dimanche 20 septembre 2026

Bourgogne : Le Crédit Agricole entre au capital du Domaine Louis Moreau, à Chablis

Le groupe bancaire mutualiste a annoncé le 15 septembre 2026 son entrée minoritaire au capital du Domaine Louis Moreau, propriété familiale chablisienne de 86 hectares. L'opération vise à préparer la transmission de l'exploitation à la septième génération, à achever la conversion du vignoble en agriculture biologique et à financer le lancement d'une activité œnotouristique. Ni le montant investi ni le pourcentage de capital acquis n'ont été communiqués.

Deux véhicules du groupe, un ticket non divulgué

L'investissement est porté conjointement par deux entités. La Caisse régionale de Champagne-Bourgogne intervient via son véhicule CACB'Invest, conseillé par Carvest ; IDIA Capital Investissement intervient via Grands Crus Investissements. Carvest, filiale de onze Caisses régionales dont celle de Champagne-Bourgogne, gère selon le communiqué près de 430 millions d'euros répartis entre quelque 170 entreprises régionales. IDIA Capital Investissement, société de gestion pour compte propre du groupe, revendique environ 3 milliards d'euros sous gestion et un ticket cible compris entre 1 et 50 millions d'euros.

Une opération primaire, sans cession familiale

Le communiqué qualifie l'opération de « primaire ». Les fonds apportés entrent donc dans la société et ne rémunèrent pas une cession de titres par les actionnaires historiques. Anne et Louis Moreau restent aux commandes. L'entrée au capital s'inscrit dans un cycle de croissance affiché à horizon 2032.

Quatre objectifs sont énoncés : préparer la transmission progressive du domaine aux filles du couple, représentantes de la septième génération ; poursuivre la conversion du vignoble en agriculture biologique ; financer les projets d'investissement, dont une activité œnotouristique ; accompagner le développement commercial à l'export. Les dirigeants du domaine décrivent ce rapprochement comme « un choix de confiance et de vision ». Côté investisseurs, les déclarations sont portées par Cédric Fontaine pour IDIA Capital Investissement et David Valet pour Carvest.

Un vignoble de 86 hectares sur les quatre niveaux d'appellation

Propriété familiale depuis 1814, le domaine est dirigé par Louis Moreau, sixième génération, installé en 1994. Le communiqué fait état d'un vignoble de 86 hectares réparti sur les quatre niveaux d'appellation du chablisien : Petit Chablis, Chablis, Chablis Premier Cru et Chablis Grand Cru. Il précise que le domaine réalise une part significative de ses ventes à l'export et dans les circuits traditionnels valorisés. Aucun chiffre d'affaires n'est publié.

Ce périmètre de 86 hectares regroupe de longue date une cinquantaine d'hectares pour le Domaine Louis Moreau, auxquels s'ajoutent le Domaine de Biéville et le Domaine du Cèdre, également exploités par la famille. Le communiqué ne détaille pas la composition du périmètre retenu.

Grands Crus Investissements, un véhicule dédié à la transmission viticole

Le véhicule mobilisé n'est pas un outil généraliste. Grands Crus Investissements est un fonds d'investissement alternatif géré par IDIA Capital Investissement, dont l'objet est la prise de participation dans des sociétés de production ou de commercialisation vinicoles. Dans sa documentation publique, la structure se présente comme un investisseur dans des domaines viticoles de prestige accompagnant les acteurs de la filière dans leur développement et, explicitement, dans leur transmission. Son conseil d'administration réunit plusieurs Caisses régionales — Champagne-Bourgogne, Languedoc, Alpes Provence, Aquitaine, Franche-Comté, Pyrénées Gascogne — sous la présidence d'IDIA.

IDIA affiche, pour sa stratégie viticole, 297 millions d'euros sous gestion et une quinzaine de participations, avec un ticket d’investissement de 1 à 20 millions d'euros. La société revendique plus de trente ans de présence dans la filière et positionne son intervention sur le capital développement et le capital transmission. Elle indique par ailleurs ne pas dépasser 30 % du capital des entreprises accompagnées, pour des durées de détention moyennes de cinq à dix ans.

Quatre formats d'intervention en dix ans

Les opérations passées couvrent des configurations distinctes, pour un même cadre juridique : minorité, horizon long, absence de contrôle opérationnel.

Le financement d'une croissance externe, d'abord. En décembre 2016, Grands Crus Investissements avait souscrit l'intégralité d'une augmentation de capital réservée d'AdVini, pour environ 7,6 millions d'euros, destinée à financer une acquisition du groupe héraultais.

La recomposition d'un actionnariat de management, ensuite. IDIA est présent au capital de LGI Wines depuis 2015 et a réinvesti lors du troisième MBO de l'exportateur languedocien, opération à l'issue de laquelle l'équipe dirigeante détenait 90 % des titres.

La reprise par des tiers, également. En décembre 2024, le fonds est entré au capital du Château Virant, en Coteaux d'Aix-en-Provence, aux côtés de Sofipaca, pour accompagner un MBI mené par deux couples de repreneurs — sur une valorisation restée confidentielle.

Le financement d'une marque, enfin. Le 9 septembre 2026, IDIA et Sofipaca sont entrés au capital de Miraval Provence par voie d'augmentation de capital réservée, en position minoritaire aux côtés de Familles Perrin et de Château Miraval. Les fonds sont destinés au développement commercial à l'international, au plan marketing des marques Miraval et Studio by Miraval, au lancement de nouveaux produits et au renforcement des équipes. L'actionnariat familial y est déjà partagé entre deux associés et la question successorale n'est pas posée.

Ce dossier chablisien constitue donc un cinquième cas de figure : l'apport de fonds propres est explicitement adossé à une succession intrafamiliale annoncée, avec désignation des repreneuses. Le format financier est celui de Miraval — opération primaire, minorité, horizon pluriannuel — mais l'objet diffère.

Un dispositif à deux étages

Ce positionnement minoritaire se distingue de l'autre branche viticole du groupe constitué par CA Grands Crus qui détient et exploite en propre des propriétés, parmi lesquelles Château Grand-Puy Ducasse à Pauillac, Château Meyney à Saint-Estèphe et, en Bourgogne, l'ancien Château de Santenay devenu Château Philippe le Hardi.

Grands Crus Investissements, lui, n'exploite pas : il apporte des fonds propres à des sociétés dirigées par leurs propriétaires. Outre AdVini et LGI Wines, le groupe figure au capital de M. Chapoutier et de Georges Duboeuf.

Le renouvellement des générations, sujet ouvert dans la filière

Le financement des transmissions viticoles fait par ailleurs l'objet d'un débat fiscal en cours. La loi de finances pour 2025 a introduit une exonération de 75 % sur les transmissions de foncier viticole sous bail rural à long terme, plafonnée à 20 millions d'euros et assortie d'un engagement de conservation de dix-huit ans. Une question écrite déposée à l'Assemblée nationale relève que le dispositif a été restreint aux baux conclus à compter du 1er janvier 2025, ce qui en reporte l'effet pratique. Le dossier chablisien relève d'une autre logique — l'apport de fonds propres à la société d'exploitation, non la transmission du foncier — mais s'inscrit dans le même contexte de renouvellement générationnel.

Sources
Communiqué de presse, Crédit Agricole, 15 septembre 2026
Communiqué de presse Miraval Provence, Crédit Agricole, 9 septembre 2026
Documentation institutionnelle IDIA Capital Investissement (stratégie viticole) et Carvest
Communiqué AdVini / Grands Crus Investissements, 6 décembre 2016
CFNews (LGI Wines)
Actualités M&A de la vigne et du vin (Château Virant, décembre 2024)
Pappers (Grands Crus Investissements, SIREN 379 231 731)
Bodacc / RCS Auxerre (immatriculation août 2022)
LSA
larvi.com
The Buyer (périmètre CA Grands Crus)
Wein.plus (portefeuille viticole du groupe)
Inside Burgundy
Winebow
Hachette Vins (surfaces du domaine)
Question écrite n° 5041, Assemblée nationale (transmission du foncier viticole)




samedi 19 septembre 2026

Bourgogne : le groupe Arvitis (famille Thiénot) entre au capital du Domaine Guy & Yvan Dufouleur

Le groupe familial Arvitis, fondé par Alain Thiénot, prend le contrôle du Domaine Guy & Yvan Dufouleur, à Nuits-Saint-Georges. L'opération, révélée début septembre par Le Bien public, constitue la première implantation viticole du groupe en Bourgogne. Yvan Dufouleur reste associé et conserve la gérance de la propriété.

