vendredi 14 août 2026

Spiritueux : Rhum agricole, les Bienheureux signent un protocole d’accord pour le rachat de BBS

Les Bienheureux ont annoncé le 13 août 2026 la signature d’un protocole d’accord avec Campari Group en vue d’acquérir Bellonnie et Bourdillon Successeurs (BBS), société basée à Rivière-Pilote, en Martinique, propriétaire des rhums agricoles Trois Rivières, Maison La Mauny et Duquesne. L’opération reste soumise à autorisation administrative.

Un acquéreur désormais identifié

Le 29 juillet, lors de la présentation de ses résultats semestriels, Campari indiquait être entré en négociations exclusives avec un acteur industriel français pour la cession de BBS, sans en préciser l’identité. Le groupe italien avait, dans le même temps, signé un accord d’option de vente portant sur le cognac Bisquit & Dubouché et la tequila Cabo Wabo, repris par l’irlandais Cobblestone Brands, dont la finalisation est attendue d’ici le 31 octobre 2026.

L’annonce du 13 août lève l’anonymat : l’acquéreur est Les Bienheureux, société girondine installée à Louchats.

Une opération suspendue à l’autorisation de la Safer

Le protocole intervient après l’avis favorable rendu à l’unanimité par le comité social et économique de BBS sur le projet de changement d’actionnaire. Le projet d’acquisition demeure soumis à l’autorisation de la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural quant au transfert des terres agricoles détenues par la société. Campari situe la finalisation de l’ensemble de ses cessions d’ici la fin de l’année 2026.

Un montant non dévoilé, un écart de valorisation documenté

Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. Les repères publics permettent néanmoins de mesurer l’écart avec le prix d’entrée de Campari. Le groupe avait acquis Rhumantilles, détentrice de 96,5 % de BBS, auprès du groupe Chevrillon et d’actionnaires minoritaires en 2019, pour une valeur d’entreprise annoncée de 60 M€ à la signature, portée à 60,5 M€ dans le rapport annuel du groupe après ajustement de prix, soit environ 9,5 fois une marge de contribution de 6,5 M€.

Bisquit & Dubouché avait été racheté au sud-africain Distell pour une valeur d’entreprise de 52,5 M€, accord signé en décembre 2017 et clôturé au premier trimestre 2018. Cabo Wabo était entré au portefeuille en deux temps, avec l’acquisition de 80 % du capital en 2007 puis du solde en 2010.

Au total, Campari attend environ 30 M€ du produit de ces cinq marques. Ses comptes semestriels 2026 intègrent 82 M€ de dépréciations liées aux actifs destinés à être cédés. Le bénéfice net publié recule de 37,7 %, à 129 M€, pour un chiffre d’affaires de 1,51 Md€, en baisse de 1 % en données publiées et en hausse de 2,7 % à périmètre et change comparables. Le bénéfice net ajusté progresse de 4,7 %, à 226 M€.

Un recentrage assumé par Campari

Ces cessions s’inscrivent dans une stratégie de concentration sur les marques jugées prioritaires par le groupe, parmi lesquelles Aperol, Campari, Grand Marnier, Courvoisier, Espolon et Skyy. Son directeur général, Simon Hunt, a expliqué que le portefeuille de rhums agricoles avait été acquis pour soutenir la mise sur le marché en France, un besoin que le groupe ne juge plus d’actualité. Campari avait déjà cédé en 2025 les apéritifs Cinzano ainsi que les digestifs Averna et Zedda Piras, pour environ 100 M€. Après s’être séparé d’environ 4 % de son portefeuille, le groupe prévoit de clore cette séquence de cessions à la fin de 2026.

BBS, un ensemble industriel, agricole et touristique

BBS exploite les trois marques bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée rhum de Martinique. Le périmètre repris par Campari en 2019 comprenait les marques, les propriétés foncières, les distilleries, les sites touristiques et un stock de rhums vieillis. La société revendique l’exploitation d’environ 500 hectares de canne à sucre dans le sud de l’île, deux sites ouverts au public, à Rivière-Pilote et à Sainte-Luce, totalisant plus de 150 000 visiteurs par an, ainsi qu’une activité de distribution de marques de boissons en Martinique. Elle employait environ 150 personnes, majoritairement sur l’île.

Le chiffre d’affaires de BBS s’élevait à 24,1 M€ en 2018, dernier exercice publié avant l’entrée de Campari au capital. Aucune donnée consolidée postérieure n’est publique. L’ensemble avait été cédé par La Martiniquaise sur demande de l’Autorité de la concurrence, avant d’être détenu par le groupe Chevrillon à partir de 2012.

