dimanche 23 août 2026

Roussillon : la fin d'un cycle pour la coopération viticole

En six mois, trois des principales structures coopératives des Pyrénées-Orientales ont changé de mains ou ouvert des discussions en ce sens. Ces opérations interviennent dans un vignoble amputé de près d'un quart de sa surface en deux campagnes d'arrachage, sur un socle historique — le vin doux naturel — en repli continu depuis un demi-siècle. Le département concentre, sous une forme accélérée, les difficultés du modèle coopératif français.

Trois dossiers en six mois

Le 29 juin 2026, le tribunal judiciaire de Perpignan valide la reprise partielle de la cave Arnaud de Villeneuve, fondée à Rivesaltes en 1909 et placée en redressement judiciaire en début d'année. L'offre retenue, d'un montant de 2,7 millions d'euros, est portée conjointement par Coop VO — nouvelle dénomination de Val d'Orbieu, à Narbonne — et par les Vignobles Cap Leucate. Elle vise principalement l'outil industriel de Rivesaltes et ses capacités de stockage. Trente des trente-sept salariés perdent leur emploi. Les adhérents rejoignent la structure audoise. L'opération est effective au 1er juillet.

Le 24 juillet, le même tribunal autorise la reprise du Groupement Interproducteurs Collioure Banyuls (GICB) par le Domaine Lafage, seul candidat en lice. La coopérative, sous plan de sauvegarde depuis 2014 puis en redressement judiciaire au printemps 2026, affichait une dette de l'ordre de vingt millions d'euros. Elle prend le nom de Terrasses Vermeilles. Elle réunit près de cinq cents producteurs sur cinq cents hectares et représente 60 % de la production des appellations collioure et banyuls, pour environ un million de bouteilles commercialisées chaque année sous les marques Terres des Templiers et Abbé Rous.

Au cours de l'été, la Compagnie Vinicole des Rivesaltes Bourdouil (CVR Bourdouil), filiale du groupe La Martiniquaise, et le négoce coopératif Vica — Les Vignes du Vent, ex-Vignerons Catalans — signent une lettre d'intention non engageante, assortie d'une clause d'exclusivité. Vica fédère six caves coopératives du département : Dom Brial, Terrassous, Côtes d'Agly, Terres Plurielles, Trémoine et Laure de Nyls. Des audits sont conduits jusqu'à fin septembre. Aucune opération n'est actée à ce stade.

Un vignoble réduit d'un quart en deux campagnes

Le vignoble des Pyrénées-Orientales couvrait environ 50 000 hectares il y a trente ans. Il en compte aujourd'hui de l'ordre de 13 000. La contraction s'est brutalement accélérée avec les dispositifs d'arrachage définitif financés par l'État : 2 800 hectares en 2025, 1 975 hectares en 2026. Près de 5 000 hectares ont disparu en deux campagnes, soit environ 27 % de la surface départementale.

Le mouvement n'est pas propre au Roussillon. Le plan national 2026 piloté par FranceAgriMer a recueilli 5 824 dossiers pour 27 929 hectares, soit 3,6 % du vignoble français, avec une aide de base fixée à 4 000 euros par hectare. Les Pyrénées-Orientales représentent 7 % des surfaces concernées, la Gironde 28 %, l'Aude 16 %. Mais rapporté à la taille du vignoble départemental, l'impact catalan est sans équivalent.

Une enquête ministérielle publiée en novembre 2025 estimait à plus de 34 000 hectares le potentiel d'arrachage restant à l'échelle nationale. Elle indiquait que 56 % de ces surfaces étaient exploitées par des coopérateurs, soit environ 19 000 hectares.

Des outils dimensionnés pour un volume disparu

Le modèle coopératif méridional repose historiquement sur la vinification de gros volumes destinés au vrac, avec recherche de rendements et d'économies d'échelle sur le coût unitaire de vinification. La contraction des apports met ce dimensionnement en défaut.

Le site de Rivesaltes d'Arnaud de Villeneuve en fournit l'illustration. Modernisé en 2007, calibré pour vinifier 90 000 à 100 000 hectolitres par an et doté d'une capacité de cuverie de l'ordre de 140 000 hectolitres, il n'a traité que 18 000 hectolitres en 2025, contre 42 000 hectolitres en 2022. Les charges fixes se répartissent alors sur une assiette de volume qui se réduit d'année en année, tandis que les recettes, assises sur ces mêmes volumes, régressent.

C'est précisément cet écart qui a fait de l'outil un actif recherché : Cap Leucate, engagée par ailleurs dans un rapprochement avec la cave de Névian dont la fusion doit se finaliser en 2027, disposait d'une capacité de travail limitée à environ 50 000 hectolitres sur son site historique. Le groupe issu de la reprise annonce 330 adhérents, 2 050 hectares et une production prévisionnelle proche de 100 000 hectolitres.

