La Maison Benjamin Kuentz, figure montante du whisky français, franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement en annonçant l’acquisition de trois marques de liqueurs détenues par le groupe Pagès Vedrenne : le Noyau de Poissy, le Noyau de Vernon et la Liqueur de Paris.
Un acquéreur ancré dans le renouveau des spiritueux français
Fondée à Paris, la Maison Benjamin Kuentz s’est imposée ces dernières années comme l’un des acteurs les plus innovants de la scène des spiritueux français. Se définissant comme un « éditeur de whisky », Benjamin Kuentz travaille avec plusieurs distilleries françaises — de Lorraine à la Bretagne —, sélectionnant les meilleurs grains et terroirs pour composer des assemblages aux profils singuliers. Ses cuvées, aux noms évocateurs comme *Uisce de Profundis* (vieilli sous la mer au large d’Ouessant) ou *Aux Particules Vines* (maturé en fûts de Premiers Grands Crus Classés de Bordeaux), ont contribué à placer la maison sur la carte internationale du whisky d’exception.
Cette acquisition marque ainsi un tournant stratégique : pour la première fois, la Maison Benjamin Kuentz sort de son cœur de métier pour se diversifier vers des liqueurs à fort ancrage territorial.
Trois liqueurs aux histoires pluriséculaires
Les marques cédées par Pagès Vedrenne ne sont pas anodines. Le Noyau de Poissy est sans doute la plus emblématique : fondée en 1698, la distillerie de Poissy est considérée comme la plus ancienne distillerie artisanale d’Île-de-France. Élaborée à partir de noyaux d’abricot macérés ou distillés dans un alcool de qualité supérieure, cette liqueur — parfois surnommée « l’amaretto à la française » — produit environ 45 000 bouteilles par an, commercialisées en cavistes et sur place. Elle avait rejoint le giron de Pagès Vedrenne en l’an 2000.
Le Noyau de Vernon, aux notes de cerises et d’amandes, est quant à lui une création du début du XXe siècle, portant la tradition des liqueurs de noyaux de la vallée de la Seine. Quant à la Liqueur de Paris, de création plus récente, elle avait été développée directement par le groupe Pagès Vedrenne pour répondre à une demande autour de l’identité francilienne.
Un cédant de référence dans le monde des liqueurs régionales
Le groupe Pagès Vedrenne — qui regroupe des marques aussi emblématiques que la Verveine du Velay (Pagès, créée en 1859 à Saint-Germain-Laprade), la Crème de Cassis de Nuits-Saint-Georges (Vedrenne, fondée en 1923), la Gentiane Salers (1885) ou encore l’Izarra basque (1906) — bénéficie du label Entreprise du Patrimoine Vivant, qui reconnaît l’excellence de son savoir-faire artisanal. Cette cession semble s’inscrire dans une logique de recentrage du groupe sur ses marques historiques de cœur.
La logique stratégique de l’acquéreur
Pour la Maison Benjamin Kuentz, l’opération répond à une double ambition : diversifier le portefeuille au-delà du whisky et renforcer son ancrage dans les terroirs français, en particulier en Île-de-France. « En reprenant ces marques, nous souhaitons non seulement préserver leur héritage, mais aussi les moderniser et les faire découvrir à de nouveaux publics, en France et à l’international », précise Benjamin Kuentz.
Cette logique n’est pas sans rappeler d’autres opérations observées dans le secteur ces dernières années, où des maisons de spiritueux à forte identité éditoriale rachètent des marques patrimoniales dormantes pour leur offrir un second souffle commercial, notamment via les circuits digitaux et les marchés export.
Une consolidation qui illustre la dynamique du marché des spiritueux artisanaux
Au-delà du cas Kuentz, cette transaction s’inscrit dans une tendance de fond : la revalorisation des liqueurs régionales françaises, longtemps reléguées au second plan face à l’hégémonie des spiritueux internationaux. Des marques comme le Noyau de Poissy — dont l’histoire remonte au règne de Louis XIV — constituent un patrimoine gustatif rare, à condition de trouver des repreneurs capables d’allier respect de la tradition et vision commerciale moderne.
La Maison Benjamin Kuentz, par son positionnement premium et sa capacité à raconter des histoires de terroir, semble disposer des atouts nécessaires pour relever ce défi.