Une première position bourguignonne

Arvitis — anciennement Thiénot Bordeaux Champagnes — exploite environ 560 hectares de vignes, répartis jusqu'ici entre la Champagne, le Bordelais et la Californie. Le portefeuille réunit quatre maisons de champagne (Thiénot, Canard-Duchêne, Joseph Perrier, Marie Stuart), les maisons de négoce bordelaises CVBG, Dourthe et Kressmann, une série de châteaux girondins, ainsi qu'une participation majoritaire dans le domaine L'Aventure, à Paso Robles, prise en 2020. 

La commercialisation est assurée en exclusivité par la structure de distribution du groupe, Champagnes & Châteaux, organisée en deux entités France et Export.

La Bourgogne manquait à cet ensemble. L'entrée au capital du domaine nuiton y remédie sans passer par une acquisition foncière de marché, dans un vignoble où les transactions en Côte de Nuits restent rares et très disputées.

Trente hectares de Fixin à Santenay

Le Domaine Guy & Yvan Dufouleur est établi à Nuits-Saint-Georges. La famille revendique une présence viticole locale depuis 1596. L'exploitation, portée par la SCEA du Domaine Guy et Yvan Dufouleur emploie un peu moins de 20 salariés.

Le vignoble couvre une trentaine d'hectares, étirés de Fixin, au nord de la Côte de Nuits, jusqu'à Santenay, au sud de la Côte de Beaune, en passant par les Hautes-Côtes. La gamme mobilise une dizaine d'appellations, dont Nuits-Saint-Georges — avec plusieurs premiers crus, parmi lesquels Aux Saint-Julien, Les Poulettes et le Clos des Perrières —, Fixin, Morey-Saint-Denis, Côte de Nuits-Villages et Santenay. La conduite des vignes et la vinification étaient assurées par Yvan Dufouleur, fils aîné de Guy, aux côtés de son oncle Xavier Dufouleur, cogérant.

Une transmission contrainte par le nombre d'héritiers

Selon la presse professionnelle, la décision de céder le contrôle tient à la multiplicité des héritiers du domaine, configuration classique de blocage patrimonial dans les propriétés bourguignonnes anciennes, où la valorisation du foncier rend tout rachat de parts entre membres d'une même famille difficilement finançable.

Du contrat de distribution à la prise de participation

La relation entre les deux parties est antérieure à l'opération capitalistique. Arvitis assurait déjà depuis plusieurs années la distribution des vins du domaine, y compris à l'international : le groupe a notamment mis en avant la propriété auprès du négoce américain lors d'une dégustation professionnelle organisée à New York au printemps 2026.

Le schéma — prise de contrôle d'un fournisseur dont on commercialise déjà les vins — sécurise l'approvisionnement en bourgognes d'un portefeuille jusqu'ici dépourvu de la région, alors que les appellations de la Côte d'Or restent un passage obligé pour les distributeurs positionnés sur le haut de gamme.

Ni le prix de l'opération, ni le pourcentage exact détenu par Arvitis n'ont été communiqués.

Sources
Le Bien public, « Ils nous font totalement confiance : le domaine Guy & Yvan Dufouleur repris par le groupe Arvitis », 5 septembre 2026
Briefing presse professionnelle transmis (signé L.G.)
Pappers et Societe.com, fiches SCEA du Domaine Guy et Yvan Dufouleur (SIREN 325 396 554) et Arvitis (SIREN 352 661 029), consultées le 19 septembre 2026
Sites institutionnels arvitis.fr, arvitis.com et champagnes-and-chateaux.com
Site du Domaine Guy et Yvan Dufouleur
Guide Hachette des Vins
Communications professionnelles Arvitis




dimanche 13 septembre 2026

Provence : via l’IDIA et SOFIPACA, le Crédit Agricole prennent 7% de Miraval Provence, la société commercialisant la marque Miraval

Le Crédit Agricole a annoncé le 9 septembre 2026 son entrée au capital de Miraval Provence, la société qui commercialise les vins de la marque Miraval. L'opération prend la forme d'une augmentation de capital réservée, souscrite par IDIA Capital Investissement et SOFIPACA. Le communiqué du groupe bancaire ne mentionne aucun montant. Vitisphere, qui a exploité les actes déposés, l'établit à 15 millions d'euros.

Une émission souscrite début août

Les actionnaires historiques ont décidé le 3 août 2026 l'émission de 746 actions nouvelles, d'une valeur nominale de 1 euro assortie d'une prime d'émission de 20 110 euros par titre. Les deux investisseurs ont souscrit l'intégralité de l'émission le 4 août. Le capital social passe ainsi de 10 000 à 10 746 euros. Les 10 000 actions initiales étaient détenues à parts égales par Château Miraval et Familles Perrin.

Sur ces bases, les deux véhicules du Crédit Agricole détiennent environ 6,9 % du capital. Le prix de souscription de 20 111 euros par action valorise les capitaux propres de Miraval Provence autour de 201 millions d'euros avant opération et de 216 millions après. Ces calculs découlent des termes rapportés par la presse professionnelle et n'ont pas été confirmés par les parties.

IDIA Capital Investissement est la société de gestion pour compte propre du groupe Crédit Agricole. Elle gère environ 3 milliards d'euros et investit des tickets compris entre 1 et 50 millions d'euros. SOFIPACA est la filiale de capital-investissement des Caisses régionales de Crédit Agricole Provence Côte d'Azur et Alpes Provence. Créée en 1984, elle gère plus de 150 millions d'euros et suit une quarantaine de participations en Région Sud. Les deux structures interviennent en actionnaires minoritaires.

Quatre chantiers annoncés

Le communiqué détaille l'emploi des fonds. Il s'agit d'accélérer le développement commercial en France et à l'international avec les partenaires distributeurs, de déployer un plan marketing et communication au service des marques Miraval et Studio by Miraval, d'accompagner le lancement de nouveaux produits et de renforcer la structure organisationnelle par des recrutements.

Marc Perrin indique que le partenariat donne les moyens de « renforcer les équipes et d'attirer de nouveaux talents ». Cédric Fontaine, chez IDIA, et Alexandre Flageul, chez SOFIPACA, mettent en avant la qualité du partenariat entre la Famille Perrin et Château Miraval et l'inscription du développement dans la durée.
Aucun des quatre chantiers ne porte sur l'acquisition de foncier ou d'outil de production.

Une société de marque plutôt qu'un domaine

Miraval Provence est une SAS immatriculée au RCS d'Avignon, dont le siège est situé à Orange, dans le Vaucluse, à l'adresse de Familles Perrin. Son code d'activité est celui du commerce de gros de boissons. L'objet social déclaré vise le négoce, l'achat et la vente en gros et au détail, l'import-export de vins et spiritueux ainsi que la gestion des filiales.

Depuis 2024, les comptes affichent un peu plus de 24 millions de chiffre d’affaires pour une rentabilité d’exploitation proche de 15 millions. Le montant annoncé de valorisation de la société se situe donc à plus de 20x le CA et près de 13x l’Ebitda, pour des fonds propres de 13 millions d’euros.

La société est purement commerciale et ne ne supporte aucune charge de personnel. La production, l'exploitation viticole et les équipes relèvent d'autres entités du périmètre.

Ce profil éclaire l'opération. Le Crédit Agricole n'entre pas au capital d'un domaine, mais d'un véhicule de commercialisation dont l'actif principal est un portefeuille de marques.

