dimanche 12 avril 2026

Inde : Sula Vineyards rachète le domaine de Chandon à Nashik

Le leader indien de la viticulture s’approprie l’une des infrastructures vinicoles les plus modernes du sous-continent, tandis que le géant du luxe LVMH se retire de la production locale tout en maintenant sa présence commerciale.

La transaction a été officialisée le 25 mars 2026 par un dépôt à la Bourse de Bombay. Sula Vineyards, le plus grand producteur de vin indien, a annoncé la signature d’un accord définitif avec Moët Hennessy India Private Limited portant sur l’acquisition du domaine et des installations de production de Chandon à Dindori, dans la région de Nashik, État du Maharashtra.

Un actif stratégique dans une région d’exception

Établi en 2014 dans le cadre du réseau mondial Chandon, le domaine intègre un chai, un centre de visites et un système d’approvisionnement en raisins sous contrat avec des viticulteurs locaux. Il s’étend sur 19 acres et comprend une installation de production ultramoderne dédiée aux vins effervescents élaborés selon la méthode traditionnelle, avec une capacité annuelle de 450 000 litres, extensible à 1,3 million de litres. Le complexe comprend également un centre de visite haut de gamme, une salle de réception et 5 acres de vignes, offrant une plateforme d’œnotourisme immersif.

Sur le plan géographique, Dindori est largement reconnue comme le berceau des meilleurs raisins à vin d’Inde. Le domaine bénéficie en outre d’une localisation pratique, à seulement vingt minutes de l’aéroport de Nashik, dont la connectivité devrait être renforcée à l’approche du prochain Kumbh Mela.

Une opération ciblée sur l’outil industriel, sans transfert de marque

La transaction, structurée comme un achat d’actifs, porte sur le foncier, les bâtiments et l’infrastructure de vinification, à l’exclusion de tout actif lié à la marque — à savoir les cuvées Chandon Brut, Rosé et Aurva. Le montant s’élève à 20 crores de roupies (environ 1,85 million d’euros), financés sur fonds propres. L’opération est conduite via la filiale détenue à 100 % par Sula, Artisan Spirits Private Limited, et devrait être finalisée d’ici la fin du premier trimestre de l’exercice fiscal 2027, sous réserve des approbations réglementaires.

Une fois la transaction clôturée, Chandon cessera sa production de vin en Inde. Les vins issus du domaine seront commercialisés par Sula sous son propre portefeuille de marques, sans utilisation de l’identité Chandon.

Pour Moët Hennessy, une sortie de production, non de marché

La position de la division vins et spiritueux de LVMH mérite d’être précisée. Interrogé par la presse spécialisée, Moët Hennessy a indiqué que Chandon et ses produits restent dans le portefeuille du groupe, et que la distribution et le marketing en Inde continueront d’être assurés par son entité locale. Cette configuration crée une dynamique inédite : une marque de luxe mondiale maintient sa présence commerciale sans production locale, tandis qu’un acteur domestique consolide les infrastructures physiques et renforce son avantage territorial.

Sula consolide son modèle d’œnotourisme

Pour Sula Vineyards, l’acquisition s’inscrit dans une stratégie de diversification déjà bien engagée. Les revenus liés à l’œnotourisme ont fortement progressé au cours du dernier exercice, contribuant à hauteur de 11 % au chiffre d’affaires total. Le domaine phare de Sula, situé près du lac Gangapur à Nashik, est considéré comme le vignoble le plus visité au monde, attirant plus de 300 000 visiteurs par an. Le rachat du domaine Chandon à Dindori, à proximité immédiate des installations existantes du groupe, s’inscrit dans la continuité de ce développement.

Rajeev Samant, fondateur et PDG de Sula Vineyards, a qualifié l’opération d’opportunité unique, soulignant que la localisation stratégique et le cadre du domaine en feront un élément central de la prochaine phase de développement de l’activité d’œnotourisme du groupe.

