vendredi 3 avril 2026

Cognac : le groupe Sawnee (Etats-Unis) rachète la distillerie Vinet-Delpech

La région de Cognac vient d’être le théâtre d’une opération stratégique majeure : la distillerie charentaise Vinet-Delpech, installée à Brie-sous-Archiac, rejoint le groupe américain Sawnee et se transforme en Vinet-Puranik Distillerie. Un rapprochement qui illustre, une fois de plus, l’attractivité des savoir-faire français de distillation auprès des investisseurs internationaux.

Un acteur historique du Cognac

Fondée en 1934 par Félix Chartier, la distillerie de Brie-sous-Archiac s’inscrit dans une tradition vieille de plusieurs siècles. Passée par plusieurs mains — Guy Vinet en 1972, puis Bruno Delannoy — elle prend son nom définitif de Vinet-Delpech en 2012, lors de la fusion avec l’entité d’Étienne Delpech. L’entreprise y possède ses propres vignobles en Petite Champagne et en Fins Bois, plantés en Ugni Blanc, Folle Blanche et Colombard, et développe une expertise complète, de la vigne au verre.

Forte de 13 alambics, 4 lignes de conditionnement, 22 000 hl de stockage cuverie et 2 200 m² dédié aux matières sèches, Vinet-Delpech compte parmi les dix principales distilleries indépendantes de la région de Cognac. Certifiée Ecocert et OEA (Opérateur Économique Agréé), l’entreprise a su diversifier ses activités bien au-delà du cognac : création de recettes personnalisées, distillation à façon, embouteillage sur mesure (bouteilles, carafes, BIBs). Depuis 2019, elle distille même du whisky français.

Son portefeuille de marques maison — rassemblé sous l’identité **Les Brûleries Modernes** — témoigne de cette créativité : les whiskies français Palisson et Excellency Club, le gin Hold Up, les rhums Irie, les cognacs Delpech-Fougerat ou encore les apéritifs Brigitte et Louise en constituent les piliers.

Le groupe Sawnee : un conglomérat mondial aux ambitions spiritueux affirmées

De l’autre côté de l’Atlantique, le **Sawnee Group**, basé à Atlanta (Géorgie), est un conglomérat multinational présidé par Rahul Puranik. Il opère dans sept secteurs d’activité : hôtellerie, distillation, distribution de boissons, immobilier, approvisionnement stratégique pour l’ONU, fret aérien et distribution de produits de santé. Ses bureaux sont implantés en France, en Irlande, à Singapour, en Inde et aux États-Unis.

Dans le domaine des spiritueux, Sawnee n’est pas un néophyte. Sous la marque **Maison D’Puranique**, basée dans le sud de la France, le groupe commercialise déjà plusieurs produits distinctifs : la vodka Puranique — récompensée du Best Vodka Award et du Best Spirit Award au London Spirit Competition en 2018 — ainsi qu’une liqueur Mangeaux à base de mangue Alphonso et de Cognac, et le Puranique Cognac lancé au printemps 2022.

Une acquisition stratégique, un nouveau nom, une double identité

Le rachat de Vinet-Delpech par Sawnee s’inscrit dans une logique de consolidation industrielle et de déploiement international. La nouvelle entité, rebaptisée **Vinet-Puranik Distillerie**, conserve l’ensemble du portefeuille Les Brûleries Modernes tout en lançant une gamme éponyme comprenant le cognac et la vodka Puranique, ainsi que les liqueurs Mangeaux et Jus d’manguier.

L’ambition est clairement affichée par Rahul Puranik, PDG de Sawnee : *« Ce développement stratégique unit le riche héritage d’excellence de Vinet en matière de distillation française à la présence mondiale du groupe Sawnee, renforçant ainsi notre position sur les marchés internationaux. »*

Pour la distillerie charentaise, l’intégration au réseau mondial de Sawnee — couvrant notamment l’Asie du Sud-Est, l’Inde et les États-Unis — représente un levier de croissance considérable, difficile à atteindre seule à cette échelle.

Ce que cette opération nous dit du marché

Cette acquisition s’inscrit dans une tendance de fond : les distilleries françaises indépendantes, riches de leur savoir-faire et de leurs certifications, attirent des capitaux internationaux** en quête d’authenticité et d’ancrage territorial. La région de Cognac, en particulier, continue de fasciner les investisseurs du monde entier, qu’il s’agisse de grands groupes asiatiques ou, comme ici, d’entrepreneurs indo-américains portés par une vision multi-sectorielle.