Deux marques et un champagne

Miraval Provence exploite deux positionnements. Miraval Côtes de Provence occupe le segment haut de gamme. Studio by Miraval, en IGP Méditerranée, vise un prix d'accès plus bas et tire son nom du studio d'enregistrement du château. La société commercialise également Muse de Miraval ainsi que le champagne Fleur de Miraval, développé avec la maison Pierre Peters au Mesnil-sur-Oger. Elle détient par ailleurs les marques Studio Spritz, MRVL et L'Art du Rosé, déposées entre 2017 et 2024.

Le communiqué indique une présence commerciale dans plus de cent pays et une part prépondérante de l'export dans les ventes. La qualification de « référence emblématique du rosé de Provence » appliquée à la marque Miraval relève de la communication des parties.

Campari, partenaire de distribution

Miraval a signé en septembre 2023 un accord de distribution exclusive avec Campari Group, portant d'abord sur la France et les États-Unis, avec effet début 2024. La presse professionnelle a présenté cet accord comme un contrat de dix ans. Miraval constituait la première marque de vin défendue par Campari sur le marché américain. En France, le groupe italien distribuait déjà Mouton Cadet et les rosés Minuty.

Le communiqué du 9 septembre décrit un réseau de distribution mondial adossé à la fois aux canaux historiques de Familles Perrin et à un partenariat stratégique avec Campari Group couvrant plusieurs marchés clés.

Ce point mérite d'être suivi. Campari conduit depuis 2025 un programme de cessions de marques non prioritaires, qui a concerné le cognac Bisquit & Dubouché, la tequila Cabo Wabo et les rhums de Bellonnie et Bourdillon Successeurs. Son directeur général, Simon Hunt, a indiqué début août 2026 vouloir achever ce recentrage d'ici la fin de l'année, autour d'Aperol, Campari, Grand Marnier, Courvoisier, Espolon et Skyy. Aucune communication publique ne fait état d'une évolution de l'accord de distribution conclu avec Miraval.

Un actionnariat amont toujours contentieux

Trois entités distinctes doivent être séparées :
- Miraval Provence est la société commerciale détenue jusqu'ici à parité par Familles Perrin et Château Miraval.
- Château Miraval est la société propriétaire du domaine de Correns, dans le Var.
- Quimicum, société luxembourgeoise, détient Château Miraval.

Quimicum a été acquise en 2008 par Brad Pitt, via Mondo Bongo, et Angelina Jolie, via Nouvel, selon une répartition initiale de 60/40 rééquilibrée à parité en 2013. En octobre 2021, Angelina Jolie a cédé Nouvel à Tenute del Mondo, filiale du groupe Stoli contrôlé par Yuri Shefler. Brad Pitt a engagé une action en février 2022 devant la Cour supérieure de Los Angeles, soutenant qu'une cession sans accord réciproque avait été convenue entre les époux. Angelina Jolie conteste l'existence d'un tel engagement. Nouvel a déposé en septembre 2022 une demande reconventionnelle visant notamment Brad Pitt, Mondo Bongo, Marc-Olivier Perrin, la SAS Miraval Provence et la SAS Familles Perrin.

Le litige porte sur la propriété du domaine et non sur la société commerciale. Le communiqué du 9 septembre mentionne néanmoins des conseils juridiques distincts pour Miraval Provence et pour Château Miraval.

Synthèse : la financiarisation du rosé de Provence

Vingt ans de montée en gamme

Le rosé de Provence a changé de statut au cours des deux dernières décennies. Il est passé d'un vin de consommation estivale, largement écoulé en grande distribution française, à une catégorie de marque distribuée à l'international et vendue sur des codes proches de ceux du luxe : robe pâle, flaconnage travaillé, prix de rayon élevé, campagnes de notoriété.

Sacha Lichine a ouvert la voie en rachetant le Château d'Esclans en 2006, puis en construisant une gamme allant de Whispering Angel à Garrus. La démonstration commerciale a été faite aux États-Unis, où Whispering Angel s'est imposé comme le rosé français le plus vendu. Miraval a suivi la même logique à partir du millésime 2012, avec une marque adossée à une notoriété extérieure au vin et une production confiée à la Famille Perrin.

L'entrée des groupes de luxe

Les opérations capitalistiques ont suivi à partir de 2019.

Moët Hennessy, division vins et spiritueux de LVMH, a acquis cette année-là le Château du Galoupet, cru classé des Côtes de Provence, puis 55 % du Château d'Esclans. Le groupe a racheté 50 % détenus par Alix AM PTE Limited et 5 % cédés par Sacha Lichine, qui a conservé la direction du domaine. La presse a évalué l'opération autour de 140 millions d'euros. Moët Hennessy a également repris le Jas d'Esclans et le Château de Vaucouleurs. En février 2023, le groupe a pris une participation majoritaire au capital du Château Minuty, à Gassin, qui commercialisait alors plus de neuf millions de bouteilles par an. Les estimations de prix publiées par la presse s'échelonnent de 350 à 460 millions d'euros, sans confirmation des parties.

Pernod Ricard a acquis en mars 2022 une participation majoritaire au Château Sainte Marguerite, cru classé détenu par la famille Fayard. Le domaine a annoncé en avril 2024 l'acquisition des 280 hectares du domaine Aux Terres de Ravel, portant son vignoble à plus de 500 hectares, avec rétrocession de 20 hectares à de jeunes viticulteurs via la SAFER.

Chanel a acheté en 2019 le Domaine de l'Île, à Porquerolles, puis le Domaine Perzinsky, devenant le premier propriétaire viticole de l'île avec une quarantaine d'hectares conduits en bio. 

Seul professionnel du vin « historique », Frédéric Rouzaud, avait de longue date, avec le groupe Louis Roederer, investi les Domaines Ott, complétés par le Domaine de l'Hermitage à Bandol et le Château La Moutète.

Le retournement du marché

Le cycle s'est inversé en 2023. Les exportations de vins de Provence ont reculé pour la première fois en dix ans, de 12 % en volume et de 6,8 % en valeur selon l'interprofession. Les volumes vendus en grande distribution française ont baissé de 10 %, tandis que les prix progressaient de 7 %. L'appellation Côtes de Provence a abaissé de 10 % son plafond de rendement pour le millésime 2023, ramené à 50 hectolitres par hectare. La récolte 2024 a été la plus faible depuis dix ans, avec deux années consécutives de baisse.

La structure des débouchés s'est déplacée. L'export représente 42 % des sorties en 2025, contre 16 % dix ans plus tôt. La grande distribution française est passée sous 26 %, contre 38 % en 2016. Les circuits spécialisés, cavistes, restauration et vente au caveau, pèsent environ 32 %. Les exportations de rosés de Provence avoisinent 418 000 hectolitres pour 328,7 millions d'euros départ cave, soit un prix moyen de l'ordre de 5,90 euros par bouteille.

Cette internationalisation a accru l'exposition américaine au moment où les conditions d'accès se sont dégradées. Depuis le 7 août 2025, les vins et spiritueux européens sont taxés à 15 % à l'entrée aux États-Unis, contre 4,8 % auparavant. La fédération des exportateurs a souligné que cette hausse s'ajoute à un effet de change défavorable. Le Var est le premier producteur mondial de vin rosé et les États-Unis absorbent une part majoritaire des exportations provençales en valeur.

En 2026, l'interprofession a mis en place un volume commercialisable de référence plafonnant la production de rosés de Provence à un million d'hectolitres. Son directeur, Brice Eymard, a relié cette décision au recul des achats américains, que la croissance des autres marchés compense sans permettre de progresser.

L’avenir du Rosé de Provence entre premiumisation et démocratisation reste fondée sur une valeur des marques et sur l’innovation ; ainsi les prochaines « bulles » en rosé de Provence seront indissociables des cocktails des été 2027 et 2028 (Studio Spritz !!)