Un signal fort dans un marché en mutation

Cette transaction intervient dans un contexte de transformation profonde du secteur vinicole indien. Le marché national est dominé par trois acteurs principaux — Sula Vineyards, Fratelli Vineyards et Grover Zampa Vineyards — Sula étant la seule société vinicole indienne cotée en bourse, avec plus de 80 % de son portefeuille orienté vers les marques haut de gamme. Par ailleurs, l’accord de libre-échange récemment signé entre l’Union européenne et l’Inde devrait profondément modifier les conditions d’accès des vins importés à ce marché, où les droits de douane atteignaient jusqu’à 150 %.

Le rachat du domaine Chandon par Sula Vineyards illustre ainsi deux dynamiques convergentes : la consolidation des capacités de production et d’accueil entre les mains des acteurs locaux, et le repositionnement des grandes maisons internationales sur leur cœur de valeur — la marque — plutôt que sur l’outil industriel.




États-Unis : Pernod Ricard cède Kenwood à Korbel pour 4 M$ : la fin d’une aventure californienne

Le géant français des spiritueux a finalisé début avril la vente de son dernier vignoble en Californie. Une transaction qui referme douze ans de présence dans le vin tranquille américain.

Pernod Ricard a vendu Kenwood Vineyards et l’ensemble de ses opérations viticoles à F. Korbel & Bros pour 4 millions de dollars. L’acheteur n’est autre que Gary Heck, président et propriétaire de Korbel — celui-là même à qui Pernod Ricard avait racheté la marque en 2014, dans le cadre d’une transaction estimée à l’époque à environ 100 millions de dollars. 

La vente porte sur les 20 acres de vignobles, les installations de production, le centre d’accueil des visiteurs et les droits sur la marque Kenwood.

Un pari qui n’a pas tenu

Lors de son acquisition, Pernod Ricard avait affiché des ambitions clairement définies pour Kenwood. Jeff Agdern, alors Senior Vice-Président Vins et Champagnes de Pernod Ricard USA, présentait la marque comme “la pierre angulaire” de l’activité vins tranquilles du groupe aux États-Unis, estimant que le marché hors Californie était sous-développé.

Fondée en 1970, Kenwood s’était imposée comme un producteur de vins premium dans les vignobles de Sonoma.

La réalité des années suivantes a contredit ces projections. Malgré une stratégie de premiumisation et l’introduction de références de milieu de gamme, les volumes commercialisés ont reculé de 7,2 millions de bouteilles au moment de l’acquisition à 900 000 cols en 2025, soit une chute de plus de 87 % en dix ans.

L’achèvement d’un retrait progressif

La cession de Kenwood s’inscrit dans un mouvement plus large. Elle intervient trois mois après la vente des activités Mumm Napa à Trinchero Family Wine & Spirits, conclue en décembre dernier, et fait suite à la cession du portefeuille de vins internationaux de Pernod Ricard en avril 2025.

Ensemble, ces opérations marquent le retrait complet du groupe du segment viticole californien.

Un porte-parole de Pernod Ricard a déclaré que ces transactions “sont pleinement alignées avec la stratégie à long terme du groupe, qui consiste à se concentrer sur les spiritueux internationaux premium et le champagne, tout en rationalisant son empreinte opérationnelle.”

Du côté de l’acquéreur, Korbel présente le rachat de Kenwood comme une opportunité d’élargir son positionnement dans les vins tranquilles premium.

La maison, fondée en 1882 et leader californien de la production de vins effervescents,  récupère ainsi une marque qu’elle avait elle-même développée avant de la céder il y a douze ans.

Le RTD, nouveau cap stratégique

Le désengagement viticole accompagne une réorientation de fond chez Pernod Ricard. Le groupe a restructuré ses partenariats de distribution aux États-Unis avec l’ambition de tripler son empreinte dans les boissons prêtes à boire (RTD) sur les trois prochaines années.

