samedi 26 septembre 2026

Provence : la famille Gervoson cède le Château Grand Boise à son directeur d’exploitation et à Romain Tosolini

Le Château Grand Boise, propriété viticole de Trets (Bouches-du-Rhône) située face au massif de la Sainte-Victoire, a changé de mains. La famille Gervoson, à l’origine du groupe agroalimentaire Andros, l’a cédé à Jean Simonet, directeur d’exploitation depuis 2013, à son épouse Ana-Sofia Simonet, responsable de l’événementiel, et à Romain Tosolini, propriétaire du Château Cedrus dans le Ventoux.

L’opération porte, selon la communication des acquéreurs, sur l’ensemble des activités du domaine, exploitation et foncier. Son montant n’a pas été communiqué.

Un vendeur sans successeur familial

Le groupe Andros a été fondé en 1959 à Biars-sur-Cère (Lot) par Jean Gervoson et Pierre Chapoulart. Il détient notamment les marques Andros, Bonne Maman, Mamie Nova et St Michel. Grand Boise constituait un actif viticole détenu en marge de ce cœur de métier.

La famille Gervoson a acquis le domaine en décembre 2006. La propriété avait été rachetée en 1998 à la famille Gruey par un investisseur danois, Jan Nielsen. Les bâtiments avaient été rénovés et l’ensemble couvre près de 500 hectares de bois et de terres agricoles, sur un relief accidenté.

Selon Jean Simonet, Xavier Gervoson envisageait une transmission à ses enfants, qui n’ont pas souhaité reprendre le domaine. Mis sur le marché, Grand Boise n’a pas trouvé preneur. Jean Simonet invoque plusieurs contraintes : une propriété non constructible, située en zone protégée, sans possibilité de développer une offre hôtelière ou réceptive lourde, et un vignoble escarpé. « Grand Boise n’est pas un projet tranquille », a-t-il résumé.

Une reprise par l’équipe en place

Jean Simonet est arrivé à Grand Boise en janvier 2013, en provenance du Château de Pibarnon, où il était responsable commercial. Sa mission consistait à remettre le vignoble en production, à développer les activités annexes et à reconstruire la commercialisation du domaine. Parallèlement, il a développé une activité de conseil auprès d’investisseurs sur des projets d’acquisition de vignobles.

Face à l’absence de repreneur, il a recherché un associé pour reprendre lui-même la propriété avec son épouse. Il avait accompagné Romain Tosolini dans la création du Château Cedrus. Selon le communiqué des acquéreurs, les deux actionnaires sont désormais les familles Simonet et Tosolini. La répartition du capital n’a pas été rendue publique.

Un vignoble de montagne restructuré

Le vignoble est morcelé en plus de 90 parcelles, disséminées entre 300 et 650 mètres d’altitude. Selon Jean Simonet, 45 minutes de tracteur séparent le bas et le haut de la propriété. Il indique avoir restructuré environ 80 % du vignoble en une douzaine d’années : arrachage des vignes improductives et de l’ensemble des cabernets, replantation du versant sud, historiquement cultivé en terrasses.

L’encépagement repose principalement sur le grenache et le rolle, avec de la syrah sur les zones les plus fraîches. Pour anticiper la hausse des températures sur certains sols argileux, le domaine a introduit le nebbiolo et l’assyrtiko. Ce dernier, issu de bois de Santorin surgreffés sur syrah, a été vinifié pour la première fois en 2025.

Le domaine compte aujourd’hui environ 36 hectares en production et 2,5 hectares de plantiers. La conversion à l’agriculture biologique, engagée en 2012, a été certifiée en 2014, puis complétée par une certification biodynamique Biodyvin en 2022. Les vinifications sont conduites en levures indigènes, en béton pour les rouges et les blancs, en inox pour les rosés, avec une part croissante de petits contenants destinés aux sélections parcellaires. La production est revendiquée en AOC Côtes de Provence et Côtes de Provence Sainte-Victoire. En 2024, Jean Simonet indiquait au magazine Chefs d’Oc produire 40 à 45 % de rosé, un tiers de rouge et le solde en blanc.

Romain Tosolini, un investisseur issu de l’entreprise

Romain Tosolini dirige l’entreprise familiale de chauffage et de climatisation basée à Marseille. Finaliste de la première saison de MasterChef en 2010, il a ensuite ouvert un restaurant à Aix-en-Provence. Il détient avec son épouse Adeline le Château Cedrus, ex-Château Saint-Laurent, à Mormoiron (Vaucluse), au pied du mont Ventoux.

Les projets des repreneurs

Selon Jean Simonet, la restructuration du vignoble et du réseau commercial est désormais achevée. Les associés prévoient de poursuivre les expérimentations à la vigne et en cave, de développer la production de blancs et de diversifier les contenants.

Le volet d’accueil se concentre sur des formats compatibles avec les contraintes du site. Le bistrot situé au bord de l’ancienne route nationale 7 a été restructuré et installé dans le caveau et la boutique de vins et d’épicerie fine. Il est ouvert six jours sur sept. Les 40 kilomètres de chemins du domaine sont en cours de réhabilitation, pour des randonnées balisées à pied ou à vélo. Des activités sportives et de bien-être, orientées vers la population locale, sont également envisagées.

Un marché provençal sous tensions

L’opération intervient alors que le vignoble provençal traverse une phase de retournement. Le rosé représente une part prépondérante de la production des vins de Provence, selon le CIVP. La région est donc directement exposée au ralentissement de cette catégorie, après une décennie de croissance portée par l’export.

Les prix du vrac en sont le premier indicateur. Selon les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA du Var, les cours de l’AOC Côtes de Provence rosé ont reculé de 7 % entre 2024 et 2025, et de 30 % par rapport à 2019. Selon Cavistes & Co, le prix moyen s’établissait à 266 euros l’hectolitre en février 2026, sur douze mois glissants, contre plus de 300 euros quelques années plus tôt. Les transactions supérieures à 300 euros ont disparu au profit des tranches inférieures. Des ventes autour de 100 euros l’hectolitre, dénoncées fin 2025 par les syndicats, ont été qualifiées de marginales par la commission de cotation des vins de Provence, qui situait alors le marché entre 200 et plus de 300 euros.