Le foncier suit avec retard

Le marché des vignes provençales a d'abord résisté. La SAFER relevait encore en 2024 une progression de 14 % du prix moyen en AOP Côtes de Provence, à 40 000 euros l'hectare, avec des parcelles littorales échangées entre 80 000 et 120 000 euros et des parcelles intérieures entre 40 000 et 70 000 euros.

Le bilan 2025 marque une inflexion. Le bassin Vallée du Rhône-Provence affiche un prix moyen en recul de 5,4 %, avec des baisses marquées en Coteaux d'Aix-en-Provence et aux Baux-de-Provence. Dans le Var, le directeur départemental de la SAFER, Christophe Campanelli, décrit un second semestre marqué par l'attentisme des acquéreurs et un nombre de candidats en baisse : « seules les belles opportunités trouvent preneurs ». Les prix se sont maintenus en 2025 et commencent à fléchir en 2026. Les parcelles du golfe de Saint-Tropez restent recherchées.

Ce que dit l'opération Miraval

L'opération du 9 septembre s'inscrit dans ce cycle sans le prolonger à l'identique. Les acquisitions de 2019 à 2024 portaient sur des propriétés, avec un changement de contrôle et une prime payée sur des actifs corporels et incorporels. L'entrée du Crédit Agricole porte sur une minorité, sans transfert de contrôle, dans une société sans foncier ni salarié, dont les fonds propres comptables s'élèvent à 12,9 millions d'euros pour une valorisation implicite d'environ 200 millions.

L'argent apporté est fléché vers le marketing, l'innovation produit et les recrutements. Il finance la défense d'une position de marque sur des marchés qui se contractent, et non l'extension d'un vignoble. La nature de l'investisseur diffère également : un acteur financier régional de long terme, actionnaire minoritaire, là où les opérations précédentes associaient des groupes de luxe à une logique de portefeuille de maisons.

Vitisphere a relevé le contraste entre cet engagement et les difficultés d'accès au financement bancaire dont la filière fait état. Le Crédit Agricole a par ailleurs pris en juin 2026 une participation dans Inessens, autre dossier agroalimentaire d'IDIA.

Sources

Communiqué Crédit Agricole, IDIA Capital Investissement et SOFIPACA, 9 septembre 2026, relayé par Zonebourse et Place de la Bourse ; SOFIPACA, publication du 11 septembre 2026 ; Vitisphere, articles des 10 septembre 2026, 6 juillet 2026, 22 mai 2025, 15 février 2023 et 29 novembre 2019 ; Mesinfos, 9 septembre 2026 ; Vinabox, 11 septembre 2026 ; Pappers et BODACC, comptes sociaux et données d'immatriculation de Miraval Provence (SIREN 793 067 554) ; LSA et Rayon Boissons, septembre 2023 ; Wine Industry Advisor, 22 septembre 2023 ; Wine Spectator, août 2023 ; The Spirits Business, 5 août 2026 ; Luxus Plus, juillet 2026 ; Cour d'appel de Californie, deuxième district, septième division, arrêt B338608 du 24 juin 2026 ; People, Fox News et TMZ, avril à septembre 2026 ; Businesswire, communiqués Pernod Ricard des 1er mars 2022 et 22 avril 2024 ; Decanter, 2019 ; Conseil interprofessionnel des vins de Provence, bilans économiques 2024 et 2025 ; Réussir Vigne, août 2026 et août 2025 ; FNSAFER, bilans des marchés fonciers ruraux 2024 et 2025 ; INPI, marques déposées par Miraval Provence.



Rhône : fusion des coopératives La Suzienne avec celle des Coteaux Saint Maurice

Deux coopératives voisines du sud de la Drôme, toutes deux adhérentes de l'UVCDR – Cellier des Dauphins, ont entamé le processus devant conduire à leur fusion. L'assemblée générale extraordinaire est annoncée pour février 2027. La cave La Suzienne, à Suze-la-Rousse, absorbera la cave des Coteaux de Saint-Maurice, à Saint-Maurice-sur-Eygues, en grande difficulté financière. L'ensemble consolidé est évalué à 60 000 hectolitres.

Un mandat de gestion installé dès janvier 2026

Le rapprochement a débuté par la direction. Au 1er janvier 2026, Jean-Pierre Donzey, directeur général de La Suzienne, a pris également la direction de la cave des Coteaux de Saint-Maurice dans le cadre d'un mandat de gestion. Les protocoles actant le processus de rapprochement ont été signés en juin 2026.

La récolte 2026 a été apportée et vinifiée dans son intégralité à Suze-la-Rousse. Les activités des deux structures seront regroupées sur ce site. L'assemblée générale extraordinaire appelée à approuver la fusion est prévue pour février 2027.

Deux structures de tailles inégales

La Suzienne produit de l'ordre de 45 000 hectolitres sur environ 1 400 hectares de vignes. Le nombre d'adhérents est estimé à 160. La coopérative a été créée dans les années 1920 et son siège se trouve au pied du château de Suze-la-Rousse qui abrite l'Université du Vin.

La cave des Coteaux de Saint-Maurice produit environ 15 000 hectolitres sur près de 400 hectares, pour une soixantaine d'adhérents. Elle est implantée à Saint-Maurice-sur-Eygues. La structure emploie près de neuf salariés.

Le nouvel ensemble représentera une production consolidée proche de 60 000 hectolitres, soit un volume comparable à celui des coopératives moyennes du bassin rhodanien méridional, sans commune mesure avec les groupes issus des concentrations vauclusiennes de la dernière décennie.

Une cave en difficulté, mise en concurrence

Le motif du rapprochement a été exposé sans détour par le directeur général de La Suzienne. La cave de Saint-Maurice travaillait correctement mais son volume réduit ne permettait plus d'absorber ses charges, d'où une situation financière très dégradée. Selon ses déclarations, la coopérative de Saint-Maurice a comparé plusieurs offres émanant de caves voisines avant de retenir celle de Suze-la-Rousse, présentée comme la seule équilibrée entre les intérêts des deux parties.

Le schéma est classique dans la restructuration coopérative : la cave la plus solide sécurise des volumes et élargit sa gamme d'appellations, la plus fragile évite la liquidation et conserve un débouché pour ses apporteurs.

Une gouvernance instable à Suze-la-Rousse depuis 2022

La Suzienne a enregistré plusieurs changements de direction en quatre ans. Alain Bayonne, directeur général depuis 2008, a fait valoir ses droits à la retraite au printemps 2022. Juliette Allain lui a succédé en mai 2022 et a quitté le poste en juin 2023. Olivier Salles, alors président du conseil d'administration, a cumulé les fonctions de président et de directeur général à compter de juin 2023. Jean-Pierre Donzey a été nommé directeur général en 2025, la présidence revenant à Olivier Agosti en juin 2025.

Cette rotation intervient dans une période de dégradation des comptes. Les données financières publiées font état d'un chiffre d'affaires social de près de 6 millions d'euros pour l'exercice 2024 et d'une rentabilité d'exploitation négative. Le directeur général situe pour sa part le chiffre d'affaires de la cave aux alentours de 10 millions d'euros, dont 80 % en vrac et 20 % en conditionné.

Trois circuits de commercialisation, une ambition export

La Suzienne commercialise 30 % de ses volumes via l'UVCDR – Cellier des Dauphins. Le solde est écoulé en grande distribution et en circuit traditionnel. La cave affiche désormais l'ambition de se développer à l'export.

Commercialement, chaque cave conservera son identité après la fusion. Le dispositif retenu dissocie donc l'outil industriel, regroupé à Suze-la-Rousse, des marques et des circuits, maintenus distincts.

Les premiers chantiers du rapprochement

Trois axes ont été annoncés.

→ L'amélioration de la qualité de production sur le site de Saint-Maurice.

→ La création d'IGP communes aux deux caves.

→ La valorisation des côtes-du-rhône villages suze-la-rousse, rochegude, saint-maurice et valréas, ainsi que du cru vinsobres.

