dimanche 24 mai 2026

Loire : Le Domaine de Closel (Savennières) reprise par Ivan Massonat

Le tribunal judiciaire d’Angers a validé, le 5 mai 2026, l’offre de reprise d’Ivan Massonnat sur les activités du Domaine du Closel, à Savennières. L’exploitation était placée en redressement judiciaire à la suite du décès d’Évelyne de Pontbriand, survenu en novembre 2024.

Une cession au terme d’une procédure collective

Quatre offres avaient été déposées devant le tribunal, parmi lesquelles celle de trois neveux de la dirigeante disparue, Amaury, Mayeul et Aloïs Bazin de Jessey, qui portaient un projet de reprise familiale. Le choix s’est finalement porté sur l’offre présentée par le propriétaire du Domaine Belargus. La reprise porte sur l’exploitation, soit le stock, le matériel, la marque et les cinq salariés, ainsi que sur les baux adossés à l’EARL pour le bâti et les douze hectares de vignes. Le foncier reste la propriété des familles de Jessey et de Pontbriand.

Une stratégie centrée sur le chenin et l’appellation Savennières

Le nouvel exploitant entend conduire le domaine « dans une logique d’excellence », en concentrant la production sur le chenin et l’appellation Savennières. La structure conservera son autonomie de pilotage, tout en s’appuyant sur les réseaux commerciaux de Belargus. Ivan Massonnat a indiqué vouloir s’appuyer sur l’équipe en place, en particulier sur Antoine Fardeau, directeur technique depuis 2022 et régisseur depuis 2024. Il a également déclaré tendre la main aux familles propriétaires afin d’envisager des modes de collaboration.

Un troisième actif en Val de Loire

Ancien financier installé en Anjou, Ivan Massonnat a fondé en 2018 le Domaine Belargus, devenu en quelques millésimes l’une des références de la région, avec des vins commercialisés sur allocation. Il détient également le Domaine de Beauséjour, à Panzoult, qui compte cent hectares dont vingt-sept de vignes en AOC Chinon. Avec Le Closel, son périmètre ligérien s’étend désormais à trois exploitations.

Le Domaine du Closel, transmis au sein de la même famille depuis 1794, demeure l’un des plus anciens domaines de l’appellation Savennières. Évelyne de Pontbriand, fille de Michèle Bazin de Jessey, qui présida l’appellation dans les années 1990, en assurait la direction depuis plus de quinze ans.

Source
Vigneron du Val de Loire, Les 5 du Vin, Vitisphere, Terre de Vins.



Royaume Uni : le groupe française GBH rachète l’activité d’EcoSpirits

Le distributeur britannique Mangrove Global Ltd, filiale du groupe français GBH depuis 2023, reprend l’activité d’EcoSpirits au Royaume-Uni. Les marques de spiritueux de GBH figuraient déjà parmi les principaux clients de l’opérateur britannique d’EcoSpirits. L’opération consolide au sein du même périmètre la distribution des marques et l’infrastructure logistique circulaire qui leur sert de canal.

Un prolongement de la stratégie spiritueux du groupe GBH

Groupe familial fondé en 1960 par Bernard Hayot et basé en Martinique, GBH avait racheté Mangrove Global Ltd en février 2023. Le distributeur londonien, créé en 2006 par Nick Gillett et John Coe, a alors été intégré à Spiribam, entité qui coordonne l’ensemble des activités spiritueux du groupe. Mangrove emploie une trentaine de collaborateurs et assure la distribution au Royaume-Uni des rhums du groupe – Rhum Clément, Rhum JM, Bounty, Chairman’s Reserve, Admiral Rodney, Arcane et Beach House Spiced – ainsi qu’un portefeuille de marques partenaires en gin, tequila, whisky, vodka et liqueurs. Nick Gillett continue de diriger l’entreprise.

EcoSpirits, une technologie de distribution en circuit fermé

Fondée à Singapour fin 2018, EcoSpirits développe une solution de distribution de spiritueux destinée à éliminer le verre à usage unique dans le secteur de l’hôtellerie-restauration. Son système repose sur trois éléments : l’ecoPlant, unité de remplissage locale, l’ecoTote, récipient de 4,5 litres en verre antichoc, réutilisable et recyclable, équivalent à six bouteilles standards de spiritueux, et le SmartPour, distributeur électronique installé au bar pour le service au verre. La société est présente sur plusieurs marchés en Asie-Pacifique, en Europe et en Amérique du Nord, via un réseau d’opérateurs sous licence.