Cette érosion intervient à prix de rayon stables. Le prix moyen d’une bouteille de rosé de Provence en grande distribution se maintient autour de 6,70 euros. Les organisations syndicales y voient une concentration de la valeur à l’aval de la filière, au détriment de la production.

L’équilibre entre l’offre et la demande reste fragile. La récolte provençale 2025 a atteint 915 000 hectolitres, en hausse de 14 % par rapport au millésime 2024, historiquement bas. Les stocks avaient été réduits d’un quart. Les sept premiers mois de la campagne ont été dynamiques, avec près de 310 000 hectolitres de Côtes de Provence rosé échangés en vrac au 1er mars 2026, en hausse de 3 % selon le CIVP. Vitisphère fait toutefois état d’un ralentissement des transactions depuis avril 2026, à l’approche d’une nouvelle récolte.

Les débouchés se sont profondément recomposés. Selon des données du CIVP rapportées par la presse spécialisée, l’export représente 42 % des ventes de rosés de Provence en 2025, contre 16 % dix ans plus tôt. La grande distribution française est revenue à 26 %, contre 38 % en 2016, et les circuits spécialisés à 32 %. Les États-Unis absorbent près d’un tiers des volumes exportés, un marché exposé aux incertitudes tarifaires. Les chiffres publiés depuis la transaction par la FEVS font état, pour 2025, d’un recul des exportations d’AOC rouges et rosés de Provence de 3,1 % en volume et de 6,5 % en valeur.

Le marché foncier enregistre ce retournement avec retard. Selon la Safer, citée par Vitisphère, l’hectare de Côtes de Provence s’est échangé entre 60 000 et 120 000 euros en 2025, et plutôt entre 50 000 et 100 000 euros début 2026. Les écarts restent marqués entre le littoral, le plus valorisé, et l’intérieur des terres.

Dans ce contexte, le modèle décrit par Jean Simonet se distingue sur plusieurs points : une part du rosé limitée à 40 à 45 % de la production, une orientation vers les sélections parcellaires et un développement de la vente au domaine. Il reste soumis aux contraintes relevées par le repreneur lui-même : un vignoble escarpé et coûteux à exploiter, et l’impossibilité de valoriser le site par une offre hôtelière.

Une transmission interne

L’opération correspond à la cession d’un domaine familial sans successeur, après une mise sur le marché restée sans suite, à son équipe dirigeante adossée à un co-investisseur déjà engagé dans la viticulture. Pour le vendeur, elle marque la sortie d’un actif détenu en marge de son activité agroalimentaire. Pour les repreneurs, elle assure la continuité d’une stratégie conduite sur le domaine depuis 2013.

Sources

Terre de Vins, « Un nouveau trio d’associés pour reprendre le Château Grand Boise » (Frédérique Hermine)

Vitisphère, « Le vignoble provençal du château Grand Boisé racheté par un trio d’associés », septembre 2025 ; version anglaise « Three partners buy Château Grand Boisé »
Bodacc, Pappers, Societe.com, Annuaire des entreprises (data.gouv.fr) : SCEA Domaine de Grand’Boise (489 572 560), JARA (938 758 620), Grand’Boise Promotion (429 032 758), Grand Boise Immobilier (988 714 507), SCEA Tosolini (891 971 756)
Chefs d’Oc, « Une journée au Château Grand Boise », 2024
ODG Vignerons Sainte-Victoire, fiche Château Grand Boise
Château Cedrus, site officiel
CIVP, bilan économique 2024 et point à date juin 2025
Réussir Vigne, bilan FEVS des exportations 2025
Vitisphère, « Les vins rosés dans le rouge, tensions sur les cours en Côtes de Provence », décembre 2025 (JA83/FDSEA83, commission de cotation) ; « Le marché du vin vrac se tend en Côtes-de-Provence rosés », mai 2026 ; « Sur le marché des vignes, des poches de hausse et un océan de baisses des prix », 2026 (Safer)
Cavistes & Co, « Les rosés de Provence veulent anticiper un retournement de marché », avril 2026
Larvi, « Rosés de Provence : stratégie et valorisation à l’export » (données CIVP)
Wikipedia, Andros ; Réussir, Jean Gervoson






dimanche 20 septembre 2026

Bourgogne : Le Crédit Agricole entre au capital du Domaine Louis Moreau, à Chablis

Le groupe bancaire mutualiste a annoncé le 15 septembre 2026 son entrée minoritaire au capital du Domaine Louis Moreau, propriété familiale chablisienne de 86 hectares. L'opération vise à préparer la transmission de l'exploitation à la septième génération, à achever la conversion du vignoble en agriculture biologique et à financer le lancement d'une activité œnotouristique. Ni le montant investi ni le pourcentage de capital acquis n'ont été communiqués.

Deux véhicules du groupe, un ticket non divulgué

L'investissement est porté conjointement par deux entités. La Caisse régionale de Champagne-Bourgogne intervient via son véhicule CACB'Invest, conseillé par Carvest ; IDIA Capital Investissement intervient via Grands Crus Investissements. Carvest, filiale de onze Caisses régionales dont celle de Champagne-Bourgogne, gère selon le communiqué près de 430 millions d'euros répartis entre quelque 170 entreprises régionales. IDIA Capital Investissement, société de gestion pour compte propre du groupe, revendique environ 3 milliards d'euros sous gestion et un ticket cible compris entre 1 et 50 millions d'euros.

Une opération primaire, sans cession familiale

Le communiqué qualifie l'opération de « primaire ». Les fonds apportés entrent donc dans la société et ne rémunèrent pas une cession de titres par les actionnaires historiques. Anne et Louis Moreau restent aux commandes. L'entrée au capital s'inscrit dans un cycle de croissance affiché à horizon 2032.

Quatre objectifs sont énoncés : préparer la transmission progressive du domaine aux filles du couple, représentantes de la septième génération ; poursuivre la conversion du vignoble en agriculture biologique ; financer les projets d'investissement, dont une activité œnotouristique ; accompagner le développement commercial à l'export. Les dirigeants du domaine décrivent ce rapprochement comme « un choix de confiance et de vision ». Côté investisseurs, les déclarations sont portées par Cédric Fontaine pour IDIA Capital Investissement et David Valet pour Carvest.