Les Bienheureux, du whisky français au rhum AOC

Fondée par Alexandre Sirech et Jean Moueix, la société s’est construite autour des whiskies français Bellevoye, puis Lefort, Beauchamp et Bercloux, dont elle a racheté la distillerie charentaise en 2019, et des rhums El Pasador de Oro, Embargo puis Pura Vida.

Jean-Christophe Coutures, président des Bienheureux, évoque des marques « que nous admirons de longue date » pour la qualité de leur savoir-faire et l’attachement qu’elles suscitent, et dit aborder le projet avec la volonté de poursuivre, aux côtés des équipes de BBS, le développement engagé à Rivière-Pilote.

Les Bienheureux s’appuient sur deux actionnaires de référence : Imagine, division art de vivre du groupe Videlot, holding de la famille Moueix, et SCDM, holding familiale de Martin et Olivier Bouygues et de leurs familles. L’entrée de Trois Rivières et de Maison La Mauny au portefeuille modifierait sensiblement la taille du groupe girondin, dont l’activité reposait jusqu’ici sur des marques créées en interne.

Sources

Outremers360, communiqué Les Bienheureux, 13 août 2026

Outremers360 / AFP, cession et résultats semestriels Campari, 4 août 2026

RCI, cessions Campari, août 2026

Vitisphere, revente des cognacs Bisquit, juillet 2026

The Spirits Business, Cobblestone Brands, juillet 2026

Just Drinks, Campari sells Cognac, rum and Tequila brands, juillet 2026

Drinks International, Bisquit & Dubouché et Cabo Wabo, juillet 2026

Global Drinks Intel, juillet 2026

Campari Group, communiqué Rhumantilles, 5 septembre 2019

Campari Group, rapport annuel 2019

Campari Group, communiqué Bisquit, 20 décembre 2017

Rayon Boissons, 2019

AMPI Martinique, fiche BBS · Groupe Chevrillon




Bordeaux : Château Picque Caillou (Pessac-Léognan) passe sous le contrôle de Laurent Marti

La cession du Château Picque Caillou, à Mérignac (Gironde), par Isabelle et Paulin Calvet à Laurent Marti a été rendue publique le 17 mars 2026. L’opération n’avait pas été relevée dans notre veille au moment de son annonce. Elle est reprise ici avec l’ensemble des éléments parus depuis, à l’approche de la première vendange conduite sous la nouvelle propriété.

Repères de l’opération
Cible : Château Picque Caillou, AOC Pessac-Léognan, commune de Mérignac
Cédants : Isabelle et Paulin Calvet, propriétaires depuis 1997
Acquéreur : Laurent Marti, dirigeant du groupe TopTex, président de l’Union Bordeaux                     Bègles
Annonce publique : 17 mars 2026
Conditions financières : non communiquées
Périmètre : vignoble en propriété, bâtiments d’exploitation et château

Une propriété intra-rocade
Picque Caillou compte parmi les rares domaines viticoles maintenus à l’intérieur de la rocade bordelaise. Il figure, avec Haut-Brion, La Mission Haut-Brion, Les Carmes Haut-Brion, Pape Clément et Luchey-Halde, parmi les six propriétés de l’appellation situées dans ce périmètre. Le domaine se trouve à proximité de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac et à une dizaine de minutes du stade Chaban-Delmas. Les éléments publiés au moment de la transaction font état d’un peu moins de 24 hectares, dont 2,6 hectares en cépages blancs. L’appellation Pessac-Léognan couvre pour sa part environ 1 900 hectares.

Le vignoble repose sur des graves günziennes à sous-sol filtrant, avec un point culminant à 35 mètres. Les densités de plantation se répartissent entre 8 200 et 10 000 pieds par hectare. L’encépagement rouge associe cabernet sauvignon (60 %), merlot (35 %) et petit verdot (5 %). Le domaine produit un second vin, 
La Réserve de Picque Caillou. La bâtisse, attribuée à l’architecte bordelais Jean Laclotte, est datée du milieu du XVIII<sup>e</sup> siècle et figure sur les cartes de Cassini et de Belleyme.

Picque Caillou n’appartient pas au classement des Graves de 1953-1959. La propriété est membre de l’Union des Grands Crus de Bordeaux et certifiée Haute Valeur Environnementale de niveau 3.

