samedi 27 juin 2026

Marchés : Évolution de la consommation mondiale de vins et spiritueux à l’horizon 2035

L’IWSR a publié ses premières prévisions à dix ans pour les 160 marchés qu’il suit, accompagnées des données de consommation confirmées pour 2025. Le cabinet d’études spécialisé dans les boissons alcoolisées anticipe une stabilisation des volumes mondiaux à l’horizon 2035, après plusieurs années de recul.

Les spiritueux dépassent le vin pour la première fois

Pour la première fois depuis les premiers relevés de l’IWSR en 1990, les spiritueux ont dépassé les vins en volume dans la consommation mondiale. Les deux catégories ont reculé en volume en 2025, mais la baisse plus modérée des spiritueux (-3 %) a suffi à leur faire dépasser le vin (-5 %). De 2024 à 2025, le volume total d’alcool consommé dans le monde a reculé de 2 %, la bière cédant 2 %.

Une stabilisation attendue d’ici 2035

Les volumes mondiaux de boissons alcoolisées doivent encore reculer pendant six ans avant de renouer avec la croissance en 2031. À la suite de ces baisses, le volume mondial devrait retrouver en 2035 la quasi-totalité de son niveau de 2025, soit un recul total de 1 % sur la décennie. Cette stabilisation à partir de 2031 reposera sur deux facteurs principaux : un rééquilibrage substantiel du marché mondial et la croissance continue de la population mondiale en âge de consommer.

Cette dernière devrait progresser de 9 % sur la période. La modération s’installe en parallèle comme tendance durable, la consommation annuelle de litres d’alcool pur par habitant devant reculer d’un demi-litre d’ici 2035, soit l’équivalent de deux bouteilles de spiritueux ou d’une caisse de vin par personne et par an.

Le vin, catégorie la plus exposée

À l’échelle des catégories, les écarts sont marqués. Le volume de bière reflète la tendance générale avec un recul mondial de 1 % entre 2025 et 2035. Le volume mondial de vin devrait chuter de 14 %, tandis que la consommation mondiale de spiritueux perdrait 2 % en volume. Les RTD (« Ready-To-Drink ») poursuivront leur forte croissance, avec une progression de 17 % prévue sur la décennie. La consommation mondiale de RTD a franchi pour la première fois le milliard de caisses de 9 litres en 2025.

Ce basculement traduit une recherche persistante de diversité aromatique, de praticité et de degrés alcooliques variés, au détriment des catégories les plus établies comme le vin et les spiritueux.

Un rééquilibrage géographique vers l’Inde et les marchés émergents

Mesurée en portions (50 ml pour les spiritueux, 150 ml pour le vin, 330 ml pour la bière, le cidre et les RTD), la consommation se déplace de la Chine, de l’Amérique du Nord et de l’Europe vers l’Inde, l’Amérique du Sud et l’Afrique. Sur cet indicateur, l’Inde devrait dépasser les États-Unis dès 2032 pour devenir le deuxième marché mondial des boissons alcoolisées, derrière la Chine.

Le nombre de portions d’alcool consommées en Chine en 2035 est estimé en recul de 19 % par rapport à 2025. Des baisses à deux chiffres sont également attendues aux États-Unis et en Chine, de plus de 18 % en portions, ainsi qu’au Japon, en Allemagne et au Royaume-Uni. À l’inverse, des marchés comme le Mexique (+13 %), le Vietnam (+15 %), la Colombie (+26 %) et l’Inde (+38 %) tirent leur épingle du jeu. La consommation indienne devrait ainsi progresser de 38 % au cours de la prochaine décennie.

Une pression déjà ressentie par les grands acteurs

Les producteurs subissent déjà ce mouvement : des géants comme Diageo et Anheuser-Busch InBev ont fait état d’une demande plus molle à mesure que les budgets se resserrent et que les habitudes évoluent, sous l’effet notamment des préoccupations de santé et des médicaments amaigrissants susceptibles de réduire l’appétence pour l’alcool. Face à des volumes orientés à la baisse, les grands groupes tendent à s’appuyer davantage sur les hausses de prix et la premiumisation pour préserver leurs revenus.

À noter enfin que la bière sans alcool s’est imposée comme la deuxième sous-catégorie de bière par volume en 2025. Elle devrait doubler sa part du marché mondial de la bière en volume, de 2 % en 2025 à 4 % d’ici 2033.

Enjeux, risques et opportunités pour le marché français

La France, premier pays producteur de vin et acteur majeur des spiritueux, se situe à la croisée des dynamiques décrites par l’IWSR. Le pays cumule un statut de marché mature en déclin de consommation et de puissance exportatrice exposée au rééquilibrage mondial de la demande.

Les enjeux sont d’abord structurels. Les Français boivent de moins en moins de vin et ce phénomène s’inscrit dans la durée, prolongeant une chute de la consommation d’alcool réduite de moitié par rapport aux années 1960. La part de la population ne consommant pas d’alcool progresse, de 11 % en 2020 à 15 % en 2024. Le recul de 14 % attendu pour le vin à l’échelle mondiale frappe une catégorie qui constitue le cœur de l’offre française.

Les risques sont déjà tangibles à l’export. Le bilan 2025 de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France fait état d’indicateurs tous orientés à la baisse : le chiffre d’affaires recule de près de 8 % à 14,3 milliards d’euros, soit 1,3 milliard de moins qu’en 2024, et les volumes cèdent 3,3 % à 168,1 millions de caisses. L’excédent commercial qui en résulte diminue de 7,6 %, à 13,2 milliards d’euros. La filière, qui représente 600 000 emplois directs et indirects, rétrograde à la troisième place des excédents commerciaux français derrière l’aéronautique et la cosmétique, alors qu’elle occupait récemment le deuxième rang. Le cognac illustre la sévérité de la crise, avec un repli de 14,7 % en volume et de 23,8 % en valeur, à 2,28 milliards d’euros. Le vignoble bordelais cristallise ces difficultés, sous l’effet conjugué de la taxe américaine, de l’effondrement du débouché chinois et d’une consommation intérieure en repli, au point d’envisager l’arrachage de surfaces pour résorber l’excédent.

Les opportunités tiennent à la valeur plutôt qu’au volume. Le budget moyen consacré au vin par les Français progresse nettement : ils sont désormais 54 % à dépenser entre 11 et 20 euros par bouteille et 22 % plus de 20 euros, contre respectivement 22 % et 6 % en 2013. Cette montée en gamme rejoint la stratégie de premiumisation adoptée par les grands groupes, les segments haut de gamme résistant mieux au repli. La croissance attendue de l’Inde, du Vietnam, de la Colombie et du Mexique ouvre par ailleurs des relais à l’export pour les acteurs capables de s’y positionner, tandis que l’essor des RTD et du sans-alcool offre des pistes de diversification au-delà des catégories traditionnelles.

Sources IWSR, communiqué « Global beverage alcohol to drop further before recovering » ; Drinks International ; The Spirits Business ; Harpers Wine & Spirit ; Vinetur ; FEVS (bilan des exportations 2025, Wine Paris) ; Réussir Vigne ; Le Journal des Entreprises ; Le Nouvel Économiste ; Observatoire français des drogues et des tendances addictives.