Pour les acteurs de la filière, cette opération pose plusieurs questions structurantes : comment préserver l’identité artisanale d’une distillerie tout en l’intégrant dans un groupe à vocation mondiale ? Comment articuler deux gammes de produits aux ADN très différents — l’un ancré dans la tradition charentaise, l’autre tourné vers des marchés plus exotiques ? Et quelle place pour les équipes et les savoir-faire locaux dans ce nouveau schéma ?






Spiritueux : La Maison Benjamin Kuentz rachète trois liqueurs emblématiques au groupe Pagès Vedrenne

La Maison Benjamin Kuentz, figure montante du whisky français, franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement en annonçant l’acquisition de trois marques de liqueurs détenues par le groupe Pagès Vedrenne : le Noyau de Poissy, le Noyau de Vernon et la Liqueur de Paris.

Un acquéreur ancré dans le renouveau des spiritueux français

Fondée à Paris, la Maison Benjamin Kuentz s’est imposée ces dernières années comme l’un des acteurs les plus innovants de la scène des spiritueux français. Se définissant comme un « éditeur de whisky », Benjamin Kuentz travaille avec plusieurs distilleries françaises — de Lorraine à la Bretagne —, sélectionnant les meilleurs grains et terroirs pour composer des assemblages aux profils singuliers. Ses cuvées, aux noms évocateurs comme *Uisce de Profundis* (vieilli sous la mer au large d’Ouessant) ou *Aux Particules Vines* (maturé en fûts de Premiers Grands Crus Classés de Bordeaux), ont contribué à placer la maison sur la carte internationale du whisky d’exception.

Cette acquisition marque ainsi un tournant stratégique : pour la première fois, la Maison Benjamin Kuentz sort de son cœur de métier pour se diversifier vers des liqueurs à fort ancrage territorial.

Trois liqueurs aux histoires pluriséculaires

Les marques cédées par Pagès Vedrenne ne sont pas anodines. Le Noyau de Poissy est sans doute la plus emblématique : fondée en 1698, la distillerie de Poissy est considérée comme la plus ancienne distillerie artisanale d’Île-de-France. Élaborée à partir de noyaux d’abricot macérés ou distillés dans un alcool de qualité supérieure, cette liqueur — parfois surnommée « l’amaretto à la française » — produit environ 45 000 bouteilles par an, commercialisées en cavistes et sur place. Elle avait rejoint le giron de Pagès Vedrenne en l’an 2000.

Le Noyau de Vernon, aux notes de cerises et d’amandes, est quant à lui une création du début du XXe siècle, portant la tradition des liqueurs de noyaux de la vallée de la Seine. Quant à la Liqueur de Paris, de création plus récente, elle avait été développée directement par le groupe Pagès Vedrenne pour répondre à une demande autour de l’identité francilienne.

Un cédant de référence dans le monde des liqueurs régionales

Le groupe Pagès Vedrenne — qui regroupe des marques aussi emblématiques que la Verveine du Velay (Pagès, créée en 1859 à Saint-Germain-Laprade), la Crème de Cassis de Nuits-Saint-Georges (Vedrenne, fondée en 1923), la Gentiane Salers (1885) ou encore l’Izarra basque (1906) — bénéficie du label Entreprise du Patrimoine Vivant, qui reconnaît l’excellence de son savoir-faire artisanal. Cette cession semble s’inscrire dans une logique de recentrage du groupe sur ses marques historiques de cœur.

La logique stratégique de l’acquéreur

Pour la Maison Benjamin Kuentz, l’opération répond à une double ambition : diversifier le portefeuille au-delà du whisky et renforcer son ancrage dans les terroirs français, en particulier en Île-de-France. « En reprenant ces marques, nous souhaitons non seulement préserver leur héritage, mais aussi les moderniser et les faire découvrir à de nouveaux publics, en France et à l’international », précise Benjamin Kuentz.

Cette logique n’est pas sans rappeler d’autres opérations observées dans le secteur ces dernières années, où des maisons de spiritueux à forte identité éditoriale rachètent des marques patrimoniales dormantes pour leur offrir un second souffle commercial, notamment via les circuits digitaux et les marchés export.