Huit décennies de présence familiale
La propriété était entrée dans le patrimoine de la famille Denis à la fin des années 1940. Isabelle Calvet, née Denis, en est la descendante directe. Le couple Isabelle et Paulin Calvet a repris le domaine en 1997.
Paulin Calvet, issu du négoce bordelais, a exercé une douzaine d’années aux Établissements Jean-Pierre Moueix comme directeur export avant de se consacrer pleinement à la propriété. Il en a assuré la direction technique et commerciale à compter du millésime 2006. L’année suivante, les œnologues conseils Denis Dubourdieu et Valérie Lavigne ont été associés au suivi des vinifications ; le conseil a ensuite été assuré par Valérie Lavigne et Axel Marchal. Le cédant totalise, selon les éléments diffusés lors de l’annonce, trente-deux vendanges sur la propriété.

Un acquéreur venu du textile et du rugby
Originaire de Bergerac (Dordogne), Laurent Marti dirige depuis une trentaine d’années le groupe toulousain TopTex, spécialisé dans la distribution de vêtements professionnels et promotionnels. Il est également président de l’Union Bordeaux Bègles et vice-président de la Ligue nationale de rugby.

Ses liens avec la filière viticole girondine sont antérieurs à l’acquisition. En 2013, il a participé à la création de l’UBB Grands Crus, structure qui fédère des châteaux, courtiers et négociants autour d’un programme d’hospitalité au stade et de dégustations.

L’acquéreur indique avoir prospecté une dizaine d’années avant cette opération, avec un cahier des charges centré sur l’appellation Pessac-Léognan et la proximité de Bordeaux.

L’actualité récente
Deux recrutements ont accompagné la reprise. Peggy Plouhinec a été nommée directrice générale. Stéphane Dief, propriétaire de Clos Manou dans le Médoc, prend en charge la production et le suivi du vignoble ; il accompagnait Laurent Marti dans sa recherche de propriété depuis une dizaine d’années.

Le programme d’investissements annoncé porte sur la rénovation de la propriété, l’agrandissement du cuvier et du chai à barriques, l’amélioration des rendements et le développement de l’œnotourisme.

Sur le plan commercial, le millésime 2025, vinifié sous la propriété sortante, a été proposé lors de la campagne de primeurs du printemps 2026, concomitante à la transaction. La vendange 2026 sera la première conduite intégralement par la nouvelle équipe.

Un marché foncier bordelais à deux vitesses
L’opération intervient dans un marché des vignes girondin en forte correction. Selon les données de la Safer relayées en juin 2026, les valeurs de Pessac-Léognan se sont établies à 400 000 euros l’hectare en 2025, en recul de 12 %. Ce repli reste le plus contenu parmi les appellations prestigieuses : Margaux a cédé 43 % (800 000 euros l’hectare), Pauillac 32 % (1,7 million d’euros), Saint-Estèphe 25 % (300 000 euros) et Saint-Émilion 20 % (200 000 euros).

Sur les appellations génériques, la Safer situe désormais l’hectare de Bordeaux rouge autour de 6 500 euros et celui des Côtes de Bordeaux autour de 8 000 euros, avec une réouverture du marché après plusieurs années de blocage. Le segment des grands crus demeure en revanche attentiste, les organismes fonciers relevant un écart persistant entre les prétentions des vendeurs et les niveaux acceptés par les acquéreurs.

Dans ce contexte, les transactions abouties sur les appellations communales prestigieuses restent peu nombreuses et rarement documentées quant à leurs conditions financières.

Sources
Sud Ouest, 17-18 mars 2026 — annonce de l’acquisition et déclarations de Laurent Marti
Minute Sports, 18 mars 2026 — « Laurent Marti s’offre un joyau »
Le Journal des Entreprises, 18 mars 2026 — reprise de l’annonce, profil de l’acquéreur, TopTex
Jane Anson, Inside Bordeaux, 20 mars 2026 — « Behind the Headlines: Bordeaux rugby boss buys Château Picque Caillou » (surfaces, historique familial, données techniques, UBB Grands Crus)
Échos Judiciaires Girondins, 23 mars 2026 — « Mérignac : Laurent Marti acquiert le Château Picque-Caillou »
Wine-Searcher / Wine Business, 23 mars 2026 — reprise internationale, programme de travaux
Vintage by UGCB, 11 mai 2026 — entretien avec Laurent Marti (motivations, équipe, investissements)
Union des Grands Crus de Bordeaux, fiche Château Picque Caillou — historique, œnologues conseils
Syndicat viticole de Pessac-Léognan, fiche Château Picque Caillou — surfaces et encépagement
Vitisphere, 23 juin 2026 — « Le marché des vignes bordelaises rouvert à la casse en AOC générique, fermé sur les grands crus » (données Safer)
Groupe Safer, Le prix des terres — séries de référence sur le foncier viticole girondin