Le rapport du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) remis en décembre 2025 relève que les campagnes d'arrachage successives, le déficit de renouvellement des générations et les effets du changement climatique sur les rendements érodent rapidement le bénéfice attendu des fusions. L'addition de surfaces et d'adhérents ne suffit pas à restaurer l'équilibre.

Le vin doux naturel, socle devenu charge

La spécificité roussillonnaise tient au poids des vins doux naturels. Le marché représentait environ 700 000 hectolitres dans les années 1950. Il s'établissait à 250 000 hectolitres lors de la campagne 2009-2010. Les volumes de récolte poursuivaient leur déclin en 2021, à 98 700 hectolitres, en retrait de 31 % par rapport à la moyenne quinquennale, en lien avec la réduction des surfaces dédiées.

L'origine du repli est documentée de longue date par l'interprofession : le rivesaltes était l'apéritif des bassins industriels du Nord et de l'Ouest, et le déclin de ces bassins a emporté le débouché. Les évolutions de consommation — moindre teneur en sucre, moindre degré alcoolique, consommation hors repas — ont ensuite disqualifié la catégorie auprès des générations suivantes.

L'exposition des structures reprises est directe. Selon les déclarations du repreneur, les vins doux naturels représentent 70 % des ventes du GICB, contre 20 % de celles du Domaine Lafage. Le rééquilibrage annoncé au profit du collioure et des vins secs constitue l'un des axes du projet de reprise.

Le vrac et l'impasse du modèle volume

Le CGAAER décrit les coopératives dites de « volumes et prix bas » comme structurellement fragilisées. Le rapport estime qu'au coût de vinification de 40 euros par hectolitre, le maintien en l'état conduit mécaniquement à une baisse des acomptes versés aux adhérents.

Les ordres de grandeur du revenu coopérateur ont été objectivés en Occitanie. La démarche Coop'Performance, conduite par la fédération régionale des vignerons coopérateurs sur 118 comptabilités, segmente les structures en neuf groupes. Pour quatre à cinq d'entre eux, le chiffre d'affaires restitué au vigneron coopérateur est inférieur aux 4 500 à 5 500 euros par hectare jugés nécessaires pour dégager un revenu satisfaisant. Le président des Vignerons coopérateurs d'Occitanie situait en 2025 la rémunération réelle entre 3 000 et 4 000 euros par hectare, pour un besoin évalué à 5 000 euros.

La contractualisation pluriannuelle, longtemps pratiquée entre producteurs et metteurs en marché, s'est par ailleurs affaiblie dans les bassins les plus exposés. Le rapport relève que la fragmentation d'un vignoble entre de nombreux opérateurs en complique le rétablissement, et qu'à l'inverse une structure représentant une part significative d'une appellation la construit plus aisément.

La commercialisation, angle mort du modèle

Les coopératives ont été créées pour mutualiser un outil de vinification, non pour porter une marque. Le CGAAER souligne que dans les bassins les plus en difficulté, l'analyse fait apparaître une prise en compte insuffisante du marché sur longue période. Il relève que l'export constitue une difficulté pour la plupart des caves hors Champagne, faute de compétences commerciales et linguistiques, et que les directeurs, historiquement œnologues, doivent désormais présenter un profil de manager et de commercial.

Le dossier GICB en offre une lecture concrète. Le repreneur indique que la structure n'exportait quasiment pas, et fonde son projet sur l'intégration des marques au réseau commercial du Domaine Lafage, présent dans une soixantaine de pays pour environ la moitié de son chiffre d'affaires. Les deux entreprises avaient déjà noué un partenariat, Lafage commercialisant à l'export la marque premium Abbé Rous.

Le rapport identifie enfin un frein réglementaire propre aux unions de coopératives : la mention « mise en bouteille à la propriété » leur est inaccessible, alors qu'elle est jugée discriminante auprès du consommateur. Il recommande une réflexion sur ce point.

Le renouvellement des générations en question

La dimension démographique traverse l'ensemble des dossiers sans y figurer explicitement. Le CGAAER note que les administrateurs de coopératives viticoles seraient plus âgés que dans les autres coopératives agricoles, avec une faible rotation des élus. Une enquête de l'Institut Agro Montpellier portant sur dix-huit des vingt-six unions de caves coopératives françaises indique que toutes sont présidées par des hommes de plus de 55 ans, la proportion d'hommes atteignant 93 % pour les postes de direction.

