dimanche 19 juillet 2026

Savoie : Clos Réserve poursuit sa consolidation des vins de Savoie avec le rachat de Jean Perrier & Fils

Une troisième acquisition en un an

Le 30 juin 2026, Guy Chifflot, à la tête de la holding Clos Réserve, a signé l’acquisition de la SAS Jean Perrier & Fils, structure de négoce implantée à Porte-de-Savoie. Cette opération constitue la troisième acquisition de l’industriel dans le vignoble savoyard en l’espace d’un an, après les reprises de Maison Viallet et du Domaine Perrier.

Industriel lyonnais de 85 ans, Guy Chifflot est le fondateur d’Orapi, spécialiste de l’hygiène professionnelle (229,6 M€ de chiffre d’affaires en 2022, environ 1 000 salariés), entreprise qu’il avait créée en 1968. En 2023, il a cédé au Groupe Paredes le bloc d’actions qu’il détenait dans la société, soit 34,8 % du capital, dans le cadre d’une opération valorisant l’entreprise à 78 M€. La cession, réalisée le 19 octobre 2023, a été suivie d’une offre publique d’achat sur le solde du capital, le rapprochement des deux groupes donnant naissance au leader français de l’hygiène professionnelle. Présent depuis peu dans le secteur du vin, Guy Chifflot rassemble désormais cinq domaines viticoles savoyards. Il revendique 30 à 35 % des vins de Savoie.

Maison Viallet, point de départ de la stratégie

Le mouvement s’amorce le 30 juin 2025 avec la reprise de Maison Viallet, dont Guy Chifflot détient 80 % des parts. L’entreprise, propriétaire des domaines René Quenard, Bouvet et Pierre Boniface, se trouvait alors en redressement judiciaire, fragilisée par de lourds investissements et un contexte économique difficile.

« J’ai proposé un plan de continuation qui intégrait les 43 salariés », explique Guy Chifflot. Le dirigeant justifie son entrée dans le secteur : « Après avoir cédé mon groupe en 2023, je ne pouvais quand même pas rester sans rien faire. » S’il reconnaît ne pas être issu du monde du vin, il en souligne le potentiel : « Les blancs, les rouges et les crémants ont beaucoup gagné en qualité. »

Premier négociant et exportateur de vins de Savoie, Maison Viallet a réalisé un chiffre d’affaires de 15 M€ en 2024. Située à Apremont et codirigée par Philippe Viallet, détenteur de 20 % du capital, depuis 1984, l’entreprise dispose de 112 hectares de vignes, d’une maison de négoce et d’un outil de production automatisé. « Une ligne de conditionnement ultra-sophistiquée a fait l’objet de 3 M€ d’investissements », précise Guy Chifflot. « Notre production annuelle s’élève à 2 millions de bouteilles », ajoute Philippe Viallet, cogérant des structures viticoles aux côtés de Guy Chifflot.

Le Domaine Perrier, puis la structure de négoce

Fin décembre 2025, Guy Chifflot reprend au tribunal le Domaine Perrier, en difficulté. Fondée en 1853 et implantée à Porte-de-Savoie, l’exploitation compte près de 54 hectares de vignes répartis sur neuf communes et vinifie près de 14 crus et cépages du vignoble savoyard.

Six mois plus tard, le 30 juin 2026, l’homme d’affaires acquiert la SAS Jean Perrier & Fils. Créée en 1947 par Jean Perrier, premier vigneron à embouteiller sa récolte en Savoie, la maison de négoce a réalisé un chiffre d’affaires de 6,4 M€ lors de son dernier exercice publié et emploie une vingtaine de personnes. La société était en procédure collective, un jugement modifiant son plan de redressement ayant été rendu le 22 septembre 2025. Elle est présidée par Gilles Perrier, représentant de la sixième génération familiale.