Ces éléments sont présentés comme les prémices d'une politique de vente plus affirmée.

Repères sur les appellations concernées

Le portefeuille issu de la fusion couvre plusieurs dénominations géographiques complémentaires de l'AOC côtes-du-rhône villages, dont le rendement de base est fixé à 41 hectolitres par hectare, contre 44 pour le côtes-du-rhône villages sans dénomination.

Saint-Maurice-sur-Eygues, Rochegude et Valréas figurent parmi les premières communes classées en côtes-du-rhône villages, en novembre 1966. Les surfaces revendiquées y sont modestes : de l'ordre de 135 hectares pour Rochegude et pour Saint-Maurice, près de 480 hectares pour Valréas.

La dénomination Suze-la-Rousse est plus récente. Elle a été reconnue par arrêté du 16 novembre 2016, publié au Journal officiel le 25 novembre suivant, en même temps que Sainte-Cécile et Vaison-la-Romaine. Elle est réservée aux vins rouges et s'étend sur quatre communes : Suze-la-Rousse, Bouchet et Tulette dans la Drôme, Bollène dans le Vaucluse. L'aire parcellaire délimitée couvre environ 2 600 hectares, mais la surface effectivement revendiquée reste limitée, de l'ordre de 190 hectares en 2025.

Vinsobres, classé en côtes-du-rhône villages en 1966, a été élevé au rang de cru des Côtes du Rhône par décret de février 2006, avec effet rétroactif sur la récolte 2004. Il s'agit du premier cru de la Drôme provençale. Le cahier des charges homologué en 2026 y ouvre la production de vins blancs, jusqu'alors limitée aux rouges.

L'UVCDR, cadre commun des deux coopératives

Les deux caves sont adhérentes de l'Union des vignerons des Côtes du Rhône, dont le siège est à Tulette et dont la marque Cellier des Dauphins constitue le principal actif commercial. L'union revendique environ 2 000 familles de vignerons et 12 000 hectares de vignes sur une vingtaine d'appellations rhodaniennes. Elle fédère aujourd'hui onze caves coopératives, contre treize au milieu des années 2010.

Les comptes de l'union font apparaître une érosion du chiffre d'affaires, de 67 millions d'euros en 2021 à 61 millions en 2024, assortie d'un net redressement des marges avec un excédent brut d'exploitation de près de 2 millions en 2024.

L'union a connu plusieurs départs de caves adhérentes sur la période récente, notamment celui de la cave de Cécilia, effectif à partir de la récolte 2020, et celui de Rochegude, annoncé de longue date. Le périmètre des apports constitue un sujet récurrent : les caves membres ne lui livrent historiquement qu'une part de leur production, ce que confirme la proportion de 30 % relevée à Suze-la-Rousse.

Un vignoble rhodanien sous contrainte économique

L'opération s'inscrit dans un contexte de marché dégradé. Les coûts de production en côtes-du-rhône ont été évalués à plus de 150 euros par hectolitre, hors frais de vinification, pour des rendements ramenés sous les 40 hectolitres par hectare. Les cours du vrac se situaient autour de 110 à 120 euros par hectolitre pour les côtes-du-rhône rouges, environ 190 euros pour les blancs et de l'ordre de 210 euros pour les villages rouges. L'écart entre le coût de revient et le prix de marché explique l'essentiel des difficultés rencontrées par les structures les plus exposées au vrac.

La vallée du Rhône figure parmi les bassins les plus touchés. Une évaluation des Vignerons Coopérateurs publiée fin 2024 situait à 50 % la proportion de caves rhodaniennes en difficulté, contre 40 % dans le Bordelais et 37 % en Occitanie. Avant la récolte 2025, La Coopération Agricole estimait à une centaine, sur environ 550, le nombre de caves coopératives en difficulté à l'échelle nationale, les régions les plus concernées étant l'Occitanie, la vallée du Rhône, la Provence et le Bordelais.

Une concentration coopérative déjà engagée dans le bassin

Le mouvement n'est pas nouveau dans la Drôme et le nord du Vaucluse. Rhonéa, née en 2014 de la fusion des caves de Vacqueyras et de Beaumes-de-Venise, a absorbé en 2019 le Cercle des vignerons du Rhône, qui réunissait les caves de Rasteau, Visan et Sablet. L'ensemble a alors été présenté comme le deuxième groupe coopératif de la vallée du Rhône, avec 123 000 hectolitres et un chiffre d'affaires de 54 millions d'euros.

Rapporté à ces précédents, le rapprochement Suze-la-Rousse / Saint-Maurice relève d'une autre échelle. Il ne crée pas un pôle régional mais consolide une cave moyenne par absorption d'une structure devenue trop petite pour amortir ses charges fixes. C'est le type d'opération que le rapport du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux consacré à la restructuration des caves coopératives décrit comme majoritaire, tout en relevant que l'addition de surfaces et d'adhérents ne suffit pas, à elle seule, à restaurer l'équilibre économique lorsque les apports continuent de se contracter.

À lire également sur ce blog

Roussillon : la fin d'un cycle pour la coopération viticole (23 août 2026)

Sources

Briefing presse fourni, rubrique France, signé Emmanuel Brugvin

Vitisphere, « "Nous avons été les seuls à leur proposer un projet équilibré" : 2 coopératives drômoises en voie de fusion », septembre 2026 (Olivier Bazalge)

Vitisphere, « Cécilia quitte le Cellier des Dauphins »

Vitisphere, « Difficultés pour 20 % des caves coopératives françaises : 50 % dans le Rhône, 40 % à Bordeaux, 37 % en Occitanie… », 31 octobre 2024 (Alexandre Abellan)

Réussir Vigne, « En côtes-du-rhône, des coûts de production supérieurs à 150 €/hl »

Réussir Vigne, « Concentrations de coopératives viticoles en série dans le Vaucluse »

Rayon Boissons, « Juliette Allain prend la direction générale de la cave coopérative La Suzienne dans les côtes-du-rhône », 6 janvier 2022 (Chantal Sarrazin)

Rayon Boissons, « Rhonéa et le Cercle des Vignerons du Rhône scellent leur union »

Pleinchamp, « Caves coopératives : comment sortir du pronostic vital ? »

CGAAER, « Mission d'appui à la restructuration des caves coopératives viticoles », rapport n° 25066, décembre 2025

INAO, cahier des charges de l'AOC Côtes du Rhône Villages ; cahier des charges de l'AOC Vinsobres, décret du 15 février 2006

Inter Rhône / cotesdurhone.com, fiches des dénominations géographiques

Pappers et Societe.com, fiches LA SUZIENNE (SIREN 301 169 850), CAVE DES COTEAUX DE SAINT MAURICE (SIREN 779 449 818), UVCDR (SIREN 302 558 622), EURL CAVEAU LA SUZIENNE (SIREN 401 687 512)

Union des Vignerons des Côtes du Rhône, site institutionnel

Ventoux Magazine, « Vaison, Sainte-Cécile et Suze-la-Rousse : 3 nouveaux Côtes-du-Rhône villages avec noms de communes », décembre 2016




samedi 12 septembre 2026

Loire : À Chinon, le domaine Béatrice et Pascal Lambert repris par un tour de table d'investisseurs

Placé en redressement judiciaire en mars 2025, le domaine Béatrice et Pascal Lambert, 21 hectares conduits en bio et en biodynamie dans l'AOC Chinon, a changé de mains dans le cadre d'un plan de cession arrêté par le tribunal de commerce. Martial Le Terrier, directeur associé de la plateforme de reprise d'entreprises en difficulté Cession Greffe, a pris la direction de l'exploitation aux côtés de cinq autres investisseurs, tous clients du domaine. Pascal Lambert restera aux côtés des repreneurs pendant trois ans et l'exploitation conserve son nom.

Une procédure ouverte au printemps 2025

Le domaine a été placé en redressement judiciaire en mars 2025. La procédure s'est conclue par un plan de cession, et non par un plan de continuation. Le montant de la reprise et l'identité des cinq co-investisseurs n'ont pas été rendus publics. Le calendrier exact du jugement arrêtant le plan n'a pas davantage été communiqué.