Une division dédiée aux RTD a été créée, s’appuyant sur les distributeurs Reyes et Crescent Crown pour accélérer la croissance de ce segment, qui inclut notamment la gamme Absolut et Ocean Spray.

Les résultats financiers du groupe traduisent cette orientation : les RTD affichent une progression de +12 % sur le premier semestre de l’exercice 2025-2026, avec une dynamique positive sur l’ensemble du portefeuille.

Cette performance contraste avec un tableau d’ensemble plus difficile — Pernod Ricard enregistre sur la même période un recul organique de son résultat opérationnel de -7,5 %, pénalisé notamment par Martell en Chine et Jameson aux États-Unis.

À moyen terme, le groupe projette une croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre +3 % et +6 % par an en moyenne sur la période 2027-2029, soutenue par un programme d’efficacités opérationnelles d’un milliard d’euros.

Le marché en toile de fond

Les cessions de Kenwood et Mumm Napa interviennent dans un contexte de ralentissement du marché mondial des boissons alcoolisées, sous l’effet d’une évolution des préférences des consommateurs et de pressions économiques.

Le vin californien de volume est particulièrement exposé à ces tendances, avec une érosion continue de la consommation dans les tranches d’âge les plus jeunes.

Pour Pernod Ricard, la page californienne est désormais tournée. Le groupe fonde donc sa croissance sur les RTD et les marques de spécialité qui doivent permettre de compenser, à terme, les volumes perdus sur un segment où le groupe aura investi — et perdu — de manière significative.




Occitanie : le Vignoble de la Voie d’Héraclès (Gard) absorbe la cave de Vauvert

La cave coopérative du Vignoble de la Voie d’Héraclès, basée à Codognan, va absorber la cave de Vauvert. L’opération, effective au 31 juillet prochain, donnera naissance à un ensemble de près de 100 000 hectolitres, positionné majoritairement sur le vrac bio.

Un rapprochement entre deux caves en bonne santé

L’opération n’intervient pas dans un contexte de difficulté. « Il ne s’agit pas de tendre la main à une cave à terre », précise Frédéric Saccoman, directeur de la cave de Codognan. En 2025, la commercialisation repart à la hausse et la dernière récolte est contractualisée à 75 %.

La logique du rapprochement est avant tout volumique : consolider la position de Codognan sur le marché du vrac, où la taille reste un facteur de compétitivité.

15 000 hl supplémentaires et des rouges en AOP

La cave de Vauvert apporte environ 15 000 hl à un ensemble qui en totalisait jusqu’ici un peu moins de 85 000. Le nouvel ensemble affiche 40 % de blanc, 35 % de rosé et le reste en rouge. Ce sont précisément les volumes de rouges — notamment en AOP costières-de-nîmes — qui manquaient au portefeuille de Codognan.

Sur le bio, les deux structures sont de poids inégaux : Héraclès revendique 88 % de volumes certifiés, contre environ un tiers pour Vauvert. Le nouvel ensemble reste donc majoritairement bio, mais avec une base conventionnelle plus large.

Un marché du vrac bio qui se rééquilibre

Frédéric Saccoman attribue la bonne tenue commerciale actuelle à deux facteurs : la réduction du nombre de producteurs bio, découragés par la crise des dernières années, et les efforts de la cave pour adapter son offre aux tendances du marché. Depuis trois ans, 20 % de la production de Codognan consiste en profils dits « nouveaux » : vins orange, rouges légers, bases d’effervescents à 10°, cépages résistants. À partir de la récolte 2027, toute la production sera vinifiée sur le seul site de Codognan.

Gouvernance et chiffres clés

Jean-Philippe Julien, actuel président du Vignoble de la Voie d’Héraclès, prendra la présidence du nouvel ensemble. Olivier Chabrol, ancien président de la cave de Vauvert, devient vice-président. Le nouvel ensemble compte une centaine d’adhérents, 1 100 hectares et un chiffre d’affaires de l’ordre de 13 M€.




vendredi 3 avril 2026

Cognac : le groupe Sawnee (Etats-Unis) rachète la distillerie Vinet-Delpech

La région de Cognac vient d’être le théâtre d’une opération stratégique majeure : la distillerie charentaise Vinet-Delpech, installée à Brie-sous-Archiac, rejoint le groupe américain Sawnee et se transforme en Vinet-Puranik Distillerie. Un rapprochement qui illustre, une fois de plus, l’attractivité des savoir-faire français de distillation auprès des investisseurs internationaux.

