samedi 4 juillet 2026

France : Procédures collectives dans le vignoble : anatomie d'une crise qui recompose la filière

En l'espace de quelques semaines, une série de procédures collectives a frappé des acteurs que presque tout oppose : caves coopératives plus que centenaires, domaines en pleine croissance externe, négociant bourguignon, grande maison de champagne, jeune pousse du sans-alcool. La diversité des profils masque un arrière-plan commun. La filière viticole française traverse une crise durable, faite de déconsommation, de surproduction et d'un effet ciseau qui n'épargne plus aucun modèle économique. Passées au crible, ces situations individuelles dessinent moins une succession d'accidents qu'une recomposition d'ensemble.

Une vague de défaillances installée dans la durée

Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Le cabinet Altares Dun & Bradstreet recense environ 270 procédures collectives dans la viticulture sur l'année 2025, en hausse de 26 %. La trajectoire est régulière : déjà +24 % au premier trimestre 2024, puis +75 % début 2025. Au premier trimestre 2026, 87 domaines sont entrés en procédure, en progression de 32 % sur un an, dont près de la moitié en Gironde. La Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie concentrent l'essentiel des dossiers, sur fond de crise des vins rouges de Bordeaux, du Sud-Ouest, du Languedoc et de la vallée du Rhône.

Un signal mérite d'être isolé. La part des procédures de sauvegarde, dispositif préventif ouvert avant la cessation des paiements, augmente plus vite que les liquidations et les redressements. Les analystes y voient la marque d'une meilleure anticipation des dirigeants, qui saisissent le tribunal plus tôt pour préserver leurs chances de rebond.

Les causes de fond sont désormais bien identifiées. La consommation intérieure de vin a reculé d'environ un tiers en vingt ans, laissant un pays qui produit autour de 40 millions d'hectolitres face à une demande domestique voisine de 25 millions. À cette déconsommation, tirée par le repli du rouge, s'ajoutent la hausse des coûts de production, l'inflation, les tensions à l'export vers les États-Unis et la Chine, et une succession d'aléas climatiques. Pour rééquilibrer l'offre, l'État a présenté au SITEVI, en novembre 2025, un nouveau plan de sortie de crise : 130 millions d'euros consacrés à l'arrachage définitif, à raison de 4 000 euros par hectare, soit un potentiel de près de 32 500 hectares retirés, complétés par la réouverture des prêts structurels garantis par Bpifrance, élargis aux coopératives, et par une distillation de crise. C'est dans ce cadre que s'inscrivent les dossiers examinés ici.

Le modèle coopératif à l'heure des choix

Trois cas illustrent la pression qui pèse sur les caves coopératives, structures où les charges fixes deviennent difficiles à absorber lorsque les apports diminuent.

Dans le Gard, la liquidation judiciaire de la cave de Lédignan est actée. Les discussions engagées avec les caves des Vignerons Montagnac Domitienne et de Saint-Drézéry n'ont pas abouti, et les charges fixes ont eu raison de la structure. La campagne d'arrachage a accéléré l'érosion des volumes, ramenés d'environ 21 000 à 18 000 hectolitres. La quarantaine d'adhérents apportera désormais son raisin ailleurs, le bâti sera rasé et le terrain a fait l'objet d'un compromis avec un promoteur. Son ancien président déplore un réflexe individuel là où la mutualisation aurait permis des économies d'échelle, et prévient que d'autres difficultés suivront.

À Banyuls-sur-Mer, le Groupement interproducteurs du cru Banyuls et Collioure (GICB), qui pèse la moitié de la viticulture de l'appellation, a été placé en période d'observation d'un an par le tribunal de Perpignan. Des offres de reprise pourront s'exprimer, tandis que la structure travaille en parallèle à un projet autonome de poursuite d'activité, sa capacité à tenir jusqu'en avril 2027 devant être réévaluée à l'été.

À rebours de ces deux dossiers, l'intégration des Vignerons du Brulhois, en redressement judiciaire dans le Lot-et-Garonne, par le groupe coopératif Terre de Vignerons dessine l'issue par consolidation. L'opération, présentée comme préparée de longue date, prend la forme d'un apport d'environ 6 000 hectolitres et porte à onze le nombre de caves du groupe. Le Brulhois conserve la conduite du vignoble et la vinification, quand Terre de Vignerons met à disposition ses outils industriels, commerciaux et logistiques.