Une montée en gamme visée

L’ensemble ainsi constitué fédère cinq domaines de référence : Domaine Bouvet, Les Rocailles – Pierre Boniface, Les Fils de René Quenard, Maison Viallet et Domaine Perrier. Pour accompagner ce développement, la holding Clos Réserve a bénéficié d’une augmentation de capital d’un million d’euros. Un accord de coopération a par ailleurs été conclu avec Gilles Perrier afin de piloter le développement commercial de l’ensemble, avec l’objectif affiché de repositionner les appellations savoyardes sur des marchés plus larges, notamment le circuit des cafés, hôtels et restaurants.

Sources

Groupe Ecomedia ; Le Journal des Entreprises ; Banque de Savoie ; Lyon Décideurs ; Business Wire ; Pappers ; Societe.com ; Verif ; BODACC.



Sud Ouest : Lionel Osmin & Cie acquiert le Domaine Barrère, référence de l’AOP Jurançon

Le groupe Lionel Osmin & Cie a repris le Domaine Barrère, propriété historique de l’appellation Jurançon, dans les Pyrénées-Atlantiques. L’opération formalise un partenariat engagé de longue date entre la maison paloise et la famille propriétaire.

Une transmission adossée à quinze ans de collaboration

Lionel Osmin qualifie l’opération de transmission plutôt que de simple rachat. Le dirigeant collaborait depuis plus de quinze ans avec la famille Barrère et commercialisait la quasi-totalité des vins du domaine. La maison assurait déjà la vinification aux côtés de Damiens Sartori, œnologue et cofondateur du groupe.

Le domaine avait rejoint la Compagnie des domaines de Lionel Osmin & Cie en 2017. Ses parcelles se répartissent sur trois terroirs : le Clos Cancaillaü, le Clos de la Vierge et le domaine Lahitte. La propriété avait été créée dans les années 1940. Anne-Marie Barrère la dirigeait ces dernières années avec l’appui de sa sœur Christiane.

Un tour de table participatif

L’acquisition s’appuie sur un financement collectif. Une soixantaine de partenaires ont choisi d’investir aux côtés de Lionel Osmin. Ce tour de table a été réuni par l’intermédiaire de Terra Hominis, société à mission spécialisée dans le financement participatif viticole.

Maintien des moelleux et développement des blancs secs

Le nouveau propriétaire entend poursuivre la production de vins moelleux, expression traditionnelle de l’appellation Jurançon. Il prévoit également de développer les blancs secs sur ces terroirs qu’il juge exceptionnels. Le vignoble jurançonnais repose principalement sur le petit manseng et le gros manseng, cépages autochtones adaptés à des vins tantôt secs, tantôt liquoreux.

L’opération s’inscrit dans la stratégie d’acquisition de propriétés viticoles conduite par le groupe depuis plusieurs années. Fondée en 2010, la maison Lionel Osmin & Cie s’est constituée autour de la mise en avant des cépages et terroirs du Sud-Ouest, de Jurançon à Cahors en passant par Gaillac, Madiran et Marcillac.

Source
Vitisphere



vendredi 17 juillet 2026

Marché : Sacha Lichine investit dans la marque de boissons sans alcool Jukes Cordialities

Sacha Lichine, créateur de Château d’Esclans et de la cuvée Whispering Angel, entre au capital de Jukes Cordialities. Il devient également directeur de cette marque britannique haut de gamme de boissons sans alcool.

Une figure de la révolution du rosé

Sacha Lichine est reconnu pour avoir contribué à transformer la perception du rosé de Provence. Avec Château d’Esclans, acquis en 2006, et la marque Whispering Angel, il a participé à l’essor de cette catégorie sur le marché du luxe. En 2019, LVMH a pris une participation majoritaire dans Château d’Esclans. Plus récemment, il s’est diversifié dans les spiritueux artisanaux avec le mezcal Rosaluna.