Un acteur historique du Cognac

Fondée en 1934 par Félix Chartier, la distillerie de Brie-sous-Archiac s’inscrit dans une tradition vieille de plusieurs siècles. Passée par plusieurs mains — Guy Vinet en 1972, puis Bruno Delannoy — elle prend son nom définitif de Vinet-Delpech en 2012, lors de la fusion avec l’entité d’Étienne Delpech. L’entreprise y possède ses propres vignobles en Petite Champagne et en Fins Bois, plantés en Ugni Blanc, Folle Blanche et Colombard, et développe une expertise complète, de la vigne au verre.

Forte de 13 alambics, 4 lignes de conditionnement, 22 000 hl de stockage cuverie et 2 200 m² dédié aux matières sèches, Vinet-Delpech compte parmi les dix principales distilleries indépendantes de la région de Cognac. Certifiée Ecocert et OEA (Opérateur Économique Agréé), l’entreprise a su diversifier ses activités bien au-delà du cognac : création de recettes personnalisées, distillation à façon, embouteillage sur mesure (bouteilles, carafes, BIBs). Depuis 2019, elle distille même du whisky français.

Son portefeuille de marques maison — rassemblé sous l’identité **Les Brûleries Modernes** — témoigne de cette créativité : les whiskies français Palisson et Excellency Club, le gin Hold Up, les rhums Irie, les cognacs Delpech-Fougerat ou encore les apéritifs Brigitte et Louise en constituent les piliers.

Le groupe Sawnee : un conglomérat mondial aux ambitions spiritueux affirmées

De l’autre côté de l’Atlantique, le **Sawnee Group**, basé à Atlanta (Géorgie), est un conglomérat multinational présidé par Rahul Puranik. Il opère dans sept secteurs d’activité : hôtellerie, distillation, distribution de boissons, immobilier, approvisionnement stratégique pour l’ONU, fret aérien et distribution de produits de santé. Ses bureaux sont implantés en France, en Irlande, à Singapour, en Inde et aux États-Unis.

Dans le domaine des spiritueux, Sawnee n’est pas un néophyte. Sous la marque **Maison D’Puranique**, basée dans le sud de la France, le groupe commercialise déjà plusieurs produits distinctifs : la vodka Puranique — récompensée du Best Vodka Award et du Best Spirit Award au London Spirit Competition en 2018 — ainsi qu’une liqueur Mangeaux à base de mangue Alphonso et de Cognac, et le Puranique Cognac lancé au printemps 2022.

Une acquisition stratégique, un nouveau nom, une double identité

Le rachat de Vinet-Delpech par Sawnee s’inscrit dans une logique de consolidation industrielle et de déploiement international. La nouvelle entité, rebaptisée **Vinet-Puranik Distillerie**, conserve l’ensemble du portefeuille Les Brûleries Modernes tout en lançant une gamme éponyme comprenant le cognac et la vodka Puranique, ainsi que les liqueurs Mangeaux et Jus d’manguier.

L’ambition est clairement affichée par Rahul Puranik, PDG de Sawnee : *« Ce développement stratégique unit le riche héritage d’excellence de Vinet en matière de distillation française à la présence mondiale du groupe Sawnee, renforçant ainsi notre position sur les marchés internationaux. »*

Pour la distillerie charentaise, l’intégration au réseau mondial de Sawnee — couvrant notamment l’Asie du Sud-Est, l’Inde et les États-Unis — représente un levier de croissance considérable, difficile à atteindre seule à cette échelle.