Ces trois trajectoires ne sont pas isolées. Univitis, les Vignerons de Buzet ou encore Alliance Bourg ont engagé ces derniers mois des procédures comparables. Le modèle coopératif a longtemps joué un rôle d'amortisseur, en puisant dans ses réserves pour maintenir la rémunération des apporteurs. Ces réserves s'épuisent, et la question du rapprochement, jusqu'ici différée, se pose désormais frontalement.

La croissance externe rattrapée par le marché

Le cas des Vignobles Strasser-Radziwill montre les limites d'une stratégie d'acquisition rapide en marché baissier. La quasi-totalité des sociétés du groupe a été placée en redressement judiciaire, avec une période d'observation courant jusqu'au 21 octobre, susceptible d'être prolongée jusqu'à douze ou dix-huit mois. Le groupe avait porté son chiffre d'affaires de 1,7 à 5 millions d'euros par reprises successives, avec encore 10 % de croissance annoncés en 2025.

Les signaux d'alerte étaient toutefois présents. Des fournisseurs se plaignaient de longue date des délais de paiement. Deux domaines du Luberon ont été mis en fermage, les boutiques de Paris et de Bruxelles ont fermé faute de rentabilité, et seuls subsistent les caveaux de Châteauneuf-du-Pape et de Beaumes-de-Venise. Le patrimoine reste conséquent, du châteauneuf-du-pape au domaine de Coyeux acquis en 2021, mais il illustre aussi les paris du moment : la reconversion des muscats destinés aux vins doux naturels, en mévente, vers des cépages blancs, et une diversification marquée vers la restauration et l'événementiel, autour de l'enseigne Mère Germaine. Autant d'investissements dont le rendement met du temps à se matérialiser.

Négoce : ouvrir le capital pour sécuriser l'amont

La maison Aegerter, à Nuits-Saint-Georges, offre l'exemple d'une sortie de crise par recapitalisation. Placée en redressement judiciaire en 2025 pour son activité de négoce, elle en est sortie en mars et a annoncé l'entrée à son capital d'un investisseur français minoritaire, étranger au secteur du vin, à hauteur de 5 %. L'opération vise à financer le besoin en fonds de roulement et à sécuriser les approvisionnements par l'acquisition de vignes. La maison, qui détient 35 hectares et en vinifie l'équivalent de 65 en Bourgogne et en Provence, négocie une quinzaine d'hectares supplémentaires en Côte-d'Or qui doubleraient son foncier bourguignon. La logique est claire : appuyer un modèle de négoce fragilisé sur un socle de production en propre, avec l'aide de capitaux extérieurs.

Les grandes maisons face au mur de la dette

La crise atteint aussi le haut du marché. Maison Pommery & Associés, nouvelle dénomination de Vranken-Pommery depuis janvier 2026, a obtenu le report d'un an d'un emprunt obligataire de 45 millions d'euros, assorti d'un taux de 3,75 %, dont l'échéance passe du 19 juin 2026 au 19 juin 2027. Réunis le 9 juin, les obligataires ont approuvé la demande à une très large majorité. Ce délai doit permettre au groupe rémois de faire certifier ses comptes 2025, de mener son programme de cession d'actifs jugés non stratégiques et, surtout, de poursuivre les négociations exclusives engagées début juin avec l'allemand Henkell International en vue d'un rapprochement. L'opération, si elle aboutissait, ferait passer une maison de champagne emblématique sous contrôle d'un groupe étranger de vins effervescents, scénario inédit dans ce vignoble.

Sans-alcool : un marché réel, une rentabilité difficile

Fondée en 2022 dans le Loir-et-Cher, Maison Bécat est en péril. La société avait lancé un chenin local désalcoolisé, puis une version pétillante, commercialisés entre 15 et 18 euros. Avec environ 20 000 cols écoulés en 2025, comme en 2024, elle reste loin du seuil de rentabilité estimé à 40 000 cols. Son dirigeant pointe le coût de la désalcoolisation et le prix élevé des bouteilles, et se donne encore un peu de temps avant de décider de la suite.

