samedi 24 octobre 2026

Bourgogne : le Domaine Pierre Vincent reprend le Domaine Jean-Philippe Fichet à Meursault (Côtes de Beaune)

Le 17 août 2026, à la veille des vendanges, le Domaine Pierre Vincent, installé à Auxey-Duresses et détenu par le groupe lyonnais Solexia, a repris le Domaine Jean-Philippe Fichet, qui exploite 6 hectares à Meursault. L’opération double la surface exploitée par le domaine et s’accompagne de la création d’une société de négoce, Fichet & Vincent.

Un acquéreur adossé à un groupe agroalimentaire

Le Domaine Pierre Vincent est né en 2023 du rachat d’un premier domaine de 6 hectares en Côte de Beaune par trois associés : Pierre Vincent, vinificateur passé notamment par le Domaine de la Vougeraie et le Domaine Leflaive, Hervé Kratiroff, président fondateur de Solexia, et Eric Versini. Le domaine produit notamment du corton-charlemagne, du chassagne-montrachet, du puligny-montrachet et du meursault.

Solexia, holding lyonnaise organisée en pôles salaisons, volailles et vins-gastronomie, rassemble 14 entreprises et 562 salariés, pour un chiffre d’affaires de 160,5 M€ en 2025. Hervé Kratiroff indique avoir investi au total une trentaine de millions d’euros dans le pôle viticole. Selon la presse lyonnaise, le dossier Fichet était convoité par une demi-douzaine d’autres candidats ; son financement a notamment reposé sur la cession, à l’été 2026, de Maison Bissardon (jus et compotes artisanales), filiale du groupe depuis 2018. Le prix n’a pas été communiqué.

Un parcellaire en fermage, reconduit pour vingt-cinq ans

Installé à Meursault depuis quarante ans, le Domaine Jean-Philippe Fichet s’étend sur 6 hectares constitués en quasi-totalité de vignes exploitées en fermage. À l’occasion de la transmission, les fermages ont été reconduits pour 25 ans. Jean-Philippe et Michèle Fichet accompagnent la transition.

Le parcellaire comprend 2,5 hectares d’appellation meursault et 2 hectares de bourgogne blanc situés au cœur de la commune, complétés par des parcelles en monthélie blanc, auxey-duresses blanc, puligny-montrachet premier cru Les Referts et monthélie premier cru rouge. Parmi les climats de Meursault figurent Le Tesson, Les Chevalières, Les Criots, Le Limozin, Le Meix sous le Château et Les Gruyaches. Une part importante des vignes reprises intègre la gamme du Domaine Pierre Vincent dès le millésime 2026 ; les 6 hectares ont été vendangés en trois jours, immédiatement après la reprise.

Conversion biologique et négoce sélectif

Pierre Vincent prévoit d’engager progressivement les vignes reprises vers l’agriculture biologique, puis vers la biodynamie, avec pour objectif affiché de renforcer la résilience des sols face aux sécheresses et aux épisodes de forte pluviométrie. Le domaine produira son propre compost dès cet hiver ; la hauteur de canopée et les densités de plantation doivent également être réexaminées.

La société Fichet & Vincent poursuivra l’activité d’achat de raisins développée par Jean-Philippe Fichet, qui représentait jusqu’ici environ 8 000 bouteilles et comprenait notamment un rully blanc. Le négoce doit être élargi à des achats de raisins sélectionnés par Pierre Vincent ; une appellation pouilly-fuissé rejoint la gamme dès le millésime 2026.

Bourgogne : micro-foncier, maxi-valorisation

L’opération s’inscrit dans un marché bourguignon caractérisé par des surfaces échangées très réduites et des valeurs unitaires parmi les plus élevées du vignoble mondial. Selon le barème officiel des valeurs vénales 2025, publié au Journal officiel du 19 août 2026, la valeur dominante des appellations communales de Côte de Beaune en blanc atteint 1,08 M€ par hectare (fourchette de 410 000 € à 2,25 M€), contre 1,05 M€ un an plus tôt ; elle s’établit à 2,7 M€ par hectare pour les premiers crus blancs, avec des maxima à 7 M€. Sur dix ans, la valeur des villages blancs de Côte de Beaune a progressé d’environ 61 %.

Cette trajectoire tranche avec la tendance nationale. En 2025, le prix moyen des vignes AOP en France a reculé de 2,9 %, à 171 400 € par hectare, tandis que la valeur totale des transactions progressait de 16,3 %, à 1,65 Md€, sous l’effet de quelques opérations de très grande valeur, principalement bourguignonnes. L’été 2026 a confirmé la tendance avec la reprise par Louis Roederer du Domaine Pierre Damoy, à Gevrey-Chambertin, près de 8 hectares représentant environ 10 % des grands crus de l’appellation ; le montant, non communiqué officiellement, est estimé à quelque 300 M€ par la presse régionale.

La valorisation foncière s’est par ailleurs déconnectée du marché du vin. La note de conjoncture Agreste d’avril 2026 relève une baisse des cours du vrac en Bourgogne, de 12 % pour le bourgogne blanc et de 15 % pour le chablis, les villages de Côte de Beaune étant également orientés à la baisse. La valeur des vignes de la Côte repose ainsi davantage sur leur rareté et leur dimension patrimoniale que sur leur rendement d’exploitation, ce qui rend la transmission familiale du foncier de plus en plus difficile à financer.