Une marque premium du sans-alcool

Fondée en 2020 par le journaliste vin Matthew Jukes, en partenariat avec l’entrepreneur Jack Hollihan, Jukes Cordialities s’est positionnée sur le segment premium des alternatives sans alcool. La gamme s’est développée grâce à des accords de distribution avec Waitrose et Tesco, ainsi qu’un réseau d’hôtels de luxe et de restaurants gastronomiques.

Un palmarès complet aux World Alcohol-Free Awards 2026

La marque a confirmé sa position en réalisant un sans-faute aux World Alcohol-Free Awards 2026 : dix médailles pour dix produits présentés, ainsi que deux trophées, Best Organic Drinks et Best Range. Le concours a réuni près de six cents produits soumis à l’échelle mondiale, jugés par plus de trente experts du secteur.

Une nouvelle phase de croissance

Selon Jukes Cordialities, l’expérience de Sacha Lichine, son réseau international et son parcours dans la construction de marques de boissons de luxe doivent soutenir la prochaine étape de développement de l’entreprise. L’objectif affiché est d’accroître la notoriété de la marque auprès des consommateurs, des partenaires de l’hôtellerie et des distributeurs à l’échelle mondiale.

Source Harpers Wine & Spirit Trade News ; Restaurant Industry Magazine ; Matthew Jukes (Wednesday Wines).



Spiritueux : La Martiniquaise-Bardinet finalise l’acquisition des cocktails sans alcool Sir. James 101

Le groupe français La Martiniquaise-Bardinet a annoncé le 9 juillet 2026 la prise de contrôle intégrale de Sir. James 101 B.V., marque premium de cocktails sans alcool prêts à déguster. L’opération intervient trois ans après l’entrée du groupe au capital de la société via une participation minoritaire, acquise en 2023.

Une marque née aux Pays-Bas

Sir. James 101 a été créée en 2019 par Brand Captains, société établie à Rotterdam et fondée par Vincent Yilmaz et Rambert de Lange. Les deux hommes, anciens collègues dans le secteur du vin, avaient précédemment lancé la marque Premium Dutch Vodka en 2015. La marque s’est d’abord implantée aux Pays-Bas et en Belgique avant de se déployer à l’international.

Selon La Martiniquaise-Bardinet, Sir. James 101 est aujourd’hui leader du marché belge en volume et se classe troisième aux Pays-Bas. La marque est également distribuée en France, en Suisse, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Italie. De nouveaux marchés d’exportation figurent à l’agenda, à commencer par l’Autriche, l’Ukraine, l’Allemagne et la Pologne.

Une gamme de sept cocktails

La collection réunit sept références : un gin tonic, un pink gin tonic, un mojito, un ginger mule, un spritz, un paloma et un passion fruit martini. Les produits sont fabriqués chez Sodiko, producteur belge de boissons détenu par La Martiniquaise-Bardinet. Selon le communiqué, la marque figure dans le top 5 des marques de boissons sans alcool prêtes à consommer en Europe, d’après les données IWSR, et se déploie désormais dans le circuit du travel retail.

Une intégration au portefeuille sans alcool du groupe

Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé. L’acquisition vient renforcer le portefeuille sans alcool de La Martiniquaise-Bardinet, qui comprend déjà D’Artigny Sparkling, Venezzio Spritz RTD et la gamme de gin sans alcool Warner’s. L’opération s’inscrit cinq semaines après la prise d’une participation de 40 % dans la société espagnole Street Liquors, productrice de la marque Plata o Plomo.

Les fondateurs de la marque continueront d’accompagner son développement sur les marchés d’exportation. « Après plus de sept années passées à construire et développer Sir. James 101 et à voir la marque enregistrer une croissance annuelle remarquable, nous estimons que le moment est venu de prendre du recul », ont déclaré Vincent Yilmaz et Rambert de Lange dans un communiqué commun. Par l’intermédiaire de Brand Captains, ils resteront impliqués dans le soutien aux activités d’exportation.