Ce que cette opération nous dit du marché

Cette acquisition s’inscrit dans une tendance de fond : les distilleries françaises indépendantes, riches de leur savoir-faire et de leurs certifications, attirent des capitaux internationaux** en quête d’authenticité et d’ancrage territorial. La région de Cognac, en particulier, continue de fasciner les investisseurs du monde entier, qu’il s’agisse de grands groupes asiatiques ou, comme ici, d’entrepreneurs indo-américains portés par une vision multi-sectorielle.

Pour les acteurs de la filière, cette opération pose plusieurs questions structurantes : comment préserver l’identité artisanale d’une distillerie tout en l’intégrant dans un groupe à vocation mondiale ? Comment articuler deux gammes de produits aux ADN très différents — l’un ancré dans la tradition charentaise, l’autre tourné vers des marchés plus exotiques ? Et quelle place pour les équipes et les savoir-faire locaux dans ce nouveau schéma ?






Spiritueux : La Maison Benjamin Kuentz rachète trois liqueurs emblématiques au groupe Pagès Vedrenne

La Maison Benjamin Kuentz, figure montante du whisky français, franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement en annonçant l’acquisition de trois marques de liqueurs détenues par le groupe Pagès Vedrenne : le Noyau de Poissy, le Noyau de Vernon et la Liqueur de Paris.

Un acquéreur ancré dans le renouveau des spiritueux français

Fondée à Paris, la Maison Benjamin Kuentz s’est imposée ces dernières années comme l’un des acteurs les plus innovants de la scène des spiritueux français. Se définissant comme un « éditeur de whisky », Benjamin Kuentz travaille avec plusieurs distilleries françaises — de Lorraine à la Bretagne —, sélectionnant les meilleurs grains et terroirs pour composer des assemblages aux profils singuliers. Ses cuvées, aux noms évocateurs comme *Uisce de Profundis* (vieilli sous la mer au large d’Ouessant) ou *Aux Particules Vines* (maturé en fûts de Premiers Grands Crus Classés de Bordeaux), ont contribué à placer la maison sur la carte internationale du whisky d’exception.

Cette acquisition marque ainsi un tournant stratégique : pour la première fois, la Maison Benjamin Kuentz sort de son cœur de métier pour se diversifier vers des liqueurs à fort ancrage territorial.

Trois liqueurs aux histoires pluriséculaires

Les marques cédées par Pagès Vedrenne ne sont pas anodines. Le Noyau de Poissy est sans doute la plus emblématique : fondée en 1698, la distillerie de Poissy est considérée comme la plus ancienne distillerie artisanale d’Île-de-France. Élaborée à partir de noyaux d’abricot macérés ou distillés dans un alcool de qualité supérieure, cette liqueur — parfois surnommée « l’amaretto à la française » — produit environ 45 000 bouteilles par an, commercialisées en cavistes et sur place. Elle avait rejoint le giron de Pagès Vedrenne en l’an 2000.

Le Noyau de Vernon, aux notes de cerises et d’amandes, est quant à lui une création du début du XXe siècle, portant la tradition des liqueurs de noyaux de la vallée de la Seine. Quant à la Liqueur de Paris, de création plus récente, elle avait été développée directement par le groupe Pagès Vedrenne pour répondre à une demande autour de l’identité francilienne.

Un cédant de référence dans le monde des liqueurs régionales

Le groupe Pagès Vedrenne — qui regroupe des marques aussi emblématiques que la Verveine du Velay (Pagès, créée en 1859 à Saint-Germain-Laprade), la Crème de Cassis de Nuits-Saint-Georges (Vedrenne, fondée en 1923), la Gentiane Salers (1885) ou encore l’Izarra basque (1906) — bénéficie du label Entreprise du Patrimoine Vivant, qui reconnaît l’excellence de son savoir-faire artisanal. Cette cession semble s’inscrire dans une logique de recentrage du groupe sur ses marques historiques de cœur.