Une consolidation qui illustre la dynamique du marché des spiritueux artisanaux

Au-delà du cas Kuentz, cette transaction s’inscrit dans une tendance de fond : la revalorisation des liqueurs régionales françaises, longtemps reléguées au second plan face à l’hégémonie des spiritueux internationaux. Des marques comme le Noyau de Poissy — dont l’histoire remonte au règne de Louis XIV — constituent un patrimoine gustatif rare, à condition de trouver des repreneurs capables d’allier respect de la tradition et vision commerciale moderne.

La Maison Benjamin Kuentz, par son positionnement premium et sa capacité à raconter des histoires de terroir, semble disposer des atouts nécessaires pour relever ce défi.





lundi 30 mars 2026

Bordeaux : NextStage AM entre au capital des eaux Abatilles (groupe Merlaut)

Une marque centenaire du Bassin d’Arcachon attire le capital-développement

La Société des Eaux Minérales d’Arcachon (Sema), propriétaire et exploitante des marques d’eau minérale Abatilles et Source des Pins, accueille un nouvel actionnaire majoritaire : NextStage AM, acteur reconnu du capital-développement en France. L’opération, annoncée fin mars 2026, marque une étape significative dans l’histoire de cette entreprise fondée en 1925, soit il y a plus de cent ans.

Deux sources naturelles aux origines géologiques remarquables

La Sema exploite deux sources d’eau minérale naturelle situées dans le sous-sol arcachonnais. La Source Sainte Anne, puisée à -472 mètres de profondeur, est alimentée par les eaux du Massif central et donne naissance aux eaux Abatilles, la marque phare du groupe. La Source des Pins, plus proche de la surface (-330 m), produit l’eau éponyme. Cette dualité de sources confère au groupe une singularité rare dans le paysage des eaux embouteillées françaises.

Un groupe familial en phase de développement

Reprise en 2013 par le duo d’entrepreneurs Jean Merlaut et Hervé Maudet, la Sema a connu depuis lors une trajectoire de croissance régulière. En 2025, la société a commercialisé plus de 50 millions de bouteilles pour un chiffre d’affaires dépassant 20 millions d’euros, avec une cinquantaine de collaborateurs. Dans le cadre de cette opération, Hervé Maudet reste actionnaire et conserve la direction du groupe, assurant ainsi la continuité managériale.

NextStage AM investit 30 millions d’euros pour accélérer

L’investissement de NextStage AM s’élève à 30 millions d’euros et vise plusieurs objectifs stratégiques complémentaires. Le premier axe est géographique : la distribution des deux marques, aujourd’hui ancrée dans le Grand Ouest et le Sud-Ouest, doit s’étendre vers de nouvelles régions — le Sud-Est, l’Île-de-France, la Bretagne et la Normandie sont expressément ciblées. Le second axe porte sur les circuits de distribution, avec une volonté d’accélérer en grande et moyenne surface tout en consolidant la présence en consommation hors domicile (restauration, hôtellerie, cafés). Le troisième axe touche à la capacité commerciale et marketing, dont le renforcement est au cœur du projet industriel.

L’ambition : doubler le chiffre d’affaires en cinq ans

L’objectif affiché est ambitieux : doubler le chiffre d’affaires d’ici à 2030. Pour une société réalisant aujourd’hui 20 millions d’euros de revenus, cela implique une montée en puissance significative tant sur le plan commercial qu’industriel. Avec 50 millions de bouteilles vendues en 2025, la Sema dispose d’une base de production solide pour accompagner cette croissance.

Une opération qui illustre l’intérêt des investisseurs pour les eaux minérales régionales

Au-delà du cas Abatilles, cette transaction s’inscrit dans une tendance plus large : les marques d’eaux minérales à forte identité territoriale, longtemps restées dans le giron familial ou local, suscitent un intérêt croissant de la part des fonds de capital-développement. Face aux grandes marques nationales et internationales, des acteurs régionaux bien positionnés peuvent trouver dans ce type de partenariat les moyens de changer d’échelle sans renoncer à leur singularité.
Pour Abatilles, née au cœur du Bassin d’Arcachon et puisant ses origines au Massif central, l’enjeu est désormais de faire connaître cette histoire à l’ensemble du territoire français.




mercredi 4 mars 2026

Concentration dans le marché des vieux millésimes : hospicesdebourgogne.com rachète bonjaja.com

Le spécialiste de la vente en ligne de vieux millésimes hospicesdebourgogne.com annonce la reprise de son concurrent bonjaja.com, ainsi que de l’intégralité de son stock. Cette opération marque une nouvelle étape dans la structuration d’un marché de niche : celui des vins anciens et des bouteilles d’anniversaire.