Une activité britannique déjà adossée à Mangrove

Mangrove avait été l’investisseur initial et le partenaire de lancement d’EcoSpirits au Royaume-Uni en avril 2021, à travers la création de la première entité licenciée hors d’Asie. Le distributeur avait alors financé l’installation d’un ecoPlant à Londres ainsi que le déploiement des ecoTotes et SmartPour auprès des bars, restaurants et cavistes. Plusieurs marques de son portefeuille avaient progressivement été intégrées au système. La reprise par Mangrove de l’activité EcoSpirits au Royaume-Uni transforme cette relation de licence en intégration capitalistique au sein du périmètre Spiribam.

Source

GBH (communiqué), Spiribam, Mangrove Global Ltd, EcoSpirits, Drinks Retailing News, The Spirits Business, Rayon Boissons.



France : le groupe Famille Perrin prend le contrôle majoritaire de la maison Alain Milliat (jus de fruits)

Le groupe vigneron rhodanien Famille Perrin a annoncé le 12 mai 2026 être devenu actionnaire majoritaire de la maison Alain Milliat, spécialiste drômois des jus de fruits haut de gamme. Le fondateur Alain Milliat et le directeur général Pierre-Olivier Gandon conservent une participation minoritaire et restent opérationnels. Les deux sociétés poursuivront leurs activités de manière indépendante depuis leurs sièges respectifs d’Orange (Vaucluse) et de Valence (Drôme).

L’opération valorise Alain Milliat à plus de 20 M€, selon les informations publiées par CFNews. Le processus de vente aurait attiré quatre offres fermes, dont une émanant d’un autre groupe de vins et spiritueux. Le groupe Chevrillon, entré au capital en 2016 et jusqu’alors largement majoritaire, sort de l’actionnariat aux côtés de l’investisseur belge Pierre-Marie Verbeeck.

Deux maisons familiales de positionnement premium

Famille Perrin emploie une cinquantaine de collaborateurs et affiche un chiffre d’affaires de l’ordre de 200 M€, généré à plus de 80 % à l’international. Le groupe exploite 300 hectares de vignes certifiées en agriculture biologique et biodynamique entre la vallée du Rhône, la Provence et la Californie, avec pour propriétés emblématiques le château de Beaucastel à Châteauneuf-du-Pape et le domaine du Clos des Tourelles à Gigondas. Il édite par ailleurs La Vieille Ferme, première marque française de vins aux États-Unis, et Miraval, lancée en collaboration avec Brad Pitt et Angelina Jolie. La direction opérationnelle est notamment assurée par Marc Perrin, représentant de la cinquième génération.

Alain Milliat compte une cinquantaine de salariés et a généré environ 18 M€ de chiffre d’affaires en 2024, pour une marge d’Ebitda d’environ 15 %. L’activité a triplé depuis 2016. La maison drômoise est distribuée auprès de 3 000 cafés, restaurants et hôtels, ainsi que dans les épiceries fines, avec des références comme Le Bon Marché, les Galeries Lafayette et Monoprix. L’export représente désormais 30 % des ventes, notamment au Japon.

Une extension vers le segment no-low

Pour Famille Perrin, l’opération constitue une diversification vers les boissons premium sans alcool, dans un contexte de consommation d’alcool plus modérée. Alain Milliat avait amorcé un rapprochement avec l’univers vinicole en octobre 2025 en lançant une gamme de jus de raisin pétillants dont le packaging et le choix des cépages — chardonnay pour le « blanc de blancs », pinot noir pour le « blanc de noirs » — reprennent les codes des vins mousseux.

Cap sur l’accélération internationale

L’ambition affichée porte sur le déploiement international d’Alain Milliat. Pierre-Olivier Gandon indique vouloir reproduire à l’échelle mondiale le modèle de distribution sélective éprouvé en France, sans modifier les exigences qui ont construit la réputation de la marque. Famille Perrin apporte un réseau commercial structuré, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. À l’inverse, l’implantation d’Alain Milliat dans les belles tables et les épiceries fines à travers le monde pourrait, à terme, bénéficier aux vins du groupe rhodanien.