L'échec ne tient pas à l'absence de marché. Le vin sans alcool affiche en France des progressions à deux chiffres, quand le vin classique stagne autour de +1 %. En volume, il pèse encore environ 1 % du marché, mais ses ventes progressent de plus de 12 % et sa valeur de plus de 20 % sur un an, pour près de 36 millions d'euros ; la France et l'Allemagne concentrent à elles deux près de 40 % de la consommation mondiale de la catégorie. Le frein est structurel. La désalcoolisation entraîne un surcoût de 10 à 20 %, et une unité de production n'est jugée rentable qu'au-delà de 20 000 hectolitres par an. Pour un petit acteur mono-produit, dépendant de prestataires extérieurs, l'équation reste délicate, quand bien même la catégorie gagne en crédibilité et attire désormais des domaines prestigieux.

Saint-Tropez : quand l'emplacement ne suffit pas

La Cave de Saint-Tropez, devenue Torpez, occupe une place à part. Avec près de 200 hectares en production sur la presqu'île et quelque 500 parcelles apportées, la structure centenaire semble bénéficier d'une situation privilégiée. Le tribunal de Draguignan a pourtant ouvert une procédure de redressement en mai. La vente en 2019 des anciens bâtiments intra-muros, sur un marché immobilier local très valorisé, avait dégagé des moyens importants dont l'emploi paraît discutable ; jointe à une gestion défaillante, elle aurait conduit aux difficultés actuelles. Une enquête pénale, sans lien avec la situation économique, est par ailleurs en cours. Le cas rappelle qu'un terroir recherché et un actif immobilier de premier plan ne suffisent pas à garantir la solidité d'une structure, dès lors que la gouvernance fait défaut.

Ce que ces cas disent de la filière

Rapprochés, ces dossiers font apparaître plusieurs lignes de force. Un dénominateur commun d'abord : l'effet ciseau entre des coûts orientés à la hausse et une demande qui se contracte, qui met sous tension aussi bien les trésoreries que les structures endettées, et qui rattrape les décisions prises en phase d'expansion. Les procédures ne frappent plus seulement les producteurs de vins rouges du grand Sud : elles touchent le négoce, la coopération, le champagne et les segments réputés porteurs.

Se dégagent ensuite des trajectoires de sortie. La consolidation, coopérative comme privée, s'impose là où les rapprochements avaient été différés. Le recours à des capitaux extérieurs, voire étrangers, gagne du terrain, de la recapitalisation d'un négociant à l'adossement d'une grande maison. La réorientation de l'offre se confirme, du rouge vers le blanc, le rosé et l'effervescent, et de la vente classique vers l'œnotourisme, la restauration ou le sans-alcool, avec des résultats encore inégaux. Enfin, la montée des procédures de sauvegarde traduit une culture de l'anticipation qui progresse, alors même que le gros des défaillances ne paraît pas encore derrière la filière. Un dernier constat s'impose : des structures longtemps citées en modèle figurent désormais parmi les entreprises en difficulté.

Sources

Altares Dun & Bradstreet ; ministère de l'Agriculture (plan de sortie de crise, SITEVI) ; Vitisphere ; La Champagne de Sophie Claeys, Boursorama et Zonebourse (dossier Pommery / Henkell) ; LSA et IWSR (marché du sans-alcool) ; Vinexposium ; Agri Mutuel (coopératives) ; communiqués et déclarations des entreprises et groupes concernés (Torpez, Vignobles Strasser-Radziwill, Maison Bécat, Maison Aegerter, cave de Lédignan, GICB, Terre de Vignerons).



Roussillon : La cave Arnaud de Villeneuve reprise par les Vignobles Cap Leucate et la Coop VO

L’offre de reprise de la cave coopérative Arnaud de Villeneuve, à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), déposée par la cave audoise des Vignobles Cap Leucate et l’union Coop VO (ex-Val d’Orbieu) a été validée le 29 juin par le tribunal judiciaire de Perpignan, pour une décision effective au 1er juillet 2026. Placée en redressement judiciaire début 2026, la coopérative fondée en 1909 ne poursuivra pas son activité en l’état, mais son outil industriel de Rivesaltes et ses 130 adhérents ont trouvé repreneurs.