« Il s’agit d’une étape importante et enthousiasmante pour La Martiniquaise. Au cours des dernières années, Sir. James 101 a pris une place de plus en plus importante dans notre portefeuille ; cette opération constitue donc une suite logique pour les deux entreprises », a déclaré Cyril Cahart, directeur général de La Martiniquaise-Bardinet France et PDG de La Martiniquaise Benelux. Le dirigeant a souligné la croissance soutenue de la catégorie des cocktails sans alcool, au sein du Benelux comme à l’international, et l’importance stratégique du développement du portefeuille sans alcool du groupe.


Encadré — Le marché des RTD : un segment en expansion

Les boissons prêtes à consommer (ready-to-drink, RTD) constituent l’un des segments les plus dynamiques de la filière des boissons. Selon IWSR, les RTD constituent la seule catégorie appelée à progresser en 2025 dans un marché mondial de l’alcool en repli, où bière, vin et spiritueux reculent en volume.

Le poids du segment s’est nettement renforcé sur la dernière décennie. Dans dix des principaux marchés mondiaux, les RTD représentent désormais 3,5 % des volumes de boissons alcoolisées, contre 1,1 % en 2014. Aux États-Unis, la catégorie devrait atteindre une part de 9 % du secteur des boissons alcoolisées d’ici 2029. La dynamique demeure toutefois inégale selon les zones : l’Afrique du Sud et le Brésil ont enregistré une croissance de 12 % en volume en 2024, tandis que la Chine et l’Australie reculaient.

Les volumes de cocktails et long drinks en format RTD devraient doubler à l’échelle mondiale entre 2019 et 2029, l’Amérique du Nord affichant une croissance pouvant atteindre 400 %. Le recrutement de nouveaux consommateurs ralentit à mesure que la catégorie arrive à maturité — seuls 5 % des consommateurs de RTD étaient nouveaux venus en 2024 — les gains de volume reposant désormais sur une fréquence de consommation accrue chez les acheteurs existants.

Le volet sans alcool prolonge cette dynamique. IWSR anticipe une croissance de 36 % en volume des équivalents sans alcool entre 2024 et 2029, pour dépasser 18 milliards de portions en 2029. La santé constitue le principal moteur de ce segment : 40 % des consommateurs de « spiritueux » sans alcool déclarent y recourir dans une démarche de mode de vie plus sain. C’est sur ce créneau que se positionne Sir. James 101.


Sources

The Spirits Business, Just Drinks, The Grocer, Moodie Davitt Report, Global Travel Retail Magazine, Global Drinks Intel, communiqué La Martiniquaise-Bardinet ; IWSR (RTDs Strategic Study 2025, Global Trends Report).



Argentine : Pernod Ricard cède Bodegas Etchart et se retire du vin argentin

Le groupe Pernod Ricard poursuit le désengagement de ses actifs vinicoles avec la cession de Bodegas Etchart, sa dernière propriété viticole en Argentine. L’opération a été annoncée le 23 juin 2026.

L’acquéreur est le groupe argentin Molinos Río de la Plata, filiale du Grupo Pérez Companc et l’un des principaux acteurs nationaux de l’agroalimentaire et des boissons. La transaction porte sur la bodega, ainsi que sur certains actifs, marques et personnels associés. Elle demeure soumise aux autorisations réglementaires habituelles. Le montant n’a pas été divulgué.

Une bodega historique des Valles Calchaquíes

Fondée en 1850 à Cafayate, dans la province de Salta, Bodegas Etchart est considérée comme le plus ancien établissement vitivinicole en activité des Valles Calchaquíes. Arnaldo Benito Etchart en fit l’acquisition en 1938 et lui donna le patronyme devenu emblématique du vin salteño. Pernod Ricard avait racheté l’entreprise en 1996, soit une trentaine d’années avant cette revente.

La bodega produit les vins des marques Etchart et Cafayate, avec le Torrontés comme cépage emblématique. Elle exploite plus de 420 hectares de vignes plantées entre 1 700 et 3 000 mètres d’altitude et élabore plus de six millions de bouteilles par an, commercialisées en Argentine et dans une trentaine de pays.