Le rapport observe également que certaines caves, voyant leur potentiel de collecte décroître en lien avec le vieillissement et le non-renouvellement du vignoble, choisissent la voie de l'extinction. Il mentionne, pour les situations les plus dégradées, l'évocation d'un soutien à l'arrachage dit social, permettant aux coopérateurs de quitter l'activité — une hypothèse chiffrée à environ 20 % des cas par plusieurs interlocuteurs.

Des dispositifs de portage foncier ont été engagés en réponse. Dans les Pyrénées-Orientales, une société coopérative d'intérêt collectif associant vignerons, salariés, particuliers, entreprises, banques et collectivités comptait à l'automne 2025 deux cents souscripteurs et avait acquis 32 hectares sur la soixantaine visée à cinq ans.

Endettement et resserrement bancaire

Le Crédit Agricole évaluait en 2025 son encours financier global auprès des caves coopératives à plus de 250 millions d'euros, dont environ 60 % liés au portage de stocks. Sur le seul périmètre des structures auditées en Nouvelle-Aquitaine, l'encours atteignait 212,7 millions d'euros, dont les deux tiers à court terme. Dans un département visité par la mission, 75 % des caves coopératives connaissaient un retard ou un défaut de paiement d'échéance. Le taux de défaut relevé par La Coopération Agricole progressait de 23,4 % entre 2023 et 2024.

Le groupe bancaire a conditionné la poursuite de son soutien à la formalisation de projets de transformation. Avant la récolte 2025, La Coopération Agricole estimait à une centaine le nombre de caves coopératives en difficulté à l'échelle nationale, les régions les plus concernées étant l'Occitanie, la vallée du Rhône, la Provence et le Bordelais.

Trois issues, trois modèles

Les trois dossiers roussillonnais illustrent des voies distinctes. La reprise d'Arnaud de Villeneuve maintient une solution coopérative, par transfert d'adhérents et d'outil vers un ensemble interdépartemental. Celle du GICB fait passer sous contrôle privé le premier opérateur de deux appellations, avec maintien annoncé d'une activité autonome. Le projet Vica-Bourdouil, s'il aboutissait, placerait l'outil commercial de six coopératives entre les mains d'un négociant filiale d'un groupe de spiritueux — CVR Bourdouil étant, avec Vica, le principal metteur en marché des vins doux naturels du Roussillon.

Le nombre de caves coopératives et d'unions recensées en France est passé de 650 en 2014 à environ 550 aujourd'hui. Elles emploient 17 500 salariés, font vivre 35 000 exploitations et contribuent à quelque 40 % de la production nationale de vin. Le CGAAER conclut que le statu quo n'est pas une option, tout en estimant que le modèle conserve un avenir s'il évolue.

Une feuille de route préfectorale

Le préfet des Pyrénées-Orientales a lancé à l'automne 2025 des assises de la viticulture, dont la restitution s'est tenue le 5 juin 2026. La feuille de route publiée s'articule autour de quatre axes. Le premier porte sur la restructuration des caves coopératives — fusions, synergies, mutualisation opérationnelle — avec un audit complet de chacune d'elles. Le deuxième vise la construction d'une stratégie territoriale commune et d'une image de marque des vins du Roussillon. Une charte d'engagement a été signée par dix des quinze caves départementales. Un comité stratégique de la viticulture doit se réunir avant la fin de l'année 2026.

Sources
Vitisphere ; ICI Occitanie / France Bleu Roussillon ; France 3 Occitanie ; Réussir Vigne ; Rayon Boissons ; Made in Perpignan ; V&S News n° 705, 21 au 27 août 2026 ; CGAAER, « Mission d'appui à la restructuration des caves coopératives viticoles », rapport n° 25066, décembre 2025 ; FranceAgriMer ; Agreste / DRAAF Occitanie ; Conseil Interprofessionnel des Vins du Roussillon ; La Coopération Agricole – Vignerons coopérateurs ; communiqués Domaine Lafage, Vignobles Cap Leucate, Coop VO.






Royaume-Uni : pourquoi la distribution des vins et spiritueux se consolide

Cinq mouvements en un été

Entre juillet et août 2026, la distribution britannique des vins et spiritueux a enregistré cinq mouvements en quelques semaines. Compagnia del Gusto Holding (CDGH) est entré en négociation pour reprendre le grossiste CHR Jascots Wine Merchants à Freixenet Copestick. New Generation Wines a racheté son concurrent Bancroft Wines. Majestic Wine a engagé 4 M£ dans son parc de magasins. Naked Wines a publié des résultats en amélioration sur un chiffre d’affaires en recul. Friarwood Wines & Spirits, caviste londonien fondé en 1967, a été placé sous administration judiciaire.