Un vignoble de 86 hectares sur les quatre niveaux d'appellation

Propriété familiale depuis 1814, le domaine est dirigé par Louis Moreau, sixième génération, installé en 1994. Le communiqué fait état d'un vignoble de 86 hectares réparti sur les quatre niveaux d'appellation du chablisien : Petit Chablis, Chablis, Chablis Premier Cru et Chablis Grand Cru. Il précise que le domaine réalise une part significative de ses ventes à l'export et dans les circuits traditionnels valorisés. Aucun chiffre d'affaires n'est publié.

Ce périmètre de 86 hectares regroupe de longue date une cinquantaine d'hectares pour le Domaine Louis Moreau, auxquels s'ajoutent le Domaine de Biéville et le Domaine du Cèdre, également exploités par la famille. Le communiqué ne détaille pas la composition du périmètre retenu.

Grands Crus Investissements, un véhicule dédié à la transmission viticole

Le véhicule mobilisé n'est pas un outil généraliste. Grands Crus Investissements est un fonds d'investissement alternatif géré par IDIA Capital Investissement, dont l'objet est la prise de participation dans des sociétés de production ou de commercialisation vinicoles. Dans sa documentation publique, la structure se présente comme un investisseur dans des domaines viticoles de prestige accompagnant les acteurs de la filière dans leur développement et, explicitement, dans leur transmission. Son conseil d'administration réunit plusieurs Caisses régionales — Champagne-Bourgogne, Languedoc, Alpes Provence, Aquitaine, Franche-Comté, Pyrénées Gascogne — sous la présidence d'IDIA.

IDIA affiche, pour sa stratégie viticole, 297 millions d'euros sous gestion et une quinzaine de participations, avec un ticket d’investissement de 1 à 20 millions d'euros. La société revendique plus de trente ans de présence dans la filière et positionne son intervention sur le capital développement et le capital transmission. Elle indique par ailleurs ne pas dépasser 30 % du capital des entreprises accompagnées, pour des durées de détention moyennes de cinq à dix ans.

Quatre formats d'intervention en dix ans

Les opérations passées couvrent des configurations distinctes, pour un même cadre juridique : minorité, horizon long, absence de contrôle opérationnel.

Le financement d'une croissance externe, d'abord. En décembre 2016, Grands Crus Investissements avait souscrit l'intégralité d'une augmentation de capital réservée d'AdVini, pour environ 7,6 millions d'euros, destinée à financer une acquisition du groupe héraultais.

La recomposition d'un actionnariat de management, ensuite. IDIA est présent au capital de LGI Wines depuis 2015 et a réinvesti lors du troisième MBO de l'exportateur languedocien, opération à l'issue de laquelle l'équipe dirigeante détenait 90 % des titres.

La reprise par des tiers, également. En décembre 2024, le fonds est entré au capital du Château Virant, en Coteaux d'Aix-en-Provence, aux côtés de Sofipaca, pour accompagner un MBI mené par deux couples de repreneurs — sur une valorisation restée confidentielle.

Le financement d'une marque, enfin. Le 9 septembre 2026, IDIA et Sofipaca sont entrés au capital de Miraval Provence par voie d'augmentation de capital réservée, en position minoritaire aux côtés de Familles Perrin et de Château Miraval. Les fonds sont destinés au développement commercial à l'international, au plan marketing des marques Miraval et Studio by Miraval, au lancement de nouveaux produits et au renforcement des équipes. L'actionnariat familial y est déjà partagé entre deux associés et la question successorale n'est pas posée.

Ce dossier chablisien constitue donc un cinquième cas de figure : l'apport de fonds propres est explicitement adossé à une succession intrafamiliale annoncée, avec désignation des repreneuses. Le format financier est celui de Miraval — opération primaire, minorité, horizon pluriannuel — mais l'objet diffère.

Un dispositif à deux étages

Ce positionnement minoritaire se distingue de l'autre branche viticole du groupe constitué par CA Grands Crus qui détient et exploite en propre des propriétés, parmi lesquelles Château Grand-Puy Ducasse à Pauillac, Château Meyney à Saint-Estèphe et, en Bourgogne, l'ancien Château de Santenay devenu Château Philippe le Hardi.

Grands Crus Investissements, lui, n'exploite pas : il apporte des fonds propres à des sociétés dirigées par leurs propriétaires. Outre AdVini et LGI Wines, le groupe figure au capital de M. Chapoutier et de Georges Duboeuf.

Le renouvellement des générations, sujet ouvert dans la filière

Le financement des transmissions viticoles fait par ailleurs l'objet d'un débat fiscal en cours. La loi de finances pour 2025 a introduit une exonération de 75 % sur les transmissions de foncier viticole sous bail rural à long terme, plafonnée à 20 millions d'euros et assortie d'un engagement de conservation de dix-huit ans. Une question écrite déposée à l'Assemblée nationale relève que le dispositif a été restreint aux baux conclus à compter du 1er janvier 2025, ce qui en reporte l'effet pratique. Le dossier chablisien relève d'une autre logique — l'apport de fonds propres à la société d'exploitation, non la transmission du foncier — mais s'inscrit dans le même contexte de renouvellement générationnel.

Sources
Communiqué de presse, Crédit Agricole, 15 septembre 2026
Communiqué de presse Miraval Provence, Crédit Agricole, 9 septembre 2026
Documentation institutionnelle IDIA Capital Investissement (stratégie viticole) et Carvest
Communiqué AdVini / Grands Crus Investissements, 6 décembre 2016
CFNews (LGI Wines)
Actualités M&A de la vigne et du vin (Château Virant, décembre 2024)
Pappers (Grands Crus Investissements, SIREN 379 231 731)
Bodacc / RCS Auxerre (immatriculation août 2022)
LSA
larvi.com
The Buyer (périmètre CA Grands Crus)
Wein.plus (portefeuille viticole du groupe)
Inside Burgundy
Winebow
Hachette Vins (surfaces du domaine)
Question écrite n° 5041, Assemblée nationale (transmission du foncier viticole)




samedi 19 septembre 2026

Bourgogne : le groupe Arvitis (famille Thiénot) entre au capital du Domaine Guy & Yvan Dufouleur

Le groupe familial Arvitis, fondé par Alain Thiénot, prend le contrôle du Domaine Guy & Yvan Dufouleur, à Nuits-Saint-Georges. L'opération, révélée début septembre par Le Bien public, constitue la première implantation viticole du groupe en Bourgogne. Yvan Dufouleur reste associé et conserve la gérance de la propriété.