Un site de vinification et de logistique pour Coop VO

Réunissant aujourd’hui dix caves coopératives — dont les Vignobles Cap Leucate — et vingt caves particulières, l’union Coop VO reprend l’outil de vinification, de stockage et de logistique de Rivesaltes. Calibré pour accueillir 90 000 à 100 000 hl de vins par an, le site répond à une recherche menée depuis deux ans par le groupement pour rationaliser son stockage et ses assemblages, et pour disposer d’un outil de vinification mutualisable auprès de ses sociétaires comme en prestation auprès d’indépendants ou de négoces. Depuis son changement de nom il y a deux ans, Coop VO se consacre exclusivement aux 300 000 hl de vins en vrac apportés en totalité par ses caves adhérentes.

Le transfert des apports vers Cap Leucate

La cave des Vignobles Cap Leucate, elle-même adhérente de Coop VO, reprend l’ensemble des engagements d’apports des 130 coopérateurs d’Arnaud de Villeneuve, avec une garantie de financement de la nouvelle récolte dès janvier 2027. Les contrats d’apport sont automatiquement transférés vers la cave audoise. À compter de janvier, les viticulteurs du Roussillon retrouveront une rémunération versée deux fois par mois, gage de stabilisation de leur situation économique.

La marque Arnaud de Villeneuve est maintenue et son réseau d’agents continuera de la commercialiser. Cap Leucate s’engage à préserver l’identité et la réputation commerciale attachées à ce nom, tandis que Coop VO acquiert une légitimité territoriale en terre catalane sur le segment de la vente directe en conditionné.

Sept emplois préservés sur vingt-sept

Le plan ne prévoit la conservation que de 7 salariés sur les 27 que comptait la cave : quatre affectés à la continuité de l’activité vinicole sur le site de Rivesaltes, un à la qualité et au suivi des adhérents, deux à l’activité du magasin caveau de Rivesaltes. Les trois autres caveaux d’ADV répartis dans le département ne seront pas conservés. Sans injecter de capital, Coop VO et les Vignobles Cap Leucate reprennent en revanche l’endettement de 2,7 millions d’euros contracté par la coopérative auprès de quatre banques créancières. L’investissement consenti par Arnaud de Villeneuve dans le rachat de la cave Sopagly, en 2020, a contribué à sa dégradation financière, dans un contexte de récoltes en fort recul : 42 000 hl vinifiés en 2022, contre 18 000 en 2025.

Névian rejoint également le groupe

Parallèlement, la cave de Névian, dans l’Aude, qui compte 70 viticulteurs, rejoint à son tour les Vignobles Cap Leucate, à qui elle apporte cette année ses raisins avant une fusion prévue en 2027. À l’issue de ces rapprochements, le groupe Coop VO réunira quelque 330 viticulteurs entre l’Aude et les Pyrénées-Orientales, 2 050 hectares de vignes et sept boutiques, pour une production susceptible d’avoisiner les 100 000 hl.

Sources

Vitisphere, France 3 Occitanie, ICI Roussillon



Alsace : Marc Rinaldi cède les domaines Kirrenbourg et Hurst au groupe d’assurances CAM

Après une première carrière couronnée de succès dans les façades aluminium pour le secteur du BTP, Marc Rinaldi s’est consacré pendant près de vingt ans au vignoble alsacien, pour lequel il a partagé sa vision entrepreneuriale en défendant l’ouverture du capital foncier viticole aux investisseurs. Initiateur de l’association Alsace Crus & Terroirs, fondateur du Domaine Kirrenbourg à Kaysersberg et repreneur du Domaine Hurst à Turckheim, l’homme d’affaires colmarien a choisi de passer le relais.

L’ensemble viticole, qui totalise 22 hectares après l’adjonction du Domaine Hurst, est majoritairement implanté sur les terroirs des grands crus Schlossberg, Brand et Hengst. Fondé en 2015 à partir du rachat du domaine Martin Schaetzel, Kirrenbourg s’est distingué comme l’un des rares domaines alsaciens intégralement établis en grand cru, conduit en biodynamie et certifié Demeter. Ses cuvées, en particulier les rieslings du Schlossberg et les pinots noirs élevés sur sols granitiques, ont rapidement acquis une réputation d’excellence.