Ces cinq dossiers relèvent d’une même équation. Le marché britannique reste l’un des premiers débouchés mondiaux du vin importé. Il est aussi devenu l’un des plus coûteux à servir.

Une accumulation fiscale et réglementaire

La réforme des droits d’accises entrée en vigueur en août 2023 a substitué au calcul volumétrique une taxation au degré d’alcool. L’association professionnelle WSTA estime que les droits sur une bouteille de vin à 14,5 % ont progressé de 1,10 £ depuis cette date. La période transitoire applicable aux vins de 11,5 à 14,5 % s’est achevée en février 2025. Une nouvelle indexation sur l’indice RPI, à 3,66 %, est intervenue le 1er février 2026.

S’y ajoute la responsabilité élargie des producteurs (EPR). Le tarif final retenu pour le verre s’établit à 192 £ la tonne, contre 240 £ dans la version provisoire. Les contributions modulées augmentent de 1,2 fois en 2026, 1,6 fois en 2027 et 2 fois en 2028 pour les emballages classés en rouge. Cumulé aux hausses de droits et à la TVA, le WSTA chiffre l’effet à près d’une livre par bouteille sur douze mois.

Le coût du travail suit la même pente. Les cotisations patronales sont passées à 15 % en avril 2025, avec un seuil d’assujettissement abaissé de 9 100 à 5 000 £. Le salaire minimum national a progressé de 4,1 % en avril 2026, à 12,71 £ de l’heure. Ces charges pèsent lourdement sur des structures de distribution intensives en logistique et en force de vente.

Un débouché en contraction

Le canal CHR se réduit. Le Royaume-Uni comptait 98 609 établissements licenciés fin mars 2026, soit 305 de moins qu’en décembre 2025, l’équivalent de 3,4 fermetures nettes par jour. La British Beer and Pub Association a recensé 161 fermetures de pubs au premier trimestre 2026, en hausse de 26 % sur un an. UKHospitality anticipe jusqu’à six fermetures quotidiennes sur l’année, soit 2 076 établissements.

L’off-trade n’offre pas de compensation. Les ventes d’alcool en grande distribution ont reculé de 4,1 % en décembre 2025. L’IWSR projette un repli de 14 % des volumes mondiaux de vin entre 2025 et 2035. Pour un intermédiaire dont les coûts fixes progressent et dont le nombre de clients diminue, la variable d’ajustement devient la taille.

Trois logiques de rapprochement

La première est horizontale. New Generation Wines présente le rachat de Bancroft Wines comme un moyen d’élargir sa couverture de marché et de renforcer sa résistance aux pressions économiques. L’intégration complète est prévue d’ici janvier 2027, sans changement immédiat pour les contacts clients ni les relations fournisseurs. Le mouvement n’est pas isolé. Majestic avait finalisé en avril 2025 l’acquisition du distributeur Enotria & Coe et ses 300 salariés, après avoir repris Vagabond Wines à ses administrateurs judiciaires pour 6,5 M£ en 2024. Hallgarten & Novum Wines est pour sa part passé sous le contrôle de Coterie Holdings.

La deuxième est financière. Le fonds Activequity est devenu actionnaire majoritaire de l’importateur écossais Alliance Wine en juillet 2026, à l’occasion du retrait de son fondateur Christian Bouteiller, le management conservant une participation significative. Chez Majestic, Fortress Investment Group, propriétaire depuis 2019 pour 95 M£, a mandaté Rothschild en vue d’une cession dont le processus formel n’est pas attendu avant début 2027.

La troisième est industrielle et amont. CDGH prend pied au Royaume-Uni en acquérant Jascots auprès de Freixenet Copestick, filiale britannique de Henkell Freixenet, pour un montant non divulgué. L’opération, portée par la plateforme d’investissement de la famille Cosulich, doit être finalisée en octobre 2026. Jascots a réalisé 10 M£ de chiffre d’affaires en 2025. Le producteur sécurise ici son accès au marché plutôt qu’il n’achète des parts de marché.

Ces logiques ont un revers. Henkell Freixenet indique que la cession reflète un recentrage sur son cœur de métier, cinq ans après avoir repris Jascots à ses administrateurs judiciaires en décembre 2020. La concentration s’accompagne d’arbitrages de portefeuille chez les groupes intégrés.

Le coût du non-alignement

Friarwood illustre la sortie de marché. L’entreprise, fondée en 1967 par Peter Bowen comme grossiste londonien, s’était lancée dans la vente au détail à Parsons Green en 2001. Reprise en 2015 par Ben Carfagnini après le décès du fondateur, elle avait ouvert un site marchand en 2016, élargi sa gamme au-delà de Bordeaux et de la Bourgogne et inauguré un second point de vente à Wimbledon Village. Elle a été placée sous administration judiciaire le 3 juillet 2026.