Dans ce contexte, la reprise du Domaine Jean-Philippe Fichet illustre une voie d’accès distincte : la reprise d’une exploitation plutôt que l’acquisition de foncier. La reconduction de baux sur 25 ans permet à l’acquéreur de sécuriser des volumes dans des climats recherchés de Meursault sans mobiliser le capital qu’exigerait la pleine propriété, à des niveaux de prix qu’Hervé Kratiroff qualifie de « pas trop délirants ». Le marché bourguignon tend ainsi à se segmenter entre un foncier de prestige, capté par les groupes et les grandes fortunes, et des transmissions d’exploitations, plus accessibles mais également disputées.

Sources

Groupe Solexia, communiqué « Le Domaine Pierre Vincent reprend le Domaine Jean-Philippe Fichet à Meursault », 14 octobre 2026 – groupe-solexia.fr
Info-Beaune, 8 octobre 2026 – info-beaune.com
Vitisphere, « Pierre Vincent double son vignoble avec 2 associés », 8 octobre 2026 – vitisphere.com
Lyon Décideurs, « Hervé Kratiroff casse sa tirelire pour acheter son deuxième domaine en Bourgogne », 9 octobre 2026 – lyondecideurs.com
Au cœur du CHR, 20 octobre 2026 – aucoeurduchr.fr
Burgundy Report, « Jean-Philippe Fichet moves to Pierre Vincent », octobre 2026 – burgundy-report.com
Barème indicatif de la valeur vénale moyenne des terres agricoles 2025, Journal officiel du 19 août 2026 ; Agreste Bourgogne-Franche-Comté
Safer, Le prix des terres 2025 (synthèse iDealwine)
Agreste, Conjoncture Bourgogne-Franche-Comté n° 80, avril 2026
France 3 Bourgogne-Franche-Comté, rachat du Domaine Pierre Damoy par Louis Roederer, juillet 2026









Anjou : le Domaine FL reprend le parcellaire du Domaine du Petit Coirant et prévoit 10 ha de chenin

Le Domaine FL, installé route de Beaulieu à Rochefort-sur-Loire (Maine-et-Loire), a repris l’intégralité du parcellaire du Domaine du Petit Coirant, exploitation viticole voisine en fin d’activité. L’opération porte sur 30 ha de terres et de vignes classées en AOC anjou et coteaux-du-layon. Ni le montant de la transaction ni ses modalités (acquisition du foncier, reprise de baux, intervention éventuelle de la Safer) n’ont été rendus publics.
Un projet de restructuration centré sur le chenin
Le domaine entend restructurer l’ensemble des parcelles reprises. Le projet prévoit la plantation de 10 ha de chenin, destinés à être conduits en agriculture biologique après la période de conversion réglementaire, le Domaine FL étant lui-même certifié en bio depuis 2009. Le solde des surfaces doit constituer une réserve foncière et accueillir des espaces dédiés à la biodiversité. Selon les éléments communiqués, le Domaine FL compte désormais 67 ha.
Le Petit Coirant, exploitation familiale voisine
Situé au lieu-dit du même nom, à quelques centaines de mètres du chai de FL, le Domaine du Petit Coirant se présentait comme une exploitation familiale conduite depuis trois générations, pratiquant une viticulture traditionnelle et la vente directe.
Un domaine constitué par regroupement
Le Domaine FL, pour Fournier-Longchamps, patronymes des parents de son fondateur, a été constitué en 2006 et 2007 par Philip Fournier, chef d’entreprise angevin dans les télécommunications (Afone), à partir de deux propriétés situées de part et d’autre de la Loire, dont le Château de Chamboureau à Savennières, acquis en 2006 auprès de Jo Pithon. Il est dirigé par Julien Fournier, fils du fondateur. Le domaine produit essentiellement des chenins secs et liquoreux en savennières, savennières-roche-aux-moines, coteaux-du-layon et quarts-de-chaume grand cru, ainsi que des vins rouges en anjou et anjou-villages. Il a développé une activité d’œnotourisme et d’événementiel autour de son chai de Rochefort-sur-Loire.

Sources
Anjou Agricole, « Domaine FL à Rochefort-sur-Loire : le vin, et tout ce qu’il y a autour »
Singulars, « L’élégance minérale des Savennières du Domaine FL au cœur de l’Anjou »
InterLoire, fiche Domaine FL (vinsdeloire.fr)
Guide Hachette des Vins, fiche producteur Domaine FL
Winetourism, fiche Domaine FL
Domaine du Petit Coirant (domainedupetitcoirant.com).



mercredi 7 octobre 2026

Spiritueux : Sazerac lance une offre publique sur l’allemand Berentzen et poursuit son expansion européenne

Le groupe américain de spiritueux Sazerac (Buffalo Trace, Fireball, Southern Comfort, Pappy Van Winkle) a signé le 21 septembre 2026 un accord de rapprochement avec Berentzen-Gruppe, distillateur allemand coté à Francfort, et annoncé une offre publique d’achat volontaire en numéraire au prix de 5,55 euros par action. Le directoire et le conseil de surveillance de la cible soutiennent l’opération, qui porte sur un montant d’environ 53 millions d’euros pour l’ensemble du capital.

Les termes de l’offre

Berentzen avait confirmé le 16 septembre, par une communication ad hoc, l’existence de discussions avec Sazerac en vue d’une offre portant sur la totalité de ses actions. L’offre sera déposée par une filiale allemande détenue à 100 % par Sazerac, la Blitz 26-877 GmbH, appelée à devenir Sazerac Germany Holding GmbH. Le prix de 5,55 euros fait ressortir une prime d’environ 68 % sur le cours moyen pondéré par les volumes des trois mois précédant le 16 septembre. Selon les dirigeants de Berentzen, ce niveau de cours n’avait pas été atteint depuis plus de deux ans.