Fondé en 2005 à Rully par Sylvie et Benoît Charbonnaud, hospicesdebourgogne.com s’est imposé au fil des années comme l’un des acteurs français de référence dans la vente de millésimes anciens. Le site propose aujourd’hui un catalogue particulièrement étendu, comprenant plus de 12 000 bouteilles, couvrant une période allant de 1895 à nos jours. 

Une transmission et un rapprochement naturel

Le rachat de bonjaja.com s’inscrit également dans une logique de transmission. Après plus de vingt-cinq années d’activité, son fondateur Luc Pillet a choisi de céder son site et son stock à l’équipe de Rully. L’opération est présentée comme un choix à la fois stratégique et affectif, les deux entreprises partageant une spécialisation commune dans les vieux millésimes.

Dans les prochaines semaines, les accès au site bonjaja.com seront progressivement redirigés vers hospicesdebourgogne.com, afin d’intégrer l’ensemble de l’offre sur une plateforme unique.

Deux positionnements complémentaires

Au-delà de l’agrandissement du stock, l’intérêt de cette acquisition repose aussi sur la complémentarité des clientèles.

Historiquement, bonjaja.com travaillait surtout avec une clientèle professionnelle, notamment des cavistes et restaurateurs à la recherche de bouteilles anciennes pour leurs cartes ou leurs caves.

À l’inverse, hospicesdebourgogne.com s’adresse majoritairement aux particuliers, avec une offre centrée sur les vins d’anniversaire et les vieux millésimes destinés aux collectionneurs ou aux amateurs.

En réunissant les deux activités, Sylvie et Benoît Charbonnaud entendent élargir leur base de clientèle tout en renforçant leur profondeur de stock, un élément déterminant sur ce segment où la rareté des bouteilles fait la valeur.

Un marché discret mais en croissance

La vente de vieux millésimes constitue un marché très spécifique du commerce du vin, à la frontière entre collection, cadeau personnalisé et marché secondaire des grands vins. La digitalisation progressive de ce segment, via des sites spécialisés, a facilité l’accès à des bouteilles anciennes pour une clientèle internationale.

Avec cette acquisition, hospicesdebourgogne.com consolide sa position dans ce secteur et confirme une tendance de fond : la concentration progressive des plateformes spécialisées dans les vins anciens.

Pour les amateurs comme pour les professionnels, l’enjeu reste le même : accéder à des bouteilles rares, parfaitement conservées et correctement tracées — un savoir-faire qui fait toute la valeur de ces maisons spécialisées.



Côtes du Rhône : Vignobles & Vins Picard reprend le Domaine St Patrice à Châteauneuf-du-Pape

Le mouvement de consolidation des vignobles français se poursuit. Le Domaine St Patrice, situé à Châteauneuf-du-Pape, change de mains : la famille Jullian a cédé cette propriété de 12 hectares au groupe bourguignon Vignobles & Vins Picard, avec lequel elle collaborait déjà depuis plusieurs années.

Cette transaction marque une nouvelle étape dans la stratégie d’expansion de la famille Picard au-delà de ses terres historiques de Bourgogne.

Un domaine historique au cœur de l’appellation

Le Domaine St Patrice possède un vignoble de 12 hectares, dont environ la moitié est située en AOC Châteauneuf-du-Pape, l’une des appellations les plus prestigieuses de la vallée du Rhône méridionale. Le reste du vignoble est classé en AOC Côtes-du-Rhône.


La propriété comprend notamment le Clos St Patrice, une parcelle en monopole d’environ 1,8 hectare, particulièrement reconnue pour la qualité de son terroir. Le domaine, dont l’histoire remonte à plusieurs siècles, figure déjà dans des documents du XIXᵉ siècle relatifs au vignoble local. 

Les sols typiques de Châteauneuf-du-Pape — célèbres pour leurs galets roulés — favorisent notamment la culture du grenache, du mourvèdre et de la syrah, cépages emblématiques des grands assemblages rhodaniens.

La stratégie d’expansion de la famille Picard

Installée historiquement en Bourgogne, la famille Picard a progressivement développé un ensemble de domaines dans plusieurs régions viticoles françaises. Cette stratégie s’inscrit aujourd’hui dans la structure Vignobles & Vins Picard, fondée récemment et basée à Chassagne-Montrachet. 