Une première position bourguignonne

Arvitis — anciennement Thiénot Bordeaux Champagnes — exploite environ 560 hectares de vignes, répartis jusqu'ici entre la Champagne, le Bordelais et la Californie. Le portefeuille réunit quatre maisons de champagne (Thiénot, Canard-Duchêne, Joseph Perrier, Marie Stuart), les maisons de négoce bordelaises CVBG, Dourthe et Kressmann, une série de châteaux girondins, ainsi qu'une participation majoritaire dans le domaine L'Aventure, à Paso Robles, prise en 2020. 

La commercialisation est assurée en exclusivité par la structure de distribution du groupe, Champagnes & Châteaux, organisée en deux entités France et Export.

La Bourgogne manquait à cet ensemble. L'entrée au capital du domaine nuiton y remédie sans passer par une acquisition foncière de marché, dans un vignoble où les transactions en Côte de Nuits restent rares et très disputées.

Trente hectares de Fixin à Santenay

Le Domaine Guy & Yvan Dufouleur est établi à Nuits-Saint-Georges. La famille revendique une présence viticole locale depuis 1596. L'exploitation, portée par la SCEA du Domaine Guy et Yvan Dufouleur emploie un peu moins de 20 salariés.

Le vignoble couvre une trentaine d'hectares, étirés de Fixin, au nord de la Côte de Nuits, jusqu'à Santenay, au sud de la Côte de Beaune, en passant par les Hautes-Côtes. La gamme mobilise une dizaine d'appellations, dont Nuits-Saint-Georges — avec plusieurs premiers crus, parmi lesquels Aux Saint-Julien, Les Poulettes et le Clos des Perrières —, Fixin, Morey-Saint-Denis, Côte de Nuits-Villages et Santenay. La conduite des vignes et la vinification étaient assurées par Yvan Dufouleur, fils aîné de Guy, aux côtés de son oncle Xavier Dufouleur, cogérant.

Une transmission contrainte par le nombre d'héritiers

Selon la presse professionnelle, la décision de céder le contrôle tient à la multiplicité des héritiers du domaine, configuration classique de blocage patrimonial dans les propriétés bourguignonnes anciennes, où la valorisation du foncier rend tout rachat de parts entre membres d'une même famille difficilement finançable.

Du contrat de distribution à la prise de participation

La relation entre les deux parties est antérieure à l'opération capitalistique. Arvitis assurait déjà depuis plusieurs années la distribution des vins du domaine, y compris à l'international : le groupe a notamment mis en avant la propriété auprès du négoce américain lors d'une dégustation professionnelle organisée à New York au printemps 2026.

Le schéma — prise de contrôle d'un fournisseur dont on commercialise déjà les vins — sécurise l'approvisionnement en bourgognes d'un portefeuille jusqu'ici dépourvu de la région, alors que les appellations de la Côte d'Or restent un passage obligé pour les distributeurs positionnés sur le haut de gamme.

Ni le prix de l'opération, ni le pourcentage exact détenu par Arvitis n'ont été communiqués.

Sources
Le Bien public, « Ils nous font totalement confiance : le domaine Guy & Yvan Dufouleur repris par le groupe Arvitis », 5 septembre 2026
Briefing presse professionnelle transmis (signé L.G.)
Pappers et Societe.com, fiches SCEA du Domaine Guy et Yvan Dufouleur (SIREN 325 396 554) et Arvitis (SIREN 352 661 029), consultées le 19 septembre 2026
Sites institutionnels arvitis.fr, arvitis.com et champagnes-and-chateaux.com
Site du Domaine Guy et Yvan Dufouleur
Guide Hachette des Vins
Communications professionnelles Arvitis




dimanche 13 septembre 2026

Provence : via l’IDIA et SOFIPACA, le Crédit Agricole prennent 7% de Miraval Provence, la société commercialisant la marque Miraval

Le Crédit Agricole a annoncé le 9 septembre 2026 son entrée au capital de Miraval Provence, la société qui commercialise les vins de la marque Miraval. L'opération prend la forme d'une augmentation de capital réservée, souscrite par IDIA Capital Investissement et SOFIPACA. Le communiqué du groupe bancaire ne mentionne aucun montant. Vitisphere, qui a exploité les actes déposés, l'établit à 15 millions d'euros.

Une émission souscrite début août

Les actionnaires historiques ont décidé le 3 août 2026 l'émission de 746 actions nouvelles, d'une valeur nominale de 1 euro assortie d'une prime d'émission de 20 110 euros par titre. Les deux investisseurs ont souscrit l'intégralité de l'émission le 4 août. Le capital social passe ainsi de 10 000 à 10 746 euros. Les 10 000 actions initiales étaient détenues à parts égales par Château Miraval et Familles Perrin.

Sur ces bases, les deux véhicules du Crédit Agricole détiennent environ 6,9 % du capital. Le prix de souscription de 20 111 euros par action valorise les capitaux propres de Miraval Provence autour de 201 millions d'euros avant opération et de 216 millions après. Ces calculs découlent des termes rapportés par la presse professionnelle et n'ont pas été confirmés par les parties.

IDIA Capital Investissement est la société de gestion pour compte propre du groupe Crédit Agricole. Elle gère environ 3 milliards d'euros et investit des tickets compris entre 1 et 50 millions d'euros. SOFIPACA est la filiale de capital-investissement des Caisses régionales de Crédit Agricole Provence Côte d'Azur et Alpes Provence. Créée en 1984, elle gère plus de 150 millions d'euros et suit une quarantaine de participations en Région Sud. Les deux structures interviennent en actionnaires minoritaires.