Naked Wines illustre l’alternative : la contraction pilotée. Le chiffre d’affaires a reculé de 18 % à 199,1 M£ sur l’exercice clos le 30 mars 2026. L’excédent brut d’exploitation ajusté ressort à 7,6 M£, en progression de 13 % sur un an, la marge brute passant à 19,9 %. La trésorerie nette atteint 33,4 M£ après un rachat d’actions de 6 M£, représentant 10,5 % du capital en circulation à l’ouverture de l’exercice. Le modèle a été recalibré autour d’un socle de clients plus restreint et mieux valorisé.

Ce que la période dessine

Majestic maintient son investissement de 4 M£ sur l’exercice 2026-2027, avec au moins quatre ouvertures, alors même que son actionnaire prépare sa sortie. CDGH vise 200 M€ de chiffre d’affaires en cinq ans. New Generation Wines achèvera son intégration en janvier 2027. La cession de Majestic pourrait intervenir dans le même horizon.

Le vivier d’intermédiaires indépendants britanniques se resserre. Les opérateurs de taille intermédiaire, sans adossement capitalistique ni volume suffisant pour absorber les charges nouvelles, constituent la population la plus exposée. Les prochains mois diront si la vague de rapprochements observée cet été relève d’une séquence ou d’un régime durable.

Sources

Vitisphere / VS News n° 705, 21 au 27 août 2026, rubrique Distribution Spécial Royaume-Uni (Anne Burchett) — Harpers Wine & Spirit Trade News — The Drinks Business — Just Drinks / Global Drinks Intel — Drinks Retailing News — Vinetur — Retail Week, Retail Gazette, The Grocer — The Caterer — Wine and Spirit Trade Association (WSTA) — UKHospitality — British Beer and Pub Association — NIQ / CGA Hospitality Market Monitor — IWSR — Naked Wines plc, résultats annuels FY26 — Companies House / The Gazette.


Provence : Neil Utley reprend le Château Vignelaure

Le château Vignelaure a changé de mains le 23 juillet 2026. La propriété provençale a été reprise par l’homme d’affaires britannique Neil Utley et sa famille. Le montant de la transaction n’a pas été rendu public.

Une reprise intervenue en procédure collective

Le domaine faisait l’objet d’une procédure collective. Neil Utley reprend la propriété à 100 % : Vignelaure appartenait depuis 2007 à Mette et Bengt Sundstrøm, couple scandinave et collectionneurs d’art, qui avaient nommé Philippe Bru à la direction et à la vinification.

Le communiqué diffusé par les nouveaux propriétaires présente l’opération comme une acquisition patrimoniale, le domaine devant être « détenu et développé par la famille dans une perspective de transmission ».

Un domaine construit sur le pari du rouge

L’ère moderne de Vignelaure débute dans les années 1960 sous l’impulsion de Georges Brunet, ancien propriétaire du château La Lagune à Bordeaux. Le domaine est fondé en 1960 dans la partie nord de l’AOP Coteaux-d’Aix-en-Provence, à plus de 400 mètres d’altitude sur la rive sud de la Durance. La propriété a été pionnière des assemblages cabernet sauvignon-syrah en rouge. Éloi Durrbach, alors en poste à Vignelaure, s’en est inspiré pour planter les mêmes cépages à Trévallon.

L’étiquette du second vin, Le Page, a été dessinée par Yves Saint Laurent. Georges Brunet avait par ailleurs réuni une collection d’art comprenant des œuvres de Miró, César, Arman et Buffet, que les repreneurs indiquent vouloir préserver.

280 hectares, dont 56 hectares de vignes

Le domaine s’étend sur environ 280 hectares, bois compris, dont quelque 56 hectares de vignes, sur les communes de Rians (Var) et Jouques (Bouches-du-Rhône), au nord de la montagne Sainte-Victoire. Le vignoble est conduit en agriculture biologique en AOC Coteaux-d’Aix-en-Provence. Le rosé représente environ la moitié des volumes, le rouge 30 % et le blanc 20 %.

Maintien des équipes et de la certification

Le communiqué précise que « la certification en agriculture biologique ainsi que les appellations du château Vignelaure seront intégralement préservées » et que « les équipes sont maintenues », dont Philippe Bru, directeur depuis 2008. Neil Utley indique avoir effectué trois visites du domaine avant la reprise et confirme que Philippe Bru conservera la gestion opérationnelle.