L’offre est assortie d’un seuil minimal d’acceptation de 50 % du capital plus une action. La note d’offre doit être examinée et autorisée par l’autorité fédérale de supervision financière (BaFin) avant sa publication, qui ouvrira la période d’acceptation ; le directoire et le conseil de surveillance de Berentzen rendront ensuite leur avis motivé. Sazerac prévoit une réalisation de l’opération au quatrième trimestre 2026, puis un retrait de la cote, que la direction de Berentzen soutient. Le jour de l’annonce, le titre s’est rapproché du prix d’offre.

Une cible en recul

Fondée en 1758 à Haselünne, en Basse-Saxe, et introduite en Bourse en 1994, Berentzen-Gruppe commercialise les liqueurs de fruits Berentzen, la vodka Puschkin, le rhum Tres Países ainsi que des marques régionales comme Doornkaat et Bommerlunder. Le groupe est également présent dans les boissons sans alcool (Mio Mio, via sa filiale Vivaris), les systèmes de jus frais pressés (Citrocasa) et les marques de distributeur. Il revendique une présence dans plus de 60 pays.

Le chiffre d’affaires consolidé 2025 s’est établi à 162,9 millions d’euros, contre 181,9 millions d’euros en 2024, une baisse liée pour partie à la cession, fin 2024, du site d’eaux minérales de Grüneberg, et pour partie au repli du marché allemand des spiritueux. L’EBIT consolidé a atteint 8,5 millions d’euros, soit une marge de 5,2 %. Au premier semestre 2026, le chiffre d’affaires a reculé de 11,1 % à 71 millions d’euros, la division spiritueux ayant notamment pâti de l’arrivée à échéance d’un contrat de fourniture de bourbon sous marque de distributeur.

Le projet industriel affiché

Sazerac indique vouloir maintenir les sites existants de Berentzen et y investir, élargir son portefeuille et confier à ses équipes allemandes la production et la distribution de marques Sazerac. Le groupe américain entend fabriquer et distribuer en Europe, à partir de cette base, des spiritueux issus des marques Berentzen, de son propre portefeuille et de gammes sous marque de distributeur. En cas de succès de l’offre, Puschkin rejoindrait les vodkas Svedka et Au dans le portefeuille de Sazerac.

Une stratégie d’acquisitions soutenue

Fondé à La Nouvelle-Orléans en 1850 et détenu par la même famille depuis quatre générations, Sazerac multiplie les opérations depuis 2024 : rachat des cocktails prêts-à-boire BuzzBallz en 2024, accord avec Constellation Brands annoncé en décembre 2024 pour la vodka Svedka, acquisition de la marque américaine Dirty Shirley en mars 2026. En Europe, Berentzen suit l’acquisition de la marque britannique de vodka et de cocktails prêts-à-boire Au Vodka, signée en août 2026 pour un montant rapporté de 675 millions de dollars et finalisée en septembre. Le groupe avait auparavant acquis l’embouteilleur britannique The Last Drop Distillers en 2016 et la distillerie irlandaise Lough Gill (comté de Sligo) en 2022, rebaptisée Hawk’s Rock en 2025. Sazerac lance en parallèle Svedka au Royaume-Uni, premier déploiement international de la marque depuis son rachat.

Ces opérations interviennent alors que Brown-Forman a fait savoir cette année avoir écarté une proposition de rachat émanant de Sazerac, évaluée par le Wall Street Journal à environ 35 milliards de dollars.

Le contentieux cognaçais

Le 22 septembre 2026, le tribunal de commerce d’Angoulême a ordonné à Sazerac de Segonzac, filiale française du groupe, d’exécuter les contrats pluriannuels de livraison d’eaux-de-vie qu’elle avait résiliés en janvier 2026 avec une quarantaine de viticulteurs charentais. La procédure était soutenue par l’Union générale des viticulteurs pour l’AOC Cognac (UGVC), qui qualifiait la résiliation de brutale et illicite. Sazerac a annoncé faire appel, invoquant la dégradation du marché du cognac et l’impossibilité juridique, selon lui, d’exécuter des contrats résiliés, et indique avoir conclu des accords amiables avec une quarantaine d’autres producteurs. Le groupe commercialise en Charente le cognac Sazerac de Forge & Fils, à l’origine historique de son nom.

Sources

Berentzen-Gruppe AG, communication ad hoc (EQS) et communiqué du 21 septembre 2026 ; communication ad hoc du 16 septembre 2026
Berentzen-Gruppe AG, résultats annuels 2025 (février 2026)
The Spirits Business, « Sazerac launches Berentzen takeover bid », septembre 2026
The Spirits Business, « Sazerac loses Cognac contract court battle », septembre 2026
Just Drinks, « German distiller Berentzen in talks to sell to Sazerac », 17 septembre 2026
Just Drinks, « Sazerac tables Berentzen takeover bid », septembre 2026
Lebensmittel Praxis, « Sazerac bietet 53 Millionen Euro für Berentzen », septembre 2026
Lebensmittel Praxis, « Spirituosenkonzern Berentzen verzeichnet deutlichen Umsatzrückgang », 12 février 2026
BondGuide, ms-aktuell, 4investors, septembre 2026
Drinks Intel, « Sazerac Co to spend reported US$675m on Au Vodka », août 2026
Shanken News Daily, « Constellation To Sell Svedka Vodka Brand to Sazerac », 3 décembre 2024
Sazerac, communiqué « Sazerac Company Proudly Introduces Hawk’s Rock Distillery », 23 avril 2025
Scotchwhisky.com, « Last Drop Distillers sold to Sazerac », 2016
Agra, « Cognac : 48 viticulteurs assignent le négociant Sazerac en justice », août 2026
France 3 Nouvelle-Aquitaine / AFP, Agri Mutuel, septembre 2026



mardi 6 octobre 2026

Espagne : En Rioja, Félix Solís reprend Paternina, Lagunilla et Rioja Santiago dans la liquidation de Marqués de la Concordia

Le groupe espagnol Félix Solís Avantis (Valdepeñas) a acquis les marques Federico Paternina, Lagunilla et Rioja Santiago lors de la vente aux enchères organisée dans le cadre de la liquidation judiciaire du groupe Marqués de la Concordia. L’opération, annoncée le 31 août 2026, porte sur les seuls actifs incorporels ; son prix n’a pas été communiqué.