La configuration retenue est peu courante dans le vignoble. Les repreneurs ne sont ni un négociant, ni un groupe familial voisin, ni un fonds spécialisé dans le foncier viticole. Ce sont des clients du domaine, réunis autour d'un professionnel du retournement d'entreprise qui déclare avoir découvert l'exploitation par ses vins avant d'en découvrir le dossier.

Un domaine pionnier de la biodynamie en Chinon

Béatrice et Pascal Lambert se sont installés en 1987 au lieu-dit Les Chesnaies, à Cravant-les-Coteaux, commune qui représente une part significative de l'aire de l'appellation. L'exploitation est partie d'une surface réduite avant de s'agrandir par acquisitions successives. Le cabernet franc y produit les rouges et les rosés, le chenin les blancs.

Le domaine a engagé une modification de ses pratiques culturales au milieu des années 1990, puis est passé en biodynamie au milieu des années 2000. Il figure parmi les premiers à avoir conduit cette démarche sur l'AOC Chinon et adhère au Syndicat international des vignerons en culture bio-dynamique. Ses cuvées parcellaires, appuyées sur la distinction des terroirs de graves, d'argilo-calcaire et d'argiles à silex, lui ont valu une exposition régulière dans la presse spécialisée française et anglo-saxonne.

Antoine Lambert, fils de Béatrice et Pascal Lambert, portait un projet de reprise de l'exploitation. Ce projet n'a pas abouti. Cet échec d'une transmission intrafamiliale sur un domaine de notoriété établie renvoie à une difficulté récurrente du vignoble français : la valeur d'usage d'une exploitation ne suffit plus toujours à en financer la reprise lorsque le passif s'est constitué sur plusieurs exercices.

Des repreneurs issus du retournement d'entreprise

Cession Greffe est une marque exploitée par la société Transiciel. La plateforme accompagne les candidats à la reprise d'entreprises placées en procédure collective, en amont de la présentation des offres devant le tribunal.

Martial Le Terrier indique avoir été sollicité par Pascal Lambert, qui lui a présenté des investisseurs, avant de décider d'investir lui-même et de prendre en charge la gestion et la commercialisation.

Un plan de relance centré sur la commercialisation

Les objectifs annoncés par le nouveau dirigeant portent sur quatre axes.
→ Développer les ventes en restauration haut de gamme. Martial Le Terrier indique avoir reçu au domaine le sommelier du chef Yannick Alléno.
→ Augmenter les volumes chez les cavistes, avec un habillage revu et des QR codes renvoyant vers des contenus vidéo.
→ Amplifier les ventes aux particuliers au moyen d'une campagne de financement participatif.
→ Redéployer l'export des États-Unis vers l'Europe du Nord.
Une maître de chai a été recrutée. Le domaine conserve son nom commercial, ce qui préserve l'actif immatériel constitué depuis 1987 et la continuité du référencement chez les cavistes et les importateurs.

Un arbitrage export lisible dans le contexte tarifaire

Le redéploiement annoncé vers l'Europe du Nord intervient alors que les vins européens entrant aux États-Unis supportent un droit de douane de 15 % depuis août 2025. L'accord commercial entre l'Union européenne et les États-Unis entré en application le 1er juillet 2026 a verrouillé ce plafond jusqu'au 31 décembre 2029, sans exemption pour les vins et spiritueux, malgré les demandes répétées de la filière et le soutien de la France et de l'Italie. Les importations américaines de vin ont reculé en volume et en valeur sur le premier semestre 2026.

Un vignoble bio sous contrainte économique

Le dossier Lambert s'inscrit dans une séquence de contraction du vignoble biologique français. Après un premier repli de 6.724 hectares en 2024, l'Agence Bio a enregistré en 2025 une baisse de 12.675 hectares. Les surfaces certifiées sont tombées à 137.300 hectares, en recul de 3 %, et les surfaces en conversion à 14.633 hectares, en chute de 35 %. Le Centre-Val de Loire perd 3 % de ses surfaces bio, à 6.038 hectares. La part du bio dans le vignoble français revient à 20 %.

Les défaillances d'entreprises viticoles suivent la même trajectoire. Sur les douze mois glissants achevés fin juin 2025, Altares Dun & Bradstreet recensait 255 procédures collectives dans la production de vin, en hausse de 49 %, dont 150 liquidations judiciaires et 67 redressements judiciaires.

Des précédents ligériens

Le cas Lambert n'est pas isolé en Val de Loire. À Savennières, le domaine du Closel, 15 hectares majoritairement plantés en chenin et conduits en bio et en biodynamie, a également été placé en redressement judiciaire. Trois neveux d'Évelyne de Pontbriand, décédée fin 2024, ont porté un projet de reprise familiale financé par une campagne de prévente ayant collecté plus de 225.000 euros auprès de plus de 900 souscripteurs, présentée comme un niveau record pour un domaine viticole sur la plateforme Ulule.

Le recours au financement participatif annoncé par les repreneurs du domaine Lambert relève de la même logique : mobiliser une base de clientèle acquise pour reconstituer de la trésorerie sans recourir immédiatement à l'endettement bancaire.

Repères sur l'AOC Chinon

L'appellation Chinon couvre environ 2.400 hectares en production, répartis sur une vingtaine de communes de part et d'autre de la Vienne, en Indre-et-Loire. Elle constitue la première appellation productrice de vins rouges du Val de Loire, avec une production annuelle estimée à environ 13 millions de bouteilles. Le cabernet franc est le cépage rouge unique de l'aire, le chenin le cépage blanc, ce dernier ne représentant qu'une part marginale des volumes.

Sources
Le Vigneron du Val de Loire, « Chinon : des investisseurs reprennent le domaine Lambert », 31 août 2026 (Ingrid Proust)
Briefing presse fourni, rubrique France, signé I.P.
Cession Greffe – présentation de la société (cessiongreffe.com)
Biodyvin – dossier de présentation du domaine Les Chesnaies
Vitisphere, « Déconversion bio accélérée dans les vignobles en crise : -12 675 ha et -31 millions € », données Agence Bio 2025
Vitisphere, « +49 % de défaillances dans le vignoble », données Altares Dun & Bradstreet
Le Journal des Entreprises, « Le projet de reprise familiale du domaine viticole du Closel collecte plus de 225 000 euros »
Vinetur, « U.S. Locks 15% Tariff on Most European Exports Through 2029 »
Sénat, réponse du ministère de l'Agriculture à la question écrite n° 06272, 5 février 2026
Syndicat des vins de Chinon, InterLoire – données d'appellation




Cavistes : crise, concentration et recomposition d'un circuit sous tension

Maison Nicolas a racheté une cave indépendante des Yvelines cet été. L'opération s'inscrit dans un mouvement plus large : le circuit spécialisé encaisse la déconsommation de vin, les réseaux sous enseigne gagnent des parts de marché et développent leur parc et reprennent des fonds indépendants.

Une reprise discrète dans les Yvelines

La Cave Ovilloise, installée 20 avenue Carnot à Houilles (Yvelines), a changé de mains cet été. L'EURL a cédé son fonds de commerce aux Établissements Nicolas.

Créée en 2002, la cave était gérée depuis 2016 par Christian Garat, 66 ans. Elle avait été franchisée Intercaves jusqu'en 2023 et disposait à ce titre du mobilier de l'enseigne. Elle propose en moyenne plus de 550 références de vins, champagnes et spiritueux. Son emplacement en centre-ville correspond au positionnement des caves de Maison Nicolas.

Un circuit qui a encaissé le choc de 2024

Les données de conjoncture décrivent un recul marqué, suivi d'une stabilisation. Selon l'institut Circana, le chiffre d'affaires des cavistes et caves à bières a reculé de 3,9 % en 2024, puis de 0,6 % seulement en 2025. En cumul annuel mobile à fin mars 2026, il progresse de 1,64 %. Ces chiffres proviennent de la remontée des transactions de 250 000 détenteurs d'une application bancaire de gestion de comptes.