Une consolidation de la plateforme vitivinicole de Molinos

Pour Molinos Río de la Plata, l’acquisition renforce sa plateforme Fincas & Bodegas, qui comprend déjà Nieto Senetiner, Cadus et Ruca Malen, ainsi qu’une participation dans Viña Cobos. Etchart constitue sa première bodega implantée hors de la province de Mendoza. Agustín Llanos, directeur général de Molinos, a présenté cette incorporation comme une étape nouvelle dans le développement de la plateforme, évoquant la construction de marques dotées d’identité, de qualité et de projection internationale.

Le recentrage de Pernod Ricard sur les spiritueux et le champagne

La cession s’inscrit dans la stratégie de désengagement du vin tranquille engagée par Pernod Ricard au profit des spiritueux premium et du champagne. Le groupe avait cédé en avril 2025 l’essentiel de son portefeuille de vins internationaux — dont Jacob’s Creek, Brancott Estate et Campo Viejo — au consortium propriétaire d’Accolade Wines, réuni sous la nouvelle entité Vinarchy. En avril 2026, il avait finalisé la cession de ses activités de vins effervescents américains Mumm (Mumm Napa, Mumm Sparkling California et DVX) au groupe Trinchero, ainsi que de la winery Kenwood, en Sonoma, à F. Korbel & Bros.

À l’issue de ces opérations, Pernod Ricard conserve comme actifs vinicoles les champagnes Perrier-Jouët et Mumm, les effervescents Mumm produits en Australie et en Nouvelle-Zélande (Mumm Tasmania, Mumm Central Otago, Mumm Marlborough), le vin chinois Helan Mountain et une participation dans le Château Sainte Marguerite, en Provence.

Sources : FoodBev Media, Global Drinks Intel, La Nación, Diario Financiero, Bichos de Campo, MarketScreener, communiqués Pernod Ricard (Euronext, Business Wire), Wines of Argentina.





Sud Ouest : Armagnac Castarède rejoint le groupe Maisons & Manufactures et devient Maison Castarède

Le 15 juillet, Armagnac Castarède a intégré le groupe Maisons & Manufactures, fondé par Hugues Souparis et rassemblant des sociétés d'excellence française. La distillerie prend désormais le nom de Maison Castarède.

Une opération qui crée une synergie dans le Sud-Ouest

L'entrée de Maison Castarède au sein du groupe rapproche la marque d'armagnac de Maison Brana, autre société de vins et spiritueux du Sud-Ouest, basée dans le Pays basque. Ce rapprochement vise à mutualiser les ressources et l'organisation opérationnelle des deux maisons.

Le développement de Maison Brana

Maison Brana a connu une forte croissance depuis son rachat en 2023. L'arrivée à sa direction de Vincent Charulié, précédemment directeur commercial du circuit traditionnel de La Spiriterie Française, a accompagné cette dynamique. À ses vins, eaux-de-vie et whiskies, la maison ajoute désormais des liqueurs, pastis et vermouths. Elle assure par ailleurs la distribution de marques de spiritueux, un portefeuille en cours d'évolution.

Une maison bicentenaire

Fondée en 1832, Maison Castarède est la plus ancienne maison de négoce d'armagnac. Elle approche de son bicentenaire. La maison s'engage à perpétuer l'héritage de Florence Castarède, sixième génération de dirigeants, qui a dirigé la société familiale pendant plus de trois décennies et l'a implantée en France comme à l'étranger.