Le chai d’abord, le vignoble ensuite

Le nouveau propriétaire indique que le montant des investissements sera chiffré après un état des lieux, et qu’ils seront étalés sur plusieurs années, à la vigne, en cave et sur les bâtiments. Des investissements en cave sont annoncés dès les prochains mois, avec le remplacement du groupe de froid et une réflexion sur la diversification des contenants d’élevage, notamment des œufs en béton. Le chai n’a pas connu de rénovation majeure depuis 1972. Au vignoble, un travail de préparation des sols est prévu dès 2027 en vue de plantations en 2028. Les parcelles arrivées en fin de cycle seront progressivement arrachées puis replantées, en rouge comme en blanc.

Le domaine compte onze cépages implantés. La stratégie annoncée privilégie le grenache et le cinsault pour leur résistance à la sécheresse, ainsi que la clairette pour sa maturité tardive, les nouvelles plantations étant orientées vers les secteurs les plus frais, autour de 400 mètres d’altitude.

Recrutements et développement commercial

Le renforcement des équipes portera sur des profils commerciaux et sur l’équipe technique. Le domaine dispose d’une distribution établie en Provence auprès des cavistes, de la restauration et des particuliers. La priorité annoncée porte sur Paris et les grandes métropoles françaises, puis à l’export sur le Royaume-Uni, le Canada, les États-Unis et plusieurs pays européens.

Cosmétiques et œnotourisme

Les repreneurs prévoient le développement d’une activité de cosmétiques naturels valorisant les ressources du domaine — huile de pépins de raisin, huile d’olive, miel — avec le lancement de la marque Maison Minu l’année prochaine, avant l’ouverture d’un spa au sein de la propriété. Des oliviers seront plantés et des ruches installées pour alimenter cette activité. Des projets œnotouristiques sont également annoncés.

Un marché provençal toujours actif

Le marché viticole provençal a récemment repris de l’activité, le cœur des transactions se situant dans une fourchette de 5 à 10 millions d’euros selon les intermédiaires spécialisés. La reprise intervient alors que la filière provençale fait face à des difficultés économiques et commerciales, illustrées par le plafonnement des volumes commercialisables en AOC sur le millésime 2026.

Sources

  • Vitisphere, « En redressement, le château Vignelaure racheté par un nouveau millionnaire dans les vignes de Provence », juillet 2026
  • Decanter, Chris Mercer, « Provence and Loire vineyards in-demand as historic estate finds British buyer », 5 août 2026
  • The Drinks Business, Ben Bernheim, « English investor buys historic Château Vignelaure », 27 juillet 2026
  • Var-information / mesinfos.fr, Antoine Assante, entretien avec Neil Utley, 4 août 2026
  • Presse Agence, « Rians vignoble : l’entrepreneur britannique Neil Utley reprend le château Vignelaure », août 2026
  • Communiqué du château Vignelaure



Sud-Ouest : le groupe Boisset rachète Les Fumées Blanches à François Lurton

La marque gasconne Les Fumées Blanches a changé d’actionnaire. La société qui l’exploite est désormais détenue par Grands Vins Jean-Claude Boisset, structure faîtière du groupe bourguignon établi à Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or). L’opération n’a fait l’objet d’aucun communiqué de la part des deux parties.

Une marque de sauvignon née en 1997

Les Fumées Blanches ont été créées en 1997 par François Lurton et son frère Jacques, qui identifient alors le potentiel du sauvignon blanc sur ce terroir gascon jusque-là méconnu. Les deux hommes ont mis fin à leur association en 2007. Le nom renvoie aux brumes matinales qui recouvrent les vignes de sauvignon des coteaux du Sud-Ouest.La production annuelle se chiffre en dizaines de milliers d’hectolitres, en blancs de sauvignon blanc revendiqués en IGP Côtes de Gascogne et en rosés de sauvignon gris commercialisés en Vin de France, complétés par une déclinaison désalcoolisée, Zero.

Les vins sont assemblés et élaborés à Vayres, en Gironde, sur le site du domaine de Poumeyrade.

Créée en mai 2014 sous forme de société civile d’exploitation agricole, la société Domaine des Fumées Blanches a été transformée en SAS puis a reçu par voie d’apport partiel d’actif, l’ensemble de ses activités de production et de commercialisation des vins Les Fumées Blanches.

La société a son siège à Vayres et un établissement secondaire à Gondrin, dans le Gers. Elle emploie douze personnes eta réalisé un chiffre d’affaires de 21M€ en 2025, pour un résultat net de 2,3M€.

Le changement de contrôle acté début juin

L’opération a été actée début juin par la nomination de la société SFG La Vougeraie en tant que Président. Cette dernière préside également Boisset - La Famille des Grands Vins. Ni le montant de la transaction ni son périmètre exact n’ont été rendus publics.