Source
CFNews, Vitisphere, Rayon-Boissons, Le Journal des Entreprises, Agra, Néorestauration, Mémento Paris ; communiqué conjoint Famille Perrin / Alain Milliat, 12 mai 2026. 





Etats-Unis : Chanel renforce son ancrage en Napa Valley avec le rachat de Rudd Estate (Napa)

Le groupe Chanel, propriété des frères Alain et Gérard Wertheimer, poursuit le développement de son portefeuille viticole avec l’acquisition de Rudd Estate, domaine situé dans la sous-appellation d’Oakville, au cœur de la Napa Valley. L’opération a été officialisée mi-avril 2026 par l’intermédiaire de St. Supéry Estate Vineyards & Winery, propriété californienne du groupe depuis 2015. Selon les informations relayées par le Napa Valley Register, qui s’appuie sur le montant des droits de mutation enregistrés au greffe du comté, la transaction s’élève à environ 39 M$. Le prix de cession n’a pas été communiqué officiellement par les parties.

Une propriété de 26 hectares en Oakville

Rudd Estate a été fondé en 1996 par Leslie Rudd, entrepreneur américain du secteur de la grande distribution alimentaire, à la suite du rachat de l’ancienne winery Girard. La direction du domaine est assurée depuis 2016 par sa fille, Samantha Rudd. Leslie Rudd est décédé en 2018. La cession a été menée par les fiduciaires de la succession Leslie G. Rudd.

Le périmètre de l’opération comprend la propriété foncière de 26 hectares, dont 19 plantés de vignes, l’outil de production, les stocks ainsi que les marques Rudd et Crossroads by Rudd. Le domaine est connu pour ses vins rouges et blancs élaborés à partir de cépages bordelais, avec une réputation établie sur le cabernet sauvignon d’Oakville. Les bouteilles se positionnent dans une fourchette de prix comprise entre 50 et 200 $. La gamme Crossroads by Rudd constitue le second label, dans une approche tarifaire plus accessible. Le domaine est conduit en viticulture biologique et biodynamique.

Une consolidation du dispositif californien

Avec ce rachat, St. Supéry porte son emprise foncière en Napa Valley à environ 667 hectares, dont près de 243 hectares plantés en vignes, répartis sur quatre sites distincts : le Dollarhide Estate Vineyard au nord-est de la vallée, deux parcelles à Rutherford et désormais le vignoble d’Oakville. L’acquisition de St. Supéry par Chanel en 2015 portait sur un ensemble de bien plus grande dimension que Rudd Estate, principalement orienté vers la production de sauvignon blanc, de cabernet sauvignon et d’assemblages bordelais.

L’opération conforte la présence du groupe dans l’une des sous-appellations les plus recherchées de Napa Valley. La direction de St. Supéry, sous la conduite d’Emma Swain, indique avoir engagé une recherche d’opportunités foncières en Napa Valley depuis 2015.

Un portefeuille viticole étoffé

Les activités viticoles de Chanel se sont structurées sur plus de trois décennies. Le premier investissement remonte à 1994 avec l’acquisition du Château Rauzan-Ségla, second cru classé de Margaux. Le groupe a ensuite étendu son périmètre bordelais avec les châteaux Canon (premier grand cru classé) et Berliquet à Saint-Émilion. En 2015, l’acquisition de St. Supéry a marqué l’entrée du groupe en Californie. En 2019, Chanel a pris pied en Provence avec le Domaine de l’Île sur l’île de Porquerolles, suivi du Domaine Perzinsky, devenant ainsi le principal propriétaire viticole de l’île.

À ces actifs de production s’ajoutent le négociant bordelais Ulysse Cazabonne et le réseau de cavistes Lavinia. Le rachat de Rudd Estate constitue le deuxième investissement viticole de Chanel en Napa Valley et le septième domaine viticole du groupe à l’échelle mondiale.