Source : Communiqué du groupe Maisons & Manufactures ; maisonsetmanufactures.com ; armagnac-castarede.fr.



samedi 4 juillet 2026

France : Procédures collectives dans le vignoble : anatomie d'une crise qui recompose la filière

En l'espace de quelques semaines, une série de procédures collectives a frappé des acteurs que presque tout oppose : caves coopératives plus que centenaires, domaines en pleine croissance externe, négociant bourguignon, grande maison de champagne, jeune pousse du sans-alcool. La diversité des profils masque un arrière-plan commun. La filière viticole française traverse une crise durable, faite de déconsommation, de surproduction et d'un effet ciseau qui n'épargne plus aucun modèle économique. Passées au crible, ces situations individuelles dessinent moins une succession d'accidents qu'une recomposition d'ensemble.

Une vague de défaillances installée dans la durée

Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Le cabinet Altares Dun & Bradstreet recense environ 270 procédures collectives dans la viticulture sur l'année 2025, en hausse de 26 %. La trajectoire est régulière : déjà +24 % au premier trimestre 2024, puis +75 % début 2025. Au premier trimestre 2026, 87 domaines sont entrés en procédure, en progression de 32 % sur un an, dont près de la moitié en Gironde. La Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie concentrent l'essentiel des dossiers, sur fond de crise des vins rouges de Bordeaux, du Sud-Ouest, du Languedoc et de la vallée du Rhône.

Un signal mérite d'être isolé. La part des procédures de sauvegarde, dispositif préventif ouvert avant la cessation des paiements, augmente plus vite que les liquidations et les redressements. Les analystes y voient la marque d'une meilleure anticipation des dirigeants, qui saisissent le tribunal plus tôt pour préserver leurs chances de rebond.

Les causes de fond sont désormais bien identifiées. La consommation intérieure de vin a reculé d'environ un tiers en vingt ans, laissant un pays qui produit autour de 40 millions d'hectolitres face à une demande domestique voisine de 25 millions. À cette déconsommation, tirée par le repli du rouge, s'ajoutent la hausse des coûts de production, l'inflation, les tensions à l'export vers les États-Unis et la Chine, et une succession d'aléas climatiques. Pour rééquilibrer l'offre, l'État a présenté au SITEVI, en novembre 2025, un nouveau plan de sortie de crise : 130 millions d'euros consacrés à l'arrachage définitif, à raison de 4 000 euros par hectare, soit un potentiel de près de 32 500 hectares retirés, complétés par la réouverture des prêts structurels garantis par Bpifrance, élargis aux coopératives, et par une distillation de crise. C'est dans ce cadre que s'inscrivent les dossiers examinés ici.

Le modèle coopératif à l'heure des choix

Trois cas illustrent la pression qui pèse sur les caves coopératives, structures où les charges fixes deviennent difficiles à absorber lorsque les apports diminuent.

Dans le Gard, la liquidation judiciaire de la cave de Lédignan est actée. Les discussions engagées avec les caves des Vignerons Montagnac Domitienne et de Saint-Drézéry n'ont pas abouti, et les charges fixes ont eu raison de la structure. La campagne d'arrachage a accéléré l'érosion des volumes, ramenés d'environ 21 000 à 18 000 hectolitres. La quarantaine d'adhérents apportera désormais son raisin ailleurs, le bâti sera rasé et le terrain a fait l'objet d'un compromis avec un promoteur. Son ancien président déplore un réflexe individuel là où la mutualisation aurait permis des économies d'échelle, et prévient que d'autres difficultés suivront.

À Banyuls-sur-Mer, le Groupement interproducteurs du cru Banyuls et Collioure (GICB), qui pèse la moitié de la viticulture de l'appellation, a été placé en période d'observation d'un an par le tribunal de Perpignan. Des offres de reprise pourront s'exprimer, tandis que la structure travaille en parallèle à un projet autonome de poursuite d'activité, sa capacité à tenir jusqu'en avril 2027 devant être réévaluée à l'été.

À rebours de ces deux dossiers, l'intégration des Vignerons du Brulhois, en redressement judiciaire dans le Lot-et-Garonne, par le groupe coopératif Terre de Vignerons dessine l'issue par consolidation. L'opération, présentée comme préparée de longue date, prend la forme d'un apport d'environ 6 000 hectolitres et porte à onze le nombre de caves du groupe. Le Brulhois conserve la conduite du vignoble et la vinification, quand Terre de Vignerons met à disposition ses outils industriels, commerciaux et logistiques.