La BPCE aboutit à un constat voisin dans son *Baromètre Digital & Payments*, établi à partir de plus de 20 millions de cartes bancaires. Pour 2025, la banque relève une hausse de 1 % des dépenses chez les cavistes, portée par les plus de 45 ans, qui représentent désormais près de 60 % du marché.

Cette résistance relative contraste avec la toile de fond. L'Organisation internationale de la vigne et du vin a estimé la consommation mondiale de vin à 208 millions d'hectolitres en 2025, en repli de 2,7 % sur un an et au plus bas depuis 1957. Le recul atteint 14 % depuis 2018. La France, premier marché de l'Union européenne, y contribue avec 22 millions d'hectolitres, en baisse de 3,2 %.

L'environnement général des défaillances reste dégradé. Altares Dun & Bradstreet a recensé 18.986 ouvertures de procédures collectives au premier trimestre 2026, en hausse de 6,4 %, dont 2?209 chez les détaillants (+3,7 %). Le deuxième trimestre s'établit à 17.486 procédures, soit 71.600 défauts sur douze mois glissants. Le cabinet écarte l'héritage sanitaire comme facteur explicatif et cite une demande intérieure atone, des coûts d'exploitation élevés et des trésoreries sollicitées.

Un parc atomisé, des réseaux qui gagnent du terrain

Le commerce de détail de boissons en magasin spécialisé relève du code NAF 47.25Z. Le cabinet EPSIMAS estime le chiffre d'affaires de cette sous-classe à plus de 2,6 milliards d'euros en 2025. Le nombre de points de vente fait l'objet d'estimations divergentes, comprises entre 5.700 et 6.800 selon les sources et les périmètres retenus. L'ordre de grandeur communément avancé fin 2025 est d'environ 6.000 cavistes.

La structure du parc constitue la donnée la plus stable. Les indépendants représentent encore environ 75 % des points de vente. Les réseaux sous enseigne captent le quart restant, une proportion en progression. Leurs atouts sont la notoriété de marque, la logistique mutualisée et la centralisation des achats.

Le Syndicat des Cavistes Professionnels, créé en 2011, demeure l'unique organisation représentative de la profession. Il fédère indépendants, franchisés et chaînes intégrées. Depuis le 1er janvier 2022, les cavistes immatriculés sous le code 4725Z relèvent de la convention collective nationale des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé.

Le basculement du leadership

Le *Panorama des enseignes* publié par *Cavistes & Co* en septembre 2026 acte un changement de hiérarchie. V and B a dépassé Maison Nicolas en chiffre d'affaires en 2025, après un recul des ventes de l'ancien leader de 6 % en 2024 puis de 5 % en 2025. V and B devançait déjà Maison Nicolas de longue date sur la surface commerciale cumulée.

V and B poursuit son expansion. L'enseigne mayennaise, créée en 2001 à Château-Gontier par Jean-Pierre Derouet et Emmanuel Bouvet, a ouvert six établissements depuis le début de l'année 2026 : le 291e à Saint-Martin-Boulogne (Pas-de-Calais) en juin, le 292e à Sérignan (Hérault) en juillet, le 293e à Carcassonne (Aude) le 15 juillet, puis le 294e à Digoin (Saône-et-Loire) en septembre. Le modèle associe cave et bar dans un même point de vente. En 2022, le réseau comptait 255 magasins pour 180 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Maison Nicolas conserve le premier parc du circuit avec 565 points de vente en France et à l'international, dont environ 70 en franchise. Les répartitions publiées varient selon les sources et les dates : 490 magasins en métropole et environ 80 en outre-mer et à l'étranger en avril 2025, 474 en France et 91 à l'international en octobre 2025, 479 en France et 86 à l'international mi-2026, pour un chiffre d'affaires consolidé de 300 millions d'euros. Près des deux tiers des implantations françaises se situent en Île-de-France.

Un plan de transformation engagé fin 2025

L'enseigne du groupe Castel a changé de direction générale le 17 avril 2025 avec la nomination de Cathy Collart Geiger, ancienne présidente de Picard Surgelés, passée par Auchan, Intermarché et Boulanger. Elle succède à Eudes Morgan, qui dirigeait le réseau depuis 2011 et dont le départ, au dernier trimestre 2024, avait été suivi d'un intérim assuré par le président Alain Castel.

En octobre 2025, Nicolas est devenu Maison Nicolas. Le rebranding a été confié à l'agence 181°, la nouvelle signature étant « Source de convivialité depuis 1822 ». Le plan de transformation court sur cinq ans. Il vise le recrutement de 5 % de nouveaux clients par an, un retour à la croissance dès 2026 et une vingtaine d'ouvertures annuelles en France, en ciblant le Nord, la Bretagne et l'Est.

La direction assume un diagnostic de décroissance structurelle. « On est sur un marché de décroissance structurelle, la consommation de vin diminuant depuis 60 ans », indiquait Cathy Collart Geiger à l'automne 2025. Elle estime toutefois que le retrait de la grande distribution du linéaire vin libère des parts de marché pour les spécialistes. La baisse anticipée de la consommation de vin en France est évaluée entre 17 et 25 % sur la prochaine décennie.

La stratégie de petits prix engagée au printemps 2025 sur 150 produits a été abandonnée au profit d'un élargissement des gammes accessibles, notamment sur les champagnes à moins de 30 euros et les crémants autour de 10 euros. Le groupement d'agences WNP et Interruption a été retenu début 2026 pour le nouveau territoire de communication, avec une première campagne nationale déployée à compter du printemps. Le nouveau concept de magasin, développé avec l'agence Malherbe, a été inauguré le 26 juin 2026 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), en phase de test avant déploiement.

La reprise de fonds indépendants comme levier de croissance

Le rachat de la Cave Ovilloise n'est pas isolé. Les annonces légales font apparaître plusieurs acquisitions de fonds de commerce par les Établissements Nicolas ces dernières années, dont la Cave J.R.C. à Quimper (Finistère) en 2024, et un établissement situé avenue de la République à Montgeron (Essonne).

Le mécanisme n'est pas propre à Maison Nicolas. Le Repaire de Bacchus a acquis en juin 2026 un fonds situé avenue du Général-Leclerc à Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne), magasin ouvert en juillet. L'enseigne avait ouvert à Fontenay-sous-Bois en septembre 2025. Cavavin combine ouvertures et reprises d'établissements existants. Comptoir des Vignes a enregistré trois changements de propriétaire à l'intérieur de son réseau sur la seule année 2024.

La démographie de la profession place un nombre croissant d'exploitants en situation de transmission. La pression sur les marges réduit parallèlement la capacité des indépendants isolés à absorber leurs coûts de structure, dans un contexte où la grande distribution utilise le vin comme produit d'appel. Pour les réseaux, la reprise d'un fonds existant présente un avantage sur la création : elle sécurise un emplacement, une clientèle et un chiffre d'affaires établi.

L'adossement à l'amont, trame de fond du circuit

La structure capitalistique des principaux réseaux révèle une intégration verticale ancienne entre production, négoce et distribution de détail.

Maison Nicolas appartient au groupe Castel depuis 1988. Le Repaire de Bacchus, fondé en 1983 par Dominique Fenouil, est passé sous le contrôle de la COFEPP, holding du groupe La Martiniquaise dirigé par Jean-Pierre Cayard, en 2009. Le même groupe détient le site Wine and Co, sur lequel le caviste a basculé ses ventes en ligne. Inter Caves, créé en 1978 et développé en franchise dès 1983, a été repris en 2011 par la Maison Richard, entreprise familiale de production et de distribution de vins auprès de la restauration, propriétaire de huit domaines en Bordelais, Beaujolais et vallée du Rhône. Comptoir des Vignes a été créé en 2009 par C10, groupement de distributeurs de boissons pour les cafés, hôtels et restaurants.