Une acquisition de marques, sans actifs de production

Les trois marques ont été adjugées lors d’une vente aux enchères publique en ligne tenue du 27 au 29 juillet 2026 et conduite par International Auction Group (IAG Auction), désigné par l’administration judiciaire. La procédure collective (concurso de acreedores) vise trois sociétés : United Wineries Estates S.A., United Wineries S.A. et Marqués de la Concordia Family of Wines S.L.

La vente était organisée en six lots. Les mises à prix s’établissaient à 600 000 euros pour Federico Paternina, 300 000 euros pour Lagunilla, 100 000 euros pour Marqués de la Concordia et 40 000 euros pour Rioja Santiago, auxquels s’ajoutaient un lot « autres marques » à 25 000 euros et un lot global à 950 000 euros. Le montant final versé par Félix Solís n’a pas été rendu public.

L’opération ne comprend ni les chais, ni les installations, ni les vignobles historiquement associés à ces marques. La marque Marqués de la Concordia et les enregistrements qui lui sont rattachés ont été adjugés séparément à Muriel Wines, groupe basé à Elciego (Rioja Alavesa), qui indique vouloir en conserver l’identité propre.

La dispersion d’un ancien groupe coté

Fondée en 1896 à Ollauri par Federico Paternina Josué, la maison Paternina a longtemps compté parmi les références de la Rioja Alta. Passée sous le contrôle de Marcos Eguizábal, puis introduite en Bourse à la fin des années 1990, elle a été reprise en 2013 par United Wineries, groupe rebaptisé par la suite Marqués de la Concordia Family of Wines.

Le groupe a été placé en concurso necesario, procédure ouverte à la demande de créanciers, fin 2022, puis en phase de liquidation début 2024. L’administrateur judiciaire, DLM Insolvia, a confié à KPMG la cession de l’unité de production, qui comprenait notamment les chais de Haro (Rioja Santiago) et de Fuenmayor (Berberana), Hacienda Zorita (Arribes del Duero), Vega de la Reina (DO Rueda) et Marqués de Monistrol (Cava). Bodegas Berberana, installations et marque, a été reprise en 2025 par le groupe valencien Torre Oria. La vente aux enchères des marques intervient ainsi après la cession séparée des principaux actifs industriels.

Félix Solís, un opérateur déjà implanté en Rioja

Fondé en 1952 à Valdepeñas (Castille-La Manche) par Félix Solís Fernández et Leonor Yáñez, Félix Solís Avantis est présidé par Félix Solís Yáñez, également directeur général. Le groupe s’articule autour de Bodegas Félix Solís, qui regroupe les chais de La Manche et de Valdepeñas, et de Pagos del Rey, qui exploite des chais dans les appellations Rioja, Ribera del Duero, Rueda et Toro.

En DOC Rioja, le groupe dispose depuis 2006 d’un chai à Fuenmayor et commercialise notamment les marques Arnegui et Castillo de Albai. Le communiqué de l’opération revendique des positions de premier plan à Toro, Valdepeñas et Rueda. Hors d’Espagne, Félix Solís a inauguré en 2024 au Chili sa première bodega, Viña Casa Solís.

Félix Solís Yáñez présente l’acquisition comme une démarche qui dépasse le simple élargissement du portefeuille, le groupe entendant mettre sa capacité commerciale et son implantation internationale au service du développement de ces marques sur de nouveaux marchés.

À l’issue de la vente, le patrimoine de marques de l’ancien groupe se trouve réparti entre deux opérateurs présents en Rioja : Félix Solís pour Federico Paternina, Lagunilla et Rioja Santiago, Muriel Wines pour Marqués de la Concordia.

Sources

Europa Press, via Press Digital, « Félix Solís compra las marcas Federico Paternina, Lagunilla y Rioja Santiago de Marqués de la Concordia », 31 août 2026
La Prensa del Rioja, « Félix Solís Avantis adquiere las marcas Federico Paternina, Lagunilla y Rioja Santiago », septembre 2026
Alimarket, « Salen a subasta pública las marcas del grupo Marqués de la Concordia, en liquidación desde 2024 », juillet 2026
NueveCuatroUno, « La marca Paternina de Rioja sale a subasta por 600.000 euros », 9 juillet 2026 ; « Félix Solís compra las marcas de Rioja Paternina, Lagunilla y Rioja Santiago », 31 août 2026
Vinetur, « Félix Solís compra tres marcas históricas de Rioja en la liquidación de Marqués de la Concordia », 1er septembre 2026
Meininger’s International, « Félix Solís Acquires Rioja Brands », septembre 2026
The Drinks Business, « Muriel Wines acquires Marqués de la Concordia », 2026
Financial Food et El Correo del Vino (reprise du communiqué Félix Solís), 31 août 2026
Vinetur, 3 mai 2025 et 1er juillet 2026 (Viña Casa Solís, Chili)



samedi 26 septembre 2026

Provence : la famille Gervoson cède le Château Grand Boise à son directeur d’exploitation et à Romain Tosolini

Le Château Grand Boise, propriété viticole de Trets (Bouches-du-Rhône) située face au massif de la Sainte-Victoire, a changé de mains. La famille Gervoson, à l’origine du groupe agroalimentaire Andros, l’a cédé à Jean Simonet, directeur d’exploitation depuis 2013, à son épouse Ana-Sofia Simonet, responsable de l’événementiel, et à Romain Tosolini, propriétaire du Château Cedrus dans le Ventoux.