Bourgogne : Acquisition Damoy par Roederer, la finalisation de la transaction relance le débat sur le foncier bourguignon

Annoncée en négociations exclusives le 9 avril 2026, l’acquisition du Domaine Pierre Damoy par le groupe Louis Roederer a été officialisée le 25 juillet. La maison champenoise qualifie l’opération de « moment historique », marquant à la fois ses 250 ans d’existence et sa première implantation en Bourgogne. Mais c’est la dimension financière de la transaction qui suscite les réactions les plus vives au sein de la filière.

Un prix estimé autour de 300 millions d’euros

Le montant de la cession n’a pas été communiqué par les parties. Selon les références de marché communément admises, les grands crus bourguignons les plus prisés s’échangent entre 2 et 3 millions d’euros l’ouvrée — une ouvrée représentant un vingt-quatrième d’hectare. Sur cette base, la valeur théorique du patrimoine du Domaine Damoy — près de huit hectares de grands crus — s’établirait entre 350 millions et plus d’un demi-milliard d’euros. Selon des sources proches du dossier citées par l’AFP, le prix effectivement payé serait cependant plus proche de 300 millions d’euros. Aucune des parties n’a confirmé ce chiffre.

À titre de comparaison, le Clos de Tart — sur lequel Roederer s’était positionné en 2017 avant d’être évincé — avait été cédé à François Pinault pour 280 millions d’euros, alors considéré comme un montant record.

Des réactions critiques au sein de l’interprofession

La finalisation de l’opération a suscité des prises de position publiques de responsables professionnels. Michel Barraud, coprésident du Comité des vins de Bourgogne, a exprimé ses inquiétudes auprès de l’AFP, dénonçant des prix qu’il juge désormais « complètement déconnectés des réalités » et « un raisonnement capitalistique » étranger aux valeurs vitivinicoles traditionnelles de la région. Il soulève également la question de la transmission : « Quand un vigneron veut la garder pour ses enfants et petits-enfants, ça devient très difficile. »

M. Barraud s’inquiète par ailleurs de l’image que ces transactions confèrent à l’appellation, qu’il juge « élitiste et inaccessible », tout en rappelant que la majorité des vins de Bourgogne se situe dans une gamme de prix bien plus accessible.

Une tension structurelle sur le foncier bourguignon

Interrogé par l’AFP, Sébastien Richard, directeur de la SAFER pour la Côte d’Or, apporte un éclairage plus nuancé sur la dynamique du marché foncier. Il confirme que la disponibilité de terres est structurellement limitée — entre 90 et 100 hectares mis en vente chaque année sur un vignoble total de près de 30 000 hectares en Bourgogne — et que la demande excède très largement l’offre. À titre d’illustration, 80 candidats se seraient récemment positionnés pour l’acquisition d’un seul hectare. Les prix progressent en conséquence de plusieurs points chaque année.

M. Richard tempère toutefois le rôle des investisseurs extérieurs dans cette inflation : les acquéreurs sont, dans la majorité des cas, des structures locales, des fermiers ou des domaines en phase de consolidation, la surface moyenne d’un domaine bourguignon s’établissant à 6 ou 7 hectares.

Il relève également le contraste avec d’autres vignobles français : « La Côte d’Or fait figure d’exception quand on voit les arrachages de vignes dans le Bordelais, où on ne sait pas si on va trouver un acheteur. »

Une consolidation qui s’accélère

L’entrée de Roederer à Gevrey-Chambertin s’inscrit dans un mouvement plus large de concentration du vignoble bourguignon entre les mains d’acteurs disposant de capacités financières importantes. LVMH (Clos des Lambrays, 2014), François Pinault (Clos de Tart, 2017 ; Bouchard Père & Fils, 2022), Stan Kroenke (Domaine Bonneau du Martray, 2017) ont successivement acquis des positions significatives. Au rythme des transactions récentes, le cercle des acquéreurs potentiels se resserre autour d’un nombre limité de groupes familiaux ou de fonds patrimoniaux disposant des capacités nécessaires à de telles valorisations.