Quatre chantiers annoncés

Le communiqué détaille l'emploi des fonds. Il s'agit d'accélérer le développement commercial en France et à l'international avec les partenaires distributeurs, de déployer un plan marketing et communication au service des marques Miraval et Studio by Miraval, d'accompagner le lancement de nouveaux produits et de renforcer la structure organisationnelle par des recrutements.

Marc Perrin indique que le partenariat donne les moyens de « renforcer les équipes et d'attirer de nouveaux talents ». Cédric Fontaine, chez IDIA, et Alexandre Flageul, chez SOFIPACA, mettent en avant la qualité du partenariat entre la Famille Perrin et Château Miraval et l'inscription du développement dans la durée.
Aucun des quatre chantiers ne porte sur l'acquisition de foncier ou d'outil de production.

Une société de marque plutôt qu'un domaine

Miraval Provence est une SAS immatriculée au RCS d'Avignon, dont le siège est situé à Orange, dans le Vaucluse, à l'adresse de Familles Perrin. Son code d'activité est celui du commerce de gros de boissons. L'objet social déclaré vise le négoce, l'achat et la vente en gros et au détail, l'import-export de vins et spiritueux ainsi que la gestion des filiales.

Depuis 2024, les comptes affichent un peu plus de 24 millions de chiffre d’affaires pour une rentabilité d’exploitation proche de 15 millions. Le montant annoncé de valorisation de la société se situe donc à plus de 20x le CA et près de 13x l’Ebitda, pour des fonds propres de 13 millions d’euros.

La société est purement commerciale et ne ne supporte aucune charge de personnel. La production, l'exploitation viticole et les équipes relèvent d'autres entités du périmètre.

Ce profil éclaire l'opération. Le Crédit Agricole n'entre pas au capital d'un domaine, mais d'un véhicule de commercialisation dont l'actif principal est un portefeuille de marques.

Deux marques et un champagne

Miraval Provence exploite deux positionnements. Miraval Côtes de Provence occupe le segment haut de gamme. Studio by Miraval, en IGP Méditerranée, vise un prix d'accès plus bas et tire son nom du studio d'enregistrement du château. La société commercialise également Muse de Miraval ainsi que le champagne Fleur de Miraval, développé avec la maison Pierre Peters au Mesnil-sur-Oger. Elle détient par ailleurs les marques Studio Spritz, MRVL et L'Art du Rosé, déposées entre 2017 et 2024.

Le communiqué indique une présence commerciale dans plus de cent pays et une part prépondérante de l'export dans les ventes. La qualification de « référence emblématique du rosé de Provence » appliquée à la marque Miraval relève de la communication des parties.

Campari, partenaire de distribution

Miraval a signé en septembre 2023 un accord de distribution exclusive avec Campari Group, portant d'abord sur la France et les États-Unis, avec effet début 2024. La presse professionnelle a présenté cet accord comme un contrat de dix ans. Miraval constituait la première marque de vin défendue par Campari sur le marché américain. En France, le groupe italien distribuait déjà Mouton Cadet et les rosés Minuty.

Le communiqué du 9 septembre décrit un réseau de distribution mondial adossé à la fois aux canaux historiques de Familles Perrin et à un partenariat stratégique avec Campari Group couvrant plusieurs marchés clés.

Ce point mérite d'être suivi. Campari conduit depuis 2025 un programme de cessions de marques non prioritaires, qui a concerné le cognac Bisquit & Dubouché, la tequila Cabo Wabo et les rhums de Bellonnie et Bourdillon Successeurs. Son directeur général, Simon Hunt, a indiqué début août 2026 vouloir achever ce recentrage d'ici la fin de l'année, autour d'Aperol, Campari, Grand Marnier, Courvoisier, Espolon et Skyy. Aucune communication publique ne fait état d'une évolution de l'accord de distribution conclu avec Miraval.

Un actionnariat amont toujours contentieux

Trois entités distinctes doivent être séparées :
- Miraval Provence est la société commerciale détenue jusqu'ici à parité par Familles Perrin et Château Miraval.
- Château Miraval est la société propriétaire du domaine de Correns, dans le Var.
- Quimicum, société luxembourgeoise, détient Château Miraval.

Quimicum a été acquise en 2008 par Brad Pitt, via Mondo Bongo, et Angelina Jolie, via Nouvel, selon une répartition initiale de 60/40 rééquilibrée à parité en 2013. En octobre 2021, Angelina Jolie a cédé Nouvel à Tenute del Mondo, filiale du groupe Stoli contrôlé par Yuri Shefler. Brad Pitt a engagé une action en février 2022 devant la Cour supérieure de Los Angeles, soutenant qu'une cession sans accord réciproque avait été convenue entre les époux. Angelina Jolie conteste l'existence d'un tel engagement. Nouvel a déposé en septembre 2022 une demande reconventionnelle visant notamment Brad Pitt, Mondo Bongo, Marc-Olivier Perrin, la SAS Miraval Provence et la SAS Familles Perrin.

Le litige porte sur la propriété du domaine et non sur la société commerciale. Le communiqué du 9 septembre mentionne néanmoins des conseils juridiques distincts pour Miraval Provence et pour Château Miraval.

Synthèse : la financiarisation du rosé de Provence

Vingt ans de montée en gamme

Le rosé de Provence a changé de statut au cours des deux dernières décennies. Il est passé d'un vin de consommation estivale, largement écoulé en grande distribution française, à une catégorie de marque distribuée à l'international et vendue sur des codes proches de ceux du luxe : robe pâle, flaconnage travaillé, prix de rayon élevé, campagnes de notoriété.

Sacha Lichine a ouvert la voie en rachetant le Château d'Esclans en 2006, puis en construisant une gamme allant de Whispering Angel à Garrus. La démonstration commerciale a été faite aux États-Unis, où Whispering Angel s'est imposé comme le rosé français le plus vendu. Miraval a suivi la même logique à partir du millésime 2012, avec une marque adossée à une notoriété extérieure au vin et une production confiée à la Famille Perrin.

L'entrée des groupes de luxe

Les opérations capitalistiques ont suivi à partir de 2019.