L’opération porte, selon la communication des acquéreurs, sur l’ensemble des activités du domaine, exploitation et foncier. Son montant n’a pas été communiqué.

Un vendeur sans successeur familial

Le groupe Andros a été fondé en 1959 à Biars-sur-Cère (Lot) par Jean Gervoson et Pierre Chapoulart. Il détient notamment les marques Andros, Bonne Maman, Mamie Nova et St Michel. Grand Boise constituait un actif viticole détenu en marge de ce cœur de métier.

La famille Gervoson a acquis le domaine en décembre 2006. La propriété avait été rachetée en 1998 à la famille Gruey par un investisseur danois, Jan Nielsen. Les bâtiments avaient été rénovés et l’ensemble couvre près de 500 hectares de bois et de terres agricoles, sur un relief accidenté.

Selon Jean Simonet, Xavier Gervoson envisageait une transmission à ses enfants, qui n’ont pas souhaité reprendre le domaine. Mis sur le marché, Grand Boise n’a pas trouvé preneur. Jean Simonet invoque plusieurs contraintes : une propriété non constructible, située en zone protégée, sans possibilité de développer une offre hôtelière ou réceptive lourde, et un vignoble escarpé. « Grand Boise n’est pas un projet tranquille », a-t-il résumé.

Une reprise par l’équipe en place

Jean Simonet est arrivé à Grand Boise en janvier 2013, en provenance du Château de Pibarnon, où il était responsable commercial. Sa mission consistait à remettre le vignoble en production, à développer les activités annexes et à reconstruire la commercialisation du domaine. Parallèlement, il a développé une activité de conseil auprès d’investisseurs sur des projets d’acquisition de vignobles.

Face à l’absence de repreneur, il a recherché un associé pour reprendre lui-même la propriété avec son épouse. Il avait accompagné Romain Tosolini dans la création du Château Cedrus. Selon le communiqué des acquéreurs, les deux actionnaires sont désormais les familles Simonet et Tosolini. La répartition du capital n’a pas été rendue publique.

Un vignoble de montagne restructuré

Le vignoble est morcelé en plus de 90 parcelles, disséminées entre 300 et 650 mètres d’altitude. Selon Jean Simonet, 45 minutes de tracteur séparent le bas et le haut de la propriété. Il indique avoir restructuré environ 80 % du vignoble en une douzaine d’années : arrachage des vignes improductives et de l’ensemble des cabernets, replantation du versant sud, historiquement cultivé en terrasses.

L’encépagement repose principalement sur le grenache et le rolle, avec de la syrah sur les zones les plus fraîches. Pour anticiper la hausse des températures sur certains sols argileux, le domaine a introduit le nebbiolo et l’assyrtiko. Ce dernier, issu de bois de Santorin surgreffés sur syrah, a été vinifié pour la première fois en 2025.

Le domaine compte aujourd’hui environ 36 hectares en production et 2,5 hectares de plantiers. La conversion à l’agriculture biologique, engagée en 2012, a été certifiée en 2014, puis complétée par une certification biodynamique Biodyvin en 2022. Les vinifications sont conduites en levures indigènes, en béton pour les rouges et les blancs, en inox pour les rosés, avec une part croissante de petits contenants destinés aux sélections parcellaires. La production est revendiquée en AOC Côtes de Provence et Côtes de Provence Sainte-Victoire. En 2024, Jean Simonet indiquait au magazine Chefs d’Oc produire 40 à 45 % de rosé, un tiers de rouge et le solde en blanc.

Romain Tosolini, un investisseur issu de l’entreprise

Romain Tosolini dirige l’entreprise familiale de chauffage et de climatisation basée à Marseille. Finaliste de la première saison de MasterChef en 2010, il a ensuite ouvert un restaurant à Aix-en-Provence. Il détient avec son épouse Adeline le Château Cedrus, ex-Château Saint-Laurent, à Mormoiron (Vaucluse), au pied du mont Ventoux.

Les projets des repreneurs

Selon Jean Simonet, la restructuration du vignoble et du réseau commercial est désormais achevée. Les associés prévoient de poursuivre les expérimentations à la vigne et en cave, de développer la production de blancs et de diversifier les contenants.

Le volet d’accueil se concentre sur des formats compatibles avec les contraintes du site. Le bistrot situé au bord de l’ancienne route nationale 7 a été restructuré et installé dans le caveau et la boutique de vins et d’épicerie fine. Il est ouvert six jours sur sept. Les 40 kilomètres de chemins du domaine sont en cours de réhabilitation, pour des randonnées balisées à pied ou à vélo. Des activités sportives et de bien-être, orientées vers la population locale, sont également envisagées.

Un marché provençal sous tensions

L’opération intervient alors que le vignoble provençal traverse une phase de retournement. Le rosé représente une part prépondérante de la production des vins de Provence, selon le CIVP. La région est donc directement exposée au ralentissement de cette catégorie, après une décennie de croissance portée par l’export.