Un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’appellation

Le débat sur la concentration foncière tend cependant à occulter un argument symétrique : les grands groupes dotés de réseaux de distribution internationaux jouent un rôle d’amplificateur de notoriété qui profite, par capillarité, à l’ensemble des producteurs bourguignons. Un domaine comme Pierre Damoy, diffusé dans le portefeuille mondial de Roederer Collection — présent dans plus de 100 pays —, accède à des débouchés qu’aucun domaine familial de huit hectares ne pourrait atteindre seul. Cette visibilité rejaillit sur la marque collective Bourgogne dans son ensemble, l’appellation régionale Bourgogne occupant la moitié des surfaces plantées et portant le message de la région dans le monde entier.

La trajectoire des prix sur le marché secondaire sur longue période tend à valider cet effet d’entraînement, et à le distinguer nettement de celle de Bordeaux. Depuis 2010, l’indice Burgundy 150 de Liv-ex, qui suit les performances tarifaires des vins bourguignons de référence, a systématiquement surperformé tous les autres indices régionaux ainsi que le Liv-ex 1000, l’indice le plus large du marché. Cette surperformance structurelle s’observe également dans la composition de la classification Liv-ex 2025 : la Bourgogne représente près de 69 % des vins classés dans le premier tier de valeur, celui des vins les plus chers du marché secondaire mondial. Bordeaux, qui dominait ce même classement à hauteur de 80 % de la valeur échangée au début des années 2000, ne représente plus que 35 % de la valeur totale des transactions sur la plateforme.

Ces indicateurs de prix construits sur vingt ans — les indices iDealwine Bordeaux et Bourgogne sont calculés en continu depuis 2001 — illustrent une divergence durable entre les deux régions, qui n’est pas étrangère à la présence et à l’action promotionnelle des grands groupes installés en Côte-d’Or. La question posée par les acteurs de la filière n’est donc pas tant celle des effets de la concentration sur la valeur globale de la région que celle de la répartition de cette valeur entre les différentes catégories de producteurs qui la composent.

Sources

  • AFP / Agri Mutuel, 25 juillet 2026
  • Challenges, juillet 2026 (Pierre Rondeau)
  • France 3 Bourgogne-Franche-Comté, juillet 2026
  • Wolf of Burgundy, avril 2026 (analyse des scénarios de valorisation)


vendredi 31 juillet 2026

Cognac : Campari cède le cognac Bisquit & Dubouché et la tequila Cabo Wabo à l'irlandais Cobblestone Brands

Cobblestone Brands Limited, société de spiritueux premium basée à Dublin, a signé un accord portant sur l'acquisition de la marque de cognac Bisquit & Dubouché et de la marque de tequila Cabo Wabo auprès de Davide Campari-Milano N.V. L'annonce a été faite le 29 juillet 2026, le jour de la publication des résultats semestriels du groupe italien. Le montant de la transaction n'a pas été divulgué. La finalisation est attendue au plus tard le 31 octobre 2026, sous réserve des conditions de réalisation usuelles.

Le périmètre de la cession

L'opération porte sur les droits de propriété intellectuelle des deux marques et sur certains stocks de produits finis. Elle inclut également les actifs immobiliers rattachés à l'activité Bisquit & Dubouché, à Cognac. Campari précise que l'accord comprend un contrat de fabrication transitoire pour Cabo Wabo. Selon les éléments diffusés à la presse, un accord d'approvisionnement en eaux-de-vie doit par ailleurs accompagner la finalisation de l'opération. Les communications publiées par les deux parties ne détaillent pas le sort des stocks d'eaux-de-vie en vieillissement.

Un montant cumulé d'environ 30 M€ avec la cession des rhums

Campari a annoncé le même jour l'ouverture de négociations en vue de céder Bellonnie et Bourdillon Successeurs, sa filiale martiniquaise propriétaire des rhums agricoles Trois Rivières, Maison La Mauny et Duquesne. L'acquéreur n'a été décrit que comme un acteur industriel privé français. Les discussions ont été ouvertes le 13 juillet 2026. Le groupe évalue à environ 30 M€ la valeur cumulée des deux opérations, sans en publier la répartition. Les deux cessions doivent être finalisées avant la fin de 2026.

Le directeur financier, Francesco Mele, a chiffré à environ 40 M€ le chiffre d'affaires total représenté par ces dernières cessions. Il a indiqué que les marques concernées apportaient une contribution très faible à l'EBIT et étaient dilutives en marge. Dans sa présentation aux investisseurs, Campari classe le cognac et la tequila cédés, comme les rhums agricoles, à moins de 1 % des ventes nettes du groupe. L'effet de périmètre attendu sur l'exercice 2026 est estimé à environ 70 M€ de chiffre d'affaires et 30 M€ d'EBIT ajusté, sur la base des seules transactions déjà finalisées, principalement Cinzano et Averna.