Source
Napa Valley Register, Wine Spectator, The Drinks Business, Luxury Daily, Vinetur, communiqué St. Supéry Estate Vineyards & Winery.







vendredi 17 avril 2026

Bourgogne : Louis Roederer entre en négociations exclusives pour l’acquisition du Domaine Pierre Damoy

Le groupe familial Champagne Louis Roederer a annoncé, le 9 avril 2026, être entré en négociations exclusives en vue d’acquérir le Domaine Pierre Damoy, situé à Gevrey-Chambertin, en Côte de Nuits. L’opération, dont le montant n’a pas été divulgué, reste soumise à la conclusion des accords définitifs et à la satisfaction des conditions suspensives usuelles.

Un patrimoine de grands crus en Côte de Nuits

Le Domaine Pierre Damoy détient près de huit hectares répartis sur trois grands crus de Gevrey-Chambertin : 5,36 hectares dans le Chambertin-Clos-de-Bèze — dont il est le plus grand propriétaire sur les 15,39 hectares que compte l’appellation —, 2,22 hectares en Chapelle-Chambertin et 0,48 hectare en Chambertin. Il possède également le monopole du Gevrey-Chambertin Clos Tamisot (1,45 ha), ainsi que des parcelles en Chambolle-Musigny et Fixin.

L’histoire du domaine s’ancre à Gevrey-Chambertin au début du XXe siècle, lorsqu’il est acquis par Julien Damoy, entrepreneur normand qui avait bâti un réseau d’épiceries employant jusqu’à 2 400 personnes en 1936. Le domaine est aujourd’hui géré par Pierre Damoy, 61 ans.

Roederer Collection : une diversification géographique de long terme

Fondé en 1776 et basé à Reims, le groupe Louis Roederer exploite un vignoble de 250 hectares, dont 135 certifiés en agriculture biologique, et développe depuis plusieurs années une stratégie de diversification.

Roederer Collection réunit aujourd’hui, aux côtés de Champagne Louis Roederer et de Cristal : Champagne Deutz ; les domaines bordelais Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande et Château de Pez ; les Domaines Ott en Provence ; la Maison Delas Frères dans la Vallée du Rhône ; Ramos Pinto au Portugal ; et, en Californie, Roederer Estate, Scharffenberger Cellars, Domaine Anderson, Merry Edwards Winery et Diamond Creek.  L’acquisition du Domaine Pierre Damoy porterait à onze le nombre de domaines viticoles regroupés sous l’enseigne Roederer Collection.

Dans son communiqué, le groupe justifie l’opération par sa volonté de réunir autour de Louis Roederer « des vins et des Maisons d’exception dans le respect de leur histoire, de leur identité et de leur ancrage au sein des plus grands terroirs viticoles ».

Un mouvement qui s’inscrit dans une tendance sectorielle

L’annonce intervient dans un contexte où plusieurs grandes maisons de Champagne ont déjà étendu leur présence en Bourgogne. Le groupe Henriot, via Bouchard Père & Fils, et Bollinger, à travers le Domaine Chanson, ont respectivement consolidé des positions significatives sur le vignoble bourguignon. L’entrée de Louis Roederer à Gevrey-Chambertin s’inscrit dans cette dynamique de diversification géographique des groupes champenois familiaux vers les terroirs de vins tranquilles de référence.

Sources
Communiqué de presse Champagne Louis Roederer, 9 avril 2026
Bourgogne Aujourd’hui, avril 2026
The Drinks Business, avril 2026
AFP / Boursorama, 9-10 avril 2026
Site SAFER Bourgogne (avis de cession SCEV Domaine Pierre Damoy)






dimanche 12 avril 2026

Inde : Sula Vineyards rachète le domaine de Chandon à Nashik

Le leader indien de la viticulture s’approprie l’une des infrastructures vinicoles les plus modernes du sous-continent, tandis que le géant du luxe LVMH se retire de la production locale tout en maintenant sa présence commerciale.

La transaction a été officialisée le 25 mars 2026 par un dépôt à la Bourse de Bombay. Sula Vineyards, le plus grand producteur de vin indien, a annoncé la signature d’un accord définitif avec Moët Hennessy India Private Limited portant sur l’acquisition du domaine et des installations de production de Chandon à Dindori, dans la région de Nashik, État du Maharashtra.