Moët Hennessy, division vins et spiritueux de LVMH, a acquis cette année-là le Château du Galoupet, cru classé des Côtes de Provence, puis 55 % du Château d'Esclans. Le groupe a racheté 50 % détenus par Alix AM PTE Limited et 5 % cédés par Sacha Lichine, qui a conservé la direction du domaine. La presse a évalué l'opération autour de 140 millions d'euros. Moët Hennessy a également repris le Jas d'Esclans et le Château de Vaucouleurs. En février 2023, le groupe a pris une participation majoritaire au capital du Château Minuty, à Gassin, qui commercialisait alors plus de neuf millions de bouteilles par an. Les estimations de prix publiées par la presse s'échelonnent de 350 à 460 millions d'euros, sans confirmation des parties.

Pernod Ricard a acquis en mars 2022 une participation majoritaire au Château Sainte Marguerite, cru classé détenu par la famille Fayard. Le domaine a annoncé en avril 2024 l'acquisition des 280 hectares du domaine Aux Terres de Ravel, portant son vignoble à plus de 500 hectares, avec rétrocession de 20 hectares à de jeunes viticulteurs via la SAFER.

Chanel a acheté en 2019 le Domaine de l'Île, à Porquerolles, puis le Domaine Perzinsky, devenant le premier propriétaire viticole de l'île avec une quarantaine d'hectares conduits en bio. 

Seul professionnel du vin « historique », Frédéric Rouzaud, avait de longue date, avec le groupe Louis Roederer, investi les Domaines Ott, complétés par le Domaine de l'Hermitage à Bandol et le Château La Moutète.

Le retournement du marché

Le cycle s'est inversé en 2023. Les exportations de vins de Provence ont reculé pour la première fois en dix ans, de 12 % en volume et de 6,8 % en valeur selon l'interprofession. Les volumes vendus en grande distribution française ont baissé de 10 %, tandis que les prix progressaient de 7 %. L'appellation Côtes de Provence a abaissé de 10 % son plafond de rendement pour le millésime 2023, ramené à 50 hectolitres par hectare. La récolte 2024 a été la plus faible depuis dix ans, avec deux années consécutives de baisse.

La structure des débouchés s'est déplacée. L'export représente 42 % des sorties en 2025, contre 16 % dix ans plus tôt. La grande distribution française est passée sous 26 %, contre 38 % en 2016. Les circuits spécialisés, cavistes, restauration et vente au caveau, pèsent environ 32 %. Les exportations de rosés de Provence avoisinent 418 000 hectolitres pour 328,7 millions d'euros départ cave, soit un prix moyen de l'ordre de 5,90 euros par bouteille.

Cette internationalisation a accru l'exposition américaine au moment où les conditions d'accès se sont dégradées. Depuis le 7 août 2025, les vins et spiritueux européens sont taxés à 15 % à l'entrée aux États-Unis, contre 4,8 % auparavant. La fédération des exportateurs a souligné que cette hausse s'ajoute à un effet de change défavorable. Le Var est le premier producteur mondial de vin rosé et les États-Unis absorbent une part majoritaire des exportations provençales en valeur.

En 2026, l'interprofession a mis en place un volume commercialisable de référence plafonnant la production de rosés de Provence à un million d'hectolitres. Son directeur, Brice Eymard, a relié cette décision au recul des achats américains, que la croissance des autres marchés compense sans permettre de progresser.

L’avenir du Rosé de Provence entre premiumisation et démocratisation reste fondée sur une valeur des marques et sur l’innovation ; ainsi les prochaines « bulles » en rosé de Provence seront indissociables des cocktails des été 2027 et 2028 (Studio Spritz !!)

Le foncier suit avec retard

Le marché des vignes provençales a d'abord résisté. La SAFER relevait encore en 2024 une progression de 14 % du prix moyen en AOP Côtes de Provence, à 40 000 euros l'hectare, avec des parcelles littorales échangées entre 80 000 et 120 000 euros et des parcelles intérieures entre 40 000 et 70 000 euros.

Le bilan 2025 marque une inflexion. Le bassin Vallée du Rhône-Provence affiche un prix moyen en recul de 5,4 %, avec des baisses marquées en Coteaux d'Aix-en-Provence et aux Baux-de-Provence. Dans le Var, le directeur départemental de la SAFER, Christophe Campanelli, décrit un second semestre marqué par l'attentisme des acquéreurs et un nombre de candidats en baisse : « seules les belles opportunités trouvent preneurs ». Les prix se sont maintenus en 2025 et commencent à fléchir en 2026. Les parcelles du golfe de Saint-Tropez restent recherchées.

Ce que dit l'opération Miraval

L'opération du 9 septembre s'inscrit dans ce cycle sans le prolonger à l'identique. Les acquisitions de 2019 à 2024 portaient sur des propriétés, avec un changement de contrôle et une prime payée sur des actifs corporels et incorporels. L'entrée du Crédit Agricole porte sur une minorité, sans transfert de contrôle, dans une société sans foncier ni salarié, dont les fonds propres comptables s'élèvent à 12,9 millions d'euros pour une valorisation implicite d'environ 200 millions.

L'argent apporté est fléché vers le marketing, l'innovation produit et les recrutements. Il finance la défense d'une position de marque sur des marchés qui se contractent, et non l'extension d'un vignoble. La nature de l'investisseur diffère également : un acteur financier régional de long terme, actionnaire minoritaire, là où les opérations précédentes associaient des groupes de luxe à une logique de portefeuille de maisons.

Vitisphere a relevé le contraste entre cet engagement et les difficultés d'accès au financement bancaire dont la filière fait état. Le Crédit Agricole a par ailleurs pris en juin 2026 une participation dans Inessens, autre dossier agroalimentaire d'IDIA.