Le groupe rassemble plusieurs propriétés et maisons de vins, avec l’ambition de produire des cuvées emblématiques dans différents grands terroirs français, notamment en Bourgogne, dans la vallée du Rhône et dans la vallée de la Loire.

À la tête de cet ensemble, Francine Picard pilote une politique fondée sur l’association avec des équipes locales et des vignerons ancrés dans leurs terroirs.

Une nouvelle direction et une orientation vers le bio

Pour diriger le domaine, Saskia Van der Horst a été recrutée. Sa mission consiste à piloter l’exploitation et à accompagner l’évolution du vignoble.


L’un des axes stratégiques annoncés est la conversion du domaine en agriculture biologique, afin de renforcer l’expression des terroirs et la qualité des vins.

Par ailleurs, le groupe a indiqué réfléchir à de nouvelles plantations de cépages blancs, une orientation qui s’inscrit dans la dynamique actuelle de diversification des vins de Châteauneuf-du-Pape.

Une illustration de la recomposition du vignoble français

Cette opération illustre une tendance désormais bien installée dans le paysage viticole : le rapprochement entre domaines régionaux et groupes familiaux multi-régionaux.

Pour la famille Picard, l’acquisition du Domaine St Patrice renforce sa présence dans la vallée du Rhône méridionale, tout en consolidant une stratégie fondée sur la valorisation de grands terroirs et sur une gestion de domaines à taille humaine.

Pour Châteauneuf-du-Pape, elle témoigne également de l’attractivité persistante de l’appellation, qui continue d’attirer investisseurs et maisons de vins désireux de s’y implanter.




Spiritueux : Mezcal Brothers reprend la branche spiritueux de Hedon Distribution et accélère sa stratégie de développement

Le distributeur français Mezcal Brothers, fondé en 2014 par David Migueres et initialement spécialisé dans les spiritueux mexicains artisanaux, poursuit son développement avec l’acquisition de la branche spiritueux de Hedon Distribution, société créée en 2015 par Cédric Kanté. Cette opération stratégique marque un rapprochement entre deux acteurs reconnus dans l’univers des spiritueux craft destinés aux professionnels du CHR et aux cavistes.

Un rapprochement entre deux spécialistes des spiritueux indépendants

Depuis sa création, Mezcal Brothers s’est imposé comme l’un des distributeurs de référence en France pour les spiritueux mexicains de caractère — notamment le mezcal et la tequila artisanale — en s’adressant prioritairement aux bars à cocktails, aux restaurants et aux cavistes spécialisés.

De son côté, Hedon Distribution s’est distingué par une sélection pointue de marques internationales premium, avec un portefeuille comprenant notamment les spiritueux grecs Skinos, Otto’s Athens Vermouth et Metaxa, les liqueurs Sirene, les whiskies écossais Fable Whisky, ainsi que la gamme de soft drinks Drims, marque développée par Cédric Kanté.

Grâce à cette acquisition, Mezcal Brothers élargit significativement son catalogue et renforce sa capacité à proposer une offre diversifiée aux professionnels du secteur.

Une collaboration déjà bien établie

Ce rapprochement n’est pas le fruit du hasard. Les deux sociétés collaborent en effet depuis plusieurs années, Mezcal Brothers assurant déjà la distribution en France de certains spiritueux grecs importés par Hedon Distribution.

Pour Cédric Kanté, cette opération s’inscrit dans une continuité logique : « Cela fait longtemps que nous collaborons avec David : il commercialise depuis plusieurs années déjà les spiritueux grecs de Hedon Distribution. Ce rapprochement s’est fait naturellement, et j’accompagne Mezcal Brothers dans l’intégration de mes marques au sein de leur portefeuille. »

Dans le cadre de cette opération, le fondateur d’Hedon Distribution continuera ainsi à accompagner l’intégration et le développement des marques au sein de la nouvelle structure.

 

Une étape dans la consolidation du marché des craft spirits

Pour Mezcal Brothers, cette acquisition s’inscrit dans une stratégie plus large de développement et de structuration de son activité.

Le marché des spiritueux indépendants et artisanaux connaît en effet une mutation importante. Alors que certains segments subissent un ralentissement des volumes, la demande reste dynamique pour les marques authentiques, à forte identité et portées par des histoires de terroir ou de production artisanale.