Une stratégie de recentrage engagée depuis 2024

Campari poursuit l'élagage de son portefeuille sous la conduite de son directeur général Simon Hunt, autour d'une stratégie qu'il résume par la formule « fewer bigger bets ». Le groupe a cédé plus de dix marques ou activités en dix-huit mois, soit environ 4 % de ses ventes nettes en base pro forma. Parmi les opérations précédentes figurent la cession du vermouth Cinzano et des vins effervescents au groupe Caffo 1915 pour 100 M€ en juillet 2025, celle des liqueurs Averna et Zedda Piras à Illva Saronno pour 100 M€, annoncée en décembre 2025 et finalisée le 28 mai 2026, ainsi que la vente de son unique site de production australien.

Cognac et champagne : Courvoisier et Grand Marnier en hausse au premier semestre

La division cognac et champagne de Campari a réalisé 125 M€ de ventes nettes au premier semestre 2026, soit 8,3 % du chiffre d'affaires du groupe. La croissance organique s'établit à 4,6 %, ramenée à 0,7 % en données publiées après un effet de change de -3,9 %. Courvoisier progresse de 6,3 % en organique, à 64 M€, porté par les marchés en développement et la zone Asie-Pacifique, avec une tendance stable aux États-Unis. Grand Marnier avance de 5,0 %, à 55 M€, le groupe attribuant cette évolution à une base de comparaison favorable. Les autres marques de la division, qui incluent Bisquit & Dubouché et le champagne Lallier, reculent de 13,6 % en organique, à 6 M€.

Sur l'ensemble du groupe, les ventes nettes semestrielles atteignent 1 512 M€, en croissance organique de 2,7 % et en baisse de 1,0 % en publié. L'EBIT ajusté ressort à 358 M€.

Bisquit & Dubouché : quatre propriétaires en soixante ans

La maison a été fondée en 1819 par Alexandre Bisquit. Elle est passée sous le contrôle de Ricard en 1966, puis du groupe sud-africain Distell à la fin des années 2000. Campari a annoncé son acquisition le 21 décembre 2017 pour 52,5 M€, l'opération étant finalisée au premier trimestre 2018. Le périmètre comprenait alors les marques, les stocks — dont un stock en vieillissement valorisé 39,1 M$, soit environ 33 M€ au cours de l'époque — et des installations de production. Le chiffre d'affaires pro forma attendu pour 2018 était d'environ 9 M€, avec pour marchés principaux l'Afrique du Sud, la Belgique, le travel retail mondial et la Suisse.

Cobblestone Brands met en avant la position de la marque en Afrique du Sud, ainsi que sa présence en Europe, en Asie-Pacifique et dans le travel retail. Son fondateur et directeur général, Brian Fagan, évoque « plus de 200 ans d'héritage » et un château au cœur de Cognac, et annonce une intention d'investissement de long terme.

Cabo Wabo, second volet de l'opération

Cabo Wabo a été créée en 1996 par Sammy Hagar, ancien chanteur de Van Halen. Campari en a acquis 80 % en mai 2007 pour 60 M€, alors 80 M$, puis le solde en 2010. La tequila est distribuée dans plus de vingt États américains.

Cobblestone Brands, une plate-forme constituée depuis 2025

L'entreprise irlandaise avait acquis en juillet 2025 les marques de whiskey irlandais Knappogue Castle et Clontarf auprès de Pernod Ricard. Son portefeuille comprend également le gin Four Corners, le rhum Star & Key, le café irlandais prêt à boire Irished Up et le spiritueux d'agave Casa San Lucas. Depuis un an, la société a structuré son organisation commerciale : nomination de Dennis Carr, ancien dirigeant de Casa Azul, à la présidence de sa filiale américaine, accords de distribution en Asie-Pacifique et en Afrique, développement au Moyen-Orient et dans le travel retail. Après la finalisation de l'opération, son portefeuille couvrira le whiskey irlandais, le cognac, la tequila, le rhum et le gin, avec des opérations commerciales dans plus de trente marchés.