Les prix du vrac en sont le premier indicateur. Selon les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA du Var, les cours de l’AOC Côtes de Provence rosé ont reculé de 7 % entre 2024 et 2025, et de 30 % par rapport à 2019. Selon Cavistes & Co, le prix moyen s’établissait à 266 euros l’hectolitre en février 2026, sur douze mois glissants, contre plus de 300 euros quelques années plus tôt. Les transactions supérieures à 300 euros ont disparu au profit des tranches inférieures. Des ventes autour de 100 euros l’hectolitre, dénoncées fin 2025 par les syndicats, ont été qualifiées de marginales par la commission de cotation des vins de Provence, qui situait alors le marché entre 200 et plus de 300 euros.

Cette érosion intervient à prix de rayon stables. Le prix moyen d’une bouteille de rosé de Provence en grande distribution se maintient autour de 6,70 euros. Les organisations syndicales y voient une concentration de la valeur à l’aval de la filière, au détriment de la production.

L’équilibre entre l’offre et la demande reste fragile. La récolte provençale 2025 a atteint 915 000 hectolitres, en hausse de 14 % par rapport au millésime 2024, historiquement bas. Les stocks avaient été réduits d’un quart. Les sept premiers mois de la campagne ont été dynamiques, avec près de 310 000 hectolitres de Côtes de Provence rosé échangés en vrac au 1er mars 2026, en hausse de 3 % selon le CIVP. Vitisphère fait toutefois état d’un ralentissement des transactions depuis avril 2026, à l’approche d’une nouvelle récolte.

Les débouchés se sont profondément recomposés. Selon des données du CIVP rapportées par la presse spécialisée, l’export représente 42 % des ventes de rosés de Provence en 2025, contre 16 % dix ans plus tôt. La grande distribution française est revenue à 26 %, contre 38 % en 2016, et les circuits spécialisés à 32 %. Les États-Unis absorbent près d’un tiers des volumes exportés, un marché exposé aux incertitudes tarifaires. Les chiffres publiés depuis la transaction par la FEVS font état, pour 2025, d’un recul des exportations d’AOC rouges et rosés de Provence de 3,1 % en volume et de 6,5 % en valeur.

Le marché foncier enregistre ce retournement avec retard. Selon la Safer, citée par Vitisphère, l’hectare de Côtes de Provence s’est échangé entre 60 000 et 120 000 euros en 2025, et plutôt entre 50 000 et 100 000 euros début 2026. Les écarts restent marqués entre le littoral, le plus valorisé, et l’intérieur des terres.

Dans ce contexte, le modèle décrit par Jean Simonet se distingue sur plusieurs points : une part du rosé limitée à 40 à 45 % de la production, une orientation vers les sélections parcellaires et un développement de la vente au domaine. Il reste soumis aux contraintes relevées par le repreneur lui-même : un vignoble escarpé et coûteux à exploiter, et l’impossibilité de valoriser le site par une offre hôtelière.

Une transmission interne

L’opération correspond à la cession d’un domaine familial sans successeur, après une mise sur le marché restée sans suite, à son équipe dirigeante adossée à un co-investisseur déjà engagé dans la viticulture. Pour le vendeur, elle marque la sortie d’un actif détenu en marge de son activité agroalimentaire. Pour les repreneurs, elle assure la continuité d’une stratégie conduite sur le domaine depuis 2013.

Sources

Terre de Vins, « Un nouveau trio d’associés pour reprendre le Château Grand Boise » (Frédérique Hermine)

Vitisphère, « Le vignoble provençal du château Grand Boisé racheté par un trio d’associés », septembre 2025 ; version anglaise « Three partners buy Château Grand Boisé »
Bodacc, Pappers, Societe.com, Annuaire des entreprises (data.gouv.fr) : SCEA Domaine de Grand’Boise (489 572 560), JARA (938 758 620), Grand’Boise Promotion (429 032 758), Grand Boise Immobilier (988 714 507), SCEA Tosolini (891 971 756)
Chefs d’Oc, « Une journée au Château Grand Boise », 2024
ODG Vignerons Sainte-Victoire, fiche Château Grand Boise
Château Cedrus, site officiel
CIVP, bilan économique 2024 et point à date juin 2025
Réussir Vigne, bilan FEVS des exportations 2025
Vitisphère, « Les vins rosés dans le rouge, tensions sur les cours en Côtes de Provence », décembre 2025 (JA83/FDSEA83, commission de cotation) ; « Le marché du vin vrac se tend en Côtes-de-Provence rosés », mai 2026 ; « Sur le marché des vignes, des poches de hausse et un océan de baisses des prix », 2026 (Safer)
Cavistes & Co, « Les rosés de Provence veulent anticiper un retournement de marché », avril 2026
Larvi, « Rosés de Provence : stratégie et valorisation à l’export » (données CIVP)
Wikipedia, Andros ; Réussir, Jean Gervoson






dimanche 20 septembre 2026

Bourgogne : Le Crédit Agricole entre au capital du Domaine Louis Moreau, à Chablis

Le groupe bancaire mutualiste a annoncé le 15 septembre 2026 son entrée minoritaire au capital du Domaine Louis Moreau, propriété familiale chablisienne de 86 hectares. L'opération vise à préparer la transmission de l'exploitation à la septième génération, à achever la conversion du vignoble en agriculture biologique et à financer le lancement d'une activité œnotouristique. Ni le montant investi ni le pourcentage de capital acquis n'ont été communiqués.

Deux véhicules du groupe, un ticket non divulgué

L'investissement est porté conjointement par deux entités. La Caisse régionale de Champagne-Bourgogne intervient via son véhicule CACB'Invest, conseillé par Carvest ; IDIA Capital Investissement intervient via Grands Crus Investissements. Carvest, filiale de onze Caisses régionales dont celle de Champagne-Bourgogne, gère selon le communiqué près de 430 millions d'euros répartis entre quelque 170 entreprises régionales. IDIA Capital Investissement, société de gestion pour compte propre du groupe, revendique environ 3 milliards d'euros sous gestion et un ticket cible compris entre 1 et 50 millions d'euros.