Sources

Communiqué Crédit Agricole, IDIA Capital Investissement et SOFIPACA, 9 septembre 2026, relayé par Zonebourse et Place de la Bourse ; SOFIPACA, publication du 11 septembre 2026 ; Vitisphere, articles des 10 septembre 2026, 6 juillet 2026, 22 mai 2025, 15 février 2023 et 29 novembre 2019 ; Mesinfos, 9 septembre 2026 ; Vinabox, 11 septembre 2026 ; Pappers et BODACC, comptes sociaux et données d'immatriculation de Miraval Provence (SIREN 793 067 554) ; LSA et Rayon Boissons, septembre 2023 ; Wine Industry Advisor, 22 septembre 2023 ; Wine Spectator, août 2023 ; The Spirits Business, 5 août 2026 ; Luxus Plus, juillet 2026 ; Cour d'appel de Californie, deuxième district, septième division, arrêt B338608 du 24 juin 2026 ; People, Fox News et TMZ, avril à septembre 2026 ; Businesswire, communiqués Pernod Ricard des 1er mars 2022 et 22 avril 2024 ; Decanter, 2019 ; Conseil interprofessionnel des vins de Provence, bilans économiques 2024 et 2025 ; Réussir Vigne, août 2026 et août 2025 ; FNSAFER, bilans des marchés fonciers ruraux 2024 et 2025 ; INPI, marques déposées par Miraval Provence.



Rhône : fusion des coopératives La Suzienne avec celle des Coteaux Saint Maurice

Deux coopératives voisines du sud de la Drôme, toutes deux adhérentes de l'UVCDR – Cellier des Dauphins, ont entamé le processus devant conduire à leur fusion. L'assemblée générale extraordinaire est annoncée pour février 2027. La cave La Suzienne, à Suze-la-Rousse, absorbera la cave des Coteaux de Saint-Maurice, à Saint-Maurice-sur-Eygues, en grande difficulté financière. L'ensemble consolidé est évalué à 60 000 hectolitres.

Un mandat de gestion installé dès janvier 2026

Le rapprochement a débuté par la direction. Au 1er janvier 2026, Jean-Pierre Donzey, directeur général de La Suzienne, a pris également la direction de la cave des Coteaux de Saint-Maurice dans le cadre d'un mandat de gestion. Les protocoles actant le processus de rapprochement ont été signés en juin 2026.

La récolte 2026 a été apportée et vinifiée dans son intégralité à Suze-la-Rousse. Les activités des deux structures seront regroupées sur ce site. L'assemblée générale extraordinaire appelée à approuver la fusion est prévue pour février 2027.

Deux structures de tailles inégales

La Suzienne produit de l'ordre de 45 000 hectolitres sur environ 1 400 hectares de vignes. Le nombre d'adhérents est estimé à 160. La coopérative a été créée dans les années 1920 et son siège se trouve au pied du château de Suze-la-Rousse qui abrite l'Université du Vin.

La cave des Coteaux de Saint-Maurice produit environ 15 000 hectolitres sur près de 400 hectares, pour une soixantaine d'adhérents. Elle est implantée à Saint-Maurice-sur-Eygues. La structure emploie près de neuf salariés.

Le nouvel ensemble représentera une production consolidée proche de 60 000 hectolitres, soit un volume comparable à celui des coopératives moyennes du bassin rhodanien méridional, sans commune mesure avec les groupes issus des concentrations vauclusiennes de la dernière décennie.

Une cave en difficulté, mise en concurrence

Le motif du rapprochement a été exposé sans détour par le directeur général de La Suzienne. La cave de Saint-Maurice travaillait correctement mais son volume réduit ne permettait plus d'absorber ses charges, d'où une situation financière très dégradée. Selon ses déclarations, la coopérative de Saint-Maurice a comparé plusieurs offres émanant de caves voisines avant de retenir celle de Suze-la-Rousse, présentée comme la seule équilibrée entre les intérêts des deux parties.

Le schéma est classique dans la restructuration coopérative : la cave la plus solide sécurise des volumes et élargit sa gamme d'appellations, la plus fragile évite la liquidation et conserve un débouché pour ses apporteurs.

Une gouvernance instable à Suze-la-Rousse depuis 2022

La Suzienne a enregistré plusieurs changements de direction en quatre ans. Alain Bayonne, directeur général depuis 2008, a fait valoir ses droits à la retraite au printemps 2022. Juliette Allain lui a succédé en mai 2022 et a quitté le poste en juin 2023. Olivier Salles, alors président du conseil d'administration, a cumulé les fonctions de président et de directeur général à compter de juin 2023. Jean-Pierre Donzey a été nommé directeur général en 2025, la présidence revenant à Olivier Agosti en juin 2025.

Cette rotation intervient dans une période de dégradation des comptes. Les données financières publiées font état d'un chiffre d'affaires social de près de 6 millions d'euros pour l'exercice 2024 et d'une rentabilité d'exploitation négative. Le directeur général situe pour sa part le chiffre d'affaires de la cave aux alentours de 10 millions d'euros, dont 80 % en vrac et 20 % en conditionné.

Trois circuits de commercialisation, une ambition export

La Suzienne commercialise 30 % de ses volumes via l'UVCDR – Cellier des Dauphins. Le solde est écoulé en grande distribution et en circuit traditionnel. La cave affiche désormais l'ambition de se développer à l'export.

Commercialement, chaque cave conservera son identité après la fusion. Le dispositif retenu dissocie donc l'outil industriel, regroupé à Suze-la-Rousse, des marques et des circuits, maintenus distincts.

Les premiers chantiers du rapprochement

Trois axes ont été annoncés.

→ L'amélioration de la qualité de production sur le site de Saint-Maurice.

→ La création d'IGP communes aux deux caves.

→ La valorisation des côtes-du-rhône villages suze-la-rousse, rochegude, saint-maurice et valréas, ainsi que du cru vinsobres.

Ces éléments sont présentés comme les prémices d'une politique de vente plus affirmée.

Repères sur les appellations concernées

Le portefeuille issu de la fusion couvre plusieurs dénominations géographiques complémentaires de l'AOC côtes-du-rhône villages, dont le rendement de base est fixé à 41 hectolitres par hectare, contre 44 pour le côtes-du-rhône villages sans dénomination.

Saint-Maurice-sur-Eygues, Rochegude et Valréas figurent parmi les premières communes classées en côtes-du-rhône villages, en novembre 1966. Les surfaces revendiquées y sont modestes : de l'ordre de 135 hectares pour Rochegude et pour Saint-Maurice, près de 480 hectares pour Valréas.