Le vignoble rejoint le groupe CAM, leader de l’assurance mutuelle pour les professionnels du BTP dans l’est de la France (262 collaborateurs, 250 M€ de chiffre d’affaires en 2025). Implanté à Schiltigheim, près de Strasbourg, le groupe s’était déjà porté acquéreur de 300 hectares de massifs forestiers en Meuse et en Moselle. L’acquisition des deux domaines alsaciens prolonge ainsi une stratégie de diversification axée sur les actifs patrimoniaux fonciers. La direction des domaines reste confiée à Samuel Tottoli, ancien maître de chai de Kuentz-Bas. Les modalités de l’opération doivent être précisées début juillet lors d’une conférence de presse.

Source Le Journal des Entreprises, V&S News




samedi 27 juin 2026

Marchés : Évolution de la consommation mondiale de vins et spiritueux à l’horizon 2035

L’IWSR a publié ses premières prévisions à dix ans pour les 160 marchés qu’il suit, accompagnées des données de consommation confirmées pour 2025. Le cabinet d’études spécialisé dans les boissons alcoolisées anticipe une stabilisation des volumes mondiaux à l’horizon 2035, après plusieurs années de recul.

Les spiritueux dépassent le vin pour la première fois

Pour la première fois depuis les premiers relevés de l’IWSR en 1990, les spiritueux ont dépassé les vins en volume dans la consommation mondiale. Les deux catégories ont reculé en volume en 2025, mais la baisse plus modérée des spiritueux (-3 %) a suffi à leur faire dépasser le vin (-5 %). De 2024 à 2025, le volume total d’alcool consommé dans le monde a reculé de 2 %, la bière cédant 2 %.

Une stabilisation attendue d’ici 2035

Les volumes mondiaux de boissons alcoolisées doivent encore reculer pendant six ans avant de renouer avec la croissance en 2031. À la suite de ces baisses, le volume mondial devrait retrouver en 2035 la quasi-totalité de son niveau de 2025, soit un recul total de 1 % sur la décennie. Cette stabilisation à partir de 2031 reposera sur deux facteurs principaux : un rééquilibrage substantiel du marché mondial et la croissance continue de la population mondiale en âge de consommer.

Cette dernière devrait progresser de 9 % sur la période. La modération s’installe en parallèle comme tendance durable, la consommation annuelle de litres d’alcool pur par habitant devant reculer d’un demi-litre d’ici 2035, soit l’équivalent de deux bouteilles de spiritueux ou d’une caisse de vin par personne et par an.

Le vin, catégorie la plus exposée

À l’échelle des catégories, les écarts sont marqués. Le volume de bière reflète la tendance générale avec un recul mondial de 1 % entre 2025 et 2035. Le volume mondial de vin devrait chuter de 14 %, tandis que la consommation mondiale de spiritueux perdrait 2 % en volume. Les RTD (« Ready-To-Drink ») poursuivront leur forte croissance, avec une progression de 17 % prévue sur la décennie. La consommation mondiale de RTD a franchi pour la première fois le milliard de caisses de 9 litres en 2025.

Ce basculement traduit une recherche persistante de diversité aromatique, de praticité et de degrés alcooliques variés, au détriment des catégories les plus établies comme le vin et les spiritueux.

Un rééquilibrage géographique vers l’Inde et les marchés émergents

Mesurée en portions (50 ml pour les spiritueux, 150 ml pour le vin, 330 ml pour la bière, le cidre et les RTD), la consommation se déplace de la Chine, de l’Amérique du Nord et de l’Europe vers l’Inde, l’Amérique du Sud et l’Afrique. Sur cet indicateur, l’Inde devrait dépasser les États-Unis dès 2032 pour devenir le deuxième marché mondial des boissons alcoolisées, derrière la Chine.

Le nombre de portions d’alcool consommées en Chine en 2035 est estimé en recul de 19 % par rapport à 2025. Des baisses à deux chiffres sont également attendues aux États-Unis et en Chine, de plus de 18 % en portions, ainsi qu’au Japon, en Allemagne et au Royaume-Uni. À l’inverse, des marchés comme le Mexique (+13 %), le Vietnam (+15 %), la Colombie (+26 %) et l’Inde (+38 %) tirent leur épingle du jeu. La consommation indienne devrait ainsi progresser de 38 % au cours de la prochaine décennie.