Une opération primaire, sans cession familiale

Le communiqué qualifie l'opération de « primaire ». Les fonds apportés entrent donc dans la société et ne rémunèrent pas une cession de titres par les actionnaires historiques. Anne et Louis Moreau restent aux commandes. L'entrée au capital s'inscrit dans un cycle de croissance affiché à horizon 2032.

Quatre objectifs sont énoncés : préparer la transmission progressive du domaine aux filles du couple, représentantes de la septième génération ; poursuivre la conversion du vignoble en agriculture biologique ; financer les projets d'investissement, dont une activité œnotouristique ; accompagner le développement commercial à l'export. Les dirigeants du domaine décrivent ce rapprochement comme « un choix de confiance et de vision ». Côté investisseurs, les déclarations sont portées par Cédric Fontaine pour IDIA Capital Investissement et David Valet pour Carvest.

Un vignoble de 86 hectares sur les quatre niveaux d'appellation

Propriété familiale depuis 1814, le domaine est dirigé par Louis Moreau, sixième génération, installé en 1994. Le communiqué fait état d'un vignoble de 86 hectares réparti sur les quatre niveaux d'appellation du chablisien : Petit Chablis, Chablis, Chablis Premier Cru et Chablis Grand Cru. Il précise que le domaine réalise une part significative de ses ventes à l'export et dans les circuits traditionnels valorisés. Aucun chiffre d'affaires n'est publié.

Ce périmètre de 86 hectares regroupe de longue date une cinquantaine d'hectares pour le Domaine Louis Moreau, auxquels s'ajoutent le Domaine de Biéville et le Domaine du Cèdre, également exploités par la famille. Le communiqué ne détaille pas la composition du périmètre retenu.

Grands Crus Investissements, un véhicule dédié à la transmission viticole

Le véhicule mobilisé n'est pas un outil généraliste. Grands Crus Investissements est un fonds d'investissement alternatif géré par IDIA Capital Investissement, dont l'objet est la prise de participation dans des sociétés de production ou de commercialisation vinicoles. Dans sa documentation publique, la structure se présente comme un investisseur dans des domaines viticoles de prestige accompagnant les acteurs de la filière dans leur développement et, explicitement, dans leur transmission. Son conseil d'administration réunit plusieurs Caisses régionales — Champagne-Bourgogne, Languedoc, Alpes Provence, Aquitaine, Franche-Comté, Pyrénées Gascogne — sous la présidence d'IDIA.

IDIA affiche, pour sa stratégie viticole, 297 millions d'euros sous gestion et une quinzaine de participations, avec un ticket d’investissement de 1 à 20 millions d'euros. La société revendique plus de trente ans de présence dans la filière et positionne son intervention sur le capital développement et le capital transmission. Elle indique par ailleurs ne pas dépasser 30 % du capital des entreprises accompagnées, pour des durées de détention moyennes de cinq à dix ans.

Quatre formats d'intervention en dix ans

Les opérations passées couvrent des configurations distinctes, pour un même cadre juridique : minorité, horizon long, absence de contrôle opérationnel.

Le financement d'une croissance externe, d'abord. En décembre 2016, Grands Crus Investissements avait souscrit l'intégralité d'une augmentation de capital réservée d'AdVini, pour environ 7,6 millions d'euros, destinée à financer une acquisition du groupe héraultais.

La recomposition d'un actionnariat de management, ensuite. IDIA est présent au capital de LGI Wines depuis 2015 et a réinvesti lors du troisième MBO de l'exportateur languedocien, opération à l'issue de laquelle l'équipe dirigeante détenait 90 % des titres.

La reprise par des tiers, également. En décembre 2024, le fonds est entré au capital du Château Virant, en Coteaux d'Aix-en-Provence, aux côtés de Sofipaca, pour accompagner un MBI mené par deux couples de repreneurs — sur une valorisation restée confidentielle.

Le financement d'une marque, enfin. Le 9 septembre 2026, IDIA et Sofipaca sont entrés au capital de Miraval Provence par voie d'augmentation de capital réservée, en position minoritaire aux côtés de Familles Perrin et de Château Miraval. Les fonds sont destinés au développement commercial à l'international, au plan marketing des marques Miraval et Studio by Miraval, au lancement de nouveaux produits et au renforcement des équipes. L'actionnariat familial y est déjà partagé entre deux associés et la question successorale n'est pas posée.

Ce dossier chablisien constitue donc un cinquième cas de figure : l'apport de fonds propres est explicitement adossé à une succession intrafamiliale annoncée, avec désignation des repreneuses. Le format financier est celui de Miraval — opération primaire, minorité, horizon pluriannuel — mais l'objet diffère.

Un dispositif à deux étages

Ce positionnement minoritaire se distingue de l'autre branche viticole du groupe constitué par CA Grands Crus qui détient et exploite en propre des propriétés, parmi lesquelles Château Grand-Puy Ducasse à Pauillac, Château Meyney à Saint-Estèphe et, en Bourgogne, l'ancien Château de Santenay devenu Château Philippe le Hardi.

Grands Crus Investissements, lui, n'exploite pas : il apporte des fonds propres à des sociétés dirigées par leurs propriétaires. Outre AdVini et LGI Wines, le groupe figure au capital de M. Chapoutier et de Georges Duboeuf.