Cavavin fait exception à ce schéma. Le réseau, créé en 1985 à La Baule par Michel Bourel et passé en franchise en 1996, reste contrôlé par la famille fondatrice via la holding Witradis. Il est dirigé depuis 2016 par Olivier Mermuys, gendre du fondateur et actuel président de la Fédération française de la franchise.

Un maillage qui continue de se densifier

Malgré la contraction du marché, les ouvertures se poursuivent. Cavavin a inauguré en juin 2026 sa 170e cave en France, la 9e à Paris, puis en juillet sa 23e cave d'Île-de-France à Vincennes. Le réseau revendique environ 180 points de vente en incluant l'international, avec une présence dans une dizaine de pays sur trois continents. La Vignery, format intermédiaire entre le caviste de centre-ville et la grande surface avec plus de 3.500 références, a ouvert son 25e magasin à Saint-Quentin (Aisne) en juin 2026. Inter Caves exploite environ 85 magasins. Comptoir des Vignes a franchi le cap des 58 unités fin 2024 et visait 60 en 2025.

Cette dynamique s'exerce sur un marché où le vin perd du terrain en linéaire de grande distribution. Les arbitrages de surface y jouent au détriment des vins tranquilles et au profit des bières et des spiritueux. Le retrait partiel de la grande distribution constitue l'un des paris explicites du plan de Maison Nicolas.

Les signaux de fréquentation se redressent

Le baromètre SOWINE/Dynata 2026, réalisé en décembre 2025 auprès d'un échantillon représentatif de la population métropolitaine, fait apparaître un retour vers le circuit spécialisé. La grande distribution reste le premier lieu d'achat de vin, citée par 84 % des sondés, en hausse d'un point. Les cavistes progressent de six points, à 44 %. L'achat direct au producteur recule d'un point, à 21 %.

Le même baromètre relève une érosion de la base d'acheteurs. La proportion de personnes déclarant avoir acheté du vin dans l'année s'établit à 77 %, en recul de trois points. La part des acheteurs occasionnels progresse de deux points, à 37 %, au détriment des consommateurs réguliers. Le poids des non-consommateurs de boissons alcoolisées atteint 18 %, en hausse d'un point, avec une progression plus marquée chez les hommes.

Le canal numérique gagne du terrain. L'achat de vin en ligne concerne 39 % des sondés, en progression de cinq points. Les sites de cavistes arrivent en tête des canaux en ligne avec 33 %, devant la grande distribution à 32 % et les sites de producteurs à 31 %.

Le goût s'installe comme première motivation de consommation, à 41 %, devant l'accompagnement du repas. Le vin demeure la boisson alcoolisée préférée des Français, cité par 52 % d'entre eux, devant la bière à 51 % et le champagne à 34 %, ces trois catégories reculant sur un an. Chez les 18-25 ans, les cocktails deviennent la boisson la plus citée, à 46 %.

Perspectives : diversification des gammes et hybridation des formats

L'élargissement des assortiments est le mouvement le plus visible. Maison Nicolas a annoncé vouloir préempter le marché du sans alcool, en s'appuyant sur la gamme Nephalia lancée par Castel, et teste l'introduction de références hors boissons alcoolisées. Le segment no-low progresse : 29 % des Français déclaraient en consommer en 2025, dont 45 % des 18-25 ans. Les bières et les spiritueux occupent une place croissante dans les caves, à l'image du modèle V and B où la bière a historiquement représenté la moitié du chiffre d'affaires.

L'hybridation des formats suit la même logique. Le modèle associant vente à emporter et consommation sur place, porté par V and B, s'est diffusé dans le circuit. Le format cave-bar transforme le point de vente en lieu de fréquentation de quartier et allonge la plage d'ouverture. La dégustation sur place était déjà proposée par près d'un quart des cavistes selon les relevés du SCP.

Le canal numérique complète le dispositif. Maison Nicolas prévoit le lancement d'une application mobile et le développement de la livraison. Les sites de cavistes font désormais jeu égal avec ceux de la grande distribution auprès des acheteurs en ligne. L'influence des créateurs de contenu progresse : 47 % des abonnés déclarent tenir compte de leurs recommandations, en hausse de huit points.

Le circuit caviste se recompose donc davantage qu'il ne se contracte. Le nombre de points de vente se maintient, la part des réseaux augmente, et la reprise de fonds indépendants par les enseignes intégrées ou franchisées devient un mode de croissance courant.

Sources
Cavistes & Co, « Maison Nicolas rachète la Cave Ovilloise », 7 septembre 2026
Cavistes & Co, « V and B détrône Maison Nicolas de son titre de leader du circuit cavistes », 7 septembre 2026
Cavistes & Co, « Le CA des cavistes aurait résisté en 2025 et se reprendrait en 2026 », 18 mai 2026
Cavistes & Co, « Comptoir des Vignes en croissance douce en 2024 »
Cavistes & Co, « Cavavin ouvre sa 9e cave à Paris, la 170e en France », juin 2026
Cavistes & Co, « À Vincennes, Cavavin ouvre sa 23e cave en Île-de-France », juillet 2026
Cavistes & Co, « Avec la cave de Saint-Quentin, La Vignery ouvre son 25e magasin », juin 2026
Cavistes & Co, « Le Repaire de Bacchus s'installe à Ozoir-la-Ferrière », juillet 2026
Bodacc A n° 20260148 du 6 août 2026 (cession Cave Ovilloise / Établissements Nicolas)
Bodacc A n° 20240088 du 5 mai 2024 (cession Cave J.R.C., Quimper)
Vitisphere, « Les cavistes Nicolas actent la "décroissance structurelle" du vin sans renoncer à leur croissance », octobre 2025
Vitisphere, « Cathy Collart Geiger dirige les 565 cavistes Nicolas », avril 2025
Vitisphere, « 7 tendances de consommation du vin en France », mars 2026
Vitisphere, « Jean-Pierre Cayard reprend en main le Repaire de Bacchus »
Vitisphere, « Le Repaire de Bacchus bascule ses ventes de vin en ligne sur Wine and Co »
Vitisphere, « -3 mètres de linéaire de vins tranquilles, +3 pour les spiritueux, +6 pour les bières… »
LSA Conso, « Nicolas devient Maison Nicolas : Cathy Collart Geiger engage un plan de transformation du caviste »
LSA Conso, « Commerce : les défaillances d'entreprise en forte hausse au premier trimestre 2026 »
Rayon Boissons, « Cathy Collart Geiger prend la tête du réseau Nicolas », 17 avril 2025
Stratégies, « Le caviste Nicolas se rebaptise Maison Nicolas et part à l'offensive sur le marché », octobre 2025
Stratégies, « L'enseigne de cavistes Maison Nicolas sélectionne les agences WNP et Interruption », février 2026
Franchise Magazine, « À Saint-Ouen, l'enseigne bicentenaire Maison Nicolas teste son nouveau concept de cave », 1er juillet 2026
Franchise Magazine, « L'enseigne Nicolas nomme une directrice générale pour renforcer son développement »
AFP / Boursorama, « Le caviste Nicolas (groupe Castel) recrute une nouvelle directrice générale », 17 avril 2025
AFP, « La consommation mondiale de vin a continué de décliner en 2025, de 2,7 %, selon l'OIV », 12 mai 2026
Altares Dun & Bradstreet, étude Défaillances et sauvegardes d'entreprises, premier trimestre 2026, 14 avril 2026
Altares Dun & Bradstreet, étude Défaillances et sauvegardes d'entreprises, deuxième trimestre 2026
Baromètre SOWINE / Dynata 2026
EPSIMAS, « Le marché des cavistes en France », mars 2026
Syndicat des Cavistes Professionnels, « État des lieux » et « Qui sommes-nous »
Toute-la-Franchise, « 2023, une année significative pour Inter Caves »
Le Journal des Entreprises, « À Guérande, l'enseigne de franchises Cavavin prend goût à l'international »