Sources
Communiqué de Cobblestone Brands, 29 juillet 2026
Campari Group, résultats du premier semestre 2026 et présentation aux investisseurs, 29 juillet 2026
Transcription de la conférence de résultats semestriels de Campari Group
The Spirits Business
Just Drinks
Global Drinks Intel
FoodBev Media
Shanken News Daily
Spiritz
Luxus Plus
BeverageDaily
ESM Magazine pour l'acquisition de 2017.



dimanche 19 juillet 2026

Savoie : Clos Réserve poursuit sa consolidation des vins de Savoie avec le rachat de Jean Perrier & Fils

Une troisième acquisition en un an

Le 30 juin 2026, Guy Chifflot, à la tête de la holding Clos Réserve, a signé l’acquisition de la SAS Jean Perrier & Fils, structure de négoce implantée à Porte-de-Savoie. Cette opération constitue la troisième acquisition de l’industriel dans le vignoble savoyard en l’espace d’un an, après les reprises de Maison Viallet et du Domaine Perrier.

Industriel lyonnais de 85 ans, Guy Chifflot est le fondateur d’Orapi, spécialiste de l’hygiène professionnelle (229,6 M€ de chiffre d’affaires en 2022, environ 1 000 salariés), entreprise qu’il avait créée en 1968. En 2023, il a cédé au Groupe Paredes le bloc d’actions qu’il détenait dans la société, soit 34,8 % du capital, dans le cadre d’une opération valorisant l’entreprise à 78 M€. La cession, réalisée le 19 octobre 2023, a été suivie d’une offre publique d’achat sur le solde du capital, le rapprochement des deux groupes donnant naissance au leader français de l’hygiène professionnelle. Présent depuis peu dans le secteur du vin, Guy Chifflot rassemble désormais cinq domaines viticoles savoyards. Il revendique 30 à 35 % des vins de Savoie.

Maison Viallet, point de départ de la stratégie

Le mouvement s’amorce le 30 juin 2025 avec la reprise de Maison Viallet, dont Guy Chifflot détient 80 % des parts. L’entreprise, propriétaire des domaines René Quenard, Bouvet et Pierre Boniface, se trouvait alors en redressement judiciaire, fragilisée par de lourds investissements et un contexte économique difficile.

« J’ai proposé un plan de continuation qui intégrait les 43 salariés », explique Guy Chifflot. Le dirigeant justifie son entrée dans le secteur : « Après avoir cédé mon groupe en 2023, je ne pouvais quand même pas rester sans rien faire. » S’il reconnaît ne pas être issu du monde du vin, il en souligne le potentiel : « Les blancs, les rouges et les crémants ont beaucoup gagné en qualité. »

Premier négociant et exportateur de vins de Savoie, Maison Viallet a réalisé un chiffre d’affaires de 15 M€ en 2024. Située à Apremont et codirigée par Philippe Viallet, détenteur de 20 % du capital, depuis 1984, l’entreprise dispose de 112 hectares de vignes, d’une maison de négoce et d’un outil de production automatisé. « Une ligne de conditionnement ultra-sophistiquée a fait l’objet de 3 M€ d’investissements », précise Guy Chifflot. « Notre production annuelle s’élève à 2 millions de bouteilles », ajoute Philippe Viallet, cogérant des structures viticoles aux côtés de Guy Chifflot.

Le Domaine Perrier, puis la structure de négoce

Fin décembre 2025, Guy Chifflot reprend au tribunal le Domaine Perrier, en difficulté. Fondée en 1853 et implantée à Porte-de-Savoie, l’exploitation compte près de 54 hectares de vignes répartis sur neuf communes et vinifie près de 14 crus et cépages du vignoble savoyard.

Six mois plus tard, le 30 juin 2026, l’homme d’affaires acquiert la SAS Jean Perrier & Fils. Créée en 1947 par Jean Perrier, premier vigneron à embouteiller sa récolte en Savoie, la maison de négoce a réalisé un chiffre d’affaires de 6,4 M€ lors de son dernier exercice publié et emploie une vingtaine de personnes. La société était en procédure collective, un jugement modifiant son plan de redressement ayant été rendu le 22 septembre 2025. Elle est présidée par Gilles Perrier, représentant de la sixième génération familiale.

Une montée en gamme visée

L’ensemble ainsi constitué fédère cinq domaines de référence : Domaine Bouvet, Les Rocailles – Pierre Boniface, Les Fils de René Quenard, Maison Viallet et Domaine Perrier. Pour accompagner ce développement, la holding Clos Réserve a bénéficié d’une augmentation de capital d’un million d’euros. Un accord de coopération a par ailleurs été conclu avec Gilles Perrier afin de piloter le développement commercial de l’ensemble, avec l’objectif affiché de repositionner les appellations savoyardes sur des marchés plus larges, notamment le circuit des cafés, hôtels et restaurants.