Le renouvellement des générations, sujet ouvert dans la filière

Le financement des transmissions viticoles fait par ailleurs l'objet d'un débat fiscal en cours. La loi de finances pour 2025 a introduit une exonération de 75 % sur les transmissions de foncier viticole sous bail rural à long terme, plafonnée à 20 millions d'euros et assortie d'un engagement de conservation de dix-huit ans. Une question écrite déposée à l'Assemblée nationale relève que le dispositif a été restreint aux baux conclus à compter du 1er janvier 2025, ce qui en reporte l'effet pratique. Le dossier chablisien relève d'une autre logique — l'apport de fonds propres à la société d'exploitation, non la transmission du foncier — mais s'inscrit dans le même contexte de renouvellement générationnel.

Sources
Communiqué de presse, Crédit Agricole, 15 septembre 2026
Communiqué de presse Miraval Provence, Crédit Agricole, 9 septembre 2026
Documentation institutionnelle IDIA Capital Investissement (stratégie viticole) et Carvest
Communiqué AdVini / Grands Crus Investissements, 6 décembre 2016
CFNews (LGI Wines)
Actualités M&A de la vigne et du vin (Château Virant, décembre 2024)
Pappers (Grands Crus Investissements, SIREN 379 231 731)
Bodacc / RCS Auxerre (immatriculation août 2022)
LSA
larvi.com
The Buyer (périmètre CA Grands Crus)
Wein.plus (portefeuille viticole du groupe)
Inside Burgundy
Winebow
Hachette Vins (surfaces du domaine)
Question écrite n° 5041, Assemblée nationale (transmission du foncier viticole)




samedi 19 septembre 2026

Bourgogne : le groupe Arvitis (famille Thiénot) entre au capital du Domaine Guy & Yvan Dufouleur

Le groupe familial Arvitis, fondé par Alain Thiénot, prend le contrôle du Domaine Guy & Yvan Dufouleur, à Nuits-Saint-Georges. L'opération, révélée début septembre par Le Bien public, constitue la première implantation viticole du groupe en Bourgogne. Yvan Dufouleur reste associé et conserve la gérance de la propriété.

Une première position bourguignonne

Arvitis — anciennement Thiénot Bordeaux Champagnes — exploite environ 560 hectares de vignes, répartis jusqu'ici entre la Champagne, le Bordelais et la Californie. Le portefeuille réunit quatre maisons de champagne (Thiénot, Canard-Duchêne, Joseph Perrier, Marie Stuart), les maisons de négoce bordelaises CVBG, Dourthe et Kressmann, une série de châteaux girondins, ainsi qu'une participation majoritaire dans le domaine L'Aventure, à Paso Robles, prise en 2020. 

La commercialisation est assurée en exclusivité par la structure de distribution du groupe, Champagnes & Châteaux, organisée en deux entités France et Export.

La Bourgogne manquait à cet ensemble. L'entrée au capital du domaine nuiton y remédie sans passer par une acquisition foncière de marché, dans un vignoble où les transactions en Côte de Nuits restent rares et très disputées.

Trente hectares de Fixin à Santenay

Le Domaine Guy & Yvan Dufouleur est établi à Nuits-Saint-Georges. La famille revendique une présence viticole locale depuis 1596. L'exploitation, portée par la SCEA du Domaine Guy et Yvan Dufouleur emploie un peu moins de 20 salariés.

Le vignoble couvre une trentaine d'hectares, étirés de Fixin, au nord de la Côte de Nuits, jusqu'à Santenay, au sud de la Côte de Beaune, en passant par les Hautes-Côtes. La gamme mobilise une dizaine d'appellations, dont Nuits-Saint-Georges — avec plusieurs premiers crus, parmi lesquels Aux Saint-Julien, Les Poulettes et le Clos des Perrières —, Fixin, Morey-Saint-Denis, Côte de Nuits-Villages et Santenay. La conduite des vignes et la vinification étaient assurées par Yvan Dufouleur, fils aîné de Guy, aux côtés de son oncle Xavier Dufouleur, cogérant.

Une transmission contrainte par le nombre d'héritiers

Selon la presse professionnelle, la décision de céder le contrôle tient à la multiplicité des héritiers du domaine, configuration classique de blocage patrimonial dans les propriétés bourguignonnes anciennes, où la valorisation du foncier rend tout rachat de parts entre membres d'une même famille difficilement finançable.

Du contrat de distribution à la prise de participation

La relation entre les deux parties est antérieure à l'opération capitalistique. Arvitis assurait déjà depuis plusieurs années la distribution des vins du domaine, y compris à l'international : le groupe a notamment mis en avant la propriété auprès du négoce américain lors d'une dégustation professionnelle organisée à New York au printemps 2026.

Le schéma — prise de contrôle d'un fournisseur dont on commercialise déjà les vins — sécurise l'approvisionnement en bourgognes d'un portefeuille jusqu'ici dépourvu de la région, alors que les appellations de la Côte d'Or restent un passage obligé pour les distributeurs positionnés sur le haut de gamme.

Ni le prix de l'opération, ni le pourcentage exact détenu par Arvitis n'ont été communiqués.

Sources
Le Bien public, « Ils nous font totalement confiance : le domaine Guy & Yvan Dufouleur repris par le groupe Arvitis », 5 septembre 2026
Briefing presse professionnelle transmis (signé L.G.)
Pappers et Societe.com, fiches SCEA du Domaine Guy et Yvan Dufouleur (SIREN 325 396 554) et Arvitis (SIREN 352 661 029), consultées le 19 septembre 2026
Sites institutionnels arvitis.fr, arvitis.com et champagnes-and-chateaux.com
Site du Domaine Guy et Yvan Dufouleur
Guide Hachette des Vins
Communications professionnelles Arvitis