Une pression déjà ressentie par les grands acteurs

Les producteurs subissent déjà ce mouvement : des géants comme Diageo et Anheuser-Busch InBev ont fait état d’une demande plus molle à mesure que les budgets se resserrent et que les habitudes évoluent, sous l’effet notamment des préoccupations de santé et des médicaments amaigrissants susceptibles de réduire l’appétence pour l’alcool. Face à des volumes orientés à la baisse, les grands groupes tendent à s’appuyer davantage sur les hausses de prix et la premiumisation pour préserver leurs revenus.

À noter enfin que la bière sans alcool s’est imposée comme la deuxième sous-catégorie de bière par volume en 2025. Elle devrait doubler sa part du marché mondial de la bière en volume, de 2 % en 2025 à 4 % d’ici 2033.

Enjeux, risques et opportunités pour le marché français

La France, premier pays producteur de vin et acteur majeur des spiritueux, se situe à la croisée des dynamiques décrites par l’IWSR. Le pays cumule un statut de marché mature en déclin de consommation et de puissance exportatrice exposée au rééquilibrage mondial de la demande.

Les enjeux sont d’abord structurels. Les Français boivent de moins en moins de vin et ce phénomène s’inscrit dans la durée, prolongeant une chute de la consommation d’alcool réduite de moitié par rapport aux années 1960. La part de la population ne consommant pas d’alcool progresse, de 11 % en 2020 à 15 % en 2024. Le recul de 14 % attendu pour le vin à l’échelle mondiale frappe une catégorie qui constitue le cœur de l’offre française.

Les risques sont déjà tangibles à l’export. Le bilan 2025 de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France fait état d’indicateurs tous orientés à la baisse : le chiffre d’affaires recule de près de 8 % à 14,3 milliards d’euros, soit 1,3 milliard de moins qu’en 2024, et les volumes cèdent 3,3 % à 168,1 millions de caisses. L’excédent commercial qui en résulte diminue de 7,6 %, à 13,2 milliards d’euros. La filière, qui représente 600 000 emplois directs et indirects, rétrograde à la troisième place des excédents commerciaux français derrière l’aéronautique et la cosmétique, alors qu’elle occupait récemment le deuxième rang. Le cognac illustre la sévérité de la crise, avec un repli de 14,7 % en volume et de 23,8 % en valeur, à 2,28 milliards d’euros. Le vignoble bordelais cristallise ces difficultés, sous l’effet conjugué de la taxe américaine, de l’effondrement du débouché chinois et d’une consommation intérieure en repli, au point d’envisager l’arrachage de surfaces pour résorber l’excédent.

Les opportunités tiennent à la valeur plutôt qu’au volume. Le budget moyen consacré au vin par les Français progresse nettement : ils sont désormais 54 % à dépenser entre 11 et 20 euros par bouteille et 22 % plus de 20 euros, contre respectivement 22 % et 6 % en 2013. Cette montée en gamme rejoint la stratégie de premiumisation adoptée par les grands groupes, les segments haut de gamme résistant mieux au repli. La croissance attendue de l’Inde, du Vietnam, de la Colombie et du Mexique ouvre par ailleurs des relais à l’export pour les acteurs capables de s’y positionner, tandis que l’essor des RTD et du sans-alcool offre des pistes de diversification au-delà des catégories traditionnelles.

Sources IWSR, communiqué « Global beverage alcohol to drop further before recovering » ; Drinks International ; The Spirits Business ; Harpers Wine & Spirit ; Vinetur ; FEVS (bilan des exportations 2025, Wine Paris) ; Réussir Vigne ; Le Journal des Entreprises ; Le Nouvel Économiste ; Observatoire français des drogues et des tendances addictives.




samedi 13 juin 2026

Spiritueux : La Martiniquaise-Bardinet entre au capital de Street Liquors, créateur du licor Plata o Plomo

Une prise de participation de 40 % dans la jeune entreprise navarraise

Bardinet España, filiale espagnole du groupe La Martiniquaise-Bardinet, a acquis une participation de 40 % dans Street Liquors, l’entreprise fondée à Pampelune en 2019 par le frère et la sœur Iñaki et Belate Beunza. Société à l’origine de la marque de liqueur Plata o Plomo, Street Liquors s’était d’abord fait connaître pour une téquila aromatisée à la fraise avant de concentrer son activité sur cette seule référence. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. L’accord prévoit une option permettant à Bardinet España de relever sa participation au cours des trois prochaines années, en fonction des performances de l’entreprise.