Sources

Groupe Ecomedia ; Le Journal des Entreprises ; Banque de Savoie ; Lyon Décideurs ; Business Wire ; Pappers ; Societe.com ; Verif ; BODACC.



Sud Ouest : Lionel Osmin & Cie acquiert le Domaine Barrère, référence de l’AOP Jurançon

Le groupe Lionel Osmin & Cie a repris le Domaine Barrère, propriété historique de l’appellation Jurançon, dans les Pyrénées-Atlantiques. L’opération formalise un partenariat engagé de longue date entre la maison paloise et la famille propriétaire.

Une transmission adossée à quinze ans de collaboration

Lionel Osmin qualifie l’opération de transmission plutôt que de simple rachat. Le dirigeant collaborait depuis plus de quinze ans avec la famille Barrère et commercialisait la quasi-totalité des vins du domaine. La maison assurait déjà la vinification aux côtés de Damiens Sartori, œnologue et cofondateur du groupe.

Le domaine avait rejoint la Compagnie des domaines de Lionel Osmin & Cie en 2017. Ses parcelles se répartissent sur trois terroirs : le Clos Cancaillaü, le Clos de la Vierge et le domaine Lahitte. La propriété avait été créée dans les années 1940. Anne-Marie Barrère la dirigeait ces dernières années avec l’appui de sa sœur Christiane.

Un tour de table participatif

L’acquisition s’appuie sur un financement collectif. Une soixantaine de partenaires ont choisi d’investir aux côtés de Lionel Osmin. Ce tour de table a été réuni par l’intermédiaire de Terra Hominis, société à mission spécialisée dans le financement participatif viticole.

Maintien des moelleux et développement des blancs secs

Le nouveau propriétaire entend poursuivre la production de vins moelleux, expression traditionnelle de l’appellation Jurançon. Il prévoit également de développer les blancs secs sur ces terroirs qu’il juge exceptionnels. Le vignoble jurançonnais repose principalement sur le petit manseng et le gros manseng, cépages autochtones adaptés à des vins tantôt secs, tantôt liquoreux.

L’opération s’inscrit dans la stratégie d’acquisition de propriétés viticoles conduite par le groupe depuis plusieurs années. Fondée en 2010, la maison Lionel Osmin & Cie s’est constituée autour de la mise en avant des cépages et terroirs du Sud-Ouest, de Jurançon à Cahors en passant par Gaillac, Madiran et Marcillac.

Source
Vitisphere



vendredi 17 juillet 2026

Marché : Sacha Lichine investit dans la marque de boissons sans alcool Jukes Cordialities

Sacha Lichine, créateur de Château d’Esclans et de la cuvée Whispering Angel, entre au capital de Jukes Cordialities. Il devient également directeur de cette marque britannique haut de gamme de boissons sans alcool.

Une figure de la révolution du rosé

Sacha Lichine est reconnu pour avoir contribué à transformer la perception du rosé de Provence. Avec Château d’Esclans, acquis en 2006, et la marque Whispering Angel, il a participé à l’essor de cette catégorie sur le marché du luxe. En 2019, LVMH a pris une participation majoritaire dans Château d’Esclans. Plus récemment, il s’est diversifié dans les spiritueux artisanaux avec le mezcal Rosaluna.

Une marque premium du sans-alcool

Fondée en 2020 par le journaliste vin Matthew Jukes, en partenariat avec l’entrepreneur Jack Hollihan, Jukes Cordialities s’est positionnée sur le segment premium des alternatives sans alcool. La gamme s’est développée grâce à des accords de distribution avec Waitrose et Tesco, ainsi qu’un réseau d’hôtels de luxe et de restaurants gastronomiques.

Un palmarès complet aux World Alcohol-Free Awards 2026

La marque a confirmé sa position en réalisant un sans-faute aux World Alcohol-Free Awards 2026 : dix médailles pour dix produits présentés, ainsi que deux trophées, Best Organic Drinks et Best Range. Le concours a réuni près de six cents produits soumis à l’échelle mondiale, jugés par plus de trente experts du secteur.

Une nouvelle phase de croissance

Selon Jukes Cordialities, l’expérience de Sacha Lichine, son réseau international et son parcours dans la construction de marques de boissons de luxe doivent soutenir la prochaine étape de développement de l’entreprise. L’objectif affiché est d’accroître la notoriété de la marque auprès des consommateurs, des partenaires de l’hôtellerie et des distributeurs à l’échelle mondiale.

Source Harpers Wine & Spirit Trade News ; Restaurant Industry Magazine ; Matthew Jukes (Wednesday Wines).