La logique stratégique de l’acquéreur

Pour la Maison Benjamin Kuentz, l’opération répond à une double ambition : diversifier le portefeuille au-delà du whisky et renforcer son ancrage dans les terroirs français, en particulier en Île-de-France. « En reprenant ces marques, nous souhaitons non seulement préserver leur héritage, mais aussi les moderniser et les faire découvrir à de nouveaux publics, en France et à l’international », précise Benjamin Kuentz.

Cette logique n’est pas sans rappeler d’autres opérations observées dans le secteur ces dernières années, où des maisons de spiritueux à forte identité éditoriale rachètent des marques patrimoniales dormantes pour leur offrir un second souffle commercial, notamment via les circuits digitaux et les marchés export.

Une consolidation qui illustre la dynamique du marché des spiritueux artisanaux

Au-delà du cas Kuentz, cette transaction s’inscrit dans une tendance de fond : la revalorisation des liqueurs régionales françaises, longtemps reléguées au second plan face à l’hégémonie des spiritueux internationaux. Des marques comme le Noyau de Poissy — dont l’histoire remonte au règne de Louis XIV — constituent un patrimoine gustatif rare, à condition de trouver des repreneurs capables d’allier respect de la tradition et vision commerciale moderne.

La Maison Benjamin Kuentz, par son positionnement premium et sa capacité à raconter des histoires de terroir, semble disposer des atouts nécessaires pour relever ce défi.





lundi 30 mars 2026

Bordeaux : NextStage AM entre au capital des eaux Abatilles (groupe Merlaut)

Une marque centenaire du Bassin d’Arcachon attire le capital-développement

La Société des Eaux Minérales d’Arcachon (Sema), propriétaire et exploitante des marques d’eau minérale Abatilles et Source des Pins, accueille un nouvel actionnaire majoritaire : NextStage AM, acteur reconnu du capital-développement en France. L’opération, annoncée fin mars 2026, marque une étape significative dans l’histoire de cette entreprise fondée en 1925, soit il y a plus de cent ans.

Deux sources naturelles aux origines géologiques remarquables

La Sema exploite deux sources d’eau minérale naturelle situées dans le sous-sol arcachonnais. La Source Sainte Anne, puisée à -472 mètres de profondeur, est alimentée par les eaux du Massif central et donne naissance aux eaux Abatilles, la marque phare du groupe. La Source des Pins, plus proche de la surface (-330 m), produit l’eau éponyme. Cette dualité de sources confère au groupe une singularité rare dans le paysage des eaux embouteillées françaises.

Un groupe familial en phase de développement

Reprise en 2013 par le duo d’entrepreneurs Jean Merlaut et Hervé Maudet, la Sema a connu depuis lors une trajectoire de croissance régulière. En 2025, la société a commercialisé plus de 50 millions de bouteilles pour un chiffre d’affaires dépassant 20 millions d’euros, avec une cinquantaine de collaborateurs. Dans le cadre de cette opération, Hervé Maudet reste actionnaire et conserve la direction du groupe, assurant ainsi la continuité managériale.

NextStage AM investit 30 millions d’euros pour accélérer

L’investissement de NextStage AM s’élève à 30 millions d’euros et vise plusieurs objectifs stratégiques complémentaires. Le premier axe est géographique : la distribution des deux marques, aujourd’hui ancrée dans le Grand Ouest et le Sud-Ouest, doit s’étendre vers de nouvelles régions — le Sud-Est, l’Île-de-France, la Bretagne et la Normandie sont expressément ciblées. Le second axe porte sur les circuits de distribution, avec une volonté d’accélérer en grande et moyenne surface tout en consolidant la présence en consommation hors domicile (restauration, hôtellerie, cafés). Le troisième axe touche à la capacité commerciale et marketing, dont le renforcement est au cœur du projet industriel.