Un actif stratégique dans une région d’exception

Établi en 2014 dans le cadre du réseau mondial Chandon, le domaine intègre un chai, un centre de visites et un système d’approvisionnement en raisins sous contrat avec des viticulteurs locaux. Il s’étend sur 19 acres et comprend une installation de production ultramoderne dédiée aux vins effervescents élaborés selon la méthode traditionnelle, avec une capacité annuelle de 450 000 litres, extensible à 1,3 million de litres. Le complexe comprend également un centre de visite haut de gamme, une salle de réception et 5 acres de vignes, offrant une plateforme d’œnotourisme immersif.

Sur le plan géographique, Dindori est largement reconnue comme le berceau des meilleurs raisins à vin d’Inde. Le domaine bénéficie en outre d’une localisation pratique, à seulement vingt minutes de l’aéroport de Nashik, dont la connectivité devrait être renforcée à l’approche du prochain Kumbh Mela.

Une opération ciblée sur l’outil industriel, sans transfert de marque

La transaction, structurée comme un achat d’actifs, porte sur le foncier, les bâtiments et l’infrastructure de vinification, à l’exclusion de tout actif lié à la marque — à savoir les cuvées Chandon Brut, Rosé et Aurva. Le montant s’élève à 20 crores de roupies (environ 1,85 million d’euros), financés sur fonds propres. L’opération est conduite via la filiale détenue à 100 % par Sula, Artisan Spirits Private Limited, et devrait être finalisée d’ici la fin du premier trimestre de l’exercice fiscal 2027, sous réserve des approbations réglementaires.

Une fois la transaction clôturée, Chandon cessera sa production de vin en Inde. Les vins issus du domaine seront commercialisés par Sula sous son propre portefeuille de marques, sans utilisation de l’identité Chandon.

Pour Moët Hennessy, une sortie de production, non de marché

La position de la division vins et spiritueux de LVMH mérite d’être précisée. Interrogé par la presse spécialisée, Moët Hennessy a indiqué que Chandon et ses produits restent dans le portefeuille du groupe, et que la distribution et le marketing en Inde continueront d’être assurés par son entité locale. Cette configuration crée une dynamique inédite : une marque de luxe mondiale maintient sa présence commerciale sans production locale, tandis qu’un acteur domestique consolide les infrastructures physiques et renforce son avantage territorial.

Sula consolide son modèle d’œnotourisme

Pour Sula Vineyards, l’acquisition s’inscrit dans une stratégie de diversification déjà bien engagée. Les revenus liés à l’œnotourisme ont fortement progressé au cours du dernier exercice, contribuant à hauteur de 11 % au chiffre d’affaires total. Le domaine phare de Sula, situé près du lac Gangapur à Nashik, est considéré comme le vignoble le plus visité au monde, attirant plus de 300 000 visiteurs par an. Le rachat du domaine Chandon à Dindori, à proximité immédiate des installations existantes du groupe, s’inscrit dans la continuité de ce développement.

Rajeev Samant, fondateur et PDG de Sula Vineyards, a qualifié l’opération d’opportunité unique, soulignant que la localisation stratégique et le cadre du domaine en feront un élément central de la prochaine phase de développement de l’activité d’œnotourisme du groupe.

Un signal fort dans un marché en mutation

Cette transaction intervient dans un contexte de transformation profonde du secteur vinicole indien. Le marché national est dominé par trois acteurs principaux — Sula Vineyards, Fratelli Vineyards et Grover Zampa Vineyards — Sula étant la seule société vinicole indienne cotée en bourse, avec plus de 80 % de son portefeuille orienté vers les marques haut de gamme. Par ailleurs, l’accord de libre-échange récemment signé entre l’Union européenne et l’Inde devrait profondément modifier les conditions d’accès des vins importés à ce marché, où les droits de douane atteignaient jusqu’à 150 %.

Le rachat du domaine Chandon par Sula Vineyards illustre ainsi deux dynamiques convergentes : la consolidation des capacités de production et d’accueil entre les mains des acteurs locaux, et le repositionnement des grandes maisons internationales sur leur cœur de valeur — la marque — plutôt que sur l’outil industriel.




États-Unis : Pernod Ricard cède Kenwood à Korbel pour 4 M$ : la fin d’une aventure californienne

Le géant français des spiritueux a finalisé début avril la vente de son dernier vignoble en Californie. Une transaction qui referme douze ans de présence dans le vin tranquille américain.