La dénomination Suze-la-Rousse est plus récente. Elle a été reconnue par arrêté du 16 novembre 2016, publié au Journal officiel le 25 novembre suivant, en même temps que Sainte-Cécile et Vaison-la-Romaine. Elle est réservée aux vins rouges et s'étend sur quatre communes : Suze-la-Rousse, Bouchet et Tulette dans la Drôme, Bollène dans le Vaucluse. L'aire parcellaire délimitée couvre environ 2 600 hectares, mais la surface effectivement revendiquée reste limitée, de l'ordre de 190 hectares en 2025.

Vinsobres, classé en côtes-du-rhône villages en 1966, a été élevé au rang de cru des Côtes du Rhône par décret de février 2006, avec effet rétroactif sur la récolte 2004. Il s'agit du premier cru de la Drôme provençale. Le cahier des charges homologué en 2026 y ouvre la production de vins blancs, jusqu'alors limitée aux rouges.

L'UVCDR, cadre commun des deux coopératives

Les deux caves sont adhérentes de l'Union des vignerons des Côtes du Rhône, dont le siège est à Tulette et dont la marque Cellier des Dauphins constitue le principal actif commercial. L'union revendique environ 2 000 familles de vignerons et 12 000 hectares de vignes sur une vingtaine d'appellations rhodaniennes. Elle fédère aujourd'hui onze caves coopératives, contre treize au milieu des années 2010.

Les comptes de l'union font apparaître une érosion du chiffre d'affaires, de 67 millions d'euros en 2021 à 61 millions en 2024, assortie d'un net redressement des marges avec un excédent brut d'exploitation de près de 2 millions en 2024.

L'union a connu plusieurs départs de caves adhérentes sur la période récente, notamment celui de la cave de Cécilia, effectif à partir de la récolte 2020, et celui de Rochegude, annoncé de longue date. Le périmètre des apports constitue un sujet récurrent : les caves membres ne lui livrent historiquement qu'une part de leur production, ce que confirme la proportion de 30 % relevée à Suze-la-Rousse.

Un vignoble rhodanien sous contrainte économique

L'opération s'inscrit dans un contexte de marché dégradé. Les coûts de production en côtes-du-rhône ont été évalués à plus de 150 euros par hectolitre, hors frais de vinification, pour des rendements ramenés sous les 40 hectolitres par hectare. Les cours du vrac se situaient autour de 110 à 120 euros par hectolitre pour les côtes-du-rhône rouges, environ 190 euros pour les blancs et de l'ordre de 210 euros pour les villages rouges. L'écart entre le coût de revient et le prix de marché explique l'essentiel des difficultés rencontrées par les structures les plus exposées au vrac.

La vallée du Rhône figure parmi les bassins les plus touchés. Une évaluation des Vignerons Coopérateurs publiée fin 2024 situait à 50 % la proportion de caves rhodaniennes en difficulté, contre 40 % dans le Bordelais et 37 % en Occitanie. Avant la récolte 2025, La Coopération Agricole estimait à une centaine, sur environ 550, le nombre de caves coopératives en difficulté à l'échelle nationale, les régions les plus concernées étant l'Occitanie, la vallée du Rhône, la Provence et le Bordelais.

Une concentration coopérative déjà engagée dans le bassin

Le mouvement n'est pas nouveau dans la Drôme et le nord du Vaucluse. Rhonéa, née en 2014 de la fusion des caves de Vacqueyras et de Beaumes-de-Venise, a absorbé en 2019 le Cercle des vignerons du Rhône, qui réunissait les caves de Rasteau, Visan et Sablet. L'ensemble a alors été présenté comme le deuxième groupe coopératif de la vallée du Rhône, avec 123 000 hectolitres et un chiffre d'affaires de 54 millions d'euros.

Rapporté à ces précédents, le rapprochement Suze-la-Rousse / Saint-Maurice relève d'une autre échelle. Il ne crée pas un pôle régional mais consolide une cave moyenne par absorption d'une structure devenue trop petite pour amortir ses charges fixes. C'est le type d'opération que le rapport du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux consacré à la restructuration des caves coopératives décrit comme majoritaire, tout en relevant que l'addition de surfaces et d'adhérents ne suffit pas, à elle seule, à restaurer l'équilibre économique lorsque les apports continuent de se contracter.

À lire également sur ce blog

Roussillon : la fin d'un cycle pour la coopération viticole (23 août 2026)

Sources

Briefing presse fourni, rubrique France, signé Emmanuel Brugvin

Vitisphere, « "Nous avons été les seuls à leur proposer un projet équilibré" : 2 coopératives drômoises en voie de fusion », septembre 2026 (Olivier Bazalge)

Vitisphere, « Cécilia quitte le Cellier des Dauphins »

Vitisphere, « Difficultés pour 20 % des caves coopératives françaises : 50 % dans le Rhône, 40 % à Bordeaux, 37 % en Occitanie… », 31 octobre 2024 (Alexandre Abellan)

Réussir Vigne, « En côtes-du-rhône, des coûts de production supérieurs à 150 €/hl »

Réussir Vigne, « Concentrations de coopératives viticoles en série dans le Vaucluse »

Rayon Boissons, « Juliette Allain prend la direction générale de la cave coopérative La Suzienne dans les côtes-du-rhône », 6 janvier 2022 (Chantal Sarrazin)

Rayon Boissons, « Rhonéa et le Cercle des Vignerons du Rhône scellent leur union »

Pleinchamp, « Caves coopératives : comment sortir du pronostic vital ? »

CGAAER, « Mission d'appui à la restructuration des caves coopératives viticoles », rapport n° 25066, décembre 2025

INAO, cahier des charges de l'AOC Côtes du Rhône Villages ; cahier des charges de l'AOC Vinsobres, décret du 15 février 2006

Inter Rhône / cotesdurhone.com, fiches des dénominations géographiques

Pappers et Societe.com, fiches LA SUZIENNE (SIREN 301 169 850), CAVE DES COTEAUX DE SAINT MAURICE (SIREN 779 449 818), UVCDR (SIREN 302 558 622), EURL CAVEAU LA SUZIENNE (SIREN 401 687 512)

Union des Vignerons des Côtes du Rhône, site institutionnel

Ventoux Magazine, « Vaison, Sainte-Cécile et Suze-la-Rousse : 3 nouveaux Côtes-du-Rhône villages avec noms de communes », décembre 2016