Un produit qui cultive le mystère

La liqueur Plata o Plomo titre 20° et est vendue en ligne autour de 15,75 € la bouteille de 70 cl. Élaborée à partir de jus de fruits tropicaux et d’une touche d’épices, elle revendique un profil aromatique original. La recette complète n’est connue que des seuls fondateurs, l’opacité entretenue autour des ingrédients et des procédés de fabrication constituant un élément central de l’identité de la marque. Selon ses promoteurs, Plata o Plomo connaît une forte dynamique dans le nord de l’Espagne et séduit particulièrement les jeunes consommateurs en quête de nouvelles expériences de dégustation.

Distribution nationale et ambitions à l’export

Aux termes du partenariat, La Martiniquaise-Bardinet prendra en charge la distribution de Plata o Plomo sur le marché espagnol. La production et l’embouteillage seront progressivement alignés sur les standards industriels du groupe, qui entend par ailleurs mobiliser son réseau international pour accélérer le déploiement de la marque à l’étranger. Du côté de Street Liquors, le cofondateur Iñaki Beunza a indiqué que l’entreprise avait atteint, six ans après son lancement, le stade où un partenaire devenait nécessaire pour passer un cap, soulignant le choix de Bardinet pour son expertise industrielle, sa force commerciale et sa capacité reconnue à internationaliser des marques.

Une stratégie d’investissement dans les marques de créateurs

Cette opération s’inscrit dans la stratégie du groupe consistant à prendre des participations dans des marques à fort potentiel portées par leurs fondateurs. La Martiniquaise-Bardinet avait acquis en juillet 2025 une participation majoritaire dans le producteur de gin anglais Warner’s Distillery, et racheté en janvier 2025 le rhum vénézuélien Cacique auprès de Diageo, déjà par l’intermédiaire de sa filiale Bardinet España. Le portefeuille espagnol de Bardinet comprend notamment le vermouth Bericho, la liqueur d’herbes Bonet et les rhums Dillon. Groupe familial indépendant fondé en 1934 et figurant parmi les dix premiers acteurs mondiaux des spiritueux, La Martiniquaise-Bardinet détient des marques telles que Cutty Sark, Glen Moray, Label 5, Saint James, Negrita et Marie Brizard.

Source
- The Spirits Business, « La Martiniquaise-Bardinet buys stake in Spanish liqueur »
- Drinks International, « Bardinet acquires minority stake in Spanish liqueur Plata o Plomo »
- Just Drinks, « La Martiniquaise-Bardinet invests in Spanish liqueur company »
- Global Drinks Intel, « La Martiniquaise-Bardinet buys stake in Street Liquors »
- El Periódico (María Jesús Ibáñez)



dimanche 7 juin 2026

Wine & Data : Wine-Searcher change de mains

Une base de données mondiale acquise par GLX

Wine-Searcher, présentée comme la plus grande base de données de prix au monde pour les vins, spiritueux et autres boissons alcoolisées, a été rachetée par GLX U.S. Inc. (GLX), une société dont le siège est établi à New York et filiale à 100 % de PLATIN, la société d’investissement de la famille Goudet, immatriculée au Luxembourg. Le montant de la transaction n’a pas été divulgué.

Un investissement portée par le poids croissant de la data dans les stratégies « consumer goods »

PLATIN est le véhicule d’investissement du milliardaire français Olivier Goudet. Ancien directeur financier de Mars puis cofondateur et dirigeant pendant douze ans du géant de l’investissement privé JAB Holding, Olivier Goudet a quitté la direction générale du groupe l’an dernier pour un rôle de conseiller senior. JAB contrôle ou détient des participations dans plusieurs grandes marques de consommation mondiales, parmi lesquelles Keurig Dr Pepper, Krispy Kreme, Pret A Manger, Panera Bread et Jacobs Douwe Egberts.