Selon David Migueres :« Dans un marché chahuté, où de nombreux acteurs subissent la contraction des volumes, la valeur se crée aujourd’hui autour de marques sincères, artisanales et porteuses de sens. »

L’opération permet ainsi à Mezcal Brothers de renforcer son positionnement sur ce segment premium, tout en consolidant sa présence auprès des professionnels du bar et de la distribution spécialisée.


Un portefeuille élargi et une organisation renforcée

Pour les clients — bars, restaurants et cavistes — ce rapprochement devrait se traduire par :

  • une offre de marques plus large et structurée,
  • une organisation commerciale renforcée,
  • et une capacité accrue à accompagner les établissements dans la durée.

Au-delà de l’intégration de nouvelles références, cette opération illustre la dynamique de consolidation qui traverse aujourd’hui le marché français des spiritueux indépendants, où la taille critique et la structuration des portefeuilles deviennent des facteurs clés de développement.


mercredi 25 février 2026

Savoie : la famille Chifflot s’impose dans les vins savoyards

La viticulture savoyarde connaît un tournant stratégique à l’orée de 2026 avec l’émergence d’un nouvel acteur majeur : Guy Chifflot, homme d’affaires lyonnais bien connu, et son petit-fils Thomas Chifflot-Thannberger. Ces derniers ont acquis coup sur coup deux maisons viticoles emblématiques de Savoie, consolidant leur position dans une région historiquement moins structurée mais riche en potentiel. 

Un duo intergénérationnel à la tête de deux acquisitions majeures

Le premier coup a été mené à l’été 2025 avec la reprise de Maison Philippe Viallet, un acteur historique du vin de Savoie comptant 112 hectares de vignes et une production annuelle d’environ 2 millions de cols. Fondée en 1966, cette maison de négoce et de production avait déposé le bilan suite à un cycle d’investissements lourds et à un contexte économique difficile ; le plan de reprise a été validé par le tribunal de commerce de Chambéry en 2025 en faveur de la famille Chifflot. 

Quelques mois plus tard, en décembre 2025, le duo a conclu la prise de contrôle de Perrier et Fils, un domaine de 52 hectares également placé en redressement judiciaire. Cette opération suivait déjà la sécurisation des vendanges de l’été précédent et illustre la volonté des repreneurs d’intégrer différents segments de la production locale. 

Désormais, les Chifflot contrôlent plus de 30 % du marché des vins de Savoie, une part significative dans un vignoble régional totalisant environ 2 000 hectares. 

Une organisation structurée autour de deux sites complémentaires

La stratégie de développement mise en place repose sur une rationalisation industrielle et commerciale :

  • Le site principal de la Maison Viallet à Apremont sera centralisé pour les opérations logistiques, conditionnement et organisation commerciale, profitant d’une capacité théorique de plusieurs millions de bouteilles par an ;  
  • Le site historique du domaine Perrier et Fils restera dédié à la vinification des vins tranquilles et à l’élaboration des bases de crémant, segment identifié comme axe stratégique d’avenir, notamment pour les marchés export.  

Ce mode d’organisation vise à économiser les coûts et à optimiser la compétitivité, tout en préservant l’ancrage qualitatif des vins produits sur la Combe de Savoie. 

Des ambitions commerciales fortes

Parmi les objectifs affichés, la nouvelle entité vise un chiffre d’affaires de 20 M€ en 2026, soutenu par une stratégie commerciale offensive, incluant le renforcement des débouchés nationaux et une expansion sur les marchés internationaux où les vins savoyards — et particulièrement les crémants — peuvent bénéficier d’un positionnement attractif face aux effervescents plus chers. 

La Savoie, souvent associée à une consommation locale autour du fromage et des plats montagnards, pourrait ainsi gagner en visibilité sur les circuits export, notamment en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie. 

Un investisseur atypique mais engagé

À 85 ans, Guy Chifflot est un entrepreneur chevronné, ancien président fondateur du groupe Orapi, spécialiste de l’hygiène professionnelle, qui s’est lancé dans l’aventure vinicole sans lien familial antérieur avec ce secteur. Il opère aujourd’hui ce virage industriel avec son petit-fils Thomas, dont l’implication opérationnelle s’accompagne d’une formation en œnologie. 

Cette dynamique illustre une nouvelle phase de consolidation dans les vins de Savoie, où des capitaux extérieurs et une vision industrielle peuvent participer à structurer un vignoble encore fragmenté et favoriser sa montée en gamme.