Ces trois trajectoires ne sont pas isolées. Univitis, les Vignerons de Buzet ou encore Alliance Bourg ont engagé ces derniers mois des procédures comparables. Le modèle coopératif a longtemps joué un rôle d'amortisseur, en puisant dans ses réserves pour maintenir la rémunération des apporteurs. Ces réserves s'épuisent, et la question du rapprochement, jusqu'ici différée, se pose désormais frontalement.

La croissance externe rattrapée par le marché

Le cas des Vignobles Strasser-Radziwill montre les limites d'une stratégie d'acquisition rapide en marché baissier. La quasi-totalité des sociétés du groupe a été placée en redressement judiciaire, avec une période d'observation courant jusqu'au 21 octobre, susceptible d'être prolongée jusqu'à douze ou dix-huit mois. Le groupe avait porté son chiffre d'affaires de 1,7 à 5 millions d'euros par reprises successives, avec encore 10 % de croissance annoncés en 2025.

Les signaux d'alerte étaient toutefois présents. Des fournisseurs se plaignaient de longue date des délais de paiement. Deux domaines du Luberon ont été mis en fermage, les boutiques de Paris et de Bruxelles ont fermé faute de rentabilité, et seuls subsistent les caveaux de Châteauneuf-du-Pape et de Beaumes-de-Venise. Le patrimoine reste conséquent, du châteauneuf-du-pape au domaine de Coyeux acquis en 2021, mais il illustre aussi les paris du moment : la reconversion des muscats destinés aux vins doux naturels, en mévente, vers des cépages blancs, et une diversification marquée vers la restauration et l'événementiel, autour de l'enseigne Mère Germaine. Autant d'investissements dont le rendement met du temps à se matérialiser.

Négoce : ouvrir le capital pour sécuriser l'amont

La maison Aegerter, à Nuits-Saint-Georges, offre l'exemple d'une sortie de crise par recapitalisation. Placée en redressement judiciaire en 2025 pour son activité de négoce, elle en est sortie en mars et a annoncé l'entrée à son capital d'un investisseur français minoritaire, étranger au secteur du vin, à hauteur de 5 %. L'opération vise à financer le besoin en fonds de roulement et à sécuriser les approvisionnements par l'acquisition de vignes. La maison, qui détient 35 hectares et en vinifie l'équivalent de 65 en Bourgogne et en Provence, négocie une quinzaine d'hectares supplémentaires en Côte-d'Or qui doubleraient son foncier bourguignon. La logique est claire : appuyer un modèle de négoce fragilisé sur un socle de production en propre, avec l'aide de capitaux extérieurs.

Les grandes maisons face au mur de la dette

La crise atteint aussi le haut du marché. Maison Pommery & Associés, nouvelle dénomination de Vranken-Pommery depuis janvier 2026, a obtenu le report d'un an d'un emprunt obligataire de 45 millions d'euros, assorti d'un taux de 3,75 %, dont l'échéance passe du 19 juin 2026 au 19 juin 2027. Réunis le 9 juin, les obligataires ont approuvé la demande à une très large majorité. Ce délai doit permettre au groupe rémois de faire certifier ses comptes 2025, de mener son programme de cession d'actifs jugés non stratégiques et, surtout, de poursuivre les négociations exclusives engagées début juin avec l'allemand Henkell International en vue d'un rapprochement. L'opération, si elle aboutissait, ferait passer une maison de champagne emblématique sous contrôle d'un groupe étranger de vins effervescents, scénario inédit dans ce vignoble.