Un pari croissant sur le vin

L’acquisition s’inscrit dans un engagement grandissant de l’investisseur dans le secteur viticole. PLATIN avait pris une participation de 5 % dans le groupe australien Treasury Wine Estates en décembre dernier, avant de renforcer progressivement sa position. Olivier Goudet a depuis porté sa participation à 9,04 %, faisant de lui l’un des principaux actionnaires individuels du premier groupe vinicole australien. La participation a été relevée de 65,7 à 73 millions d’actions, pour un montant d’environ 30 millions de dollars, qui s’ajoute aux plus de 270 millions de dollars investis entre octobre 2025 et mars 2026.

Continuité opérationnelle et axes de développement

Wine-Searcher conservera son siège social à Auckland, en Nouvelle-Zélande, ainsi que ses bureaux au Royaume-Uni. Fondée à Londres en 1999, la plateforme recense plus de 18 millions d’offres émanant de 35 000 détaillants dans 130 pays. Elle revendique 60 millions d’utilisateurs et 250 millions de recherches par an, générant 30 millions de pistes de vente pour les détaillants. Les vins représentent 62 % des référencements, les spiritueux 26 % et la bière 6 %.

Sous la houlette de son nouveau propriétaire, l’entreprise se concentrera sur l’accélération de sa croissance aux États-Unis et sur d’autres marchés internationaux clés, tout en accentuant l’exploitation de l’intelligence artificielle. Julian Perry, directeur général de Wine-Searcher, a salué l’ouverture de ce nouveau chapitre. Grégory Andre, associé senior de GLX, a décrit Wine-Searcher comme le leader incontesté du secteur des données viticoles, et a indiqué que le groupe apporterait les capitaux et l’orientation stratégique nécessaires pour changer d’échelle.

Source : Wine-Searcher, The Drinks Business, Harpers Wine & Spirit, Drinks Digest, Vino Joy News, Dealroom.



Filière : Diam Bouchage rachète son distributeur sud-américain Altasur

Diam Bouchage, filiale du groupe Oeneo et numéro deux mondial du bouchage en liège, a annoncé le 20 mai l’acquisition de la société Altasur, son distributeur historique en Argentine, au Brésil et au Chili. L’opération pérennise une collaboration engagée depuis plus de vingt ans entre les deux entreprises.

Un acteur établi sur le marché sud-américain

Distributeur de solutions œnologiques, Altasur compte 55 salariés répartis sur deux installations, situées à Mendoza en Argentine et à Quilicura au Chili. La société commercialise près de 170 millions de bouchons par an, dont les produits Diam, et rayonne principalement sur les marchés argentin, chilien et brésilien. Elle continuera d’être pilotée par son dirigeant actuel, Alejandro Karnincic.

Basé à Céret, dans les Pyrénées-Orientales, et fondée par la famille Sabaté, Diam Bouchage emploie 750 salariés sur trois sites et a réalisé un chiffre d’affaires de 210 millions d’euros sur l’exercice 2025/2026. L’entreprise produit deux milliards de bouchons par an.

Une stratégie d’intégration verticale

L’acquisition prolonge une démarche d’intégration de la chaîne de valeur déjà mise en œuvre en France et en Espagne. « Cette acquisition renforce notre maîtrise de la chaîne de valeur, une stratégie qui a démontré son efficacité en France et en Espagne », explique Éric Feunteun, directeur général de Diam Bouchage. Le dirigeant inscrit l’opération dans un contexte de marché plus contraint, présentant l’investissement comme un gage de résilience et de compétitivité futures.

Trois marchés aux dynamiques distinctes

L’opération renforce la présence de Diam Bouchage dans trois pays majeurs pour la viticulture sud-américaine. L’Argentine demeure un marché central, par les volumes générés et par la maturité de son industrie viticole. Le Brésil connaît une expansion rapide, avec une croissance de 34 % en 2025 et l’émergence de nouveaux segments haut de gamme. Le Chili progresse pour sa part vers une offre davantage premium.

Du côté d’Altasur, Alejandro Karnincic présente le rapprochement comme la suite logique de vingt années d’engagement et insiste sur la continuité du fonctionnement local et du suivi personnalisé, désormais adossés aux ressources mondiales de Diam Bouchage.

Source : Agra, Le Journal des Entreprises, Emballage Digest, La Lettre M, Entreprises Occitanie, Usine Nouvelle