Pernod Ricard a vendu Kenwood Vineyards et l’ensemble de ses opérations viticoles à F. Korbel & Bros pour 4 millions de dollars. L’acheteur n’est autre que Gary Heck, président et propriétaire de Korbel — celui-là même à qui Pernod Ricard avait racheté la marque en 2014, dans le cadre d’une transaction estimée à l’époque à environ 100 millions de dollars. 

La vente porte sur les 20 acres de vignobles, les installations de production, le centre d’accueil des visiteurs et les droits sur la marque Kenwood.

Un pari qui n’a pas tenu

Lors de son acquisition, Pernod Ricard avait affiché des ambitions clairement définies pour Kenwood. Jeff Agdern, alors Senior Vice-Président Vins et Champagnes de Pernod Ricard USA, présentait la marque comme “la pierre angulaire” de l’activité vins tranquilles du groupe aux États-Unis, estimant que le marché hors Californie était sous-développé.

Fondée en 1970, Kenwood s’était imposée comme un producteur de vins premium dans les vignobles de Sonoma.

La réalité des années suivantes a contredit ces projections. Malgré une stratégie de premiumisation et l’introduction de références de milieu de gamme, les volumes commercialisés ont reculé de 7,2 millions de bouteilles au moment de l’acquisition à 900 000 cols en 2025, soit une chute de plus de 87 % en dix ans.

L’achèvement d’un retrait progressif

La cession de Kenwood s’inscrit dans un mouvement plus large. Elle intervient trois mois après la vente des activités Mumm Napa à Trinchero Family Wine & Spirits, conclue en décembre dernier, et fait suite à la cession du portefeuille de vins internationaux de Pernod Ricard en avril 2025.

Ensemble, ces opérations marquent le retrait complet du groupe du segment viticole californien.

Un porte-parole de Pernod Ricard a déclaré que ces transactions “sont pleinement alignées avec la stratégie à long terme du groupe, qui consiste à se concentrer sur les spiritueux internationaux premium et le champagne, tout en rationalisant son empreinte opérationnelle.”

Du côté de l’acquéreur, Korbel présente le rachat de Kenwood comme une opportunité d’élargir son positionnement dans les vins tranquilles premium.

La maison, fondée en 1882 et leader californien de la production de vins effervescents,  récupère ainsi une marque qu’elle avait elle-même développée avant de la céder il y a douze ans.

Le RTD, nouveau cap stratégique

Le désengagement viticole accompagne une réorientation de fond chez Pernod Ricard. Le groupe a restructuré ses partenariats de distribution aux États-Unis avec l’ambition de tripler son empreinte dans les boissons prêtes à boire (RTD) sur les trois prochaines années.

Une division dédiée aux RTD a été créée, s’appuyant sur les distributeurs Reyes et Crescent Crown pour accélérer la croissance de ce segment, qui inclut notamment la gamme Absolut et Ocean Spray.

Les résultats financiers du groupe traduisent cette orientation : les RTD affichent une progression de +12 % sur le premier semestre de l’exercice 2025-2026, avec une dynamique positive sur l’ensemble du portefeuille.

Cette performance contraste avec un tableau d’ensemble plus difficile — Pernod Ricard enregistre sur la même période un recul organique de son résultat opérationnel de -7,5 %, pénalisé notamment par Martell en Chine et Jameson aux États-Unis.

À moyen terme, le groupe projette une croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre +3 % et +6 % par an en moyenne sur la période 2027-2029, soutenue par un programme d’efficacités opérationnelles d’un milliard d’euros.

Le marché en toile de fond

Les cessions de Kenwood et Mumm Napa interviennent dans un contexte de ralentissement du marché mondial des boissons alcoolisées, sous l’effet d’une évolution des préférences des consommateurs et de pressions économiques.

Le vin californien de volume est particulièrement exposé à ces tendances, avec une érosion continue de la consommation dans les tranches d’âge les plus jeunes.

Pour Pernod Ricard, la page californienne est désormais tournée. Le groupe fonde donc sa croissance sur les RTD et les marques de spécialité qui doivent permettre de compenser, à terme, les volumes perdus sur un segment où le groupe aura investi — et perdu — de manière significative.