Le géant français des spiritueux a finalisé début avril la vente de son dernier vignoble en Californie. Une transaction qui referme douze ans de présence dans le vin tranquille américain.
Pernod Ricard a vendu Kenwood Vineyards et l’ensemble de ses opérations viticoles à F. Korbel & Bros pour 4 millions de dollars. L’acheteur n’est autre que Gary Heck, président et propriétaire de Korbel — celui-là même à qui Pernod Ricard avait racheté la marque en 2014, dans le cadre d’une transaction estimée à l’époque à environ 100 millions de dollars.
La vente porte sur les 20 acres de vignobles, les installations de production, le centre d’accueil des visiteurs et les droits sur la marque Kenwood.
Un pari qui n’a pas tenu
Lors de son acquisition, Pernod Ricard avait affiché des ambitions clairement définies pour Kenwood. Jeff Agdern, alors Senior Vice-Président Vins et Champagnes de Pernod Ricard USA, présentait la marque comme “la pierre angulaire” de l’activité vins tranquilles du groupe aux États-Unis, estimant que le marché hors Californie était sous-développé.
Fondée en 1970, Kenwood s’était imposée comme un producteur de vins premium dans les vignobles de Sonoma.
La réalité des années suivantes a contredit ces projections. Malgré une stratégie de premiumisation et l’introduction de références de milieu de gamme, les volumes commercialisés ont reculé de 7,2 millions de bouteilles au moment de l’acquisition à 900 000 cols en 2025, soit une chute de plus de 87 % en dix ans.
L’achèvement d’un retrait progressif
La cession de Kenwood s’inscrit dans un mouvement plus large. Elle intervient trois mois après la vente des activités Mumm Napa à Trinchero Family Wine & Spirits, conclue en décembre dernier, et fait suite à la cession du portefeuille de vins internationaux de Pernod Ricard en avril 2025.
Ensemble, ces opérations marquent le retrait complet du groupe du segment viticole californien.
Un porte-parole de Pernod Ricard a déclaré que ces transactions “sont pleinement alignées avec la stratégie à long terme du groupe, qui consiste à se concentrer sur les spiritueux internationaux premium et le champagne, tout en rationalisant son empreinte opérationnelle.”
Du côté de l’acquéreur, Korbel présente le rachat de Kenwood comme une opportunité d’élargir son positionnement dans les vins tranquilles premium.
La maison, fondée en 1882 et leader californien de la production de vins effervescents,  récupère ainsi une marque qu’elle avait elle-même développée avant de la céder il y a douze ans.
Le RTD, nouveau cap stratégique
Le désengagement viticole accompagne une réorientation de fond chez Pernod Ricard. Le groupe a restructuré ses partenariats de distribution aux États-Unis avec l’ambition de tripler son empreinte dans les boissons prêtes à boire (RTD) sur les trois prochaines années.
Une division dédiée aux RTD a été créée, s’appuyant sur les distributeurs Reyes et Crescent Crown pour accélérer la croissance de ce segment, qui inclut notamment la gamme Absolut et Ocean Spray.
Les résultats financiers du groupe traduisent cette orientation : les RTD affichent une progression de +12 % sur le premier semestre de l’exercice 2025-2026, avec une dynamique positive sur l’ensemble du portefeuille.
Cette performance contraste avec un tableau d’ensemble plus difficile — Pernod Ricard enregistre sur la même période un recul organique de son résultat opérationnel de -7,5 %, pénalisé notamment par Martell en Chine et Jameson aux États-Unis.
À moyen terme, le groupe projette une croissance organique du chiffre d’affaires comprise entre +3 % et +6 % par an en moyenne sur la période 2027-2029, soutenue par un programme d’efficacités opérationnelles d’un milliard d’euros.
Le marché en toile de fond
Les cessions de Kenwood et Mumm Napa interviennent dans un contexte de ralentissement du marché mondial des boissons alcoolisées, sous l’effet d’une évolution des préférences des consommateurs et de pressions économiques.
Le vin californien de volume est particulièrement exposé à ces tendances, avec une érosion continue de la consommation dans les tranches d’âge les plus jeunes.
Pour Pernod Ricard, la page californienne est désormais tournée. Le groupe fonde donc sa croissance sur les RTD et les marques de spécialité qui doivent permettre de compenser, à terme, les volumes perdus sur un segment où le groupe aura investi — et perdu — de manière significative.