Un discours mesuré côté acquéreur

Interrogé par Vitisphere, Gilles Seguin, directeur général du groupe bourguignon, évoque un partenariat en cours de mise en place, pas entièrement défini, sur lequel le groupe ne souhaite pas communiquer tant que les discussions se poursuivent. Il indique que l’ADN de la marque reste inchangé, que l’approvisionnement demeure en sauvignon dans le Gers et ses environs, et que le suivi, l’élaboration et l’emploi sont maintenus à Vayres avec l’appui de Boisset. François Lurton n’a pas souhaité s’exprimer.

Une première pour Boisset dans le Sud-Ouest

Fondé en 1961 par Jean-Claude Boisset à Nuits-Saint-Georges, le groupe s’est construit par croissance externe, en s’étendant à Chablis, au Jura, au Beaujolais, à la vallée du Rhône, au Languedoc-Roussillon, puis en Californie. Son portefeuille comprend notamment Bouchard Aîné & Fils, J. Moreau & Fils, le Domaine de la Vougeraie, Antonin Rodet, Ropiteau Frères, Mommessin, le Château de Pierreux, Gabriel Meffre, Bouachon, Bonpas, Fortant, Charles de Fère, Louis Bouillot, les Domaines Henri Maire, ainsi que Raymond Vineyards, DeLoach, Buena Vista et JCB aux États-Unis.

Le groupe a racheté Moncigale, à Beaucaire (Gard), à Marie Brizard Wine & Spirits en février 2021, avant de regrouper ce site avec les activités de Fortant sous l’entité Les Chais du Sud. 

Cette opération portait alors le chiffre d’affaires consolidé du groupe au-delà de 400 M€. La seule entité Boisset - La Famille des Grands Vins a déclaré un chiffre d’affaires de 174,37 M€ et un résultat net de 6,95 M€ au titre de l’exercice 2024, pour 239 salariés.

Avec Les Fumées Blanches, le groupe met pour la première fois un pied dans le Sud-Ouest pour les vins, et dans le Bordelais pour un site d’élaboration.

Un actif sur un segment porteur

L’IGP Côtes de Gascogne produit majoritairement des vins blancs et demeure la locomotive du vignoble gersois. La SAFER relevait pour 2024 une progression de 4 % en volume et de 7 % en valeur des blancs secs en grande distribution, et un recours à l’arrachage définitif limité dans le Gers, à 639 hectares, soit 3 % du potentiel viticole départemental.

Sources

Vitisphere ; Domaines François Lurton ; Guide Hachette des Vins ; Pappers ; Societe.com ; Xerfi ; Verif ; Boisset - La Famille des Grands Vins ; LSA ; Rayon Boissons ; SAFER (Le marché des vignes Occitanie).



vendredi 14 août 2026

Spiritueux : Rhum agricole, les Bienheureux signent un protocole d’accord pour le rachat de BBS

Les Bienheureux ont annoncé le 13 août 2026 la signature d’un protocole d’accord avec Campari Group en vue d’acquérir Bellonnie et Bourdillon Successeurs (BBS), société basée à Rivière-Pilote, en Martinique, propriétaire des rhums agricoles Trois Rivières, Maison La Mauny et Duquesne. L’opération reste soumise à autorisation administrative.

Un acquéreur désormais identifié

Le 29 juillet, lors de la présentation de ses résultats semestriels, Campari indiquait être entré en négociations exclusives avec un acteur industriel français pour la cession de BBS, sans en préciser l’identité. Le groupe italien avait, dans le même temps, signé un accord d’option de vente portant sur le cognac Bisquit & Dubouché et la tequila Cabo Wabo, repris par l’irlandais Cobblestone Brands, dont la finalisation est attendue d’ici le 31 octobre 2026.

L’annonce du 13 août lève l’anonymat : l’acquéreur est Les Bienheureux, société girondine installée à Louchats.

Une opération suspendue à l’autorisation de la Safer

Le protocole intervient après l’avis favorable rendu à l’unanimité par le comité social et économique de BBS sur le projet de changement d’actionnaire. Le projet d’acquisition demeure soumis à l’autorisation de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural quant au transfert des terres agricoles détenues par la société. Campari situe la finalisation de l’ensemble de ses cessions d’ici la fin de l’année 2026.

Un montant non dévoilé, un écart de valorisation documenté

Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. Les repères publics permettent néanmoins de mesurer l’écart avec le prix d’entrée de Campari. Le groupe avait acquis Rhumantilles, détentrice de 96,5 % de BBS, auprès du groupe Chevrillon et d’actionnaires minoritaires en 2019, pour une valeur d’entreprise annoncée de 60 M€ à la signature, portée à 60,5 M€ dans le rapport annuel du groupe après ajustement de prix, soit environ 9,5 fois une marge de contribution de 6,5 M€.