L’ambition : doubler le chiffre d’affaires en cinq ans

L’objectif affiché est ambitieux : doubler le chiffre d’affaires d’ici à 2030. Pour une société réalisant aujourd’hui 20 millions d’euros de revenus, cela implique une montée en puissance significative tant sur le plan commercial qu’industriel. Avec 50 millions de bouteilles vendues en 2025, la Sema dispose d’une base de production solide pour accompagner cette croissance.

Une opération qui illustre l’intérêt des investisseurs pour les eaux minérales régionales

Au-delà du cas Abatilles, cette transaction s’inscrit dans une tendance plus large : les marques d’eaux minérales à forte identité territoriale, longtemps restées dans le giron familial ou local, suscitent un intérêt croissant de la part des fonds de capital-développement. Face aux grandes marques nationales et internationales, des acteurs régionaux bien positionnés peuvent trouver dans ce type de partenariat les moyens de changer d’échelle sans renoncer à leur singularité.
Pour Abatilles, née au cœur du Bassin d’Arcachon et puisant ses origines au Massif central, l’enjeu est désormais de faire connaître cette histoire à l’ensemble du territoire français.




mercredi 4 mars 2026

Concentration dans le marché des vieux millésimes : hospicesdebourgogne.com rachète bonjaja.com

Le spécialiste de la vente en ligne de vieux millésimes hospicesdebourgogne.com annonce la reprise de son concurrent bonjaja.com, ainsi que de l’intégralité de son stock. Cette opération marque une nouvelle étape dans la structuration d’un marché de niche : celui des vins anciens et des bouteilles d’anniversaire.

Fondé en 2005 à Rully par Sylvie et Benoît Charbonnaud, hospicesdebourgogne.com s’est imposé au fil des années comme l’un des acteurs français de référence dans la vente de millésimes anciens. Le site propose aujourd’hui un catalogue particulièrement étendu, comprenant plus de 12 000 bouteilles, couvrant une période allant de 1895 à nos jours. 

Une transmission et un rapprochement naturel

Le rachat de bonjaja.com s’inscrit également dans une logique de transmission. Après plus de vingt-cinq années d’activité, son fondateur Luc Pillet a choisi de céder son site et son stock à l’équipe de Rully. L’opération est présentée comme un choix à la fois stratégique et affectif, les deux entreprises partageant une spécialisation commune dans les vieux millésimes.

Dans les prochaines semaines, les accès au site bonjaja.com seront progressivement redirigés vers hospicesdebourgogne.com, afin d’intégrer l’ensemble de l’offre sur une plateforme unique.

Deux positionnements complémentaires

Au-delà de l’agrandissement du stock, l’intérêt de cette acquisition repose aussi sur la complémentarité des clientèles.

Historiquement, bonjaja.com travaillait surtout avec une clientèle professionnelle, notamment des cavistes et restaurateurs à la recherche de bouteilles anciennes pour leurs cartes ou leurs caves.

À l’inverse, hospicesdebourgogne.com s’adresse majoritairement aux particuliers, avec une offre centrée sur les vins d’anniversaire et les vieux millésimes destinés aux collectionneurs ou aux amateurs.

En réunissant les deux activités, Sylvie et Benoît Charbonnaud entendent élargir leur base de clientèle tout en renforçant leur profondeur de stock, un élément déterminant sur ce segment où la rareté des bouteilles fait la valeur.

Un marché discret mais en croissance

La vente de vieux millésimes constitue un marché très spécifique du commerce du vin, à la frontière entre collection, cadeau personnalisé et marché secondaire des grands vins. La digitalisation progressive de ce segment, via des sites spécialisés, a facilité l’accès à des bouteilles anciennes pour une clientèle internationale.

Avec cette acquisition, hospicesdebourgogne.com consolide sa position dans ce secteur et confirme une tendance de fond : la concentration progressive des plateformes spécialisées dans les vins anciens.

Pour les amateurs comme pour les professionnels, l’enjeu reste le même : accéder à des bouteilles rares, parfaitement conservées et correctement tracées — un savoir-faire qui fait toute la valeur de ces maisons spécialisées.