dimanche 12 avril 2026

Inde : Sula Vineyards rachète le domaine de Chandon à Nashik

Le leader indien de la viticulture s’approprie l’une des infrastructures vinicoles les plus modernes du sous-continent, tandis que le géant du luxe LVMH se retire de la production locale tout en maintenant sa présence commerciale.

La transaction a été officialisée le 25 mars 2026 par un dépôt à la Bourse de Bombay. Sula Vineyards, le plus grand producteur de vin indien, a annoncé la signature d’un accord définitif avec Moët Hennessy India Private Limited portant sur l’acquisition du domaine et des installations de production de Chandon à Dindori, dans la région de Nashik, État du Maharashtra.

Un actif stratégique dans une région d’exception

Établi en 2014 dans le cadre du réseau mondial Chandon, le domaine intègre un chai, un centre de visites et un système d’approvisionnement en raisins sous contrat avec des viticulteurs locaux. Il s’étend sur 19 acres et comprend une installation de production ultramoderne dédiée aux vins effervescents élaborés selon la méthode traditionnelle, avec une capacité annuelle de 450 000 litres, extensible à 1,3 million de litres. Le complexe comprend également un centre de visite haut de gamme, une salle de réception et 5 acres de vignes, offrant une plateforme d’œnotourisme immersif.

Sur le plan géographique, Dindori est largement reconnue comme le berceau des meilleurs raisins à vin d’Inde. Le domaine bénéficie en outre d’une localisation pratique, à seulement vingt minutes de l’aéroport de Nashik, dont la connectivité devrait être renforcée à l’approche du prochain Kumbh Mela.

Une opération ciblée sur l’outil industriel, sans transfert de marque

La transaction, structurée comme un achat d’actifs, porte sur le foncier, les bâtiments et l’infrastructure de vinification, à l’exclusion de tout actif lié à la marque — à savoir les cuvées Chandon Brut, Rosé et Aurva. Le montant s’élève à 20 crores de roupies (environ 1,85 million d’euros), financés sur fonds propres. L’opération est conduite via la filiale détenue à 100 % par Sula, Artisan Spirits Private Limited, et devrait être finalisée d’ici la fin du premier trimestre de l’exercice fiscal 2027, sous réserve des approbations réglementaires.

Une fois la transaction clôturée, Chandon cessera sa production de vin en Inde. Les vins issus du domaine seront commercialisés par Sula sous son propre portefeuille de marques, sans utilisation de l’identité Chandon.

Pour Moët Hennessy, une sortie de production, non de marché

La position de la division vins et spiritueux de LVMH mérite d’être précisée. Interrogé par la presse spécialisée, Moët Hennessy a indiqué que Chandon et ses produits restent dans le portefeuille du groupe, et que la distribution et le marketing en Inde continueront d’être assurés par son entité locale. Cette configuration crée une dynamique inédite : une marque de luxe mondiale maintient sa présence commerciale sans production locale, tandis qu’un acteur domestique consolide les infrastructures physiques et renforce son avantage territorial.

Sula consolide son modèle d’œnotourisme

Pour Sula Vineyards, l’acquisition s’inscrit dans une stratégie de diversification déjà bien engagée. Les revenus liés à l’œnotourisme ont fortement progressé au cours du dernier exercice, contribuant à hauteur de 11 % au chiffre d’affaires total. Le domaine phare de Sula, situé près du lac Gangapur à Nashik, est considéré comme le vignoble le plus visité au monde, attirant plus de 300 000 visiteurs par an. Le rachat du domaine Chandon à Dindori, à proximité immédiate des installations existantes du groupe, s’inscrit dans la continuité de ce développement.

Rajeev Samant, fondateur et PDG de Sula Vineyards, a qualifié l’opération d’opportunité unique, soulignant que la localisation stratégique et le cadre du domaine en feront un élément central de la prochaine phase de développement de l’activité d’œnotourisme du groupe.

Un signal fort dans un marché en mutation

Cette transaction intervient dans un contexte de transformation profonde du secteur vinicole indien. Le marché national est dominé par trois acteurs principaux — Sula Vineyards, Fratelli Vineyards et Grover Zampa Vineyards — Sula étant la seule société vinicole indienne cotée en bourse, avec plus de 80 % de son portefeuille orienté vers les marques haut de gamme. Par ailleurs, l’accord de libre-échange récemment signé entre l’Union européenne et l’Inde devrait profondément modifier les conditions d’accès des vins importés à ce marché, où les droits de douane atteignaient jusqu’à 150 %.

Le rachat du domaine Chandon par Sula Vineyards illustre ainsi deux dynamiques convergentes : la consolidation des capacités de production et d’accueil entre les mains des acteurs locaux, et le repositionnement des grandes maisons internationales sur leur cœur de valeur — la marque — plutôt que sur l’outil industriel.