Bisquit & Dubouché avait été racheté au sud-africain Distell pour une valeur d’entreprise de 52,5 M€, accord signé en décembre 2017 et clôturé au premier trimestre 2018. Cabo Wabo était entré au portefeuille en deux temps, avec l’acquisition de 80 % du capital en 2007 puis du solde en 2010.

Au total, Campari attend environ 30 M€ du produit de ces cinq marques. Ses comptes semestriels 2026 intègrent 82 M€ de dépréciations liées aux actifs destinés à être cédés. Le bénéfice net publié recule de 37,7 %, à 129 M€, pour un chiffre d’affaires de 1,51 Md€, en baisse de 1 % en données publiées et en hausse de 2,7 % à périmètre et change comparables. Le bénéfice net ajusté progresse de 4,7 %, à 226 M€.

Un recentrage assumé par Campari

Ces cessions s’inscrivent dans une stratégie de concentration sur les marques jugées prioritaires par le groupe, parmi lesquelles Aperol, Campari, Grand Marnier, Courvoisier, Espolon et Skyy. Son directeur général, Simon Hunt, a expliqué que le portefeuille de rhums agricoles avait été acquis pour soutenir la mise sur le marché en France, un besoin que le groupe ne juge plus d’actualité. Campari avait déjà cédé en 2025 les apéritifs Cinzano ainsi que les digestifs Averna et Zedda Piras, pour environ 100 M€. Après s’être séparé d’environ 4 % de son portefeuille, le groupe prévoit de clore cette séquence de cessions à la fin de 2026.

BBS, un ensemble industriel, agricole et touristique

BBS exploite les trois marques bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée rhum de Martinique. Le périmètre repris par Campari en 2019 comprenait les marques, les propriétés foncières, les distilleries, les sites touristiques et un stock de rhums vieillis. La société revendique l’exploitation d’environ 500 hectares de canne à sucre dans le sud de l’île, deux sites ouverts au public, à Rivière-Pilote et à Sainte-Luce, totalisant plus de 150 000 visiteurs par an, ainsi qu’une activité de distribution de marques de boissons en Martinique. Elle employait environ 150 personnes, majoritairement sur l’île.

Le chiffre d’affaires de BBS s’élevait à 24,1 M€ en 2018, dernier exercice publié avant l’entrée de Campari au capital. Aucune donnée consolidée postérieure n’est publique. L’ensemble avait été cédé par La Martiniquaise sur demande de l’Autorité de la concurrence, avant d’être détenu par le groupe Chevrillon à partir de 2012.

Les Bienheureux, du whisky français au rhum AOC

Fondée par Alexandre Sirech et Jean Moueix, la société s’est construite autour des whiskies français Bellevoye, puis Lefort, Beauchamp et Bercloux, dont elle a racheté la distillerie charentaise en 2019, et des rhums El Pasador de Oro, Embargo puis Pura Vida.

Jean-Christophe Coutures, président des Bienheureux, évoque des marques « que nous admirons de longue date » pour la qualité de leur savoir-faire et l’attachement qu’elles suscitent, et dit aborder le projet avec la volonté de poursuivre, aux côtés des équipes de BBS, le développement engagé à Rivière-Pilote.

Les Bienheureux s’appuient sur deux actionnaires de référence : Imagine, division art de vivre du groupe Videlot, holding de la famille Moueix, et SCDM, holding familiale de Martin et Olivier Bouygues et de leurs familles. L’entrée de Trois Rivières et de Maison La Mauny au portefeuille modifierait sensiblement la taille du groupe girondin, dont l’activité reposait jusqu’ici sur des marques créées en interne.

Sources

Outremers360, communiqué Les Bienheureux, 13 août 2026

Outremers360 / AFP, cession et résultats semestriels Campari, 4 août 2026

RCI, cessions Campari, août 2026

Vitisphere, revente des cognacs Bisquit, juillet 2026

The Spirits Business, Cobblestone Brands, juillet 2026

Just Drinks, Campari sells Cognac, rum and Tequila brands, juillet 2026

Drinks International, Bisquit & Dubouché et Cabo Wabo, juillet 2026

Global Drinks Intel, juillet 2026

Campari Group, communiqué Rhumantilles, 5 septembre 2019

Campari Group, rapport annuel 2019

Campari Group, communiqué Bisquit, 20 décembre 2017

Rayon Boissons, 2019

AMPI Martinique, fiche BBS · Groupe Chevrillon