La consolidation du marché des Crémants s’accélère : Louis Jadot entre dans le jeu avec le rachat de Louis Picamelot
Le mouvement de concentration qui traverse depuis plusieurs années le marché français des vins effervescents s’intensifie. Longtemps dominé par le Champagne, le segment des Crémants — porté par une demande croissante pour des bulles de terroir à prix plus accessibles — attire désormais l’attention des grandes maisons historiques. Dernier exemple en date : la maison beaunoise Louis Jadot annonce la reprise de Louis Picamelot, référence majeure du crémant de Bourgogne.
Une acquisition stratégique pour Louis Jadot
Avec cette opération, Louis Jadot fait une entrée remarquée dans l’univers des effervescents bourguignons. Jusqu’à présent, la maison ne produisait pas de crémant de Bourgogne. Ce rachat marque donc une étape importante dans l’élargissement de son portefeuille, tant sur le plan régional qu’en terme de stratégie de marques.
Fondée en 1926 et implantée à Rully, en Côte chalonnaise, la maison Louis Picamelot était dirigée par Philippe Chautard, petit-fils du fondateur. Faute de succession familiale, la transmission de l’entreprise s’est imposée comme une nécessité. Louis Jadot s’est positionnée pour assurer cette continuité.
Thomas Seiter, président de Louis Jadot, précise les intentions du groupe : « Nous entendons assurer la pérennité et le rayonnement durable de la Maison Louis Picamelot, dans un esprit de transmission respectant ses valeurs et ses équipes. Celle-ci reste ancrée à Rully et conservera son identité et son positionnement. » Un message clair visant à rassurer tant les salariés que les amateurs fidèles de la marque
Louis Picamelot, pionnier des “crémants de terroirs”
Louis Picamelot s’est imposée au fil des décennies comme l’une des signatures emblématiques du crémant de Bourgogne. La maison revendique une approche fondée sur les « crémants de terroirs », mettant en avant des lieux-dits précis, notamment issus de parcelles acquises en Côte de Beaune.
Le domaine s’étend aujourd’hui sur une vingtaine d’hectares et produit environ 300 000 bouteilles par an, réparties sur une dizaine de cuvées. La maison participe également à la renaissance du vignoble du Dijonnais, illustrant son engagement dans le développement de nouveaux bassins viticoles bourguignons.
Ses vins bénéficient d’une solide notoriété auprès des amateurs de bulles, grâce à un style précis, tendu et expressif, fidèle aux caractéristiques des climats bourguignons.
Un mouvement qui dépasse la Bourgogne
Cette acquisition s’inscrit dans une dynamique plus large de consolidation du marché des Crémants. Face à la montée en gamme de ces appellations et à leur succès à l’export, les acteurs structurés cherchent à renforcer leur présence sur ce segment stratégique.
À noter également que Kobrand Wine & Spirits, importateur américain et maison mère de Louis Jadot, ne commercialisait jusqu’ici aucun crémant de Bourgogne. Sa gamme d’effervescents français se limitait au crémant de Loire et au Saumur de Bouvet Ladubay. L’intégration de Picamelot ouvre donc de nouvelles perspectives commerciales, notamment sur le marché nord-américain.
Vers un nouveau paysage des effervescents français
Avec cette opération, Louis Jadot confirme son ambition de rester un acteur majeur des vins de Bourgogne tout en accompagnant l’évolution des attentes du marché. Pour Louis Picamelot, l’adossement à une maison de renommée internationale offre les moyens d’assurer sa pérennité et d’amplifier son rayonnement.
Au-delà de ce rapprochement, c’est l’ensemble du secteur des Crémants qui poursuit sa mutation : montée en qualité, affirmation des identités de terroir et structuration industrielle dessinent progressivement un nouveau paysage des bulles françaises, où les maisons historiques côtoient désormais des spécialistes régionaux intégrés à de grands groupes.