Sans-alcool : un marché réel, une rentabilité difficile

Fondée en 2022 dans le Loir-et-Cher, Maison Bécat est en péril. La société avait lancé un chenin local désalcoolisé, puis une version pétillante, commercialisés entre 15 et 18 euros. Avec environ 20 000 cols écoulés en 2025, comme en 2024, elle reste loin du seuil de rentabilité estimé à 40 000 cols. Son dirigeant pointe le coût de la désalcoolisation et le prix élevé des bouteilles, et se donne encore un peu de temps avant de décider de la suite.

L'échec ne tient pas à l'absence de marché. Le vin sans alcool affiche en France des progressions à deux chiffres, quand le vin classique stagne autour de +1 %. En volume, il pèse encore environ 1 % du marché, mais ses ventes progressent de plus de 12 % et sa valeur de plus de 20 % sur un an, pour près de 36 millions d'euros ; la France et l'Allemagne concentrent à elles deux près de 40 % de la consommation mondiale de la catégorie. Le frein est structurel. La désalcoolisation entraîne un surcoût de 10 à 20 %, et une unité de production n'est jugée rentable qu'au-delà de 20 000 hectolitres par an. Pour un petit acteur mono-produit, dépendant de prestataires extérieurs, l'équation reste délicate, quand bien même la catégorie gagne en crédibilité et attire désormais des domaines prestigieux.

Saint-Tropez : quand l'emplacement ne suffit pas

La Cave de Saint-Tropez, devenue Torpez, occupe une place à part. Avec près de 200 hectares en production sur la presqu'île et quelque 500 parcelles apportées, la structure centenaire semble bénéficier d'une situation privilégiée. Le tribunal de Draguignan a pourtant ouvert une procédure de redressement en mai. La vente en 2019 des anciens bâtiments intra-muros, sur un marché immobilier local très valorisé, avait dégagé des moyens importants dont l'emploi paraît discutable ; jointe à une gestion défaillante, elle aurait conduit aux difficultés actuelles. Une enquête pénale, sans lien avec la situation économique, est par ailleurs en cours. Le cas rappelle qu'un terroir recherché et un actif immobilier de premier plan ne suffisent pas à garantir la solidité d'une structure, dès lors que la gouvernance fait défaut.

Ce que ces cas disent de la filière

Rapprochés, ces dossiers font apparaître plusieurs lignes de force. Un dénominateur commun d'abord : l'effet ciseau entre des coûts orientés à la hausse et une demande qui se contracte, qui met sous tension aussi bien les trésoreries que les structures endettées, et qui rattrape les décisions prises en phase d'expansion. Les procédures ne frappent plus seulement les producteurs de vins rouges du grand Sud : elles touchent le négoce, la coopération, le champagne et les segments réputés porteurs.

Se dégagent ensuite des trajectoires de sortie. La consolidation, coopérative comme privée, s'impose là où les rapprochements avaient été différés. Le recours à des capitaux extérieurs, voire étrangers, gagne du terrain, de la recapitalisation d'un négociant à l'adossement d'une grande maison. La réorientation de l'offre se confirme, du rouge vers le blanc, le rosé et l'effervescent, et de la vente classique vers l'œnotourisme, la restauration ou le sans-alcool, avec des résultats encore inégaux. Enfin, la montée des procédures de sauvegarde traduit une culture de l'anticipation qui progresse, alors même que le gros des défaillances ne paraît pas encore derrière la filière. Un dernier constat s'impose : des structures longtemps citées en modèle figurent désormais parmi les entreprises en difficulté.

Sources

Altares Dun & Bradstreet ; ministère de l'Agriculture (plan de sortie de crise, SITEVI) ; Vitisphere ; La Champagne de Sophie Claeys, Boursorama et Zonebourse (dossier Pommery / Henkell) ; LSA et IWSR (marché du sans-alcool) ; Vinexposium ; Agri Mutuel (coopératives) ; communiqués et déclarations des entreprises et groupes concernés (Torpez, Vignobles Strasser-Radziwill, Maison Bécat, Maison Aegerter, cave de Lédignan, GICB, Terre de Vignerons).