du groupe Videlot, holding de la famille Moueix, et SCDM, holding familiale de Martin et Olivier Bouygues et de leurs familles. L’entrée de Trois Rivières et de Maison La Mauny au portefeuille modifierait sensiblement la taille du groupe girondin, dont l’activité reposait jusqu’ici sur des marques créées en interne.
Sources
Outremers360, communiqué Les Bienheureux, 13 août 2026
Outremers360 / AFP, cession et résultats semestriels Campari, 4 août 2026
RCI, cessions Campari, août 2026
Vitisphere, revente des cognacs Bisquit, juillet 2026
The Spirits Business, Cobblestone Brands, juillet 2026
Just Drinks, Campari sells Cognac, rum and Tequila brands, juillet 2026
Drinks International, Bisquit & Dubouché et Cabo Wabo, juillet 2026
Global Drinks Intel, juillet 2026
Campari Group, communiqué Rhumantilles, 5 septembre 2019
Campari Group, rapport annuel 2019
Campari Group, communiqué Bisquit, 20 décembre 2017
Rayon Boissons, 2019
AMPI Martinique, fiche BBS · Groupe Chevrillon
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